‹ Archives de zoologie expérimentale et générale (volume 5)Chapitre 45 sur 146 · INCONNUS · texte numérisé non relu

INCONNUS

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Nous n'avons pas l'intention de traiter en entier le gros problème de la détermination du sexe que nous rencontrons sur notre chemin, ni de rapporter tout ce qui a été écrit à ce sujet. Les derniers expérimentateurs, B. Yung, Kellog et Bell, étudiant l'action de la quantité d'aliments, Maupas, celle de la température, R. Hbrtwig, l'effet de la faible ou de la forte maturation des œufs, ont certainement entamé la question, mais il reste à faire de nombreux travaux avant qu'elle soit entièrement résolue. Je me permets d'y apporter une suggestion directement retirée de l'expérience et relative à l'action des toxines, poisons, substances solubles diverses, qu'il est relativement facile d'expérimenter et dont l'étude déblaiera le sujet et rendra la solution plus prochaine.

En méditant en effet sur les données que j'apporte, on arrive à se demander si l'intoxication ne joue pas un très grand rôle dans ces phénomènes et si, par exemple, chez lés animaux Axés et parasites, la surnutrition, la faible déx>ense et l'intoxication résultante des adultes et des germes ne sont pas parmi les raisons qui déterminent la pluralité des mâles et l'arrêt ordinaire de leur développement, leur pygméisme. Ces êtres présentent, avec la polyandrie, un renversement du dimorphisme sexuel normal, c'e«t-à-dire le plus fréquent. Leur cas dépasse l'hermaphrodUisme, de l'autre côté duquel on trouverait successivement la monogamie, avec égalité numérique des mâles et des femelles et dimorphisme réduit, puis la polygamie, avec pluralité des femelles et dimorphisme sexuel inverse du premier.

Or, normalement, les Gallinacés pratiquent la iwlygamie et sont doués du dimorphisme sexuel correspondant, qui consiste en la sui)ériorité de force musculaire et de taille chez le mâle, en un plumage plus abondant et plus éclatant, une crête plus développée, la possession d'un ergot, etc. Il existe en outre une différence très considérable dans le rapport des organes internes au poids total chez les mâles et chez les femelles, établissant un dimorphisme sexuel organique ; nous traiterons un peu plus loin de ce sujet particulier.

Je ne sais si, dans la nature, les mâles gallinacés naissent moins nombreux que les femelles, mais je le crois volontiers, en tous cas leur nombre est rapidement réduit par les luttes sexuelles. La combativité des mâles est en effet Tun des instincts essentiels des animaux à dimorphisme sexuel polygame et, au moins au premier examen, cet instinct paraît vif surtout chez les végétariens : granivores, herbivores, frugivores. Les carnivores semblent combattre plutôt pour une place ou pour une proie que pour uue femelle. Rien n'est paisible comme une assemblée de chiens à la porte d'une chienne en chaleur.

Le premier pas dans la marche de la polygamie à la polyandrie serait donc la réduction de la combativité chez les mâles. Si notre idée est exacte, le régime seul, c'est-à-dire une action du monde ambiant et l'état physique qu'elle détermine doivent y conduire l'animal, malgré la réduction dans le nombre des femelles qui devrait rendre la concurrence plus âpre, si celle-ci était vraiment un facteur initial et non un résultat, si elle était une cause de sélection et non un effet d'évolution antérieurement et autrement déterminé.

Or, dans mon expérience, j'ai précisément assisté à une incroyable réduction de la combativité chez les mâles.

Au début, les deux mâles mis en expérience avaient l'instinct en question aussi développé que leurs congénères. Je m'en suis assuré par l'expérience suivante faite le 11 avril 1901.

I. Le coq Carnivore (I,) est mis dans la cage oti le granivore (I,) se trouve avec ses poules. Ce dernier saute instantanément

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sur l'intrus et lui arrache une poignée de plumes. Le Carnivore se laisse battre, on les sépare.

II. L'événement avait été si prompt qu'il ne fallait pas trop rapidement conclure à la lâcheté Carnivore. On remit le coq Carnivore dans la cage du granivore, après avoir, au préalable, lié les pattes de celui-ci. Le Carnivore montra l'instinct de provocation en se dirigeant vers l'auge aux grains et en invitant les femelles à manger ; c'est le prélude de la lutte des mâles. Les poules, dont le repas était fini depuis longtemx>s et qui ne mangeaient plus, acceptent cependant par politesse et tous les troiff mangent avidement. Le coq granivore ne pouvant bouger, on arrête l'épreuve.

III. On introduit le coq granivore dans la cage du camivore, les deux animaux étant libres, expérience inverse de la première. Le Carnivore ne saute pas immédiatement sur son antagoniste comme celui-ci l'avait fait en circonstance analogue. Le granivore avise un morceau de viande et invite les poules à mang^ ; celles-ci s'approchent. Mais, à cette provocation précise, le coq Carnivore se décide à marcher au combat, saute du perchoir et bondit en face de son agresseur. Une lutte acharnée s'engage, on ne la laisse pas durer mais déjà les crêtes et les joues sont déchirées et le sang ruisselle. — Séparation des combattants, points de suture.

Le Carnivore, quoiqu'un peu moins batailleur que l'autre, est donc encore capable de répondre à une provocation nettement exprimée et de soutenir un combat sans faiblir. On pourrait se contenter de dire que son empressement un peu moindre est une simple caractéristique personnelle, une variation individuelle et cette nomenclature, car ce n'est pas autre chose, éviterait de réfléchir à la causalité. Mais la suite de l'expérience montre bien que l'aliment est, pour ces phénomènes, un déterminisme causal et qu'il ne suffit pas, pour les interpréter, d'invoquer des propriétés ivifrin^èques ou des qualités de l'animal.

Les poulets de 2© et de 3® générations conservaient encore l'instinct batailleur et, dès la 3« semaine, ils commençaient à

s'entr'attaquer. Les combats étaient encore assez sérieux puisque l'un des coqs (Vj) reçut sur la tête de tels coups de bec qu'il eut les pattes postérieures complètement paral3rsées x>6ndant 15 jours. Aucune expérience méthodique ne permit de dire si l'instinct, toujours manifeste, était ou non en décroissance.

A la 4® génération, siir six éclosions, il y eut cinq coqs et une poule. Un coq mourut très jeune et quatre mâles demeurèrent auprès de Tunique femelle jusqu'au mois de novembre. Ces animaux, âgés de 5 mois, vivaient en paix complète ; des coqs ordinaires se seraient depuis longtemps entre-tués. Un des coqs mourut, trois restèrent et, vers la fin de décembre, ils couraient après la poule, la saisissaient par la crête, prélude des approches sexuelles pour lesquelles ils n'étaient pas encore mûrs. Us se livraient à ces jeux chacun à leur tour et sans aucun combat. L'éx>oque du coït arrivée, ils se partagèrent la femelle unique, sans que l'excitation génitale augmentât leur combativité. En mars, un second coq fut supprimé. Les deux restant continuèrent à vivre en paix, jusqu'au moment où l'un d'eux prenant l'aspect maladif fut écarté de la reproduction en vue de meilleurs produits.

A la génération suivante, restaient en présence après les morts très précoces, 3 coqs et une poule. Ces quatre animaux n'étaient pas de la même couvée. La poule et les coqs II5 et III5 étaient nés le même jour (3 juin), IV5 était né le 15 juillet. Tout d'abord II5 et nis vécurent sans trouble avec la femelle jusqu'en octobre, bien que II, fût tout à fait faible, ce qui est une raison ordinaire pour être plus battu. On n'osait pas mettre avec eux le coq IV5 beaucoup plus x>^tit.

En août cependant, comme il prenait de la taille, on se risqua à l'introduire dans la cage des attires, qui le houspillèrent de concert avec la i)oule. La participation de celle-ci me ût croire qu'ils le battaient moins comme mâle que comme étrcmger venant prendre sa part des repas.

En octobre, je fis renouveler l'expérience, elle eut le même résultat. Alors je tentai de faire entrer les deux grands coqs et

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la poule dans la cage du petit, renversant les rapports de propriété. Le petit coq IVç très craintif fuyait partout et se cachait ; mais les autres ne le poursuivaient pas. Us s'habituèrent rapidement ensemble et firent un bon consortium polyandrique jusqu'à fin novembre où deux coqs furent sacrifiés xK)ur maladie.

Le dimorphisme sexuel, atteint si fortement dans les instincts, ne paraissait pas l'être sensiblement dans les caractères sexuels secondaires : crête, ergots, plumage. Cei)endant la dernière poule Ij prit dans le cours de son année de vie un ergot très accentué. Le fait n'est pas absolument rare chez de vieilles poules, mais en ce cas il s'agit d'une poule très jeune, dans sa première année.

Le dimorphisme sexuel organique^ au contraire, a beaucoup varié. Afin d'évaluer par des -nombres le dimorphisme pour lîn organe donné, je calcule d'abord le rapport du poids de cet organe à 100 grammes de poids actif chez les femelles et j'effectue la même opération chez les mâles, à chaque génération, en prenant la moyenne des femeUes et la moyenne des mâles quand il y a plusieurs animaux du même sexe. Cela fait, je divise le nombre relatif à l'organe chez les femelles par le nombre relatif au même organe chez les mâles ; j'obtiens ainsi un nouveau rapport qui traduit le dimorphisme sexuel. Le rapport est supérieur à l'unité pour les organes qui sont plus importants chez les femelles, inférieur à l'unité pour les organes qui sont plus importants dans le sexe mâle.

D'une façon générale les organes se rangent de la façon suivante :

Organes supérieurs chez les femelles Organes supérieurs chez les mdlês

Intestin. Cœur.

Gésier. Poumon.

C»cum. Muscles.

Pancréas.

Foie.

Rate.

Mais la valeur du rapport de dimorphisme sexuel organique subit des variations assez grandes suivant les générations. J'ai

fait les calculs en distinguant entre les deux séries a et p et voici les résultats obtenus.

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