CHAPITRE X HÉRÉDITÉ DES CARACTÈRES ACQUIS
SOMM AiRi. — Rureté des docnmento sur le sniet. — Caractères apparus et caractères acquis.
— La progression dans la variation par le régime prouve l'hérédité. — Mesures directes sur de très jeunes animaux appartenant à diverses générations. — Avant toute action du régime, la variation est la même que ches les adultes. — Hérédité des caractères acquis.
— Extinction d'une polydactylie originelle. — Apparition d'une autre polydactylie. — Mutation. — Bapports possibles des malformations polydaotyles et de l'intoxication.
n est peu de questions ayant soulevé des discussions plus abondantes que celle de l'hérédité des caractères acquis. D en est x>^u également qui aient été discutées d'une façon aussi exclusivement théorique et aussi dépourvue de documentation. Quelques rares faits, toujours les mêmes, sont mis en avant ; tels, le cas des cobayes épileptiques de Bbown-Séquakd par les partisans de la transmission des caractères, ou celui des chats sans queue de l'île de Man par ceux qui contestent cette sorte d'hérédité.
Les belles recherches d'HuGO de Veies sur la mutation auraient, à ce qu'il me semble, dû trancher la question. Une mutation, caractère nouveau, est essentiellement transmissible par hérédité. Je sais bien que, pour beaucoup de biologistes, caractère nouveau ou nouvellement apparu n'est pas caractère a<:qui8 — acquis, c'est-à-dire résultant d'une modification connue qui change la vie de l'être soit dans son chimisme interne, soit dans les échanges entre sa substance et le milieu extérieur, soit dans les deux catégories à la fois.
Pour ma part, je ne puis concevoir qu'un caractère nouveau se montre s'il n'a été acquis, c'est-à-dire déterminé par quelque modification antécédente dans l'être qui le porte, ou dans ses
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procréateurs, modification qui a son origine dans quelque changement de Tambiance, ou dans quelque changement des rapports entre l'être et Tambiance. Et le fait que ce changement ne nous est pas toujours précisément connu ne me semble -ps^s une raison pour le nier, mais bien pour le chercher.
Que si cette façon de raisonner peut être prise pour le produit subjectif d'une mentalité spéciale, il ne faut pas oublier tout de même que le raisonnement inverse s'appuie sur un résultat négatif d'observation, sur une ignorance momentanée, tandis que le précédent repose sur des faits positifs. Les mutations héréditaires produites par Blabinghem (1) sur des pieds de maïs sectionnés se présentent avec une parfaite netteté comme des caractères acquis à la suite d'un traumatisme, qui a certainement changé quelque chose dans la]"plante et dans ses rapports avec le milieu.
Parmi les données de mon expérience à déterminisme défini, on peut et on doit chercher à démêler les arguments qu'elle apporte pour ou contre l'hérédité des modifications survenues. Afin de préciser, attachons-nous à la variation d'un seul organe : le gésier par exemple. Dans la série complète des couples qui se sont reproduits jusqu'au bout avec la moindre intoxication et la meilleure santé, on voit cet organe aller en diminuant de plus en plus (2). Donc le caractère, résultat du régime changé, n'est pas valable seulement pour la génération qui subit le changement et n'est pas tel que tout soit à recommencer à chaque génération, sans quoi la variation demeurerait constante et n'irait pas en croissant. H y a quelque chose qui est transmis d'une génération à la suivante, en raison de quoi celle-ci pousse la variation plus loin.
Prenons un organe d'un autre type : le foie par exemple. Il a été en croissant constamment pendant les quatre générations : 0, 1, 2, 3. Si j'avais arrêté là mon expérience et personne ne pouvait me le reprocher, puisqu'aussi bien elle eût encore été
(1) Blarinohbm* Bull. Scient, de la France et de la Belgique» 1907.
(2) Voir p. 212.
une des plus longues réalisées chez les animaux, j'étais en droit de conclure, comme pour le gésier, à la transmission des caractères acquis.
En persévérant, j'ai constaté la régression du foie. Est-ce à dire que le caractère acquis ne se transmet plus? que le foie revient à son état primitif ? En aucune façon. Les foies réduits de la fin de l'expérience ne sont pas les petits foies du début. Ces derniers avaient un faible volume par la raison d'un régime peu toxique et d'une assimilation aisée ; les autres sont petits par cachexie, résultat du surmenage et de l'emiwisonnement.
Le caractère acquis est au total une hausse suivie d'une baisse. La hausse continuée nous menait à l'adaptation Carnivore, comme je l'ai montré; arrêtée, elle aboutissait à la mort de l'espèce.
Au surplus s'il est vrai que la transformation réalisée des races est une face du problème de l'évolution, leur extinction n'en est elle pas une autre, plus large peut-être. La paléontologie est-elle faite d'autre chose que de l'extinction des races, des espèces et des classes t et cette extinction n'est-elle pas un manque d'adaptation à des conditions changées ?
Le caractère acquis dans son entier est, ai-je dit, pour certains organes la baisse continue, pour certains autres la hausse suivie de baisse. Or, c'est cette transmission même, telle quelle, que l'on retrouve si l'on compare entre eux de très jeunes animaux appartenant aux diverses générations.
L'étude de l'hérédité des caractères sur les jeunes animaux demande quelques précautions. On sait en effet que Matjuel • a appelé l'attention sur ce fait que le rapport des organes nutritifs au poids total est beaucoup plus élevé chez les animaux de petite taille que chez les animaux de grande taille et, dans une même espèce, chez les jeunes que chez les adultes. Dans ce dernier cas, la variation est bien loin d'être négligeable ; il faut donc s'astreindre, si l'on veut comparer un jeune d'une certaine génération avec un jeune d'une autre génération, à ce
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que les animaux soient aussi voisins comme âge que cela est possible.
En présence des difficultés croissantes pour mener à bien les incubations, je me suis gardé de sacrifier volontairement des jeunes et n'ai pas pu, en conséquence, être maître de les avoir rigoureusement au même âge ; par rigoureusement j'entends ayant juste le même nombre de jours. Dans les morts qui se sont produites, je ne puis donc utiliser que les lots formés d'animaux qui se trouvent à peu près comparables ; cela réduit la quantité de mes données mais rend démonstratives celles qui restent et cela vaut mieux.
Le tableau suivant donne les rapports des principaux organes à 100 grammes du poids total. Les poulets étudiés ont respectivement 12, 7, 11 et 17 jours et sont donc d'âges assez voisins pour qu'on ne soit pas abusé par la variation ontogénique. De plus, ces poulets sont morts après de brefs malaises de 24 ou 48 heures qui ne les ont pas amaigris, ce qui eût changé tous les rapports par faiblesse du poids total. Bs appartiennent comme on le voit à trois générations distinctes : un poulet granivore, deux de la 4® génération Carnivore et un de la 6^.
ORGANES