GRANIVORE
CARNIVORES de 4« génération
CARNIVORE
de 6« génération
12 joan
Ilh 7 jours
Vl4
11 joars
17 jours
Poids totaL
85gr. 30 18 7
74gr.3 8 61 1 34 5 18 0 09
100 gr.
Jabot jaugé à l'eau . . .
Poids du cœur
— du foie
— de la rate
Longueur de l'intestin .
Poids du pancréas
Poids de Testomao total
— du gésier
Longueur d'uncœoum.
Poids des 2 reins
— des 2 poumons.
Si l'on compare entre eux, sur ces jeunes sujets^ les organes
qui uous ont donné de larges et incontestables modifications dans la série des adultes : le jabot, l'estomac, le gésier, les cœcums, on voit qu'ils décroissent de même constamment dans la série des jeunes.
Le foie et les reins, après avoir augmenté, décroissent ; le caractère complet avec toute sa variation se trouve reproduit.
L'importance de la rate est à noter chez le dernier poulet comme un signe de l'intoxication héritée, ses uretères au surplus étaient gorgées de cristaux qui semblaient être de l'urate de soude et fournissaient énergiquement la réaction de la muréxide.
Puisque ces jeunes sujets présentent toutes les modifications que nous avons suivies chez les adultes comme effet du changement de régime et puisque ce régime n'a pas eu le temx)s d'agir personnellement sur eux pendant leur courte vie, il faut bien conclure que les modifications leur ont été transmises par hérédité.
Une autre série intéressante est formée par deux animaux qui ne peuvent être comparés avec les précédents parce qu'ils sont plus jeunes (3 jours et 2 jours). De plus, n'ayant pas été disséqués immédiatement, ils ont été conservés dans du formol à 4% puis plongés l'un et l'autre 20 heures dans de l'eau renouvelée afin de rendre à leurs organes une certaine souplesse. Ce dernier résultat médiocrement atteint n'a pas permis d'évaluer la jauge du jabot ; on a comparé par leurs poids ces organes, séparés du tube digestif par deux coux>s de ciseaux nets au-dessus et audessous de la dilatation cesophagienne qu'ils forment. De plus, la longueur du tube digestif a été contrôlée par son poids. En tous cas les deux poulets, ayant été traités l'un et l'autre exactement de la même façon, sont parfaitement comparables entre eux. L'un appartient à la 2« génération Carnivore, l'autre à la 6«. Ce sont deux jeunes mâles.
On voit encore, par les rapports de leurs organes au poids total, que le premier de ces poulets appartient aux générations à rein et à foie croissants, tandis que le second appartient aux générations où ces organes régressent.
276 F. HOUSSAY
ORdANES RAPPORTS A iOO GR. DE POIDS TOTAL
Pf P«
Poids total sans vitellus SSgr.lO 3l!ir.78
Cœur 1 05 0 85
Foie 6 10 3 74
Longueur du tube digestif 83 08 60 5
Poids du tube digestif 16 31 10 54
— du jabot 1 06 0 22
— du gésier 5 86 2 92
— des poumons 0 96 0 81
— des reins 1 14 0 85
Le tube digestif, le jabot et le gésier marquent la réduction que nous avons rencontrée chez les adultes et avec la même intensité.
J'aurais encore pu faire un lot de 4 coqs : deux appartenant à la 2« génération Carnivore, un à la 4® et un à la 5® ; ils étaient respectivement âgés de 142, 147, 149 et 138 jours et par suite bien comparables à ce point de vue. Mais les deux premiers avaient été sacrifiés dès le début de leur maladie ; les deux derniers, au contraire, avaient été conservés jusqu'à leur mort spontanée, ils étaient pour leur âge très chétife et de faible poids. La considération des rapiwrts de leurs organes au poids total est sans intérêt. En supposant qu'ils aient pu atteindre avec les mêmes organes internes le même poids que leurs frères bien portants de la même génération et du même âge, et en calculant dans ce cas les rapports organiques on obtient une série tout aussi démonstrative que la précédente. Cependant je ne veux point en faire état, n'étant pas sûr d'avoir le droit d'augmenter le poids total sans augmenter aussi les organes, c'est-à-dire ne croyant pas pouvoir faire l'hypothèse que la réduction a porté exclusivement sur la graisse, sur le squelette et sur les masses musculaires. Il est bien vrai qu'elle s'est sônsi réalisée d'abord et surtout, mais il resterait de l'aléa.
Dans cette question controversée, il ne faut apporter que des données incontestables.
VARIATIONS EXPERIMENTALES 277
Je veux appeler maintenant l'attention sur une curieuse variation qui s'est produite sans que Ton puisse, en Vétat actuel de no8 oawMMSSCMoes, la rattacher logiquement au changement de régime. Beaucoup de biologistics l'appelleraient, ^i cette circonstance, variation spontanée et, comme elle se répète trois générations de suite, elle répond même à la définition de la mvicAùm. En fait, elle apparaît au cours d'une expérience sur le changement de régime ou, si l'on veut généraliser, au cours d'une intoxication poursuivie dans une race.
Voici ce dont il s'agit. Deux races ont été mises en expérience, représentées x>ar deux femelles et un seul mâle, soit un couple pour chaque race, le coq unique figurant deux fois comme il le tait réellement dans la reproduction.
Dans l'une des lignées (P) le coq aussi bien que la poule ont quatre doigts à chaque patte, ce qui est la norme ; dans l'autre (%), le coq ayant quatre doigts, la poule en a cinq aux deux pattes.
Or, à la seconde génération Carnivore, ce dernier couple donne 2 poulets avec 5 doigts aux deux pattes et 4 avec 4 doigts : le caractère r^esse donc devenant 1/3 au lieu de 1/2. A la génération d'après (P,) il est tout à fait perdu.
Dans la série p, les sujets restent avec 4 doigts aux deux pattes 3 générations de suite (P^, Pj, P3) puis à la suivante (PJ on voit les 5 doigts apparaître et, notons bien le fait, dans une série où l'hérédité n'y est pour rien du tout, puisque le caractère ne s'est jamais montré sur les ascendants. H apparaît tout de suite avec une grande fréquence.
Le caractère nouveau n'est pas au reste exactement le même que celui qui a été perdu depuis deux générations déjà par la série voisine (a). Ce dernier consistait exclusivement en 6 doigts aux deux pattes, celui que nous voyons apparaître consiste parfois aussi en 5 doigts aux deux pattes, mais plus souvent en 5 doigts à une seule patte, et tous les doigts supplémentaires ne sont pas égaux entre eux ; il y a des degrés dans leur importance. Le seul titre commun aux deux cas est donc la polydactylie sans qu'elle soit rigoureusement de même sorte.
278 P. HOUSSAY
Une génération de plus le caractère se maintient et la tré-
quence des 5 doigts aux deux pattes aug-
I la polydactylie à une
^trouve encore. Enfin le
de la 6® génération avait
atte. J'insiste sur ce que
[)n n'est pas identique à
[ans l'autre série. Il y a
,nimaux comme V^ pour
aussi bien pu parler de
6 doigts que de 5
(flg. 45).
Le tableau suivant montre les variations de la polydactylie dans les générations successives.
SÉRIE a
SÉRIE p
Animaux
avec 5 doigU
aux 3 pattes
Animaux avec
5 doigts à 1 seule patte
Nombre de doigts
supplémentaires
pour i 00 animaux
Animaux
avec 5 doigts
aux 2 pattes
Animaux avec
5 doigts à 1 seule patte
Po Pi Pi F, P« P.
A vrai dire, le caractère nouveau de la série p ne peut d'une façon satisfaisante être étudié comme mutation quant à sa fréquence. H y a trop peu d'animaux en expérience et les grands
1) Ce nombre 12comprend les 8 écloelons réalisées plus 4 développementa aaaei avance sur lesquels le caractère en question a été examiné.
2) Même remarque.
Variations expérimentales in
nombres deviennent indispensables lorsque le déterminisme est incertain. Je tenais seulement à signaler l'existence d'un phénomène de ce genre et son apparition si curieuse.
Bien que j'ignore les relations qui peuvent exister entre l'apparition de la polydactylie et la nutrition en général et plus spécialement l'intoxication et l'insuffisance de l'excrétion, je suis tenté de croire à l'existence d'un rapport entre les deux phénomènes. Bappelons à ce sujet qu'à la génération P^, à laquelle le caractère survient, la baisse du foie et du rein se manifeste également. C'est en tous cas une question qui vaut la peine d'être examinée de près.
On ne peut se laisser arrêter par l'objection que la polydactylie se montre spontanément dans la nature, d'abord parce que personne ne sait si c'est vraiment spontanément. Le seul fait certain est qu'on n'a pas encore saisi de rapprochement entre ce phénomène et d'autres; cela ne veut pas dire qu'il n'y en a point et qu'il n'y en aura jamais à faire.
En outre, si l'on parle spécialement de la race des poules Soudan qui ont régulièrement 5 doigts aux deux pattes, on sait que ces animaux réputés pour l'abondance de leur ponte, sont, d'autre part, tenus en suspicion comme n'étant pas assez rustiques et comme difficiles à élever. Tout cela ne serait-il pas la marque d'une faiblesse excrétrice, voisine de l'insuffisance, qui du moins s'est révélée dans nos recherches par l'incapacité tout de suite atteinte de faire croître cette fonction et les organes qui l'assurent.