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soit pour la défense contre les ennemis. Les Aranéides offrent des exemples nombreux à ce sujet.

Aucune théorie générale ne peut donc embrasser tant de possibilités variées ; mais les histoires particulières de chaque souche donneraient d'intéressants résultats si on voulait bien les entreprendre.

Examinons maintenant de quelle manière se manifeste la compensation.

Organes de tact. — Tout le monde est d'accord à leur sujet. L'allongement souvent considérable des antennes, l'hypertrophie des organes tactiles de la peau, etc., est tellement nette qu'aucun doute ne peut exister sur ce point. Ce sont incontestablement les organes tactiles qui ont été intéressés le plus profondément et les premiers par la compensation.

Mais tous les exemples qu'on trouve dans les auteurs ne sont pas bien choisis ; on a décrit souvent chez les Cavernicoles des organes tactiles dont on attribuait le développement plus on moins considérable à la compensation quand, en réalité, ce n'était qu'un caractère héréditaire, et cela parce qu'on avait négligé d'étudier comparativement les souches lucicoles de ces Animaux. Ainsi a fait VntÉ (1899) pour les poils de certains Coléoptères.

Organes de l'ouïe et de l'olfaction. — Il règne encore beaucoup d'incertitude au sujet de ces deux sens. Packakd (1889) admet que l'odorat est plus développé chez les Cavernicoles et cite plusieurs exemples qui lui paraissent probants. Par contre, il constate que les Gamharus aveugles ont des otocystes dégénérés et que Amblyopsis n'est pas sensible au son. Hamman (1896) croit aussi que l'odorat se développe plus que le sens de l'ouïe. Viré (1899) admet l'hypertrophie de l'ouïe et décrit, chez les Aselles lucicoles soumis à l'obscurité, des allongements progressifs de certains poils spéciaux, auxquels il attribue cette fonction. Le même auteur (1904) constate la même chose chez des Oammarus fluviatilis élevés à l'abri de la lumière.

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H est donc impossible, encore une fois, d'établir une rè0e générale et Ton doit se borner à étudier et expliquer les cas particuliers.

Organes nouveaux a fonctions iNDÉTEBMiNâEs. — Doll- PU8 et Viré (1905) décrivent un certain nombre de poils senôitifs qui seraient très développés chez les Oirolanides et Sphaeromiens cavernicoles, et auxquels ils supposent des fonctions particulières, sans d'ailleurs apporter plus de lumière sur cette délicate question. Il n'est pas démontré, d'ailleurs, que ces formations n'existent pas chez les formes voisines lueiooles.

Hamman (1896) est tout à fait catégorique sur cettç question. Il décrit chez des Crustacés, Aptérygogéniens, Coléoptèrei*, Poissons, des organes qu'il considère comme nouveaux, comme spéciaux aux Cavernicoles, et qui seraient dus à une compensation pour la perte de la vue. J'ai déjà exprimé mes doutes sur la véracité de cette manière de voir; j'ajoute que Absolon (1902) déclare formellement que les Aptérygogéniens cavernicoles n'ont pas d'organes de sens spéciaux, et j'affirme, en connaissance de cause, la même chose x>our les Oniscidés des cavernes (Titonethes, etc.)

Forme du corps et des membres. — Signalons enfin que la forme aplatie ou allongée du corps et l'allongement des pattes de certains Cavernicoles sont considérés comme dus aussi à la compensation pour l'impossibilité de voir. Je ne vois pas en quoi ces modifications peuvent accroître le sens du toucher, comme le pense Packard (1889) ; les Animaux pourvus d'antennes n'explorent pas l'espace environnant avec le corps ou les pattes, et pourtant ce sont justement ces Animaux que Packasd cite à l'appui de sa manière de voir. Nous verrons plus loin (voir p. 419) qu'on peut trouver de meilleures explications î)our la modification de la forme du corps ; quant à l'allongement des pattes, il se peut que dans une certaine mesure il soit dû à l'effet de la compensation, mais seulement chez les Animaux dépourvus d'appendices tactiles spéciaux comme les antennes.

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les cerques, les palpes, et qui utilisent les pattes à leur place. (Certains Arachnides, etc.)

D'autre part la compensation par allongement des pattes peut être admise sans faire intervenir le sens tactile. Cet allongement a certainement pour effet une rapidité plus grande des mouvements, très utile à l'animal privé de vue, soit pour capturer une proie, soit pour fuir un ennemi, proie ou ennemi dont la présence ne lui est signalée que par contact direct, ou du moins à partir d'une distance beaucoup plus faible que lorsqu'il s'agit d'un animal pouvant voir. C'est x)our des raisons semblables que les organes préhensifs se sont allongés dans nombre de cas. (Blotkrus, Opilionides, etc.)

Tel n'est cependant pas l'avis de Viré (1899, p, 84) qui croit que les pattes des Gampodea cavernicoles se sont allongées (et aussi amincies, Ë. G. E.) « pour pouvoir supporter le poids croissant des antennes et des cerci, et fournir en même temps une plus large base de sustentation à l'animal, confirmant une fois de plus la théorie du balancement des organes de Et. Geoffroy. 8aint-Hilaire. »

Je ne veux pas examiner jusqu'à quel i)oint l'interprétation qu'on vient de lire « c-onflrme... la théorie du balancement des organes » car c'est affaire à régler entre Viré et Geoffroy-Saiut- Hilaire ; mais je suis effrayé des conséquences qu'elle pourrait avoir si elle exprimait des causalités mécaniques réelles : l'Hip- X)opotame monté sur pieds de grue ! Voilà une vision de cauchemar bien faite pour troubler l'âme du zoologiste !

Ethologeb. — J'attire seulement l'attention sur un point qui n'a pas été signalé. Un changement dans les mœurs de l'Animal peut être suffisant pour compenser la perte de la vue et même des autres sens. Le monde des parasites offre des exemples frappants à cet égard. Un Animal lucicole, pourvu des organes visuels les plus développés, mais qui doit dépenser une activité considérable pour gagner sa nourriture, peut, en exploitant un gisement alimentaire nouveau, être placé dans les conditions favorables du parasite. Le guano des Chauves-souris,

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accumulé souvent en grande quantité dans les grottes, n'a-t-il point occasionné de semblables tranformations ethologiques ! Est-il nécessaire qu'un Saprophage lucicole soit compensé pour qu'il puisse vivre en paix dans ces grandes réserves de nourriture, et sa biologie n'est-elle pas analogue à celle des Parasites !

D.) Influence de Vabscurité sur les phototactismes des Cavemi4x>kê.

Un appareil optique spécialisé et compliqué est nécessaire pour percevoir les formes éclairées des objets ; il n'en est pas de même pour la perception des différences d'éclairement. La sensation lumineuse paraît être une propriété fondamentale de la matière vivante ; moins une cellule est spécialisée et plus cette perception lui est facile. Beaucoup d'Animaux conservent cette propriété, même quand ils ont des appareils optiques assez évolués, et perçoivent les différences d'éclairement par toute la surface de leur corps.

Le fait a été constaté souvent sur des An maux lucicoles, soit aveugles, soit artificiellement aveuglés, comme les Amphipodes, Myriapodes, Blattes et même les Tritons. Les êtres lucifuges réagissent à la lumière, après l'extirpation des yeux, avec autant de précision que les témoins oculés.

Les Animaux supérieurs seuls, et ceux recouverts d'une carapace opaque, ont perdu ce pouvoir sensoriel généralisé.

Les Cavernicoles, qu'ils aient été primitivement aveugles ou bien qu'ils aient secondairement perdu leurs yeux, ont donc eu en héritage de leur souche superficielle cette faculté de i)erceToir les différences d'éclairement, et ils l'ont naturellement conservée, car elle leur est fort utile. Si, en effet, les Cavernicoles aveugles ne percevaient pas la lumière, ils resteraient plus difficilement confinés dans le domaine souterrain, qui, comme on sait, a des communications faciles avec les régions superficielles ; souvent, en effet, leurs autres sens ne leur suffiraient pas pour cela. H e«t donc probable que la vie à l'obscurité n'a pas pu avoir d'influence sur ce point de physiologie des Cavernicoles. L'observation et l'expérience ont d'ailleurs montré que les Cavernicoles sont

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fortement lucifuges. Cette photophobie paraît même très générale, malgré quelques observations qui paraissent fournir des exceptions.

Joseph (1882) et Call (1897) prétendent que les Cavernicoles aveugles sont tous insensibles à la lumière ; s'ils fuient quand on les éclaire avec des sources artificielles de lumière, c'est parce qu'ils sont atteints par les rayons caloriques. Mais Piochaed DE LA Brûlerie (1872) a par avance donné de bons arguments contre cette manière de voir, que des observations ultérieures contredisent formellement.

On lit dans Packard (1889, p. 127) que Amhlyopsis serait insensible à la lumière, chose possible a priori, ce Poisson pouvant être rangé dans la catégorie des Animaux à appareil optique hautement organisé. ayant perdu la sensibilité lumineuse généralisée. Mais les observations plus récentes d'EiGENMANN (1898) montrent que tous les Amblyopsides, qu'ils soient aveugles ou oculés, sont lucifuges.

On a cité aussi des Coléoptères cavernicoles aveugles qui seraient insensibles à la lumière. Les Coléoptères sont^ en général, pourvus d'une chitine tellement pigmentée qu'elle doit être opaque, mais les Cavernicoles ont une chitine très transparente et complètement dépourvue de pigment figuré ; il n'est donc pas étonnant que l'insensibilité aux rayons lumineux ait été fortement contestée. H faudrait donc reprendre cette question.

Il n'a été question jusqu'ici que de l'insensibilité de certains Cavernicoles aveugles vis-à-vis de la lumière ; Viré (1899) est le seul qui ait constaté chez ces Animaux un phototactisme positif. Il dit, en effet, que les Niphargus, quoique aveugles, sont attirés par une lumière faible et mis en fuite par une forte lumière. Le« Niphargus devraient donc être des Animaux de pénombre, ils devraient habiter les entrées des grottes, si l'observation de Viré était exacte. Or, elle me parait contestable, car ces Crustacés se trouvent dans les endroits les plus obscurs du domaine souterrain.

n n'y a pas lieu d'examiner ici le mécanisme intime et la

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raison du phototaotisme négatif des Cavernicoles. Ges question» intéressent la Biologie générale et se posent x>our tous les Animaux. Signalons pourtant aux biologistes, que ces questions préoccupent, la théorie nouvelle de Viré (1899) qu'on pourrait désigner sous le nom de « théorie de la pigmentation instantanée : La lumière développe le pigment. « Cette repigmentation ne doit pas être sans produire un retentissement dans tout l'organisme. Il doit y avoir une excitation nerveuse intense, qui produit, dans ce système nerveux hypertrophié dans toute sa partie sensorielle, des sensations vives et désagréables ». Tout en admirant l'élégance avec laquelle cette théorie résout les diflSciles problèmes des phototactismes, il n'est pas possible de se dissimuler qu'elle sera difficilement acceptée par les biologistes compétents.

B.) Influence de Vobscurité sur les mœurs des Cavernicoles,

Beaucoup d'Animaux superficiels, même si ce ne sont pas des Lucifuges caractérisés, se tiennent cachés sous des abris ou dans des trous, non seulement pour fuir la lumière, mais pour se défendre contre les intempéries ou contre leurs ennemis, et pour se soustraire à une dessication contre laquelle ils sont en généwJ faiblement armés.

C/ette habitude, sauf de rares exceptions, e«t absolument constante chez les groupes dont les rejetons ont peuplé les cavernes.

Le domaine souterrain est obscur et humide, on ne constate pas d'intempéries comparables à celles de la surface, et les carnivores sont privés du sens de la vue. Quelques biospéologistes en conclurent que l'habitude de se cacher sous un abri doit avoir disparu chez les Cavernicoles comme inutile, car il n'y a pas de raison de croire qu'un organe peut s'atrophier par non usage et qu'un instinct puisse persister dans les mêmes conditions.

Banta (1905) constate que cette habitude persiste, mais il ne démontre pas qu'elle est inutile, et c'est là que gît le nœud de cette intéressante question qui mériterait des études précises.

Une autre question présente non moins d'intérêt. Les Luci-

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f uges qui n'ont pas transformé leur maison en piège x>our attrai>er leur proie ou qui n'ont pas élu domicile au sein de la matière alimentaire, c'est-à-dire la grande majorité, ne sont pas sédentaires. Ils sortent la nuit pour se procurer la nourriture ou x)our satisfaire leurs besoins génitaux. Ils ont donc une x>ériode d'activité alternant régulièrement avec une x)ériode de repos.

Cette x>ériodicité a-t-elle persisté dans les mœurs de leurs descendants cavernicoles alors qu'elle est devenue complètement inutile, la nuit continuelle étant l'état normal du domaine souterrain f

2P Influence de la température constante et basse

Cette influence pourrait se manifester de plusieurs façons.:

a.) Perte ou réduction de l'aptitude à résister aux variations.

Les Suï)erflciels poïkilothermes peuvent supporter indéfiniment de très fortes variations de leur température propre. En est-il de même pour les Cavernicoles qui habitent un milieu à température constante ? Ne doit-on pas logiquement s'attendre à voir diminuer chez ces derniers l'aptitude devenue inutile de résister aux variationsf C'est ce que s'est dit probablement VmÊ (1899) quand il déclare que les Niphargua Virei meurent entre 16® et 210 et N, puteanus entre 13» et 23°, et que la température basse de 5^,7 suffit pour les tuer. Or, il est manifeste que nos Oammarus superficiels ne seraient pas incommodés par de semblables températiires. Mais Gal (1908) conteste l'exactitude des chiffres de Viré, car les Niphargus ont parfaitement vécu dans une eau dépassant souvent 26®, et Cœcoaphceroma ne périt pas après la congélation de l'eau de sa prison.

Des expériences précises, et surtout comparatives, sont donc nécessaires pour tirer cette affaire au clair ; mais il ne faut point oublier que la résistance des Poïkilothermes aux variations de temi>érature est surtout passive, physique plutôt que physiologique. On conçoit donc que cette réiiistance puisse ne pas être influencée par l'action du milieu extérieur.

S'il est, par conséquent, possible que la résistance des Caver-

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nicoles aux variations de température soit ^ale à celle de8 Superficiels, il n'en résulte pas nécessairement que pareils changements doivent être ressentis de la même façon par les deux catégories d'êtres. Il se peut que les Cavernicoles ressentent ces variations plus fortement et que, par conséquent^ elles puissent constituer une barrière des plus solides à leur dispersion. L'action du milieu peut hyperesthésier ou affaiblir une sensation.

Mais la question, faute d'expérience, reste entière.

b,) Suppre^ion des périodes fixes de reproduction.

Les Arbres, dans les régions à différences saisonnières considérables, passent par des périodes de repos fonctionnel qui se manifestent pas la chute des feuilles. On sait que e^s Arbres à feuilles caduques, perdent leurs feuilles à époque fixe, même lorsqu'ils sont transplantés dans des pays sans saisons. Il existe donc chez ces Végétaux une sorte de mémoire héréditaire d'un événement qui ne peut plus les influencer. Existe-t-il semblable mémoire héréditaire chez les Animaux pour les périodes sexuelles qui dérivent aussi d'une adaptation aux variations saisonnières ! En d'autres termes, les Cavernicoles, qui habitent un miheu à température constante, ont-ils des périodes de maturité sexuelle comme leurs souches lucicoles soumises aux variations saisonnières t

Bedel et Simon (1876) aflftrment que les générations de Cavernicoles se succèdent sans intervalle. Hamman (1896) a trouvé de jeunes Titanethes en mai et en septembre, mais il constate que Protêts pond seulement au mois de mai.

Ces observations sont insuffisantes pour conclure. H est certain que l'hétérogène agglomération de formes qui constitue la faune cavernicole doit présenter de grandes différences aussi à ce point de vue. Néanmoins, il est possible que l'étude de cette question puisse fournir des données intéressantes sur l'époque de l'immigration d'une forme dans le domaine souterrain

c.) Suppression de l'hivernation ou de Testivation.

Ce que je viens de dire de la périodicité sexuelle s'applique aussi à l'hivernation et à Testivation. Joseph (1882) dit que les habi-

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tants de l'entrée des grottes hivernent, mais que ceux qui vivent dans les parties profondes, à température constante, n'hivernent pas. C'est ce que l'on observe, en effet, généralement; mais il peut y avoir des exceptions ; d'ailleurs, toute la question est à reprendre avec des observations plus rigoureuses.

d,) Diminution de l'activité fonctionnelle.

Les partisans de la famine souterraine invoquent la température constante et basse pour expliquer la résistance des Cavernicoles à l'inanition. Chilton (1894) dit, en effet, que l'a'ctivité fonctionnelle de l'organisme étant moindre dans une température constante et basse, la consommation de la machine animale doit être plus faible. Vbrhoepp (1898) admet même l'existence, en cas d'inanition prolongée, d'une sorte de vie lat-ente rendue possible par le séjour dans un milieu froid et invariable.

Ce sommeil de jeûneur que subiraient les Cavernicoles est une supposition toute gratuite,puisqu'aucune observation directe ne l'a constaté et que, d'autre part, il est faux que l'inanition soit la condition normale de la vie du Cavernicole ; nous avons vu, en effet, que la nourriture ne manque pas dans le domaine souterrain.

L'idée que se fait Chilton de l'influence exercée par la teinpérature constante et basse ne me paraît pas plus exacte. Je pense, au contraire, que l'activité fonctionnelle du Cavernicole doit être plus grande, somme toute, que celle de sa souche lucicole. Car, d'ime part, on i)eut admettre que l'hivemation est en général supprimée chez les Cavernicoles et, d'autre part, le fonctionnement de l'organisme par une basse température est moins économique que par une température élevée. L'observation directe a montré que les Cavernicoles sont très agiles et la rapidité de leurs mouvements très considérable.

3 Influence de l'humidité

J'ai déjà indiqué que l'air des cavernes paraissant très sèches est néanmoins beaucoup plus humide que dans bien des régions superficielles. C'est un avantage que présente le domaine

souterrain sur le domaine épigé. Packard (1889, p. 125) constate timidement que « ...total darkness with humidity are perhape not so adverse to invertebrate life as would at first sight seem... » car, par anthropomorphisme, il attribue à la vue une trop grande importance dans la vie des Animaux inférieurs. Or rhumidité est un facteur bien plus important que la lumière dans la biologie de ces êtres et Peyerimhoff (1906) a eu pa^ faitement raison d'insister sur ce point.

On '^ait en effet que si nous exceptons les Mammifères, \e» Oiseaux et une partie des Reptiles, presque tous les autres Animaux sont mal organisés pour résister à Tévaporation des liquides organiques ; presque tous sont rapidement tués par déshydration.

Cependant la résistance à Tévaporation varie dans des limite* assez considérables et elle est réalisée par les artifices les plus variés.

L'humidité constante et forte qui règne dans le domaine souterrain a-t-elle eu une influence sur les descendants des formes lucicoles pourvues de ces adaptations t

On x)ourrait a priori le supposer et faire intervenir le non usage pour en admettre la modification ou la suppression. Mais seule l'expérience doit décider s'il en est ainsi, et elle n'a pps été tentée.

J'ai observé cependant que des Trichoniscns cavernicoles mouraient très vite lorsqu'ils étaient exposés à l'air sec, et que d'ailleurs les grottes complètement sèches (comme on en rencontre en Algérie) sont inhabitées. Je ne sais pas si le fait est génâral, mais il se pourrait que les Cavernicoles fussent moins défendus contre Tassèchement que leurs congénères Lucicoles. Si cela est exact, il faudrait voir là une des plus fortes barrières de dispersion des Cavernicoles et une des raisons principales de leur confinement daiLs le domaine souterrain.

Outre cette influence générale, l'humidité constante peut avoir exercé d'autres influences sur les habitants du domaine souterrain. Elle a pu, par exemple, rendre inutile l'épiphragme des

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Gastropodes, renfouissement de certains Animaux qui dans le domaine superficiel recherchent l'humidité par ce moyen, etc. On manque d'études sur ce point.

Les Animaux aquatiques ont tiré aussi avantage de l'humidité qui règne dans les grottes où il se forme, comme à la surface, des flaques d'eau temporaires pendant les crues. Mais tandis que dans le domaine épigé le dessèchement est une catastrophe qui fait disparaître la plupart des adultes, force le reste à acquérir le pouvoir de reviviscence et provoque l'apparition de germes spéciaux protégés contre l'assèchement, il n'en est pas de même dans le domaine souterrain. Son atmosphère . saturée d'humidité permet aux Animaux aquatiques de vivre a à sec ». Ainsi, dans la grotte de l'Oueil de Neez, j'ai trouvé un gros Nipha/rgus, en parfaite santé, dans un endroit ôil il n'y avait pas la moindre trace d'eau liquide, et cela à la fin de l'automne après une grande période de sécheresse. Mais il y a mieux ; Gakl (1904) a décrit un Copépode : Canthocamptus subterraneus, qui vit sur les crottes de Chauves-souris d'une grotte de Crimée, et non dans l'eau.

Ces faits expliquent aussi les rencontres d'Amphipodes et d'Aselles dans de minuscules flaques d'eau, creusées dans un encroûtement stalagmitique, otl tout aliment paraît manquer. Ces Animaux peuvent, j'en suis convaincu, sortir de l'eau sans danger pour chercher au loin leur nourriture, ce qu'ils ne pourraient faire dans le monde épigé qu'exceptionnellement.

Un autre point est à noter ; comme on a signalé des Cladocères et des Copépodes cavernicoles, il serait intéressant de voir s'ils continuent à pondre des œufs spéciaux, qui résistent à l'assèchement, tout en examinant d'abord si cette habitude leur est inutile ou utile.

4® Influence des dimensions des espaces habitables

Beaucoup d'auteurs ont constaté que les Cavernicoles sont plurt allongés ou plus aplatis que leurs congénères Lueicoles, et ils trouvent l'explication du fait dans une compensation pour la

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perte de vue. J'ai déjà indiqué (v. page 410) ce qu'il fallait penser de cette manière de voir. Faisons remarquer, en outre, que le fait n'est pas général; il existe des (Coléoptères dont l'abdomen est tout à fait globuleux ; d'autre part, les Arachnides et le» Opilionides présentent rarement, à ce point de vue, une différence avec les formes qui habitent à l'extérieur.

A quoi tient cette différence t et pourquoi l'aplatissement et l'allongement n'est-il point un caractère général des Cavernicoles? Je pense en trouver la raison d'une part dans la voie qu'ont prise les souches de ces Animaux pour immigrer dans les cavernes, et, d'autre part, dans l'influence de leur habitat normal. Je crois donc que ces caractères peuvent être aussi bien acquis qu'héréditaires.

Les Cavernicoles qui ont envahi le domaine souterrain par les fentes, et qui les habitent encore, sont ceux qui présentent surtout cet aplatissement et cet allongement. Chilton (1894) attribue, avec juste raison, l'allongement des Crustacés qni habitent les nappes phréatiques de la Nouvelle-Zélande à la nécessité de circuler dans des fentes étroites. On peut expUquer de la même manière l'allongement des Cavernicoles terrestres. J'ajouterai que cet allongement et cet aplatissement ont pu se produire seulement à la suite de l'immigration secondaire des vastes espaces souterrains dans les espaces étroits ; il est possible aussi que pour certaines espèces ces qualités soient héréditaires, la fente ayant servi souvent de voie d'accès dans le domaine souterrain et ayant ainsi produit une sorte de tamisage des candidats cavernicoles.

D'ailleurs, beaucoup de Cavernicoles se sont recrutés panni les habitants des fentes superficielles qui présentent tous deê formes plates et allongées.

Les Silphides, Aranéides, Mollusques, Opilionides, etc., qui ont des formes arrondies et présentent même souvent un gonflement exceptionnel du corps, n'habitent par les fentes; ce sont les colons des vastes espaces souterrains. La voie d'accès prise par leur souche a dû être l'entrée des grottes. Ce qui paraît

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le démontrer c'est qu'on trouve encore leurs proches parents à ces entrées, stations favorites des Silphides, des Aranéides, etc. Notons seulement ici, sans insister, les rapports encore mystérieux, mais certains, qu'il y a entre la taille des Animaux aquatiques et le volume de l'eau dans laquelle ils habitent. SEm>BB (1880, T. I, pp. 196 et s.), et d'autres après lui, ont expérimentalement établi l'existence de ces rapports. On pourra faire probablement l'application de cette découverte aux Cavernicoles aquatiques habitant les bassins lacustres souterrains.

50 Influence de l'état dynamique de l'air et de l'eau

On a maintes fois étudié les effets de l'air en mouvement sur les êtres lucicoles. On sait que les courants aériens favorisent singulièrement la dispersion des Plantes et des Animaux ; on attribue aux effets du vent la fréquence des Insectes aptères dans la faune des îles océaniennes, etc. Mais on n'a pas encore examiné, me semble-t-il, l'influence que les courants aériens peuvent exercer, soit sur le développement des organes fragiles et délicats, soit sur l'évolution des organes capables d'enregistrer les vibrations du milieu, comme certains organes des sens à fonctions statiques ou comme les appendices et poils sensiti£9.

Cette influence est certaine, mais il faut noter que les différents Animaux ne la subissent pas également ; beaucoup n'offrent pas de prise à son action à cause de leur organisation, d'autres s'en affranchissent plus ou moins complètement par leur propre industrie (nids, abris variés, etc.). Mais, là oti elle s'exerce, il doit se produire un arrêt ou une modification dans l'évolution progressive des organes mentionnés.

En effet, les appendices courts et fragiles doivent s'épaissir, les poils allongés et rigides doivent s'assouplir ou se raccourcir ; en un mot, cette influence se manifestera par un épaississement et un assouplissement des organes atteints.

Les organes enregistreurs de vibrations ne pourront pas accroître leur sensibilité au delà d'une certaine limite, car le

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