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vent causerait des troubles trop graves sur un Animal pourvu d'organes trop sensibles.
Voyez ce qui se passe dans un cas analogue avec les Oiseaux de nuit, dont TobU est extrêmement sensible ; Us ne peuvent supporter la lumière du jour.
Or, nous savons que dans le domaine souterrain, sauf rare8 exceptions (trou à vent, cavernes à issues multiples, etc.), il règne un calme parfait; la circulation de Tair se fait d'une façon si lente qu'elle est pratiquement insensible. Il en résulte que l'influence dont il est question ne peut s'exercer.
Les appendices pourront se développer en longueur, et ils pourront être et fragiles et rigides. De fait cela se présente fréquemment dans le domaine souterrain, et l'on connaît la fragilité tout à fait remarquable de certains Cavernicoles (Tiianethes, Dolichopoda, etc.).
D'autre part, l'hjrperesthésie des organes enregistreurs de vibrations est non seulement rendue possible, mais est même très avantageuse à l'animal comme compensation pour l'impossibUité de voir.
Une observation récente et inédite de M. René Jeannel semble fournir un exemple de cette hyperesthésie.
M. Jeannel élève des Antisphodrus navarrious Vuill. dans des cristallisoirs recouverts d'une plaque de verre. Or, il a remarqué que ces Coléoptères paraissent indifférents aux variations d'éclairage, mais qu'ils sont d'une extrême sensibilité au moindre mouvement de l'air. Si l'on souffle sur eux, même légèrement, ils sont pris de convulsions tétaniques, et s'enfuient ensuite précipitamment.
Cette observation sera d'ailleurs approfondie et vérifiée dans les cavernes mêmes. Si c'est réellement le mouvement de l'air qui produit l'effet décrit, il en résulterait que les Antisphodrus, ou las Cavernicoles ayant la même sensibilité, ne doivent jamais se rencontrer dans les trous à vent ou les régions à courants d'air.
Les eaux souterraines n'offrent pas^ au point de vue de leur
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moiiveiiieiit, de grandes différences avec les eanx superficielles ; la proportion des eaux courantes et des eaux stagnantes est à peu près la même. On ne peut donc s'attendre à trouver des diflférences, au x>oint de vue de l'influence de ces mouvements, gntre les formes luoicoles et cavernicoles.
6® Influence de la composition chimique de l'air
ET DE l'eau
La composition chimique de l'atmosphère des cavernes est normale dans la grande majorité des cas. On ignore si les cavernes à dégagement d'acide carbonique sont inhabitées, comme c'est probable, ou s'il existe des êtres qui se sont adaptés à une atmosphère irrespirable pour les Animaux supérieurs.
L'eau stagnante des cavernes est saturée de calcaire, mais cette saturation ne lui est pas spéciale. Beaucoup de mares superficielles sont certainement dans le même cas. L'adaptation physiologique au séjour dans l'eau à divers degrés de saturation doit donc être générale chez tous les Limnobies; il est peu probable, par conséquent, qu'on puisse trouver des adaptations spéciales chez ceux qui habitent les eaux sout^erraines.
VmÉ (1899, p. 36) prétend cependant que les téguments des Niphargus sont « en grande partie décalcifiée », sans d'ailleurs nous donner plus amples détails sur cette stupéfiante découverte et sans nous dire à la suite de quelles observations il a été amené à la faire.
Mais à la page 48 de son mémoire, on trouve l'explication de ce troublant mystère. Voici ce qu'on y lit ; je ne change ni un mot ni une lettre :
« Galcéoles. — On appelle ainsi des sortes de concrétions à structure rayonnée; dispersées sur différents points du corps.
« On y a vu parfois des organes sensoriels. Mais nous ne pensons pas que cette opinion corresponde à la réalité. Ces corpuscules sont en effet disséminés trèn irrégulièrement dans le tégument. Leur nombre varie de 3 ou 4 à plusieurs centaines. Sur quelques exemplaires, elles arrivent à se toucher, à se juxtajKwer
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et à former de véritables plaques ininterrompues. Il est donc naturel d'y voir des ilôts de matières calcaires ayant résisté à la décalcification. »
Cette citation suffit pour convaincre les zoologistes que la décalcification des Niphargus est non une découverte mais une grave erreur. Mais ces lignes peuvent tomber sous les yeux des profanes ; expliquons leur donc ce que sont les calcéoles et les concrétions discoïdales des Amphipodes.
Les calcéoles sont des corpuscules vésiculaires, sphériques ou ovoïdes, fixés au moyen d'un pédoncule sur les appendices antennaires. Depuis leur découverte par Milne-Bdwards en 1830, on a constaté leur présence chez beaucoup d'Amphix>odes, mais, suivant les espèces, soit uniquement chez le mâle, soit chez les deux sexes, et tantôt seulement sur les antennes ou sur les antennules, tantôt sur ces deux sortes d'organes en même temps. Leur répartition sur l'appendice est variable et leur rôle est inconnu.
Les concrétions discoïdales des téguments des Amphipodes sont également connues depuis fort longtemps. et, comme une goutte d'acide suffit pour déceler leur véritable nature, on a toujours été d'accord qu'elles sont calcaires. On n'a pu constater aucune régularité dans la présence de ces concrétions, ni chez les espèces d'un même genre, ni chez les individus d'une même espèce. Quoi qu'il en soit, ils existent aussi bien chez les Lucicoles que chez les Cavernicoles. Et si sur « quelques individus elles arrivent à se toucher » cela doit être considéré comme une preuve d'une calcification intense des téguments de ces exemplaires, et nullement comme le signe d'une décalcification.
7® Influence du régime alimentairb
Nous avons vu qu'on ne peut admettre que dans le domaine souterrain la nourriture soit toujours rare ou même qu'eUe manque souvent. Au point de vue alimentaire cet habitat n'est pas moins favorable que beaucoup d'autres habitats épigés.
La question de l'influence de la pénurie d'aliments, qui est
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fort intéressante en elle-même, est une question générale et non spéciale aux cavernes. Il n'y a donc pas lieu de s'en occuper ici ; il suffit de constater que dans les cas où elle se présente, dans les cavernes ou ailleurs, elle a pour effet soit une diminution du nombre des individus ou des germes, soit un retard dans les périodes de reproduction, soit des adaptations spéciales (arrêt de l'activité fonctionnelle, formation de réserves, etc.). Elle n'influe que rarement, ou pas du tout, sur la taille des Animaux.
D'autre part, presque tous les Animaux poïkilothermes, et particulièrement ceux qui habitent des régions à fortes variations saisonnières, ont acquis, par une longue pratique des misères de cette terre et sans dommage pour l'organisme, la faculté de jeûner.
Mais les ressources alimentaires fournies par le domaine souterrain ont joué un rôle capital dans le choix des Animaux lucicoles immigrés dans les cavernes car, sauf des cas très rares (Rhizophages), la vie n'y est possible qu'aux Saprophages et aux Carnivores ou aux formes qui ont pu s'adapter secondairement à ces régimeij.
8 Influence de la lutte pour l'existence
La lutte pour l'existence existe aussi dans le domaine souterrain, quoique Darwin, Packard et d'autres aient nié son exifitence. La sélection naturelle s'y exerce aussi bien entre individus d'une même espèce qu'entre espèces différentes. Elle ne peut provoquer l'apparition des variations ; mais elle choisit, parmi celles que d'autres facteurs font naître, les plus favorables à l'espèce. Elle rend donc de plus en plus profondes les adaptations au milieu souterrain, en faisant survivre l'espèce la mieux douée et en supprimant la moins apte.
Les espèces qui habitent le domaine souterrain sont beaucoup moins nombreuses que dans le domaine épigé ; il peut donc arriver qu'une espèce immigrée dans les cavernes puisse avoir la chance de se soustraire, complètement ou partiellement, à ses
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ennemis particuliers lucicoles, et même à ses parasite*. Elle pourra même être soustraite aux coups, peut-être mortels, des ennemis nouveaux que les hasards d'une migration ou d'une transformation spécifique susciteront à leur souche épigée, car ces nouveaux ennemis de la souche peuvent ne pas coloniser les cavernes. Le résultat de cet événement sera la disparition des souches et la conservation des descendants cavernicoles. On verra plus loin (voir p. 473) qu'on a de bonnes raisons de croire que les choses se sont passées ainsi pour plusieurs espèces qui habitent actuellement les cavernes.
La lutte pour l'existence et la sélection naturelle doivent aussi jouer un rôle considérable dans l'adjonction de nouveaux membres à la population, déjà adaptée, des Cavernicoles. Comme le fait remarquer VntÉ (1800), le Lucicole qui pénètre dans le domaine souterrain est une proie facile pour le Cavernicole qui a tous les atouts dans son jeu pour vaincre l'intrus dépayse.
Mais cela n'est exact que dans le cas oii l'appareil optique joue un rôle dans la biologie de l'immigrant. Cette considération s'applique dans toute sa rigueur aux vrais Lucicoles oculés, beaucoup moins ou pas du tout aux Lucifuges qui savent se passer de la vue pour la satisfaction des besoins vitaux.
Combien est donc fausse Tidée de ceux qui s'imaginent que les cavernes ont été peuplées par de vrais Lucicoles non encore préparés par leur vie antérieure à l'habitat souterrain !
Journellement de semblables Lucicoles pénètrent dans les cavernes. Le résultat est tout autre que ne le supposent ces théoriciens ; les appareils masticatoires des Cavernicoles en savent quelque chose.