IX. Dîfltrilmtion géograptaiaae des Cavemiooles
Bedel et Simon (1876), dans leur excellent Catalogue des Articulés d'Europe, constatent que les grottes habitées se trouvent entre le 40° et le 60^ de latitude nord. Cette condusion, parfaitement légitime en 1875, s'est transmise sous forme de dogme jusqu'à nos jours. Beaucoup de biospéologistes croient qu'en dehors de la zone de Bedel et Simon il n'existe pas des grottes peuplées de vrais troglobies.
Or, cette idée est certainement erronée. Il suffît de mentionner les trouvailles faites en Algérie, au Tonkin, dans la colonie du Cap, la Nouvelle-Zélande, le Mexique, le Texas^ les Philippines, etc., pour arriver à une toute autre conclusion.
n existe des Cavernicoles partout oti il y a des massifs calcaires et des eaux souterraines.
Certes, il y a des différences dans le peuplement des différentes régions, mais cela tient à des causes multiples et locales. 11 n'est pas possible d'admettre, en l'état actuel de nos connaissances, une cause générale qui puisse rendre azoïque une vaste portion du domaine souterrain.
Si, jusqu'à présent, la faune cavernicole de la zone de Bedel et Simon est la plus riche et la plus variée, cela doit surtout tenir au fait que les grottes de cette zone ont été les seules bien étudiées.
En Algérie, par exemple, dans les provinces d'Alger et de Constantine, beaucoup de grottes sont complètement sèches et azoïques, mais celles qui sont suffisamment humides sont pa^
LES PROBLÈMES BIOSPÉOLOGIQUES 46»
faitement i)euplée8. Comme, d'autre part, les massifs calcaires n'y sont pas très nombreux, il est certain qu'on ne peut s'attendre à trouver dans ces pays une population cavernicole comparable à celle du Earst autrichien ou des Pyrénées. Mais je suis convaincu que les massifs calcaires, vastes, suffisamment humides, et situés en dehors des zones x>olaires, doivent cacher dans leurs cavités une riche population cavernicole, quelle que soit leur situation géographique.
Cette question préliminaire une fois examinée, il nous reste à voir ce qu'on peut déduire de l'étude de la chorologie des Cavernicoles. Malheureusement, il faut convenir que nous ne savons presque rien à ce sujet ; les essais timides faits dans cette voie n'ont fourni que de vagues indications, d'ailleurs très souvent fausses. Je crois qu'il ne peut en être autrement, car toute étude chorologique me semble prématurée même pour le groupe le mieux étudié, les Coléoptères. Certes, on peut s'amuser à dresser des tables statistiques et disx>oser des noms en belles colonnes, mais l'importance d'un tel travail sera nulle. Pour faire œuvre sérieuse il nous manque, pour tous les groupes, un certain nombre d'études préliminaires indispensables : de bonnes révisions taxonomiques, des études sur l'origine et sur la filiation, sur l'éthologie, etc... A ces lacunes s'ajoute aussi l'absence presque complète de renseignements sur les régions situées en dehors de la zone de Bedel et Simon.
Mais, même lorsque ces lacunes seront comblées, on ne pourra se livrer à l'étude chorologique des Cavernicoles pris en bloc ; car les faunes et les flores souterraines sont des faunes et des flores dérivées, formées par une agglomération d'êtres absolument différente, dont l'origine, l'âge, l'ancienneté d'immigration sont très divers. On sera donc réduit à faire des chorologies spéciales pour chaque groux>e homogène, ce qui ne sera i>a8 moins intéressant.
Ce que je viens de dire ne doit pas nous empêcher d'examiner quelques questions très générales dont la solution intéresse au plus haut point la chorologie des Cavernicoles.
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