EMILE G. RAC0VIT2A
à la faune qu'il a découverte dans les niveaux d'eaux de la plaine de Canterbury (Nouvelle-Zélande) un âge post-pliocène, le même que celui de la plaine elle-même, ce qui ne me semble pas absolument démontré.
Je pense que du moment que la faune cavernicole de Canterbury n'a pas de i>arents épigés, vivant actuellement dans la région, il faut lui attribuer un âge bien plus considérable ; l'âge de l'habitat, comme je l'ai dit plus haut, ne suffît pas pour fixer, sans autre considération, l'âge de la faune, surtout lorsqu'il s'agit de faune limnique.
Oabpbnteb (1896) constate aussi la vaste dispersion de certaines espèces cavernicoles : Amérique du Nord, Irlande, Méditerranée, n croit que les grottes (et par ce mot il ne comprend, comme tous ces contemporains, que les macrocavernes à l'exclusion des autres régions bien plus importantes du domaine souterrain) sont récentes, tandis que la communication entre ces diverses régions doit être plus ancienne. Donc, il tronve l'explication dans la transformation convergente des souches sous l'influence des mêmes facteurs. U déclare que si ses déterminations spécifiques sont exactes « we shall hâve proof that the indépendant development of the same species under similar conditions, but in widely distant localities, hâve taken place ».
Tout en ne niant pas le rôle possible des phénomènes de convergence dans l'histoire de quelques Cavernicoles, je ne puis admettre ni l'universalité de son action, ni les conséquences qu'en tire Oabpenteb. On verra plus bas que, si beaucoup de grottes peuvent être considérées comme récentes, il ne s'en suit pas qu'un domaine souterrain habitable n'ait pas existé avant elles. Les cas bien établis de vaste répartition d'un groupe cave^ nicole (GambariM, Proteus, etc.) sont certainement une preuve de l'ancienneté de ces formes et la convergence, portant sur autre chose que les quelques caractères d'adaptation à la vie souterraine, ne peut entrer en ligne de compte. De plus, il est inexact que les cavernes offrent partout exactement les mêmes
LES PROBLÈMES BIOSPÉOLOGIQUES 469
conditions d'existence ; il est donc difficile de concevoir une évplution convergente capable de produire des esi^èces identiques dans des régions très éloignées Tune de Tautre.
Ces quelques objections rendent inacceptables, me semble-t-il, les idées de Cabpbnteb.
Peyebihhofp (1906) a tout récemment proi>osé une séduisante théorie pour fixer Tâge des Cavernicoles terrestres. U commence par constater que la sécheresse et Thumidité jouent on rôle capital dans la vie des Cavernicoles, et que les cavernes n'ont été habitables que vers le début du quaternaire.
Or, à répoque moustérienne le climat était constant et humide; les souches de nos Cavernicoles pouvaient habiter la surface de la terre. Dans la période suivante, le Solutréen, le climat devient sec et variable, et les cavernes s'assèchent progressivement. Les espèces délicates, incapables de s'adapter à ce changement dimatérique, disparaissent ou émigrent, a quelques-unes remontent sur les hauteurs nuageuses et bien arrosées, ou restent dans les anciennes forêts ; d'autres pénètrent dans les cavités du sol où le climat moustérien s'est conservé jusqu'à nos jours. Les formes grandes et agiles peuplent les cavernes ; les formes petites et lentes se contentent du sol et des crevasses. »
Le x>6uplement des cavernes s'est constamment poursuivi depuis : ce Au fur et à mesure du dessèchement de l'atmosphère, il a porté sur des espèces de plus en plus résistantes ; ainsi, le degré de résistance à la sécheresse extérieure, s'il était susceptible de mesure» pourrait dater l'immigration des diverses formes souterraines.
La faune aquatique est peut-être beaucoup plus ancienne que la terrestre.
Je crois que si Peyerdchofp avait essayé d'écrire l'histoire d'un groupe homogène de Cavernicoles (et c'est la seule manière, à mon avis, d'arriver à un résultat certain en biogéographie) il aurait été bien embarrassé pour faire usage de son hypothèse, car nombreuses sont les objections de détail qu'on