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La masse viscérale

J'ai cru devoir donner le nom de masse viscérale au corps ovoïde qui occupe la cavité circonscrite par le manteau. C'est elle que la plupart des auteurs désignent sous le nom insuffisant d^ovaire, ou, comme M. Kossmann (XXXIII), sous le nom incorrect de corps proprement dit. Cette masse est, en effet, formée, dans la plus grande partie de son volume, par l'ovaire, mais elle contient en outre les testicules, les glandes cémentaires et le système nerveux.

Je consacrerai un chapitre spécial à chacun des organes qu'elle renferme, mais je dois décrire ici sa configuration extérieure, son

enveloppe musculo-conjonctive et son squelette musculaire, qui sert de support aux viscères qu'elle contient.

a). Forme et rapports. — Elle est suspendue dans la cavité incuba* trice par un pédicule (fig. G7 et 68, Q) qui en occupe le sommet et qui est sur le prolongement du pédicule extérieur de l'animal. Sa forme est comparable à celle de Tanimal entier, mais elle est plus aplatie d'un côté à lautre, plus régulière de contour aux extrémités et largement échancrée au milieu de son bord inférieur. Le bord dorsal est libre ; le ventral se continue avec le mésentère, qui le rattache au bord correspondant du manteau.

b). Paroi, ses rapports avec le manteau, — Son enveloppe est formée de trois couches, l'une chitineuse, la deuxime épithélio-conjonctive, la troisième musculaire, tout comme le manteau, mais avec des différences qu'il importe de signaler (fig. 68, A, fig. 52 et 48). La couche musculaire est indépendante. Les deux autres dérivent des couches homologues du manteau. La première, après avoir tapissé la face interne de cette membrane, se réfléchit ati niveau du pédicule du mésentère et passe sur la masse viscérale qu'elle revêt entièrement. La seconde est la continuation de cette partie de la couche épithélio-conjonctive du manteau, qui est interne par rapport à la couche musculaire. Le passage se fait au niveau du pédicule et du mésentère, de la manière suivante (fig. 48) :

Au niveau du pédicule^ la couche musculaire du manteau, réduite comme nous l'avons vu à quelques faisceaux parallèles, se jette tout entière dans cet organe où elle se termine sur les fibres conjonctives qui constituent sa masse et qui leur servent de tendons d'insertion. Les fibres épithélio-conjonctives de la couche externe qui, plus haut, se continuaient, à travers le plan musculaire, avec celles de la couche interne, se séparent de celles-ci et se mêlent à celles du pédicule, dont elles prennent peu à peu les caractères. Enfin les fibres épithélio-conjonctives de la couche interne suivent le repli de

la membrane chitineuse interne sur laquelle elles continuent à s'insérer, et remontent avec elles sur la masse viscérale.

Au niveau du mésentère, les choses se passent un peu différemment. Aucun dessin ne montre ce détail avec un grossissement suffisant, mais la ligure 70 peut servir de guide. La couche musculaire reste dans le manteau et passe en face du mésentère^ sans se détourner. La couche conjonctive externe fait de môme, écartant seulement un. peu ses faisceaux en face du mésentère pour qu'ils ne pénètrent pas dans son épaisseur. La couche conjonctive interne seule accompagne la couche chitineuse interne et passe avec elle dans la masse viscérale. Les faisceaux qui, primitivement, se continuaient par leur partie moyenne étranglée avec ceux de la couche externe se continuent dans le mésentère avec leurs voisins, d'un côté à Tautre de ce repli. Mais du changement de direction de cette couche résulte un canal prismatique et triangulaire [k) qui occupe toute la longueur du mésentère en suivant son bord antérieur ou palléal. Ce canal se termine en haut dans le pédicule, en bas dans la masse viscérale, ainsi que nous le verrons plus tard.

Passons maintenant à la structure de la paroi de la masse viscérale.

a). Couche chitineuse. — De même épaisseur que celle du manteau (de quelques ia à I centième de millimètre vers le haut), elle est, comme elle^ finement striée en long, mais elle ne se montre pas non plus formée de couches distinctes, et pour les mômes raisons. Comme celle-ci, elle est hérissée de retinacula très nombreux vers le fond de la cavité incubatrice, plus rares vers le bas, absents sur la partie qui recouvre les glandes cémentaires. Elle est percée de quatre orifices, les deux vulves et les deux pores génitaux mâles.

g). Couche épùhélio'conjonctive. — La flguix 48 en donne une idée d'ensemble, et les figures 52 et 53 permettent d'en reconnaître les détails. Les fibres qui la constituent sont en tout semblables à celles du manteau, mais avec des dimensions un peu inférieures. Elles s'insèrent sur la membrane chitineuse par une base polygonale. Un

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peu plus bas, elles montrent un gros noyau ovalaire nucléole (n) de 5 [X sur 8 jx. Plus bas encore, elles s'atténuent, deviennent cylindriques (/), se ramifient et s'anastomosent çà et là jusqu'à la rencontre de la couche musculaire (m). Comme celles du manteau, elles sont disposées en faisceaux coniques, dont la base élargie regarde le dehors, et dont la pointe s'engage dans la couche musculaire. On peut les comparer chacune à la moitié d'une gerbe coupée en deux au milieu de sa partie étranglée. Leur disposition en quinconce est régulière.

7). Couche musculaire de f enveloppe et squelette musculaire de la masse Viscérale. — Arrivées à la couche musculaire^ les fibres épithélio-conjonctives se comportent de deux façons différentes. Quelques-unes abandonnent le faisceau dont elles font partie, se détournent tan* gentiellement et se jettent dans la couche musculaire pour servir de tendons à ses fibres. Les plus nombreuses restent groupées, gardent leur direction radiaire et se continuent avec des faisceaux musculaires qui traversent horizontalement toute la masse viscérale et vont se terminer de la même manière, à la rencontre de Tenveloppe du côté opposé. On voit avec la plus grande netteté, sur les coupes colorées à Thématoxyline, le changement de nature de la fibre, qui, de conjonctive et hyaline, devient brusquement musculaire et striée, presque sans changer de diamètre (fig. 54 et 53).

Ce sont ces fibres transversales qui, disposées en faisceaux parai* lèles, traversent horizontalement d'un côté à l'autre (et non dorsoventralement) toute la masse viscérale et constituent ce que j'ai appelé le squelette musculaire de celle-ci. Les faisceaux (m') sont disposés un peu irrégulièrement, de manière à former des fragments de plans horizontaux parallèles entre lesquels sont disposées les parties parenchymateuses de la masse viscérale et, en particulier, les tubes de l'ovaire.

Il y a donc, dans la masse viscérale, deux systèmes musculaires bien distincts : un tangentiel (m), appartenant à l'enveloppe, et un transversal (m').

Le premier est en tout comparable à celui du manteau, bien qu'il

n'en dérive pas ; comme lui, il naît en partie des fibre» conjonctives qui forment la masse du pédicule, en partie de celles de l'enveloppe elle-même. Mais ici les rapports sont renversés, et c'est cette dernière origine qui est la plus commune. Ce système tangentiel forme, comme celui du manteau, un réseau de faisceaux entre-croisés entre les mailles duquel passent les faisceaux du système transversal. Son épaisseur est à peu près partout uniforme, excepté en deux points où il se comporte à peu près comme le système musculaire du manteau à l'égard du cloaque. C'est au niveau des glandes cémentaires. Là, les fibres musculaires se détournent de leur direction, de nouveaux faisceaux viennent renforcer les anciens et décrivent avec eux un trajet circulaire de manière à former un sphincter. Ce sphincter est situé non pas autour de Torifice de chaque glande^ mais autour des glandes elles-mêmes et sert à les comprimer («, fig. 87, pi. XXX). Nous verrons plus tard l'utilité de cette disposition.

Le système musculaire transversal présente aussi quelques particularités utiles à noter. Ses fibres proviennent toutes des faisceaux conjonctifs de l'enveloppe et se terminent en général aux faisceaux du côté opposé, juste en face, au point symétrique^ Mais un certain nombre, au lieu de se terminer ainsi, se détournent de leur route en traversant le système musculaire tangentiel et se confondent avec lui (fig. 53, le faisceau 1^ plus inférieur). Ces échanges établissent entre les deux systèmes musculaires une certaine solidarité.

Entre les deux glandes cémentaires, le système transversal est absent (fig. 87, pi. XXX). On a .vu, en effet, que l'espace interposé est occupé par les atnums^ les oviduetet et le canal médian. Mais, plus haut, on le retrouve de nouveau.

Chez les jeunes, comme chez les adultes, le système transversal est formé de fibres striées; mais la striation, faeiie à constater chez celles-ci, est difficile à faire apparaître chez celles-là. Le système tangentiel, nettement strié aussi chez les adultes, ne l'est point encore chez les jeunes, ou du moins je n'ai pu réussir par aucun moyen à. rendre la striation visible.

Ces deux systèmes musculaires ont pour fonction de diminuer dans tous les sens le volume de la masse viscérale et de comprimer ainsi Tovaire au moment de la ponte pour faire sortir les œufs.

8). Endothélium, — De même que, dans le manteau, une tunique endothéliale continue chez les jeunes et probablement aussi chez les adultes, tapisse toutes les lacunes interposées aux faisceaux muscu* laires et épithélio-conjonctifs. C'est chez les premières qu'il est le plus facile d'en prendre connaissance (e, e, e, flg. 52, pi. XXVII). Elle enveloppe d'une gaine complète tous les faisceaux musculaires. Lorsque le rasoir les a tranchés, elle se révèle seulement sur les bords ; mais lorsque la surface d'un faisceau se trouve par hasard dans la coupe > elle se montre sous forme de lambeaux plus ou moins étendus. Elle entoure de môme les faisceaux conjonctifs et se comporte à leur égard comme dans le manteau, c'est-à-dire que, pour passer de Tun à l'autre, elle forme au niveau de leur base une voûte concave vers le dedans. Les cellules constitutives de cet endothélium sont semblables à celles du manteau, mais un peu plus petites.

Enfin, ici aussi, on trouve dans les lacunes que limite l'endothélium des magmas formés par de la matière alibile coagulée par les réactifs.

c). Mésentère, — Le mésentère a été à peu près décrit dans les pages précédentes, car ses rapports intimes avec la m<asse viscérale et avec le manteau m'ont obligé à parler de lui à l'occasion de ces parties. Je ne ferai que rappeler sa situation sur le bord ventral de la masse viscérale, entre le pédicule et le cloaque, sa forme rubanée, aplatie, courbe comme le bord qu'il accompagne. J'ajoute seulement que son bord inférieur est vertical et libre, qu'il est épaissi^ concave en arrière, et qu'il forme, en avant du cloaque, entre la masse viscérale et le manteau qu'il réunit, un ligament solide (a, fig. 67, pi. XXIX). Ce ligament est un moyen efficace de contention pour la masse viscérale.

Sa structure même a été indiquée. Nous avons vu qu'il est formé uniquement par les couches chitineuse etépithélio-conjonctivedela

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masse viscérale s'adossant d'un côté à Tautre pour ne former qu'une simple membrane, sans cavité interposée.

Que Ton suppose, dans la masse viscérale, les viscères enlevés, les faisceaux musculaires disparus^ les faisceaux épithélio-conjonclifs soudés bout à bout entre les deux faces rapprochées, et Ton aura le mésentère.

On peut se représenter la masse viscérale comme une tumeur produite à la face interne du manteau par le développement des viscères dans Tépaisseur de cette membrane, tumeur qui se sera peu à peu énucléée de manière à ne plus être rattachée au manteau que par un lien aplati, le mésentère.

Que Ton suppose le mésentère se dédoublant, se rétractant peu à peu vers le manteau de manière à faire rentrer toute la masse viscérale dans l'épaisseur de cette membrane, et Ton aura une disposition nouvelle qui ne différera de la vraie que par des différences peu importantes.

L'animal sera alors réduit à un cylindre creux, dont les parois seront d'un côté fortement épaissies par la présence des viscères et principalement de l'ovaire dans leur épaisseur. La cavité centrale, diminuée et rendue excentrique par la saillie des viscères, sera réduite à un canal latéral. N'aura-t-on pas là le portrait fidèle d'un pédoncule d'anatife? La Sacculine ne serait alors qu'un anatife réduit à son pédoncule, dans lequel seraient rentrés les organes indispensables à la conservation de l'espèce?

Cette interprétation de la Sacculine a peut-être quelque chose de séduisant, mais elle est fausse de tous points, et si j*ai consacré quelques lignes à l'exposer, c'est pour montrer un exemple de l'inanité des théories bâties sur la comparaison des formes adultes sans le critérium de l'embryogénie. Ce système est cependant familier à bien des gens qui se croient le droit de supposer les animaux en caoutchouc, de les étirer, comprimer, contourner de toutes les manières pour les rendre conformes au type qu'ils ont dans l'imagination, à la seule condition de ne rien violenter. Jamais ils n'oseront

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traverser un plan pour mettre devant ce qui est derrière ; mais, s'il existe la moindre fissure qui leur permette d'en faire le tour, ils ren* versent les rapports et leur conscience est en paix. Les opérations de ce genre sont permises, lorsque Tembryogcnie les montre légitimes ; dans le cas contraire, elles sont téméraires, pour si séduisantes qu'elles paraissent.

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