L'ovaire
L'ovaire est une glande impaire et médiane formée de deux moitiés latérales, disposées symétriquement de part et d'autre du plan médian. C'est faute d'avoir suffisamment connu sa conformation chez l'adulte, et surtout son développement embryonnaire, que tous les auteurs sans exception s'accordent à décrire deux ovaires distincts. Il y a bien, si l'on veut, deux masses ovariques, une à droite, l'autre à gauche du plan médian ; mais ces deux masses sont large* ment réunies Tune à Tautre par un vaste et court canal médian, et elles proviennent de la bilobation d'une formation sphérique, impaire et médiane chez lembryon.
Il y a dans l'ovaire à distinguer trois parties : le canal médian (J, dans toutes les figures}^ qui réunit entre elles les deux masses latérales [K, dans toutes les figures) paires et symétriques, et les ramifications ou tubes ovariques (Z/, dans toutes les figures), qui sont des dépendances de celles-ci.
a). Disposition générale,^ En dehors du point où le canal médian les réunit, les masses latérales restent absolument distinctes l'une de l'autre et se confinent exactement chacune dans la moitié correspondante de la masse viscérale. Les anses que forment leurs ramifications s'adossent dans le plan médian sans communiquer d un côté à l'autre, et sont là séparées par un espace lacunaire en forme de fissure irrégulière {j, fig. 68, pi. XXIX). Elles formentdeux systèmes distincts. Chacun de ces systèmes est constitué par un assemblage
de tubes moniliformes entortillés, ramifiés, iatriqués les uns dans les autres d'une manière si complexe que, chezradulte et même chez le jeune, il est impossible de saisir la loi de leur arrangement. Mais^ pendant les phases larvaires, la chose est plus aisée, et, sans anticiper sur des développements qui trouveront mieux leur place au chapitre de rEmbryogénie,je dois donner ici quelques indications sur son mode de formation.
Au début, alors que le système musculaire transversal n'existe encore que sous forme de cellules embryonnaires, Tovaire forme une masse cellulaire médiane arrondie, entourée d'une membrane mince (0,ilig. 36, pi. XXIV). Si l'animal grandissait sans se modifier autrement, Tovaire garderait en grossissant sa forme sphérique ; mais les cellules embryonnaires {m) qui doivent former les plans musculaires transversaux se réunissent, se disposent par groupes, s'allongent, se soudent bout à bout, s'organisent en fibres et en faisceaux parallèles. Sous la poussée de ces formations envahissantes, l'ovaire commence à se diviser en .deux lobes : les masses latérales (fig. -40 et 41, pi. XXV), qui restent unies par une portion moyenne, le canal médian» Chaque lobe en se développant est obligé de s'insinuer dans les espaces réservés entre les faisceaux, et pour cela de se diviser en lobules cylindriques de plus en plus distincts. Chaque fois qu'un .de ces divcrticules cylindriques rencontre en grandissant un faisceau transversal, il est obligé de se diviser; une moitié passe d'un côté, l'autre de l'autre, et voilà une dichotomie formée. La chose va se répétant sans cesse, mais la membrane enveloppante reste continue et se plie docilement aux inflexions les plus capricieuses.
Cependant, comme les faisceaux musculaires se développent d'une manière à peu près fixe, l'ovaire prend au début une configuration définie, susceptible d'être décrite, et dont la forme complexe propre à l'adulte dérive directement. A un certain moment (fig. 31 , pi. XXrV)) chacune de ses moitiés symétriques forme, au milieu de la moitié latérale du corps dans laquelle elle est logée, une
sorte de gros cylindre renflé au milieu {K). C'est à celte partie renflée que se rattache en dedans le large canal (/) qui met en communication les deux moitiés. De l'extrémité supérieure se détachent cinq à six ramifications en doigt de gant [L), et de Tinférieure deux seulement, qui, d'abord parallèles; ne larderont pas à diverger en s allongeant et à se ramifier. Des bords antérieur et postérieur partent deux larges diverticules aplatis qui se divisent bientôt en trois ou quatre prolongements plus petits, et ceux-ci en deux ou trois ramifications digitiformes. Les antérieurs se portent vers le bord ventral, les postérieurs vers le dorsal, parallèlement à ceux du côté opposé. A mesure que la Sacculine grandit, ces diverticules se divisent de plus en plus, leurs ramifications s'allongent, s'enroulent, se déroulent^ se développent en sinuosités multiples, mais sans sortir de la région où ils se trouvent. On comprend qu'à un moment donné il soit impossible de débrouiller cet inextricable lacis de méandres (A, fig. 87, pi. XXX) ; mais si Ton se rappelle leur mode de formation, il devient possible de saisir la formule de Tensemble.
Après ces explications, je crois pouvoir aborder la description de cet ovaire si compliqué avec quelque chance d'être compris.
a). Canal médian. — Il est situé (7, fig. 31 , pi. XXIV ; fig. 48 et 50, pi. XXYI ; fig. 68, pi. XXIX) entre les deux masses latérales deTovaire, qu'il réunit à leur partie inférieure. En haut et sur les côtés, il se continue donc avec leur face interne ; mais en bas, passant entre les groupes antérieur et postérieur de ramifications descendantes, il se prolonge directement sur l'oviducte. Son bord inférieur irrégulièrement onduleux est donc plus long que son bord supérieur concave. 11 se trouve noyé dans un tissu.conjonctif (y,;, fig. 50) rare et très délicat, à cellules étoilées réunies par de nombreux prolongements, qui le sépare de l'ovaire et du système nerveux. Chez les jeunes, il est un peu plus long que large, et son diamètre est de 5 centièmes de millimètre environ. Chez l'adulte, l'ovaire, gonflé par les produits sexuels, empiète sur lui ; il devient plus court ; son diamètre at-
teint près de 1 millimètre, et sa longueur devient presque nulle.
3). Masses lat&ales, — Chacune d'elles {K, mêmes figures) forme une sorte de gros boyau cylindrique renflé vers le bas, situé dans la moitié latérale du corps à laquelle elle appartient, à égale distance des bords dorsal et ventral. Par sa face interne, elle est en rapport, en bas avec le canal médian, plus haut avec celle du côté opposé, dont elle est séparée par des lacunes aplaties. En dehors elle répond, en bas, juste en face du canal médian, à Toviducte et à la glande cémentaire ; plus haut, à l'enveloppe musculaire de la masse viscérale. Par ses bords, elle donne naissance aux troncs d'origine des ramifications ovariques. Il est à noter que dans* chacune d'elles les deux moitiés dorsale et ventrale, ainsi que les ramifications qui en partent, sont parfaitement semblables, aussi bien chez l'adulte que chez le jeune, et cela contribue à accentuer cette fausse symétrie dont j'ai déjà parlé, par rapport à un plan coronal perpendiculaire au milieu du plan sagittal de symétrie vraie.
y). Tubes ovajiques,-- Gros et peu nombreux à leur point de départ, ils se multiplient et diminuent de^diamètre en se ramifiant sans cesse (L mômes figures). A leur origine, ils sont parallèles au plan sagittal et rayonnent autour de la masse latérale dont ils émanent. Mais plus loin leur direction devient quelconque, et plus loin encore leurs ramifications terminales prennent une direction transversale. Celles-ci forment de longs cylindres de 7 à 8 centièmes de millimètre de diamètre chez les jeunes, de 1/2 à 2 dixièmes de millimètre chez les adultes, très sinueux, couchés horizontalement dans les compartiments que forment pour eux les faisceaux du système musculaire transversal (fig. 52 et 87). Ces compartiments ont d'ailleurs des parois très incomplètes, et à chaque instant on voit un de ces tubes passer à un étage difi'érent ou dans un compartiment voisin.
L'ensemble de l'ovaire peut donc être défini, mais seulement au point de vue de la forme : une vaste glande en tubes, composée et profondément bilobée.
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b). Structure. — Partout Tovaire est limité par une paroi propre^ doublée en dehors d'une couche endothéliale, A rintérieur^ on rencontre une assise de cellules épiihéliales et un contenu cellulaire variable sdon Tâge.
Chez les jeunes, la structure est la même dans tous les points ; mais, chez les adultes qui ont pondu, le canal médian et les parties des masses latérales voisines de Toviducte sont réduits à Tenveloppe. La couche épithéliale a disparu, et s'il y a un contenu, il est formé d'œufs mûrs venus de plus loin.
a). Pam;}rojo?'e.-— Partout continue, elle constitue une membrane fondamentale hyaline extrêmement mince (ûg. Sa, pi. XXYII et p^ ûg. 88, pi. XXX).
^). Endothélium. — En dehors^ cette paroi est revêtue d'une tunique endothéliale (e, mômes figures) qui ne se révèle que dans les points où les cellules qui la forment ont une épaisseur un peu notable en raison de la présence du noyau. Les lacunes interposées à Tovaire et aux faisceaux musculaires sont donc tapissées dans toute l'étendue de la masse viscérale par un endothélium semblable à celui des lacunes du manteau.
y). Epùhélium ovarique. — L'intérieur des tubes a une structure dif^ férente suivant les âges. Chez les jeunes (&g. 50 et 5â), il est rempli de belles cellules toutes semblables entre elles, polyédriques par pression réciproque, à protoplasma granuleux, et contenant un gros noyau avec un petit nucléole très net et quelques grosses granulations. Celles qui confinent à la paroi sont plus ou moins régulièrement rangées en série comme un épithélium. Celles du]centre sont irrégulièrement disposées. Leur diamètre moyen est dei4àl5|ii, celui du noyau de 7 à 8 (jl.
Chez les adultes (fig. 88, pi. XXX), les cellules adossées à la paroi sont nettement disposées en rangée épithéliale {t)\ elles sont de moitié plus petites que chez le jeune. Leur diamètre est de 5 à 6 (a, et celui du noyau un peu plus de 3 [x. Ce sont là les vraies cellules mères des œufs. Aucun auteur n'a encore réussi à les voir. Elles existent
néanmoins. II n'y a pas de doute possible ; mais il faut pour les déceler des coupes très minces, faites sur des pièces durcies et colorées avec beaucoup de ménagement.
L'intérieur du tube est occupé par des cellules toujours plus grosses que les précédentes (/*, /*), et qui représentent les œufs h divers états de développement.
c). Ouogenèse et constitution de Vosuf. — Cette double question de la constitution de Tœuf et de son origine a vivement préoccupé les auteurs qui ont étudié la Sacculine.
M. Gerbe (XXYII) ouvrit le débat en février 1869. Il déclara que les œufs jeunes, de 6 à 8 centièmes de millimètre de diamètre, étaient formées de deux cellules adossées renfermées dans la môme enveloppe. L'une, superficielle, serait l'homologue de là cicatricule des œufs d'oiseaux, l'autre serait le centre d' attraction des éléments nutritifs qui s'accumulent peu à peu daus l'œuf.
Au mois de novembre de la même année, M. Ed. Van Beneoept (XXVIII), répondant à M. Gerbe, accepta certains faits, mais en modifia l'interprétation, et à la théorie de la cellule polaire cicatricule en substitua une nouvelle que l'on peut résumer ainsi. L'ovule au début est représenté par une cellule unique de 6 centièmes de millimètre. Son noyau se divise, un petit bourgeon se développe en un point, un des noyaux passe dans l'intérieur du bourgeon et ainsi se trouvent constituées deux cellules accolées. Aucune membrane ne les enveloppe ni ne les sépare. Ces cellules grandissent peu à peu jusqu'à devenir égales entre elles et à la cellule polaire de Gerbe. L'une d'elles reste stationnaire, tandis que l'autre se gorge d'éléments nutritifs qui rendent le noyau invisible. La grosse cellule grandit sans cesse et, lorsqu'elle a acquis i5 à 18 centièmes de millimètre, la membrane vitelline se forme et passe entre la cellule polaire et la cellule œuf, excluant ainsi la première de la cavité de la seconde. La cellule polaire n'est donc pas une cicatricule. Avant la ponte, elle se détache et reste dans l'œuft où elle con-
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stitue une cellule mère qui se comportera comme celle qui a été envisagée au début, pour donner naissance à de nouveaux œufs. II la compare au cordon protoplasmique de Tœuf des Anchorelles et des Lernéopodes.
M. Ed. Van Beneden avance ensuite que, ie fractionnement n'étant jamais total dans les œufs à cicatricule, Tœuf des Sacculines ne peut avoir de cicatricule, parce qu'il se fractionne dans toute sa masse. Il admet dans l'œuf lexistence d'un noyau, bien qu'il n'ait jamais réussi à le voir, mais il affirme, sans l'avoir vu davantage et en se basant sur des considérations théoriques, que les granulations nutritives sont dans la substance même du vitellus formatif, et que celui-ci ne saurait être accumulé en un point de Tœuf autour du noyau pour constituer quelque chose de comparable à la cicatricule des oiseaux.
Un mois plus tard, M. Balbiani (XXIX), répondant à M. Van Beneden, émit une troisième théorie. Selon lui, il existe déjà dans le Nauplius un ovaire dans lequel les œufs primitifs sont sous la forme de cellules nucléées qui produisent les ovules par bourgeonnement. Chez l'adulte, les petites cellules d'origine des cellules mères naissent par bourgeonnement en dehors de la membrane de l'ovaire et la soulèvent en grandissant. Cette membrane devient ainsi la paroi du follicule ovigere. Ces cellules se multiplient dans les follicules, et, après deux ou trois divisions, l'une des cellules filles de la première génération se modifie pour devenir l'œuf, tandis que sa sœur jumelle forme la cellule polaire. Les autres restent à l'état d'avortons. La cellule polaire entraînée par l'œuf retombe dans le sac ovarien avant la ponte et ne peut servira former d'autres œufs. M. Balbiani admet formellement la multiplication des ovules primordiaux par division. Enfin il décrit dans l'œuf un petit corps réfringent distinct du noyau, et qui serait le centre d'attraction des éléments nutritifs.
Dans une seconde note de janvier 1870, M. Ed. Van Benbdhc (XXX), revenant sur la question, affirme de nouveau que la cellule polaire restée dans l'ovaire donne naissance à de nouveaux œufs. Il
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n'a pu voir la vésicule, centre d'attraction des éléments nutritifs, décrite par Balbiani et révoque en doute son existence.
En i879, M. Giard (XXXII) affirme que le prétendu ovaire du Nauplius n'est autre chose que Tamas de cellules qui formera les pattes de la Gypris. Il admet comme suffisante la déduction de Van Beneden relativement à l'absence de cicatrîcule comme conséquence du fractionnement total, mais il n'apporte aucun fait nouveau dans la discussion.
Enfin^ dans une courte note parue en 1881, M. Pébez (XXXIX) déclare que la cellule polaire s'atrophie et se résorbe avant que l'œuf soit mûr, mais il ne fait pas connaître les observations sur lesquelles il appuie son opinion.
G est bien le cas de dire : Tôt captia^ tôt sensm. Sauf peut-ôtre le fait que la cellule polaire est extérieure à Tœuf, tout est sujet à contestation dans cette difficile question de Tovogenèse. Peut-être me pardonnera- t-on d'ajouter une autre^théorie à celles qui existent déjà, si j'apporte des faits nouveaux suffisants pour la soutenir.
Et d'abord, faisons justice du prétendu ovaire primitif que MM. Gerbe et Balbiani ont cru voir chez le Nauplius. M. Giard est parfaitement dans le vrai. Ges soi-disant œufs larvaires ne sont autre chose que les cellules qui, en se multipliant, formeront les pattes de la Gypris. Les observations embryogéniques que je présenterai plus loin ne laisseront aucun doute à cet égard. L'ovaire de la future Sacculine existe bien chez le Nauplius ; mais, où il est, personne n'a pu le reconnaître, car il faut avoir suivi pas à pas toutes les transformations de la larve pour comprendre sa véritable signification.
Quant â la question de Tovogenèse chez l'adulte, elle est difficile sans doute, mais bien des erreurs de fait et des interprétations erronées auraient pu être évitées par l'emploi des procédés d'investigation que la technique moderne met à notre disposition. Les auteurs des théories que j'ai résumées paraissent s'être contentés de racler l'intérieur de l'ovaire et d'examiner les œufs détachés tels quels ou
après raction de réactifs insuffisants. Seul, M. Balbîani a fait des coupes ; mais ses préparations devaient être trop épaisses ou ma] colorées, car elles ne lui ont pas montré la vérité.
Remarquons que tous les auteurs parlent des cellules mères des œufs. Or aucun ne les a vues. Les plus petits éléments dont ils parlent avaient 6 à 8 centièmes de millimètre. A ce diamètre, ce sont déjà des œufs parfaitement déterminés. Les vraies cellules mères sont dix fois plus petites. Elles ont seulement 6 {x de diamètre. Ce sont elles que j'ai décrites plus haut sous le nom d'épitkélium ovarique. Pour les voir, il faut des coupes épaisses de 1 centième de millimètre au plus, pratiquées sur des pièces traitées avec beaucoup de ménagements par les réactifs durcissants et colorants.
Une coupe d'ovaire faite dans des conditions convenables montre (fig.88, pi. XXX) que la glande est formée d'une membrane de soutien hyaline (;>), épaisse de moins de i [l, doublée extérieurement par la couche endolhéliale {e) dont j'ai déjà parlé. Cette membrane est tapissée intérieurement par une couche épithéliale formée de cellules à peu près cubiques (/), larges de 5 à 6 (jl, munies d'un noyau de 3 à4{jLy dans lequel on voit un petit nucléole. Ce sont les vraies cellules mères des œufs, les seules qui se divisent pour donner naissance à ceux-ci. Cette division se répète plusieurs fois avant que les cellules filles se désagrègent, et donne naissance ainsi à des files cellulaires. Quand la désa« grégationa lieu, les cellules ne s'égrènent pas une à une, mais restent unies (/*, /*), le plus souvent disux par deux, et plus rarement par trois, quatre et plus. Les cellules ainsi accolées sont généralement de dia« mètre difi^érent, l'ainée étant la plus grosse. Mais, qu'on le remarque bien, elles ne sont pas filles les unes des autres ; elles sont sœurs de différents âges et filles d'une môme cellule épithéliale. Dans la file qu'elles forment, l'aînée est terminale et plus grande que les autres, la cadette vient en second comme rang et comme taille, et ainsi de suite jusqu'à la plus jeune, qui est la plus petite et qui confine à la cellule épithéliale. 11 n'y a point d'ailleurs de gradation de taille régulière. Dans un ovaire, quelque temps après la ponte, lorsque TeD-
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graissement des œufs qui feront partie de la prochaine ponte n'a pas encore commencé, les plus grosses ont de S5 à 30 {a, et Ton trouve toutes les intermédiaires entre ce diamètre et celui (6 [*) des cellules épithéliales.
La coupe de l'ovaire présente à ce moment un aspect remarquable. En dedans de son revêtement épithélial, le tube ovarique montre ces courtes files de cellules accolées, et, comme elles vont généralement par deux, la première impression est celle de cellules en voie de division ou de bourgeonnement. Ainsi s'explique la théorie de Van Beneden sur la multiplication des œufs primitifs par eux-mêmes. Même, avant de connaître les observations de ces deux savants, j'avais interprété les faits comme eux. Mais ayant cherché, pour m'assurer positivement de la réalité de cette interprétation, des noyaux en voie de se diviser, je n'en ai pas trouvé un seul, et j'ai reconnu mon erreur. Quels que soient les rapports de taille et de situation des deux cellules accolées, chacune a toujours son noyau entier d*une grosseur proportionnelle à sa taille et parfaitement rond. Aucune ne montre de noyau en biscuit. Il y a plus : chaque cellule possède une mince membrane vitelline, et une cloison existe toujours entre deux cellules accolées^ quelle que soit la taille de la plus petite. Je crois pouvoir être très affirmatif sur ces deux points. J'ai examiné des milliers d'œufs jeunes, d'une taille égale ou inférieure à celle qu'a indiquée M. Yan Beneden (6 centièmes de millimètre), sans jamais en trouver un seul montrant un indice positif de division. J'ai conservé quelques préparations démonstratives que je pourrais montrer aux incrédules.
Il résulte de là que les cellules les plus grosses correspondant aux cellules mères ies auteurs %oni àevéritables osufs; que ceux-ci proviennent des cellules de l'épithélium ovarique, par division ; que, dès leur naissance, alors qu'ils ont un diamètre à peine supérieur à celui des cellules épithéliales, ils sont munis d'une membrane vitelline, d'un vitellus, d'une vésicule germinative (le noyau) et d'une tache gcrminative (le nucléole) ; et que, par conséquent, ils sont de véri-
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tables œufs, incapables de se diviser, incapables de faire autre chose
que grossir et se charger de matériaux nutritifs pour arriver à
maturité.
Dès cet âge, leur vitellus n'est plus parfaitement pur et contient des gouttelettes réfringentes. Ils restent assez longtemps dans cet état ; mais, lorsqu'ils commencent à grossir, ils le font très rapidement, et les intermédiaires sont rares entre la taille de 20 à 30 (jl et celle de 6 à 8 centièmes de millimètre.
Lorsque le moment de s'engraisser est arrivé pour les œufs qui doivent faire partie de la prochaine ponte, on voit des différences très nettes se dessiner entre les ovules jeunes. Des deux qui sont généralement accolés ensemble, un seul (probablement Tainé des deux frères) grandit, tandis que Tautre reste stationnaire. Celui-ci conserve son aspect primitif, tandis que le premier se charge de matériaux nutritifs abondants sous forme de gouttelettes très réfringentes, de diamètre presque uniforme (18 à 20 (jl). Ces gouttelettes, homogènes à Tétat frais, se séparent facilement sous l'action de certains réactifs (acide acétique, acide osmique) en deux parties, une centrale et une périphérique, si nettement délimitées que Toa croirait voir une cellule munie de son noyau {g, fig. 89, pi. XXX). Mais cette interprétation ne pourrait se soutenir, car le prétendu noyau disparaît parfois spontanément. En outre, ses relations de taille avec le globule entier u ont rien de fixe. Parfois gros jusqu'à le remplir presque en entier, il est, dans d'autres cas, réduit à un point central. Je pense que ces globules sont formés d'une matière complexe qui se sépare facilement en deux parties, peut-être les éléments albuminoïdes <l'un côté et les éléments gras de l'autre.
Ainsi constitué, l'œuf approche peu à peu de sa taille définitive et de la maturité en restant toujours accolé à son frère non développé : c'est ce dernier qui constitue la cellule polaire.
L'œuf et la cellule polaire ne sont donc pas les produits de la division ou du bourgeonnement d'une même cellule. Ils sont distincts dès leur naissance et proviennent l'un et l'autre d'une cellule de
répithélium ovarique, qui les a créés l'un après l'autre par deux divisions successives.
La cellule polaire est, selon moi, sans action sur l'œuf. Elle n'a pas à jouer, par rapport à lui, un rôle déterminé. C'est un second œuf, non développé, qui, au lieu de se séparer, est resté accolé à celui-ci pour quelque cause, remarquable par sa généralité^ mais probablement futile par sa nature, et que nous ne connaîtrons peutêtre jamais.
Il est naturel qu'en voyant cette petite cellule toujours accolée à Tœuf, on lui ait attribué une fonction et une signification importante. La chose est bien simple cependant. La cellule polaire étant fixée à Tœuf par les. conditions mêmes de sa naissance, il suffit que son adhérence ait un degré donné de force pour résister, jusqu'à l'époque de la ponte, aux tiraillements que lui fait subir l'accroissement de l'œuf. Ce qui semble inexplicable, c'est plutôt que la cellule polaire soit unique. Puisque les chapelets de trois, quatre, cinq œufs jeunes ne sont pas rares, comment se fait-il que l'on ne trouve pas, accolées à l'œuf développé, tantôt deux, tantôt trois ou quatre cellules polaires? J'en ai parfois observé deux. Elles étaient côte à côte ; mais le fait n'est pas assez fréquent pour suffire à l'explication de cette difficulté, et j'avoue que ce point reste obscur pour moi. On peut répondre que les chapelets de cellules s'égrènent par fragments de deux cellules ; mais pourquoi ?
Quel est le sort ultérieur de la cellule polaire ?
Je suis porté à croire qu'elle se détruit, soit par atrophie sur place, soit après s'être détachée et que sa substance sert à nourrir les autres œufs. Elle ne peut en efi'et rester dans l'ovaire, comme le veut M. Van Beneden, pour donner naissance à de nouveaux œufs, car nous savons qu'elle est incapable de division. Efle pourrait, il est vrai, se développer en uii nouvel œuf; mais alors ce nouvel œuf manquerait de cellule polaire. 11 en existe, il est vrai, chez lesquels on ne peut en découvrir ; mais leur nombre n'est pas suffisant pour faire accepter cette hypothèse, d'autant plus que bon nombre des
ARCH. DK ZOOL. EXP. ET OÉN. — * 2« SÉRIE. — T. II. 1884. 31
œufs chez lesquels on ne voit pas la cellule polaire peuvent ravoir
perdue ou en avoir une en un point caché à Tobservateur.
Pas plus que Van Beneden, je n'ai pu voir la vésicule décrite par Balbiani, qui servirait de centre d'attraction pour les éléments vitellins. Son existence ne me parait pas suffisamment démontrée.
Reste la question de la cicatricule. Van Beneden nie son existence par cette seule raison que la segmentation est totale. Je ne veux pas nier la valeur de cet argument ; mais le savant belge n'a pas fait d'observations positives, et il avoue n*ôtre jamais arrivé à voir le noyau sur les œufs chargés d'éléments deutolécithiques. Ce noyau peut être découvert cependant, et l'observation démontre qu'en effet il n'est point entouré d'une cicatricule. Voici le procédé que j'ai employé. Il a l'avantage d'être très expéditif et de donner des préparations très convaincantes.
On reçoit sur une lame, dans une petite goutte d'eau de mer> la liqueur épaisse qui suinte d'un ovaire coupé en deux. Cette goutte d'eau est nécessaire pour permettre aux œufs de se disséminer au lieu de rester en tas. Dès que ceux-ci ont gagné le fondait» se collent à la lame assez solidement pour permettre les manipulations suivantes. On fait écouler l'eau, on lave rapidement à l'alcool à 90 degrés, puis on recouvre de quelques gouttes de carmin alcoolique au borax de Grenacher. Après une ou deux minutes, on lave à ralcool additionné d'acide chlorhydrique, et l'on monte dans la glycérine. Les membranes cellulaires^ les noyaux et nucléoles, le protoplasma sont teints en rose ou en rouge plus ou moins vif, et le vitellos est à peine coloré. En outre, il devient transparent dans la glycérine et ne s'oppose plus à l'observation comme auparavant.
La cellule polaire (fig. 91 , pi. XXX) collée àl'œuf, parfois à demi en^ chassée dans lui, se montre semblable aux jeunes ovules non engraissés. Elle a sa membrane mince, mais complète^ son protoplasma gra^ nuleux très pur autour du noyau, et, à la périphérie, un petit nombre de gouttelettes réfringences, non colorées par le carmin et disposées
en cercle. L'œuf (flg. 89, pi. XXX) se montre composé d'une masse de globules vilellîns (g), qui remplit sa membrane. Le noyau, ou vésicule germinative (A), est remarquable par sa situation tout à fait périphérique. 11 se montre sous l'aspect d'une vésicule rose à contenu granuleuXj limité par une membrane très délicate. Son diamètre moyen est de 15 à 18 [A. Sa souplesse est si grande qu'il s'insinue souvent entre les globules vitellins et prend une forme étoilée. Lorsqu'il se voit tout à fait de profil (fig. 90, pi. XXX), on constate que la membrane vitelline se déprime à son niveau en une sorte de puits profond de 8 à 10 (A, dont le fond est enchâssé dans la vésicule elle-même. Mais le fond m'a paru toujours terminé en cul-de-sac. Je n'ai pu voif d'orifice raicropylaire. Enfin, dans Tintérieur de la vésicule germl* native, on aperçoit le nucléole ou tache germinative, réfringent, parfaitement arrondi, large de 6 à 6 |A, teint en rouge vif et pourvu au centre d'un nucléolule ou d'une vacuole qu'il n'est pas toujours possible de faire apparaître.