ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — «« SÉRIE. — T. II
remplissent, ils glissent contre ses parois, et leur extrémité finit par rencontrer un rétinacle et par y rester accrochée. Les rétinacles étant beaucoup plus nombreux que les diTisions terminales des tubes ovifères, un bon nombre reste toujours inoccupé.
Lorsque Péclosion a eu lieu, si Ton examine la chitineuse de la cavité incubatrice, on voit ces rtîinacula^ les uns vierges, tels que les représente la figure 80, pi. XXIX, les autres nantis d'un petit lambeau membraneux froissé, reste du tube qu'ils avaient accroché et qui s'est brisé à'peu de distance de son extrémité (Og. 78).
c). Développement des retinaculà. -^ Ainsi que je le montrerai plus tard, en exposant la physiologie de l'animal, après chaque éclosion, et avant une nouvelle ponte, la membrane chitineuse qui revêt la cavité incubatrice se détache et est éliminée par le cloaque. Je ne veux pas entrer maintenant dans le détail des faits, et, si j'en parle ici, c'est seulement pour dire qu'après cette mue, la couche choriale du manteau et de la masse viscérale ne se trouvent pas à nu, et que, sous la membrane chitineuse qui s'en va s'en trouve une noutelle toute formée. L'ancienne chitineuse entraîne avec elle ses nombreux re* tînacula; la nouvelle se trouve hérissée de nouveaux appareils tout semblables. La question est de savoir comment ils se sont formés.
Je dirai d'abord qu'ils ne dérivent pas des anciens. On pourrait croire que les rétinacles sont des formations permanentes qui, par la mue, se dépouillent seulement d'une enveloppe superficielle et en sécrètent une nouvelle. II n'en est rien. Ce sont des formations extracellulaires, purement chitineuses, qui s'en vont eniiemneni avec la mue et doivent se reformer au complet. Il est vrai que géné^^ ralement les nouveaux se forment exactement au«-dessous des an-^ ciens, mais le fait n'est pas constant ; souvent un nouveau apparat! là où il n'y en avait pas auparavant. Lorsqu'ils occupent la même place que ceux-ci, ils se forment néanmoins indépendamment d'eux^ et la coïncidence de situation tient seulement à ce que les rétinacles sont formés en des points déterminés de la couche choriale.
Pour étudier leur mode d'apparition, il ne faut pas choisir une Sacculine qui vient d'émetlre ses Naupliu» Ou même dont la ponte soit mûre. A ce moment, il est trop tard, et, sur la chitineuse de remplacement, les nouveaux tétinacles sont déjà formés. Il faut s'y prendre plus tôt et choisir des âacculines dont la ponte soit encore blanche, et, par conséquent, loin de Tépoque de la maturité.
On commence par exciser un lambeau de manteau de 7 à 8 millimètres de côté et^pas trop voisin du cloaque. On Tétale par sa face externe sur une lame porteK)bjet, et, la maintenant de la main gauche avec une pince^ on arrache de la main droite armée d'une seconde pince la membrane de chitine qui revôtla face interne. C'est ici^ qu'il faut quelque adresse, car on doit enlever cette membrane par grands lambeaux, d'une seule pièce si faire se peut, et entraîner avec elle une mince Couche de la 2one choriale sous-jacente. Si l'on prend trop épais, on ne peut observer faute de transparence; si l'on prend trop mince, on n'entraîne pas les parties qu'il faut étudier. Rejetant alors le lambeau de manteau, on étale la membrane chitineuse arrachée, soit sur la face externe, soit sur la face interne, selon ce que l'on veut voir; ou bien encore on peut lui faire un pU de manière à observer de profil soit une face, soit l'autre. On peut observer à l'état naturel, ou ajouter un peu d'acide acétique, ou colorer au picro* carmin et monter dans la glycérine acide. U faut examiner la préparation avec un bon objectif à immersion donnant des grossissements de 400 à BOO diamètres. Gomme les préparations sont un peu épaisses^ les objectifs à grande distance frontale de Nachet rendent de grands services.
L'état le plus jeune sous lequel on rencontre les rétinades nous les montre sous la forme de petites masses de chitine^ arrondie» on un peu irrégulières, d'abord pleines, qui bientôt se creusent d'une petite Cavité centrale (fig. 77). Leur diamètre estde 8 à 10|a. Biles sont placées sous la lame chitineuse qui revêt la couche choriale^ au centre môme de la base des gerbes de fibres épithélio-conjonctives. CSette situation •si fixe et explique pourquoi les rétinacles se trouveront plus tard
au centre des systèmes concentriques circulaires formés par les bases d'insertions des fibres.
La cavité centrale s'agrandit peu à peu, à mesure que la paroi s amincit, et bientôt on voit, de son fond, s'élever un bouquet de petites papilles lancéolées. C'est à cet état que nous le montre la figure 81 : la membrane de chitine a été ployée sur sa face libre et deux rétinacles, un ancien et un qui commence à se former se trouvent sur le pli. L'ancien (6) étant sur la face libre est naturellement situé entre les deux lames du pli et se voit en partie à travers celle qui le couvre (a). Le nouveau (c), se trouvant à la face profonde, se voit à nu. On constate qu'il occupe le centre d 'un cercle de fibres épithélio-conjonctives disposées régulièrement autour de lui {d). Les fibres sont celles de la région centrale de la gerbe correspondante. Leur pied seul a été dessiné, et^ par suite du traitement par l'acide acétique faible^ il est gonflé et peu distinct, mais les noyaux, rendus plus visibles à travers les tissus éclaircis par le réactif, sont très apparents. Le jeune rétinacle, parfaitement distinct quoique très pâle, se montre sous la forme d^une vésicule sphérique à parois minces de 22 [l de diamètre du fond de laquelle s'élèvent six papilles lancéolées, groupées à la base, divergentes au sommet. Si l'objectif est bon, il permet de reconnaître déjà les barbelures qui les hérissent. La couche chitineuse de nouvelle formation qui remplacera l'ancienne n'existe pas encore. Lorsqu'elle se formera, on la verra apparaître au contact même du pie4 des fibres, au-dessous du rétinacle, en sorte que celui-ci se trouvera d'emblée à la surface externe de cette membrane. Cela d'ailleurs ne pouvait être autrement, puisque les fibres sécrètent la membrane de chitine au contact même de leur base.
Un peu plus tard, lorsque la couche nouvelle aura acquis quelque consistnnce, l'ancienne commencera à devenir moins adhérente. Il sera facile de l'arracher seule, et la nouvelle montrera les retmacula saillants à sa surface, mais encore renfermés dans la vésicule chiti* neuse où ils sont nés (fig. 82).
Enfin, la mue de l'ancienne membrane chitineuse a eu lieu, les
vésicules se trouvent à nu dans la cavité incubatrice. Elles se déchirent et disparaissent, et les rétinacles se trouvent libres, prêts à entrer en fonctions (ûg. 80). Ils sont d'aborS sessiles, mais peu à peu leur pied se forme et les caractères définitifs se trouvent acquis (fig. 78, sauf la membrane c).
11 résulte de cette étude que les rétinacles, malgré la complication de leur structure, sont des formations purement chitineuses, extracellulaires et ne diffèrent pas, morphologiquement, des papilles, des rugosités, des poils que forment si souvent les membranes chitineuses chez les animaux.
Dans le chapitre où je traiterai de la pathologie de la Sacculine, j'expliquerai la formation des corpuscules représentés à côté des rétinacles dans les figures 83 et 84. Je me contente de les mentionner ici et de dire que ce sont des rétinacles monstrueux qui ont subi un développement anormal et exagéré.