Nutrition
Nous avons vu que la Sacculine jeune diffère de Tadulte par quelques caractères importants : Timperforation de la vulve et la fermeture du cloaque. Mais dès que la membrane qui fermait le cloaque a disparu, dès que la paroi externe de Tatrium s'est détruite par dégénérescence chitineuse et atrophie consécutive, la communication entre l'ovaire et la cavité ineubatrice et entre celle-ci et l'extérieur se trouve établie, et la Sacculine jeune ne diffère plus que par la taille et l'immaturité des produits sexuels d'une Sacculine adulte prise après l'émission des Nauplius et avant une ponte nouvelle.
*} Chez le jeune. — Aussi jeune qu'on peut la rencontrer, alors
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qa*6lle n'a que 3 millimètrea de long, autant de large et f millimètre d'épaisseur, la Sacculine a déjà 6n?abl de ses filaments radiciformes le corps tout entier de son hôte, jusque dans les points les plus reculés. Ses racines sont moins nombreuses qu'à Tftge adulte, elles ne sont pas moins étendues. Elles sont déjà munies de leur appareil lagéniforme et pompent activement le plasma de la cavité générale du Crabe. Après avoir été absorbés par les racines, les sucs nutritifs montent dans leur intérieur, arrivent à la membrane basilaire, puis au pédicule, en traversant les lacunes du tissu cavernewi qui les constituent et passent de proche en proche dans les diverses parties du corps. Là ils sont contenus, comme nous l'avons vu, dans des la** cunes plus grandes, limitées par Tendothélium continu de la masse viscérale et du manteau. Ce liquide ne contient point d'éléments figurés. La membrane endotbéliale qui le sépare dei éléments anatomiques n'est point d'ailleurs pour lui une barrière, et l'osmose a lieu sans doute i travers elle avec une grande facilité.
**) Ckn raduliê, on observe un certain perfectionnement. A force de passer toujours par les mêmes voies, le liquide nutritif les a élargies et a créé de la sorte un certain nombre de cavités qui ont été décrites en détail (p. 535 et suiv.)- Ce ne sont, au fond, que des lacunes fusionnées. Les sucs aspirés par les racines se rassemblent dans la cavité du pédicule, et de là se distribuent dans le corps par trois voies principales (flg. 68, pi. XXIX) : dans le manteau, par la fente circulaire et les orifices spéciaux que j'ai décrits à son inser" tion (o) ; dans la masse viscérale, par le canal du mésentère (/) et par le diverticulum (n) qui descend entre les deux canaux déférents. Ce dernier les conduit directement à la partie supérieure de l'ovaire et aux testicules. Le canal mésentérique, au contraire, en laisse bien échapper une partie tout le long de son trajet par les lacunes du mésentère, mais la plus grande partie est déversée directement à l'extrémité inférieure de la masse viscérale. Or je ferai remarquer que c'est là que se trouvent les organes dont la vie est la plus active
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et a le plus besoin d*6tre stimulée, le système nerveux, les glandes cémentaires, et surtout la portion terminale de l'ovaire, c'est-à-dire le point où les œufs achèvent de se gorger de la matière nutritive qui sera le seul aliment de l'embryon jusqu'à ce qu'il ait trouvé à se fixer sur un nouvel hôte.
D'ailleurs, il n'est pas de point si reculé dansle corps ott la matière alibile ne puisse parvenir. Toutes les lacunes communiquent entre elles. J'ai pu, en poussant une injection au bichromate de plomb, dans la partie inférieure du canal mésentérique, remplir les lacunes de la masse viscérale, celles du manteau, et faire pénétrer le liquide jusque dans les racines. Celles-ci ne se remplissent jamais toutes, mais quelques-unes se laissent pénétrer très loin.
Il nous reste à rechercher la cause de la pénétration des liquides dans les racines et celle de leur ascension dans le corps du parasite.
Pour ce qui est de cette dernière, elle est facile à comprendre. Il ne saurait être ici question de capillarité. La Sacculine n'est pas comme une substance poreuse et sèche qui s'imbibe de liquide dès qu'un de ses points vient à en être baigné. Elle est, dès Torigine, humectée, et ses lacunes sont constamment pleines. Mais les éléments anatomiques absorbent sans cesse le liquide des lacunes pour se développer. Les œufs surtout en font une consommation considérable. Le liquide des lacunes diminue donc de quantité et surtout s'appauvrit en certains principes. Gela constitue deux causes : une mécanique, la différence de tension, une physique, la différence de nature, qui déterminent des courants continuels du Crabe vers le parasite.
Les actions musculaires de la Sacculine, bien que fort lentes, sont profondes et assez énergiques et ont leur part d'influence sur les mouvements et la répartition du liquide contenu dans les lacunes.
La cause de la pénétration des liquides dans les racines réside certainement dans Tosmose qui a lieu à travers les parois chitineuse
et épithéliale de ceux-ci. Mais ici se pose la question de savoir si ces phénomènes osmotiques ont un siège, un organe spécial, ou s'ils ont lieu dans toute l'étendue des tubes. En d'autres termes, quelles sont les fonctions des follicules lagéniformes?
M. Jourdain (XL), qui les a découverts^ fait à leur sujet une seule hypothèse : il pense qu'ils sont « peut-être le siège d'une sécrétion qui modifie, de manière à les rendre absorbables, soit les liquides, soit aussi les éléments anatomiques du Crabe sur lequel la Sacculine vit en parasite. » Il y a cependant deux autres hypothèses à faire, aussi plausibles pour le moins que celles de M. Jourdain : les follicules lagéniformes peuvent être des organes d'absorption, ils peuvent être aussi des organes de sécrétion excrémentitielle.
Pour décider la question relative à l'absorption, j'ai tenté quelques expériences. Malheureusement, elles ne m'ont donné que des résultats négatifs. J'ai injecté, dans la cavité générale du Crabe, du carmin précipité en granulations très fines par l'acide acétique, mais de manière que le liquide soit presque neutre. Le Crabe vécut quelques heures, puis mourut. Ayant soumis son sang à l'examen microscopique, je constatai que les globules étaient encore parfaitement vivants et s'étaient chargés de nombreuses granulations de carmin. Les tubes de la Sacculine n'en avaient absorbé aucune. Le résultat était prévu d'avance, car la membrane chitineuse, toute mince qu'elle est, doit s'opposer entièrement à l'absorption des par^ ticules solides, pour si fines qu'elles soient.
J'injectai alors une solution ammoniacale presque neutre de carmin. A l'examen, je constatai le lendemain que tous les tissus du Crabe avaient absorbé la matière colorante : le tissu conjonctif était rouge vif, les nerfs roses. Les racines de la Sacculine étaient restées incolores et n'avaient rien absorbé. Ces résultats négatifs prouvent seulement que les racines n'absorbent pas dans les conditions de ces expériences, et rien de plus, car il est certain, a priori, que les racines absorbent. Il faudrait trouver un liquide coloré dont l'injection ne compromit pas la santé du Crabe et qui pût être absorbé par
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les racines. Où verrait alors si la matière colorante passe par la surface entière des racines avec ou sans exclusion des follicules lagéni* formes, ou si l'absorption a lieu par ces derniers seulement. Jusquelà, nous sommes réduits à chercher» par la critique théorique, laquelle des trois hypothèses proposées est la plus probable.
Celle de M. Jourdain me paratt bien peu fondée. Les élémenta anatomiques du Crabe ne sont jamais attaqués par la Sacculine. Celle-ci ne se nourrit que du plasma de son sang. Or ce plasma est un aliment qui ne doit pas avoir besoin de subir de grandes modifia cations pour devenir propre à entretenir la vie du parasite. En outre» le sang du Crabe, étant toujours en mouvement, n'aurait guère le temps de subir sur place TacUon du liquide digestif sécrété par les follicules.
La première des deux hypothèses que J'ai hasardées trouve nn certain appui dans ce fait que le coagulum qui occupe la cavité des ibllicules a, sur les coupes, le même aspect que celui que Ton trouve dans les lacunes à l'intérieur de la Sacculine. Mais une ressemblance d'aspect n'a pas une bien grande valeur, et il me semble que ce serait restreindre beaucoup la surfkce d'absorption que de la limiter à la cavité des follicules lagéniformea.
Sans être aucunement en mesure de la démontrer, je penche vers ma dernière supposition. Il me paratt fort possible que les foUi'* cules lagénîformes soient les organes d'excrétion du parasite, ceux par lesquels, étant privé d*émonctoires débouchant à l'extérieur, H déverserait dans le sang du Crabe ses produits de dénutrition. Il fout bien que les substances organiques usées et brûlées par la Sacculine ftoieni éliminées» Or elle n*a aucun organe excréteur en communica* Uon avec le dehors. Les seuls produits qu^elle rejette sont les mem<> branes de chitine qu'elle élimine par la mue. La chitine peut bien être considérée à la rigueur comme une substance excrémentitielle, mais les quantités éliminées sont insignifiantes et pendant toute la jeunf^st&e du parasite «Ites sont nulles. Je ne vois que les follicules lagséniformes qui puissent remplir les fonctions d'organes excréteurs.
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Gonstamitieat baignés par le sang du Crabe, ils peuvent déyersef au sein de ce liquide les produits usés et ceux-ci se mélangent à ceux fournis par le fonctionnement des organes du Crabe lui-même et sont éliminés par les émonctoires naturels de celui^^Ci.
En résumé, la Sacculine absorbé par ses racines (probablement par leur surface générale) l3s aliments indispensables à la rénovation de ses tissus et l'oxygène néiôessaire à leur vie; elle rejette par ces mêmes racines (probablement par leà fbllicules lagénifbrmes) les produits usés; en sorte que leê t^etneè JôHmt piouf la Saûdnltnê pûf rapport au Crabe le même rôle que^ chez les Mammifères, le plûtenta pmÊt le fmtm par mppoH i la mère. Ce n'est là assurément qu'une h3rpothèsé, et je la donne pour telle, mais elle me semble eoncoràer aM8E bien avec led faits connus.
Tant que la Sacculine n'a pas atteint une taille de iO millimèlréift environ, elle ne fait que s'accrèitroi mais à partir de cê moment elle entre dans la période de reproduction qui ne s'arrêtera désor* mais qu*à la mort.