PREMIÈRE PARTIE : PÉRIODE LARVAIRE
i. Stade Nauplius. (PI. XXII.)
Après un séjour de quatre à cinq semaines environ dans la cavité incubatrice, la ponte est mûre, et l'émission des Nauplius a lieu dans les conditions qui ont été indiquées plus haut (p. 545).
Ces larves vues déjà par Gavolini (I) et par la plupart des auteurs suivants ont été bien étudiées pour la première fois par Fritz Muel- LER (XXIII). Ed. Van Beneden (XXXI), Kossmann (XXXÎII) et Giard
> Principalement par Edouard Van Beneden (XXXI).
ARCU. DB ZOOL. EXP. ET QÈHm — 2« SÂRlE. — T. If. 188^. 36
56â YVES DBLÂ6B.
(XXXII et XXXV) perfectionnèrent dans une certaine mesure les coo-
naissances acquises par les travaux de ce naturaliste.
A. Nauplim à sa naissance et après la première mue. — Dans toutes les pontes, on rencontre en proportion variable deux sortes bien distinctes de Nauplius : Tune (flg. 1) ovoïde, courte, trapue, terminée par des appendices abdominaux en forme de V aussi larges que longs; l'autre (&g. 2), un peu plus grande, piriforme, à extrémité ' abdominale atténuée et terminée par deux stylets divergents bien plus longs que larges. On n'observe pas de formes intermédiaires.
L'existence de deux sortes distinctes de Nauplius a été reconnue pour la première fois par M. Qerbe (XX) en 4862, et ce soologiste a cru qu'elle était l'indice d'une différence sexuelle déjà appréciable à cet âge. La forme trapue à courts appendices serait la femelle, la forme élancée à longs stylets serait le mâle.
En 1874, M. Kossmann (XXXIIl) reconnut aussi ces deux formes et donna la seconde comme dérivant de la première à la suite d'une mue qui aurait lieu au bout de vingt-quatre beurett
La même année, mais un peu plus tard, M. Ounn (XXXV), qui n'avait^ pas eu le temps de prendre connaissance du travail de M. .Kossmann, affirma de nouveau le fait et avec plus d'exactitude. Il fit voir que la seconde forme était la conséquence d'une mue qui avait lieu dès la naissance, sinon môme» pour quelques larves, avant réclosion.
Je suis pleinement en mesure de confirmer l'opinion de M. Giabd. Je ne sais si quelquefois la mue a lieu avant l'éclosion, mais certainement elle la suit souvent de bien près. En examinant les individus de la forme courte, on constate, lorsqu'ils se préparent à faire leur première mue, que les nouveaux appendices abdominaux, que l'on voit par transparence à travers les anciens (Z., 11g. i), sont beaucoup plus longs que ceux-ci. Enfin, j'ai vu plusieurs fois la mue se faire sous mes yeux et laformelongue se dégager laissant une dépouille de la forme courte. Le doute n'est donc pas possible. Mais il faut ^jouter
ÉVOLUTION DE hk SACCULINE. 36S
que souvent cette première mue est plus tardive. On trouve des formes courtes encore après un ou deux jours. Mais c'est là Tindicc d'un développement qui marche mal. Les pontes où la forme courte est commune le second jour arrivent rarement à bien.
Les deux formes ne différant que par des caractères secondaires, je les réunirai dans les descriptions suivantes.
a). Conformation extérieure. — a). Forme et dimensions du corps. — La forme courte mesure, non compris les appendices, 16 centièmes à. il centièmes de millimètre de long sur 12 centièmes de millimètre de large. La forme longue a 22 centièmes à 23 centièmes de millimètre de long. Sa largeur est de 13 centièmes de millimètre au niveau des cornes frontales, sans les comprendre dans cette mesure, 10 centièmes de millimètre au niveau du rostre et 3 centièmes de millimètre seulement au niveau des appendices abdominaux. Ceux-ci ont 1 centième de millimètre de long dans la forme courte et 5 centièmes de millimètre dans la forme élancée. L'épaisseur du corps dépasse un peu 10 centiènles de millimètre au niveau du milieu du thorax.
La forme courte est ovoïde, à grosse extrémité supérieure ^ Son bord frontal très convexe est échancré au milieu, au-dessus de Tœil; ses appendices abdominaux, aussi larges que longs, ont la forme A'ixri double V. lisse touchent à leur base sur la ligne médiane. Les bords latéraux du corps sont sinueux. L'animal entier a l'air trapu et replet.
Ainsi qu'il résulte des nombres précédents, la forme devient plus élancée après la première mue. Le bord supérieur du corps, beaucoup moins arqué, n'est plus échancré au milieu. Il mesure la plus grande largeur de l'animal. Il se continue insensiblement avec les cornes frontales. Les bords latéraux sont rectilignes et convergent vers l'extrémité inférieure.
* Dans tontes les descriptions, l'animal est supposé placé verticalement, la tète en haut, U face ventrale en avant.
Vu de profil, Tanimal a une forme que l'on ne peut soupçonner de face. Il est comme bossu ou tout au moins très voûté. La tête, très épaisse et saillante sur la face ventrale, se termine en avant, vers le milieu du corps, par une sorte de bec (A, flg. % 4, 7) au-dessous duquel se trouve une profonde encoche; puis vient le reste du corps régulièrement arrondi, non segmenté, formé d'une massé indivise contenant en puissance le thorax et Vabdomen^ et dont la plus grande partie formera le thorax et ses appendices, tandis que l'extrémité terminale se transformer^ en un abdomen rudimentaire. Ce rostre est orné de petits tubercules chitineux (fîg. 2) disposés en séries régulières et divisé dans sa longueur par deux lignes très superficielles qui convergent vers sa pointe. Au-dessous de lui, il n'existe aucune solution de continuité des téguments.
Il n'y a pas de bouche, pas plus que d'anus ni de tube digestif. Une ligne très accentuée sépare la tête du thorax, en avant, audessous du rostre.
P). Cornes frontales. — Les cornes frontales (F dans toutes les figures de la planche) ne sont point des appendices. Elles ne sont pas articulées. Ce sont de simples prolongements tubuleux de la tête autour des conduits excréteurs des glandes frontales. La figure 9 donne une idée exacte de leur constitution. Elles sont formées par un court prolongement légèrement conique, dont le fond est percé, et où viennent aboutir les glandes frontales. Leurs bords supérieur et inférieur sont prolongés en une sorte d'épine purement chitineuse sans cavité intérieure. Il y a deux épines de ce genre à chaque corne et non pas trois, comme le dit M. Giard.
Il y a, comme on sait, trois paires d'appendices, une supérieure, les antennes, deux inférieures, les premiers membres céphaliques du crustacé.
y). Antennes. — Les antennes {A dans toutes les figures de la planche) sont uniramées. Chacune forme un appendice court et puissant que l'animal dirige parfois en bas, comme les autres membres, mais plus souvent en haut. Elles sont formées de trois
articles (fig. â). Le premier, gros et court, s'articule avec une sorte de moignon de môme forme qui se continue avec le corps sans s'articuler avec lui. Le second est allongé et plus renflé au milieu qu'aux extrémités. Le dernier est large et peu élevé et forme une sorte de dôme très surbaissé.
Chaque antenne porte cinq soies raides et fortes. Une s'insère sur le deuxième article, du côté interne^ à sa jonction avec le troisième ; elle a 25 [Ji. de longueur. Les quatre autres sont portées par l'article terminal. Les deux extrêmes ne sont guère plus longues que la précédente. Les deux moyennes atteignent la moitié de la longueur du corps du Nauplius. Toutes ces soies sont fortes à la base et se terminent en pointe fine.
8). Première paire de membres bïramés, — La première patte biramée {P dans toutes les figures de la planche) prend naissance à la face ventrale, un peu au-dessous de l'origine des antennes (fig. 2). Elle commence par un moignon étroit à la base, élargi au sommet. Ce moignon n'est pas articulé à sa base avec le corps. Il porte un article large et court unique. C'est après lui seulement que commence la bifurcation. Il donne attache, en effet, à deux appendices divergents, étroits aux extrémités, renflés au milieu.
La rame supérieure est située aussi un peu en avant de sa congénère. Elle commence par un fort article dont le bord inférieur est régulièretnent convexe, tandis que le supérieur se montre divisé par trois ou quatre échancrures qui indiquent une tendance vers une séparation en articles qui n'a pu se réaliser complètement. A la suite de ce segment en viennent trois autres qui vont en diminuant régulièrement de grosseur. La rame dorsale est donc formée de quatre segments situés bout à bout. Elle est pourvue de cinq longues soies arquées dont la longueur dépasse la moitié de celle du corps et en atteint presque les deux tiers. Mais ces soies ne sont pas directement implantées dans les segments du membre. Elles s'unissent à eux, chacune par l'intermédiaire d'un petit article