IV NOTES ET REVUE
RÉPONSE A M. BALBFANI, par M. Maupas.
A peine les quatre pages d'introdaction de mon travail sur les Infusoires, insérées h la fin du troisième fascicule des Archiveg de zoologie, étaientelles parues que M. Baibiani, sans attendre tout le gros du mémoire, s'en est emparé ^ pour les critiquer et m'adresser de'vifs reproches. Je regrette beaucoup que cette ardeur de polémique ait entraîné si hâtivement mon adversaire. En attendant quelques semaines, au lieu des assertions générales de rintroduction, il eût trouvé quelques critiques de faits s*adressant à ses travaux, critiques auxquelles il eût été plus intéressant et surtout plus utile de répondre. A des généralités on peut toujours répliquer par des généralités opposées, que chacun accepte ou repousse, suivant ses sympathies ou entraînements personnels. La controverse n'avance pas.
Quoi qu'il en soit, comme le petit article de M. Baibiani contient à mon adresse toute une série de reproches, dMnsinuations et d'accusations fort peu scientifiques, il est vrai, je me crois cependant obligé d'y répondre.
M. Baibiani se plaint de la fausseté de mes critiques. Qu'ai-je dit? Que ses travaux ne le cédaient en rien à ceux d'Ëhrenberg par l'importance des erreurs et des fausses interprétations morphologiques. Est-ce que ce n'est pas lui qui a découvert et décrit chez les Infusoires des ovaires et des testicules, des spermatozoïdes avec des structures semblables à celles des mêmes productions chez les Histozoaires ? N*est-ce pas lui qui a' flguré et décrit des oviductes et des spermiductes? N'est-ce pas lui qui a affirmé que les Infusoires pondaient des œufs, lesquels éclosaicnt au dehors? N'est-ce pas lui qui a toujours professé l'existence d'une cavité périgastrique et qui, dans son mémoire sur Didinium, a découvert i^ cet Infusoire un intestin continu traversant librement cette cavité? Est-ce que ce n'est pas là un entassement d'erreurs et de fausses interprétations^ comme Ëhrenberg seul en donne un exemple?
Quand je dis que Bûtschli a renversé les travaux de M. Baibiani, est-ce que je suis encore dans le faux, lorsque personne n'ignore que c'est depuis les travaux du savant allemand que l'on n'admet plus Texistencc de ces ovaires et de ces testicules? M. Baibiani ne Ta-t-il pas reconnu lui-même en déclarant récemment que ses yeux ne se sont dessillés qu'après avoir lu le grand mémoire de Bûtschli? Pourquoi m*accuse-t-il donc de fausseté et d'injustice?
M. Baibiani nous dit qu'il s*est à peine occupé de la question de savoir si les Infusoires étaient des êtres unicellulaires ou pluricellulaires. Après avoir décrit tous les appareils complexes et d'organisation supérieure, énumérés plus haut, son opinion, sur leur valeur morphologique générale, pouvait-elle
considère qu'elles étaient conduites et entravées par une conception erronéo de la nature des phénomènes étudiés. » La Rédaclion {Journal de micrographie ^ novembre 1883).
» Journal de micrographie^ 7« année, p. 599.
NOTES ET REVUE. v
hésiter un instant? D'ailleurs les publications de sa première période sont là pour témoigner, et j'en pourrais citer vingt passages, plus concluants les uns que les autres, en faveur de la tbéorie de la complexité d'organisation. Le mémoire sur Didinium n'est qu'une longue protestation contre les adversaires de récole d'Ehrenberg.
M. Balbiani plaisante à deux reprises mon admiration de la théorie du sarcode de Dujardin. Peut-être, s'il avait su la bien comprendre et s'en inspirer, elle lui eût fait éviter les erreurs énumérées plus haut.
Plus loin, il affirme que cette théorie du sarcode est la contre-pied de notre conception du protoplasma. Voilà une assertion qui ne manquera pas d'étonner tous ceux qui ont quelque connaissance des études de cyto-zoologie.
M. Balbiani insinue que, si j'avais iété à sa place en]^1860, je n'aurais sûrement pas fait sortir la nouvelle théorie de la division nucléaire de ses observations sur les filaments du nucléole des Infusoires. Je lui réponds : Je n'y étais pas, mais que lui, qui y était, a eu pendant quinze ans sous les yeux une des plus belles découvertes de morphologie cellulaire faites en ses dernières années et qu'il n'en a fait sortir qu'une erreur.
Al. Balbiani m'accuse d'être plein de fiel pour ses travaux. Ce sont là des mots : on doit y regarder à deux fois avant de les laisser tomber de sa plume. J'ai pesé mot par mot les trois à quatre lignes de mon introduction qui l'ont excité si vivement, et n'ai pu y découvrir Je moindre atome de fiel. Ces lignes, il est vrai, contiennent une critique nette et sans ambages des opinions et des erreurs de M. Balbiani, qui, sans doute, eût préféré le contraire. Je le mets au défi de trouver autre chose, dans mes appréciations, qu'une critique sérieuse.
En revanche, M. Balbiani me reproche d'être tout miel pour les travaux de Stein. Je relis de nouveau mes quatre pauvres pages d'introduction, et j'y trouve le nom de Stein mentionné une seule fois, sans qualification d'aucune sorte, au milieu d'une énumération de noms d'auteurs.
M. Balbiani eût désiré me voir comprendre Stein dans les critiques que je loi adresse. Mais j'avais plusieurs raisons pour ne pas le faire. La première, c'est que j'eusse été inexact et injuste. En résumé, dans mon introduction, je n'ai eu d'autre but que de bien mettre en relief l'opposition des deux écoles personnifiées par Ehrenberg et Dujardin. Les adhérents de la première ont concentré tous leurs efforts pour retrouver chez les Infusoires les structures complexes des Histozoaires ; ceux de la seconde, au contraire, n'y ont vu que des êtres sans tissus et pouvant se ramener à la structure élémentaire d'une cellule. M. Balbiani, quoi qu'il puisse dire aujourd'hui, appartient à la première école par tous les travaux de sa première période. Stein, au contraire, se rattache à l'école unicellulaire et a toujours combattu énergiquement les erreurs ehrenbergiennes. Il eût donc été de la plus profonde injustice de le confondre dans les critiques adressées à M. Balbiani.
Une seconde raison, c'est qu'écrivant en français et avant tout pour des lecteurs français, je devais surtout me préoccuper des idées régnantes chez nous. Or M. Balbiani n'a qu'à ouvrir les traités généraux les plus récents, signés de maîtres distingués de notre enseignement supérieur, et il y verra