II
Reliures allemandes de 1558 et de 1567. — S. W. graveur des fers. — Mr Cuypers-Van Vellhoven possède dans sa riche bibliothèque un exemplaire du livre intitulé: New-Mitnz-Biiech, imprimé à Munich, chez Adam Berg, en 1597. Ce volume in-folio contient environ 80 feuillets de monnaies de toute espèce gravées sur bois. L'exemplaire dont nous parlons est enrichi d'une magnifique reliure gaufrée en parchemin, représentant sur chaque plat deux évangélistes d'un travail artistique très-remarquable, comme on peut en juger par la planche ci-jointe. Ces figures sont doublement encadrées : dans la première bordure on voit le Sauveur, saints Pierre, Paul et Jean, et dans la seconde des sujets d'une dimension un peu plus grande : l'Annon- * ciation, le Baptême du Christ, la Résurrection et le Christ en croix. Sur le siège d'un personnage assistant à cette dernière scène on lit la date de 1558, qui doit être celle de l'exécution des fers de la reliure; un monogramme formé des lettres SYV se voit derrière saint Marc: c'est très-probablement celui de l'artiste qui les a gravés.
Chose assez étrange, nous avons retrouvé les fers des sujets du second encadrement que nous venons de décrire sur des couvertures en parchemin provenant d'un volume in-folio, et appartenant à MrThiry, marchand d'antiquités, à Bruxelles. Chaque plat de ces couvertures représente la figure de la Justice en costume de grande dame de l'époque, et tenant le glaive de la main droite et la balance de la gauche, avec uu cartouche au-dessous renfermant l'inscription suivante :
IVSTiCIA QVISQVIS PICTVRAM LVMINE CENNIS DIC DEVS EST IVSTVM
ivstaqve facta. Autour du sujet central existe un premier encadrement composé de quatre petites figures, la Foi, l'Espérance, la Charité et la Force; sous le nom de cette dernière se trouve la date de 1567.
§ 56. Chroniqueurs, Écrivains, Historiographes, etc.
Sommaire .• 0. de la Marche. — Érasme. — Nie. Laidam. — Et. Morel. — Jean Oudeghcrst. — B. Désirant.
De la Marche (Olivier). — Voici une pièce autographe de ce chroniqueur qui constate le payement d'une somme de 40 écus, de 24 sous de Flandre, la pièce, qu'il reçut le 15 février 1482 (n. st.), par ordre de l'archiduc Maximilien d'Autriche, pour le rembourser des pertes qu'il avait essuyées au service de ce prince.
Je Olivier de la Marche, chevalier, conseiller et premier maistre d'ostel de monseigneur le duc d'Austriche et de Bourgoingne, etc., confisse avoir eu et receu de Clays de Mol, huissier d'armes de Mondictseigneur, la somme de xl escus de xxiiij patars, pièce, monnoie de Flandre; lesquelz xl escus estoient en ses mains des biens des François et tenant party contraire à Mondictseigneur. Et les m'a Mondictseigneur donné en récompensse d'aultres mes pertes, comme il appert par la cédulle de Mondictseigneur, laquelle somme de xl escus je confesse avoir receu et en quicte ledict Clays de Mol et tous aultres. Tesmoing mon saing manuel cy mis le XVe jour de février mil iiijc quatre-vings et ung. 0. de la Marche (1). »
Erasme. — Ce célèbre écrivain, auquel Charles-Quint avait fait une pension annuelle, ne pouvait, en 1523, en obtenir le payement; aussi, voyant que ses réclamations auprès des officiers comptables n'étaientpasaccueillies,s'adressa-t-il à l'empereur qui était alors en Espagne. Celui-ci qui tenait Érasme en grande estime et désirait le garder à son service, enjoignit, par lettre datée de ValladoIid,le 22 août, et écrite à Marguerite d'Autriche et aux membres du conseil des finances aux Pays-Bas, de payer sans retard au savant ce qui lui était dû jusqu'à ce jour.
« De par l'empereur. Madame» ma bonne tante. Chiers et féaulx. De la part de nostre bien amé maistre Érasme de Roterdame, nous a esté remonslré
(1) Collection d'autographes, aux Archives du royaume.
que de la pension que par ci-devant luy avons ordonné prendre et avoir de nous par chascun an il ne peult avoir ne consuyr solucion ne payement, quelque dilligence qu'il ait de ce fait faire, nous supliant vous en escripre ; parquoy et que désirons icelui Érasme estre favorablement traictié par raison de ses grandes doctrines et littératures, vous requérons et ordonnons le faire payer et satisfaire de ce que jusques oires luy peult estre deu de sadicte pension, affin que à faulte d'icelui payement il n'ait occasion de laisser nostre service. Donné en nostre ville de Validoly, le xxij* jour d'aoust xvc xxiii. Charles (1). »
Laidam (Nicaise). — Nous avons déjà parlé de ce chroniqueur au § 17, et nous avons dit que le baron de Reiffenberg a publié divers détails pour sa biographie (2). En 1526, Charles-Quint, qui affectionnait ce serviteur, écrivit* d'Espagne, une lettre à Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, et aux membres du conseil des finances, pour recommander à cette princesse la demande que Nicaise Laidam avait faite relativement à l'obtention de la prévôté de Bapaume à ferme.
« De par l'empereur. Madame ma bonne tante, chiers et féaulx. De la part de Nycase de Ladam, nostre roy d'armes, intitulé : Grenade, nous a esté exposé comm' il a esté la plus grand partie de son temps résidant en nostre ville de Beaulpalme, et illec, par moyen des guerres, a perdu ses maisons et pluiseurs biens, et à cause qu'il désiroity finer ses jours en estât honnorable, se seroit retirer vers vous, requérant d'avoir la prévosté dudit Beaulpalme à ferme, pour tel pris que de raison ; sur ce a esté renvoyé vers les président et gens de nostre chambre des comptes, à Lille, affin d'avoir leur advis, lequel pour vous veu, fut dit que ledit exposant seroit préférer selon le contenu d'icellui advis ; et attendu que en son absence, luy estant en nostre service es royaulmes de par-deçà, vous pourriez avoir pourveu en ladite prévosté et ferme, nous a très-instamment supplié et requis vous en vouloir escripre à sa faveur, et pour ce que désirons le bien et avancement de noz anciens serviteurs et officiers, et les pourveoir avant autres, nous vous requérons et néantmoings ordonnons bien acertes, que sans préiudice de nostre ferme,
(1) Archives de l'audience, aux Archives du royaume.
(2) Nous avons omis de mentionner V Annuaire de la bibliothèque royale de Belgique, 1842, p. 85.
usant <Ticelle à la manière accoustumée et à nostre plus grand prouflit, vous ayez ledit Grenade pour recommandé en ladite ferme et prévosté, le préférant à autres que n'en bailleroient plus grand pris que luy. Atant, Madame ma bonne tante, chiers et féaulx, Nostre-Seigneur soit garde de vous. Donné en nostre cité de Grenade, le xvije jour de septembre a° (xvc) xxvi. Charles (1). »
Morel (Etienne) — fut, de même que Nicaise Laidam, héraut d'armes de Charles-Quint : on le surnommait Hainaut. Il avait obtenu de son souverain, au commencement de Tannée 1548 (n. st.), une lettre missive pour le président du conseil privé, aux Pays-Bas, afin qu'il fût délivré au porteur un octroi qui lui permît de publier un ouvrage relatif au campement de l'empereur près de la ville d'Ingolstadt. Les lettres patentes qui furent dépêchées à Morel, ne le satisfirent point, car immédiatement il réclama nonseulement pour que le terme du privilège qui lui avait été accordé fût étendu, à cause du temps nécessaire à la gravure des planches, mais encore contre la désignation incomplète de l'œuvre même. Un nouvel octroi lui fut délivré pour quatre ans, ensuite d'apostille favorable mise à sa requête, le 7 avril 1 o48.
«L'empereur et roy. Très-chier et féal. Nous envoyons par-delà l'hérault Haynnau pour pourtraire certaines choses que luy avons enchargé, et luy avons accordé de faire imprimer la situacion du camp que eusmes l'année passée devant Inghelstat, et le povoir vendre sans que autre le puisse imprimer ne faire imprimer, dont vous advertissons pour luy ordonner le dépêche sur ce nécessaire. Atant, très-chier et féal, Nostre-Seigneur vous ait en sa saincte garde. D'Ausbourg, le xix* de janvier 1547. Charles (2). »
« A monseigneur le président, remonstre Etienne Morel, surnommé Haynnau, hérault d'armes de l'empereur, comme depuis environ deux mois ençà
(1) Archives de l'audience, cartons, aux Archives du royaume.
(2) Nous croyons cette pièce de l'année 1548 (n. st.), car l'apostille de la requête de Morel est datée du 7 avril 1548, après Pâques.
il ait appourté lettres de l'empereur à Vostre Seigneurie afin de luy faire expédier lettres de privilège de povoir imprimer ou faire imprimer par autres en son nom le camp de Sa Majesté devant Inglestadt en la Germanye, et aussi la venue de monsieur de Bueren audict camp, ce que de Vostre Grâce avez fait dépescher; mais lesdictes lettres ne font mention sinon pour le camp devant ledict Inglestadt, pour ung an seullement, sans y avoir narré ladicte venue de monseigneur de Bueren audict camp, et pour ce, monseigneur, que ce sont deux pièces différantes et qu'il fauldra quasi un an à les jaire tailler et plastrer comme il sera de besoing, parce qu'il y a beaucop d'ouvraiges fort pesant; à ceste cause ledict remonstrant supplie Vostredicle Seigneurie que son plaisir soit luy faire renouveller lesdictes lettres de privilège pour le temps et terme de sept ou huit ans, affin qu'il puist recouvrer la despense qu'il luy conviendra supporter pour mectre à effect lesdicts ouvraiges, en deffendant à tous imprimeurs, paintres et autres que pendant ledict temps ilz n'ayent à faire imprimer, paindre ou contrefaire lesdictes pièces, sur grosses paines et amendes à applicquer à Sadicte Majesté. Si ferez bien (1). »
Oudegherst (Jean). — C'est en 1571, que sortit des presses de Christophe Plantin, le premier volume des Annales de Flandre, sous le nom de Pierre Oudegherst; l'ouvrage complet n'a paru qu'en 1789, avec des notes de Lesbroussart. Nous avons découvert des documents qui établissent que Pierre Oudegherst n'est qu'un plagiaire ou plutôt qu'il s'est approprié l'œuvre de son père. Au XVIe siècle le fait était déjà connu, et depuis lors aucun biographe ne s'est douté de la fraude. Valère André (2), Paquot (3), Lesbroussart, etc., ont commis les mêmes erreurs. Voici ce qui ressort des pièces que nous avons eues sous les yeux.
Pierre Oudegherst, fils de l'annaliste, fut assez impudent pour oser, en 1572, se présenter à Vienne à Maximi-
(1) Les deux pièces existent dans les archives du conseil privé, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Bibliothcca belgica, p. 752.
(3; Mémoires, t. III, p. 269.
lien II, comme étant l'auteur des Annales de Flandre, qu'il avait dédiées à ce prince, et pour s'en faire un titre afin d'obtenir quelque emploi. L'empereur désirant d'abord avoir sur lui quelques renseignements, fit écrire dans ce but, deux lettres, le 28 février, l'une au duc d'Albe, — c'est celle dont la teneur suit ici, — l'autre à Viglius. La réponse du duc est datée du 10 mai. II s'y excuse d'avoir tardé si longtemps, mais il n'a pu se procurer des indications satisfaisantes ; il prie l'empereur de vouloir s'adresser au comte de Monte-Aguda, ambassadeur du roi d'Espagne, auquel il a fait communiquer ce qu'il a pu recueillir de renseignements sur le personnage en question. En même temps il envoya au résident du roi à Vienne, une note d'où il résulte que Pierre Oudegberst était retiré en Autriche à cause de ses dettes, qu'il était tout simplement l'éditeur du manuscrit de son père, homme honorable à juste titre, et qu'aux Pays-Bas il n'avait pas même été trouvé apte à remplir une charge à la chambre des comptes, à Lille, qu'il avait demandée sous le gouvernement de la duchesse de Parme. Il est plus que probable que l'empereur fit éconduire le solliciteur.
Une fois mis sur la voie, nous avons trouvé que Jean Oudegherst, fils de Bauduin (i), était licencié en lois et exerçait en 1550 et 1551 (2) les fonctions de lieutenantgénéral du bailli de Tournai et Tournaisis, charge qu'occupait avant lui Jacques Bacheler, licencié en lois, seigneur de Roissart (3), et qui fut remplie après lui par Pierre d'Ennetières (4). Il fut ensuite nommé pensionnaire du Franc de Bruges, et prêta serment en cette qualité le
(1) Registre n° 2729, f° ciiijxx iiij r° (annotation marginale), de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Registres n° 41804., f<> xxxv r°, et n° 41805, f» xxxij v°, ibidem.
(3) Registre n° 41803, f° xxxv v°, ibidem.
(4) Registre n° 41806, f° 47 v°, ibidem.
16 octobre 1551 (i); il jouissait à ce titre de 800 livres parisis de gages par an, qui lui furent payés jusqu'au 9 juillet 1558, jour où il donna sa démission (2), pour aller prendre possession de la place de conseiller et procureur général du grand conseil de Malines, que des lettres patentes de Philippe II, en date du 19 juin, venaient de lui conférer en remplacement de Bauduin le Cocq (5) : Oudegherst prêta serment le 16 juillet, mais il ne jouit pas longtemps de son nouvel emploi, car il mourut le 21 avril 1559 (4). Les lettres patentes de François Verlysen, son successeur, sont datées du 28 juillet suivant (s).
« Maximilian der Aander, etc., Hochgeborner lieber Ohaim unnd Furst.4 Deiner Lieb geben wir genedigclich zu vernemen, das unlangst ainer mit . Namen Peter Oudegherste, der Rechten Leerer, alheer an unnsern kaiserlichen Hof konimcn, unnd unns ein Historii, so er in Drueck ausgeen lassen, underthenigelich presenliert.Wie unns nun derselb von etlichen die Geschicklichait unnd Erfarnus beriiembt worden, das wir mit ihme dahin handlen zu lassen, damit er sich in unnsern Dienst begeben welle, genedigclich wol genaigt und bedacht weren, so haben wir doch unns darin one Deiner Lieb Vorwissen unnd mehrere Erckundigung seins Thuens und Lassens nicht enllicht resolviern wôllen, unnd ersuechen demnach Dein Lieb freundtlich und genedigclich gesinnend, Dieselb wolle unns, wie es mit vorgenanlen Oudegherste ein Gestalt unnd Gelegenhait, was auch hievor sein Thuen unnd
(1) « Meester Jan Oudegherste onlancx anneghecommen ten pensioene van » den land omme de groote ende zware zaken die den landen daghelicx over- » commen, ende dat den meesten tyd altyts ecnighe van den pensionnarissen «absent moeten zyn omme te reysene in diversche plaelse, zo le hove als » olders, omme d'aflairen van den landen, le gaigien van viijc ponden pari- » sis tsiaers, ende dat van den xvjcn october xvc Ij dat hy zynen eedt dede » als pensionnaris, etc. » (Registre n° 32810, f° cl r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume).
(2) « Tôt ende met den ixen Van hoymaent lviijdat hy orlof ghenomen ende >»vertrocken es. » (Registre n° 32816, f° clxxv r°, ibidem.)
(3) Butkens, Trophées de Brabant, t. IV, p. *315.
(4) Registre n° 2729, cité, et acquits de la recette générale d'Oost-Flandre, aux Archives du royaume.
(.')) Butkeivs, loc. cit.
Lasscn gewesen, dessen ailes dann Dein Lieb sich Zweifels one wol wirdet zu erkundigen wissen; innsonderhait auch, ob Dein Lieb anslat des durchleuchtigisten unnsers freûntlichen lieben Vettern, Schwagern und Brueders des Kùnigs zu Hispanien, etc., leiden môge, das wir ihne berùrter massen in unnsern dienst annemen, Deiner Lieb bericlit mit ehisten zuckommen lassen, damit wir unns volgends nach Gelegenhait zu entschliessen haben. Das raie ht unns von Deiner Lieb zu sonnderin angenemen Gefallen, inn Freunlscbafft, Gnaden unnd allem Guetem, damit wir Deiner Lieb one das ganlz woî^ewogen, zu erkennen. Geben in unnser StattWienn, den xxiijen februarii a0 1572.»
« Que assez mal Son Excellence sçauroil informer Sa Majesté Impériale des qualitez ou suffisance d'Oudegerst, pour ne le cognoistre fort bien, néantmoins icelle vœult bien advertir Sadicle Majesté que Ton tient qu'il s'est retiré d'icy pour raison de ses debtes, dont il est grandement chergé, ayant, passé quelques années, du temps de la ducesse de Parme, poursuivy icy ung estât de maistre des comptes à Lille, à quoy il ne sceut parvenir ne le trouvant avoir les qualitez ad ce requises, ayant entendu que le recueil des bistoires de Flandres qu'il a faict imprimer et dédier à Sadicte Majesté, n'a esté faict par luy, mais par son père quy estoit homme studieux, ayant esté longtemps pensionnaire du Franc à Bruges, et depuis à sen trespas faict procureur général du roy en son grand conseil, ayant icelluy procureur déleissé pluissieurs enffans; quy est ce que Sadicte Excellence en sçauroit pour le présent advertir à Sadicte Majesté (1). »
Désirant (Bernard). — Cet infatigable adversaire des jansénistes, qui appartenait à Tordre de Saint-Augustin, fut nommé historiographe du roi Charles II, et prêta serment en celte qualité le 22 avril 1689 (2). Il obtint de Joseph Ier, le 15 septembre 1710, le titre particulier de théologien de l'empereur. Les lettres qui le lui confèrent contiennent des détails curieux pour la biographie de cet écrivain; nous les transcrivons ici.
« Josephus, divina favore clementia electus Romanorum imperator, sempcr Auguslus. Fide dignis itaque testimoniis cdocti bonorabilem religiosum dc-
(1) Archives de lasccrélaireric d'Etat allemande, aux Archives du royaume.
(2) Volume intitulé : Serments, ibidem.