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II

ville de tMons : 10 écus d'or de Hollande, furent le prix de son travail.

« A Pietlre, le poindeur, a estet payet, par l'ordonnanche monseigneur de Havrech, pour avoir fait et livret j tavlet ouquel est pourtraite le ymage de Madamme et l'escut de ses armes, ledit tavlet mis en le capelle de Saint-Anthonne, à Barbefosse : x escus de Hollande en or, vallent, à xxx solz vj deniers la pièche, xv livres v solz (J). »

Antoine de Liège. — Voici encore un nom nouveau à ajouter à cette pléiade d'artistes du XVe siècle que nous apprenons chaque jour à connaître davantage, et sur lesquels Ton possédera bientôt des renseignements asse7i abondants pour renverser ces romans anciens et modernes, qui ont joui jusqu'à présent de quelque réputation. Ce nom celte fois est celui d'un artiste liégeois, qui nous apparaît dans un temps où florissaient, sous l'évêqûe Louis de Bourbon, dans la principauté de Liège et en majeure partie à Liège même, au dire des biographes de ce pays (2), Nicolas Quenlo, Jean de Meuse, Jean de Werlh, Laurent, Jean Beeck, etc., tous peintres, les uns sur panneau, les autres sur toile, qui précédèrent de quelques années Lambert Lombard, dont le mérite a éclipsé la valeur de tous ses devanciers, au point d'en faire perdre le souvenir. L'artiste dont il est ici question s'appelle Antoine : son nom de famille ne nous est pas connu. Jusqu'à nouvelle découverte nous proposons de l'appeler Antoine de Liège.

Nous avons parlé dans une notice qui fait partie des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, t. XXI, n° 3, de l'usage qui existait dans les derniers siècles du moyen âge en particulier de frapper un coupable d'une amende

(1) Registre n° 8654, ibidem.

(2) Voy. la Biographie liégeoise du comte Becdelièvre-Hamal, qui a reproduit dans son ouvrage les notes publiées par le marquis de VillbRPAonb et autres historiens.

plus ou moins forte d'après l'énormilé du délit ou du crime, el de destiner cette somme à la confection d'une verrière, d'un tableau, d'une statue, d'un bas-relief, ou de tout autre objet d'art en mêlai, en pierre ou en bois. De nouveaux exemples sont venus se joindre à ceux que nous avons publiés : nous en citerons un des plus curieux qui appartient à l'année 1475. Un certain Jean de Corioulle fut, dans le courant de celte année, condamné, à cause de « pluiseurs abus par lui fais et commis en plui- » seurs et diverses fauchons, » par le conseil ou « siège de la » gouvernance de Namur, » à une amende de 200 écus, de 27 sous la pièce, au profit du fisc, et en outre à faire faire à ses frais un tableau représentant le Jugement du Christ, d'une valeur de 40 florins du Rhin, de 20 sous chacun, pour être placé dans la salle des séances de la cour de justice. La ville de Namur avait dans ces temps reculés des rapports nombreux avec celle de Liège, ville populeuse où les arts, l'industrie et le commerce étaient beaucoup plus développés. C'est dans cette dernière cité que Jean de Corioulle alla commander le tableau expiatoire. Liège alors renaissait pour ainsi dire de ses cendres : ses rues, naguères encore si populeuses, étaient encombrées des ruines des maisons des bourgeois détruites, en 1468, par l'armée de Charles, duc de Bourgogne, qui n'avait pas même épargné les églises et les habitations des prêtres. On peut aisément se faire une idée des pertes énormes que l'art a dû faire dans ces circonstances. Nous sommes tout étonné de trouver, huit ans à peine après le sac de la fière cilé, un artiste, un peintre en réputation, qui y est établi au milieu de ce grand désordre. Probablement qu'Antoine, — c'est le peintre auquel Jean de Corioulle s'adressa, — était fixé à Liège avant la guerre, et qu'il sera revenu comme tant d'autres dans sa patrie quand les événements le lui auront permis. Antoine livra, vers le mois de juin 1476,

pour en parer la salle à l'église de Saint-Aubain a où mes- » seigneurs du conseil tiennent leur siège justeciable, ung » grant tableau à figure et pain tu re du Jugement de Nostre- » Seigneur Jésu-Crist » . Mais une question de comptabilité fit changer celte destination. L'œuvre du peintre fut estimée valoir plus de 40 florins du Rhin « par ouvriers à ce » congnoissans » , c'est-à-dire par une commission d'experts, et messeigneurs du conseil décidèrent qu'en toute justice ils devaient payer à l'artiste le surplus de l'estimation, laquelle avait été fixée à 55 florins. Celle somme fui en eflet remise au peintre Antoine, qui en donna quittance à Namur, sous la signature d'un notaire impérial juré, le 7 juin 1 476.* Mais ce qu'il y a pour nous d'inintelligible dans celle affaire, c'est que Jean de Corioulle repril « de fo relie » le % tableau et l'emporta chez lui, et qu'un autre document, également contemporain de ceux qui nous ont fourni les détails qui précèdent, déclare que de Corioulle n'avait pas été condamné à faire faire un tableau; toujours est-il que la somme de 55 florins du Rhin, renseignée par Henri d'Outremont, receveur général de Namur, dans son compte de 1475- 1476, comme ayant été payée par lui au peinlre Antoine, fut rayée par la chambre des comptes.

Nous nous permettrons de rappeler ici qu'une amende dont le conseil de Flandre avait frappé Josse de Valmerbeke, bailli de Hulst et d'Axel, par sentence du 25 août 1411, servit aussi à payer, en 1413, au peintre Liévin Van den Clite, à Gand, une parlie du prix d'un tableau représentant le Jugement du Christ, pour orner la salle des séances de la cour.

1 . « Amendes jugées par le siège de le gouvernance de Namur :

« De Jehan de Corioulle pour pluiscurs abus par lui fais el commis eu pluiseurs et diverses fauchons a esté condcmpné par le gouverneur et gens de conseil en ijc escus, du pris de xxvij s. le pièce, dont il fu alerminé de

payer à iij paiemens, pour ce pour le ije et iije dairain paiemens de ladite condempnacion : ix*x livres, de xl gros.

[En marge.] « Les iiijxxx livres sont renduz au compte précédent (1). »

2. « Je Anthonne, le paintre, demeurant à Liège, congnois et confesse avoir eu et receu de Henri d'Outremont, recepveur de Namur, la somme de cincquante livres, du pris de xl groz, monnoie de Flandres, le livre, et ce pour mes paines, estoffes et sallaires d'avoir fait et pourtret ung grant tableau à figure et painture du Jugement de Nostre-Seigneur Jc'su-Crist, qui est mis et assis en la salle à Saint-Albain où mes (rès-honnourés seigneurs messeigneurs du conseil tiennent leur siège justeciable; de laquelle somme, pour la cause dicte, je me tiens pour solz, contens, bien payés et entièrement salisfiez. Tesmoing le seimg manuel de Mehieu Leblond, clerc notaire impérial juré, demourant audict Namur, cy mis à ma requeste, le vijc jour du mois de juing l'en mil iiijc soissante-el-sesse (2). »

3. « Je Hugues Demigny, greffier du conseil de la conté de Namur, certiffie à tous à qui il appartient que Henri d'Otremont, receveur de Namur a, par l'ordonnance de messeigneurs du conseil estans audit lieu de Namur, payé à Anthoine, le pointre, demourant à Liège, pour la parpaye du tabernacle du Jugement, en quoy Jehan de Corrioulle avoil esté condenpné jusques à la somme de xl florins de Rin, de xx aidans chascun florin; et alors que ledit tabernacle a esté fait, a esté trouvé par ouvriers à ce congnoissans que ledit tabernacle estoit plus vaillable que lesdits xl florins; et alors fu ordonné par messeigneurs le lieutenant et gens du conseil audit Namur payer par ledit receveur audit Anthoine, des amendes jugiés en ladite court de conseil, la somme de xv livrez, du pris de xl gros, monnoie de Flandres, la livre, lequel Anthoine, en ma présence, s'est tenu pour content dudit receveur et l'en a quictié et quictent et tous commiz à qui il appartient. Tesmoing mon seing manuel cy mis, le xe de jullet l'an mil iiijc Ixxvj (5). »

4. « A Anthoine, le pointre, demourant à Liège, auquel, par l'ordonnance de monsieur le lieutenant et gens du conseil à Namur, a esté par moy payé pour le parpaye du tabernacle du Jugement, en quoy Jehan de Corioulle estoit condempné jusques à la somme de xl florins, de xx s. pièce, et il a esté trouvé

(1) Registre n° 10948, f<> xxvij v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

(2) Collection des acquits de la recette générale de Namur, ibidem.

(3) Ibidem.

que ledis tabernacle estoit plus vuillable, par quoy m'a eslé ordonné payer oultre lesdis xl florins de Rin, à quoy ledit tabernacle a monté, pour ce icy lesdis xv florins de Rin, de xx s. pièce, comme par quittance dudit pointre cy rendue appert. »

[En marge.] « Néantmoins los (sic) pour ledit taux, aclendu que ledit de CoriouIIe a depuis reprins de fait et de forcbe ladite représentation et transporté en sa maison, comme dist le clerc de ce receveur, et soit veue icelle cerliflicacion. »

« Icelle cerliflicacion veue, qui ne contient point qu'il ait' esté condempné à faire aucun tableau, ne de quel pris, aussi qu'il n'appert qu'il soit demouré a l'onneur de justice, mais reprins par lui comme dit est, aucune cbose n'en doit estre passée à la charge de Mademoiselle [la duchesse] et pour ce royé ({). »

Brun (Chrétien), — peintre, fut chargé de la restauration des tableaux qui ornaient les diverses salles du palais * du grand conseil de Malines, ainsi que le témoigne le compte des exploits de cette cour de l'année 1560 (2), dans lequel on lit :

« A Christiaen Rrun, paintre, la somme de xlviij livres de Flandre, pour, à l'ordonnance de la court, avoir redreschié, paint et refiguré pluiseurs ymaiges du passé, faictes à la décoration du paillais où se lient ledict grant conseil, en pluisieurs lieux où se rassamble le peuple venant à justice, et principalement en la chappelle où se célèbre journellement la messe et sacrifice divin, en la chambre du conseil et en hault, au consistoire où se tiennent aux jours ordinaires les plaix, el, en présence de messeigneurs dudicl grant conseil, se prononchent et rendent les sentences el arrestz. »

Les Van Nevele. — Nous avons déjà mentionné au § 46 Lucas Van Nevele. Mr Ch. Rahlenbeck, consul de Saxe, a fait l'acquisition chez l'antiquaire Thiry, à Bruxelles, en 1859, d'un petit médaillon qui n'est pas dénué de tout

(1) Registre n<> 10948, cité, f° xliij v°.

(2) Registre n° 2140H, f° xl r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.

mérite artistique, et représentant un portrait de femme en trois quarts, peint sur une plaque de cuivre de 10 centimètres environ de diamètre, avec cette inscription autour : ^TATIS SV.E AN XXXVIll NICOLAVS VAN NEVELE BRVXELLEN-

sis fecit l-S'S-S. L'auteur est donc né en 1550.

Dans des pièces relatives aux réclamations faites après la mort des comtes d'Egmont et de Homes, Simon Van den Nevele, peintre, figure parmi les créanciers du premier de ces seigneurs pour une somme de 200 florins du Rhin, du chef de patrons qu'il avait fournis (i), et la veuve de maître Lucas Van Nevele est mentionnée dans la liste des créanciers de la seconde de ces illustres victimes, pour livraison de deux tableaux (vercleert dat de grave van Hueme van tive tafereelen huer man schuldich is) (2).

Nous croyons que ces divers peintres habitaient Bruxelles.

Van den Wyngaerde (Antoine). — Dans le Diccionario de las bellas artes, par Cean Bermudez (3), t.V, p. 264, on lit qu'en 1582 on voyait dans une galerie du palais du Pardo, en Espagne, appartenant au roi Philippe II, plusieurs tableaux de la main d'un peintre flamand du nom d'Antonio de las Vinas, représentant les îles de la Zélande, avec les villes, ports, etc., qui s'y trouvent. Nous avons rencontré aux Archives du royaume (4) un document qui fait connaître le vrai nom de cet artiste et la date de son départ pour la Péninsule ou les pays de par-delà, suivant l'expression d'alors. C'est une requête par laquelle Antoine

(1) Manuscrit intitulé : Pièces du XVIe siècle, t. Ier, f° 413, aux Archives du royaume.

(2) Ibidem, f<> 334 v°.

(3) Cet écrivain a puisé ce détail dans l'ouvrage intitulé : Libro de la monter ia del rey D. Alonso cl XI, par Argotl de Molina, imprimé à Séville, en 1582, que nous n'avons pu nous procurer.

(4) Papiers d'État et de l'audience, liasses.

Van den Wyngaerde (de las Vinas, en espagnol), qui se qualifie de peintre du roi, demande, dans les premiers mois de l'année 1561, à la gouvernante des Pays-Bas Marguerite de Parme, de lui accorder franchise de droits pour lui, sa femme, ses enfants et ses bagages : il emportait en Espagne avec lui des tableaux, des dessins, des couleurs, etc., pour le service du roi.

« A Son Altèze, Antoine Van de Wingaerde (sic), painctre de Sa Majesté, estant mandé vouloir de ce pays audict Espaigne transporter pour le service de Sadicte Majesté certaines paintures, patrons, coullcurs et pluisicurs aultres choses concernans ù son art de painlre, de sa personne, femme et famille, le tout chargé en quatre coffres et une casse, marcquez de la pré> sente marcquez AVV, supplie très-humblement qu'il plaise ù Vostre Altèze* pour le service de Sa Majesté, à icelluy consentir et accorder voz lettres de passeport, pour, en vertu d'icelles, en tous portz et passaiges, tant par mer, * eaue doulce, que par terre, passer avecq lesdicts coffres, casse, sadicle personne et famille, franchement, librement et sans païer aucuns droitz ou impositions, etc.; et ferez bien. »

Documents inédits sur P. -P. Kubens. — Voici deux lettres inédiles de Pierre-Paul Rubens (i), qui ont de l'intérêt pour l'histoire des arts. La première a fait partie d'un recueil qui se trouvait encore, il y a une vingtaine d'années, aux Archives du royaume et qui forme aujourd'hui un volume de la Bibliothèque de Bourgogne. Elle est adressée à Bruxelles, à Jacques de Bie, graveur en taille douce, lequel travaillait pour Charles de Croy, duc d'Arschol, à l'époque où elle fut écrite, c'est-à-dire le 11 mai 1611. Rubens répond à une lettre qu'il a reçue et dans laquelle de Bie lui

(i) Tout le monde connaît l'estimable recueil de feu noire ami Cachet, Lettres inédites de Rubens, publié en 1840. Un grand nombre de lettres tant inédites qu'imprimées ont été recueillies et mises au jour tout récemment par Mr \V. Noël Sainsbury, dans son beau volume, intitulé : Papcrs relaling to liubcns; Londres, 1859. On trouve d'autres lettres encore dans Bai.dinucci, Dette notizie de' professori, t. XV, p. 40, cle.

avait demandé un léger service. Il le remercie de ce qu'il s'est souvenu de lui en pareille occasion , et regrette beaucoup de ne pouvoir lui témoigner son affection autrement que par des paroles, et de devoir lui annoncer qu'il ne peut employer en ce moment le jeune homme qui lui est recommandé dans la lettre, car il est assailli de demandes de tous côtés. Plusieurs jeunes gens ont été obligés d'entrer chez d'autres maîtres en attendant qu'il y eût place dans son atelier. Avec la plus grande difficulté il a pu admettre un petit garçon, qui était fortement protégé par un de ses amis, Mr Rockocx (?) Le grand artiste ajoute qu'il a du refuser au-delà de cent élèves, parmi lesquels se trouvaient de ses parents et des parents de sa femme (Isabelle Brant), et qu'il s'est exposé à mécontenter beaucoup de personnes avec lesquelles il est en relation d'amitié. Dans le post-scriptum de cette lettre, Rubens annonce à son correspondant qu'il a vendu très-avantageusement son tableau de Junon et Argus (1), que de Bie s'était proposé de reproduire en gravure : il croit qu'un autre tableau lui conviendra mieux, d'autant plus qu'avec les princes, on ne fait pas toujours ce que l'on veut. Il a voulu lui donner connaissance de cette vente et le prie de ne pas lui en vouloir pour s'être dessaisi de son œuvre.

« Monsieur de Bye. My is seer lieff le mercken dat U. L. die confidentie met my toonl van iet op my te beghercn, daer ic U. L. in soude connen dienen; maer daer teghen is my van herle leet dat die occasie niet mede en hrcnght le connen meer met wercken als woorden gheluyghcn myn affectie t'uwaerls. Wanl dien jonckman die U. L. my raccommandeert onmoghelyck is te accommoderen; want ic van aile canten gheprevenieert ben. Soo dat noch sommighe voor etlycke jaren by anders meesters baer onderhouden, om myn commodileyl te verwachten. Ondcr ander mynen vriendt ende palroon, ghelyck U. L.

(i) Ce tableau est cité par Mr André Van Hasselt, Histoire de P. -P. Rubens, p. 298 : Mr A. Michiels L'a passé sous silence dans son Catalogue des tableaux et dessins de Rubens; Paris, 1854.

weet, mynheer Rouckocx (?) heeft met groote difficulteyt een placlse vercreghen voor een jongbesken dat hy daertoe opvoet en darcnluschen laet leeren by andere. Voorts mach ic segghen met der waerheyl, sonder eenic bhyperbole, dat ic over die hondert hebben moelen refuseren, ooc sommigbe van myn ende myns huysvrouwen, maer niet sonder grooten ondanck van veele van myn beste vrienden. Daeromme bidde ic U. L. my toch te willen cxcuseren in den besten, ende in aile andere saken proeve doen van myn affectic die gheetselincx manqueren en sal soo veel als in myn macbt wesen sal. Hier mede raccommandeerde my seer hcrlelycken aen U. L. goede gratie, wensche U. L. van Godt volcomen zegen en salicheyt. Tôt Anlwcrpen, desen 1 1 mey 1611 . U. L. dienaer,

»PlETRO PAOLO RUBENS (1). »

P. S. « le meyne dat U. L. niet qualyck nemen en sal dat ic met bel stuck van Juno en Argus, mits een ocasie die baer offereert van redelyck te vercoor pen myn profyl doenc, want soo ic bope met der tyl iet anders wt den pinceel vallen sal, dat U. L. beter contenteren mocbte, nocbtans hebbe ic U. L. wil- * len aviseren van die sake, eer ic sal daeraf concluderen, want ic seer gbeerne puntualyck handelc ende eeniegbelyck , principalyck myn vrienden , voile sodisfactie gbeve, ende ic weet wel dat men met princen nietallyt en can tôt effecl brenghen synen goeden wille, waeraf ic U. L. evenveel gbeobligeert blyve. »

La seconde lettre de Rubens fut écrite à l'archiduc Albert, en 1614. Il rappelle au prince que deux ans auparavant il lui a montré un dessin colorié du tableau avec volets qu'il se proposait de peindre pour l'église cathédrale de Gand, à la demande de feu l'évèque Maes, dont la mort vint interrompre les grands projets d'embellissement que le prélat avait résolu de faire exécuter. Bien que fout eût été accepté par le chapitre de Saint-Bavon, les travaux furent statés, et les peines de Rubens pour enfanter ses grandes conceptions restèrent sans fruit. 11 avait espéré que le successeur de l'évèque Maes aurait hérité de ses goûts : il n'en fut rien. IL-Fr. Van der Burch, le nouvel élu, se laissa guider par de mauvais conseils, et voulut

[D Collection d'aulogrnphes, aux Arcbivcs du royaume.

apporter de notables modifications au projet primitif. Le grand artiste n'y résiste pas; il se plaint à l'archiduc de cette conduite inqualifiable, qui doit priver la ville et le pays d'un chef-d'œuvre. Il ne s'agit pas là, dit-il, de ses intérêts qui seront lésés; ce qui lui importe, c'est l'intérêt général. Rubens prie le prince d'écrire à l'évêque de Gand qu'il a vu ses dessins qui lui paraissent bons, et que le prélat ferait bien de les examiner au moins avant de prendre une résolution définitive , car en conscience, dit-il, cette œuvre est de toutes celles qu'il a créées la plus remarquable et la plus belle qu'il inventera. L'artiste remercie l'archiduc pour une telle faveur, et l'assure encore une fois à la fin de sa lettre qu'il n'est pas mu par une question d'argent en adressant cette demande, car il est surchargé d'une belle quantité de travaux si importants qu'il ne pourra jamais les mener tous à bonne fin. Il se propose de montrer au prince plusieurs de ses derniers ouvrages quand il ira à Bruxelles.

Nous n'avons pas retrouvé la minute de la lettre de l'archiduc Albert à l'évêque Van der Burch, mais une annotation manuscrite mise sur l'original de la missive de Rubens contient ce qui suit : « Escrire une lettre au révérendissime » de Gand de la part de Son Altèze, qu'il veuille faire venir » le tableau d'aullel par ce suppliant peint à la réquisition » et par charge de fut [feu] révérendissime évesque Macs, » afin de le faire parachever, et la prendre si avant qu'il » puisse Iuy eslre désireux ou à son église. »

La démarche de Rubens fut couronnée de succès, et le tableau, qui devait représenter Saint Bavon distribuant des biens aux pauvres, fut exécuté. Il passe pour un des ouvrages les plus distingués du chef de l'école d'Anvers, qui a pourtant produit plus d'un chef-d'œuvre dans les vingt-cinq ans qui se sont écoulés après l'exécution du maître-autel de l'église cathédrale de Gand. Le tableau n'occupe plus

son ancien emplacement depuis le commencement du siècle dernier. « Il est à présumer, — dit à ce propos et avec rai- » son Mensaert (<), — que si Rubens eût pu prévoir la place » qu'on a destinée dans la suite à son ouvrage, il l'auroit » traité de toute autre manière, car ce grand génie connais- » soit en perfection la différence de l'exposition, que bien » d'autres assez habiles peintres ont négligée, ce qui leur a » fait perdre souvent la plus belle fleur de leurs ouvrages, » comme il est aisé de le remarquer dans ce tableau, qui » n'a été déplacé que pour faire place au plus superbe et » au plus magnifique autel du Pays-Bas. » Le Saint Bavon a été emporté à Paris au commencement de l'occupatidu française (2), puis il fut envoyé à Bruxelles, et placé dans le Musée du département de la Dyle (5) : il fut restitué au ma% gistrat de Gand après la chute de Napoléon Ier.

« Ben si deve ricordar seconde» l'estrema bonlà délia sua memoria el arciducca dMiaver vedulo duoi anni fa un dissegno colorito fatto di mia mano per servicio délia tavola colle porle del altar maggior del duomo di Gandt, ad instanza del riverendissimo Masio, vescovo di quclla ciltà (che sia in gloria), il quale haveva deslinato di fare questa opéra con ogni magnificenza possibile, come senza altro sarebbe riuscila la più grande i bella che mai si facesse in questi paesi, se la morte non l'havesse prevenuto ; per laquale benchè il capitolo havesse il tutto approvato, ogni cosa restô sospesa, et io bavendomi affaticalo molto nel fare el apparalo di lutta Topera, tanto per l'ornamenlo di marmo quanto per la pillura, restai senza ricompensa alcuna, pascendomi di speranza ebe monsignor vescovo al présente dovesse insieme colla dignita ' succéder anco in questa impresa, ma m'ingannai molto, poiebè gli si è lascialo di perverso consiglio persuader senza pur veder una voila li mei dissegni di (non ha perù fatto ancora alcun palto o concesso con li scultori sin adesso, ne fatto alcuna provisione de marmi) far l'allar maggiore d'una maniera scioccissiina senza pillura di sorte alcuna, ma solo con una statua di San Bavonc et un recinto de marmo, con alcunc colonne et un ripositorio di dietro Taltare per il Santissimo Sacramenle, che nonostante la pillura, anco

(1) Le Peintre amateur et curieux, t. Il, p. 22.

(2) Hislorisch Icvcnsbcschryving van P. -P. Rubens i Anvers, 1840, p. 453.

(3) Voy. la Notice des tableaux de ce musée publiée en 1814, p. 31.

secondo il mio dissegno, si doveva essere, insieme con la base sopra l'allare per riponere le reliquie. J quello ch'importa queslo monsignor vescovo lia destinalo di spendervi la medesima somma de dinari che liavrebbe fatto il suo antecessore, di maniera che mi dispiacce in eslremo che una cosi bella impresa s'en ira a monte, non già per Tinteresso mio particolare, che poco importa, ma per la perdita del ornamento publico di quella città, senon è che Sua Allezza Serenissima, per l'affettion grandissima che ha dimostrato sempre di portar à Tarte délia piltura et a me in particolare, come anco per accrescere la bellezza di quella chiesa principale dalle cui intrate si farà questa spesa. Dico che Sua Altezza voglia risolversi di far saper al vescovo di Gandt di haver vislo questo dissegno mio, et che li pareva buono et che Sua Santità Riverendissima saria bene di tenersi a quello o almeno vederlo una voila prima di pigliar altra rissolutione. Jo certo resterei obligatissimo quanto dir si possa a Tamorevolezza di Sua Altezza Seressissima se volesse favorirmi di una letterina a monsignor vescovo di Gandt di un lai tenorc come si è detlo, assicurandola ch'io non sono mosso di quel utile che mi risullarebbe di quell1 opra (poichè sono al présente più cargato d'opere grandissime che non fossi giamai, délie quali penso di portarne alcune a BrusseJles per moslrar a Sua Altezza, quando saranno finili, poichè si fanno in tela) ma solo perché posso dir in conscienza di cristiano, quel dissegno di Gandt esser la più bella cosa che facessi giamai in vita. J per ciô m'induce il zelo di condurlo ad effetto,ad usar con Sua Altezza forsè termini troppo imporluni. Che prego il Signor Idio conservi in buona salute. D'Anversa, aile 19 de marzo 1 G 14-. Di Sua Allezza Serenissima devolissimo servitore.

» PlETRO PàUOLO IlUBlîKS (1). »

Tout ce qui se rattache à l'immortel artiste nous intéresse, et c'est ce qui nous a porté à prendre note et à reproduire une lettre de Joachim d'Encenhear, gardejoyaux des archiducs, datée de Bruxelles, le 8 août 1609, et écrite à quelque fonctionnaire dont nous n'avons pas pu découvrir le nom. Elle est relative au payement de la somme de 300 florins à l'orfèvre Robert Staes, pour la chaîne et la médaille d'or aux effigies d'Albert et d'Isabelle, que

(1) Correspondance historique, a° 1614, f° 20, dans les archives de l'audience, aux Archives du royaume.

ces princes destinaient à Rubens, qui commençait alors à s'illustrer.

« Senor, Su Alteza me ha mandado diga â Vra. de su parte, que Vm. mande hazer una ôrden de 600 fl. sobre nosolros, para darlos â Roberto Slaes, su platcro de oro : los 500, para hazer dellos una cadena de oro con una medalla de los rostros de Sus Allczas, para darla â un pintor que se Uama Pedro Paulo Rubens, vezino de Amberes, que Su Alteza le haze merced délia, y los otros 300 â buena quenta de las obras que esta haziendo y haze hazer el dicho platero. Y con esto guarde Nuestro-Senor Vm. como puede y Vm. dessea. De palacio , oy 8 de agoslo 1609. Soy muy cierto servidor de Vm.

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