JOACHIM
Lorsque les archiducs attachèrent le grand artiste à leur service en qualité de peintre, par lettres patentes du 23 septembre 1609, que Mr Gachard a fait connaître (2), ils ^ envoyèrent au magistrat d'Anvers, la missive que voici :
« Les archiducqz, etc. Chers el bien amez. Comme nous ayons retenu en nostre service maislre Pierre-Paul Rubbens, peindre, résident en nostre ville d'Anvers, à cincq cens florins de gages par an, nostre intention et volonté est que le faciez jouir de l'exemption et franchise des impostz et assises, ainsi qu'en jouissent tous aullres exemplz par les escroeues de nostre hostel; et Dieu vous ait, chers et bien amez, en sa continuèle garde. A Bruxelles, le xxe janvier 1610 (3). »
Nous avons recueilli quelques notes inédiles relatives au prix de diverses productions de Rubens. La première se rapporte au payement fait, en ICI 5, des portraits d'Albert et d'Isabelle commandés par eux et envoyés en Espagne à un noble personnage, le marquis de Siele-Yglesias, et
(1) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Trésor National, t. I", p. 161.
(3) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume. Les payements des gages de Rubens sont annotés dans le Registre des gages cl pensions de 1625 à 1639, f° iHjMij, n° 45873 de la chambre des comptes, ibidem.
d un autre tableau représentant la Sainte Vierge et l'enfant Jésus.
La deuxième établit que Rubens peignit, en 1620 ou 1621, un saint Joseph, sur toile, destiné au maître-aulel de l'église des carmes déchaussés, dans la forêt de Marlagne, près de Namur, église dont la construction venait d'être achevée : les archiducs en avaient posé la première pierre dans le courant de Tannée 1619. Ce même document parle d'une grande plaque de cuivre fondue par Gaspar de Turkelsteyn, et destinée à recevoir une longue inscription contenant les obligations imposées aux religieux par leurs bienfaiteurs, et qui fut ciselée par Élienne Van Schooren, graveur. Le tableau de Saint-Joseph ne figure pas dans les catalogues des ouvrages connus de Rubens (i) : aurait-il été détruit? ou bien est-il aujourd'hui désigné sous une autre dénomination? (2).
La troisième noie que nous imprimons est une quittance originale de l'artiste du 12 mai 1624, que nous avons eu occasion de copier, et qui sera passée du dépôt où elle se trouvait dans quelque collection d'amateur d'autographes, quttlance qui fait mention de la somme de 1,800 florins payée par le curé de l'église de Saint-Jean, à Malines, pour Y Adoration des Mages avec ses volets. Elle a déjà été publiée, mais avec une fausse date, dans la vie de Rubens, imprimée en flamand à Anvers, en 1840. L'auteur de cette biographie, qui a rassemblé sur les travaux du grand maître un grand nombre de documents inédits, a inséré dans son livre (3) beaucoup d'autres pièces relatives au tableau de Y Adoration des Mages, qui est une des œuvres capitales de Rubens.
(!) Voy. les catalogues publiés par Mr A. Van Hasselt, à la suite de Y Histoire de P. -P. Rubens, en 1840, et par Mr A. Michiels, en 1854.
(2) Mensaert en fait la description dans son livre intitulé : le Peintre amateur et curieux , t. II, p. 95.
(3) P. 430 et suiv.
Dans la quatrième et dernière note il est question d'un à-compte de 2,500 livres, payé par ordonnance du cardinal infant du 9 décembre 1636, en diminution de la somme de 10,000 livres, prix convenu avec Rubens pour les tableaux commandés par le roi Philippe IV, qui les destinait au palais du Pardo, près de Madrid.
l.« A GasparTurckelsteyn, fondeur en métal; Esticnne Van Schorre, schulpteur, et Pierre-Paul Rubbens, painctre, la somme de 1 ,066 livres 6 solz, qui, par ordonnance de Leurs Allèzes, du 29 de mars 1621, leur avoit esté délivré comme s'ensuit, assçavoir : 273 livres audict Gaspar Turquelsteyn, pour avoir livré et gecté une platine de cuyvre pour engraver en icelle les oblîgacions que les pères carmélites au désert ou bois de Morlane-lez-Namur ont pouç la fondation de Leurs Altèzes, pesante 343 livres, à 15 solz la livre, et avoir jeeté encoires une petite platine de cuyvre pesant 21 livres; item, 263 livres 6 solz, audict Estevan Van Schorren, pour avoir couppé et engravé les susdicfes obli* gâtions contenants 2,324 lettres, une partie à 3 solz et les autres, à 2, la lettre, et avoir taillé aussy les armes de Leurs Altèzes et de l'ordre desdicts carmélites; et les reslans 330 audict painctre Pierre-Paul Rubbens, pour avoir paincl le tableau du grand aultcl de ladicte église représentant monseigneur saini Joseph (1). »
2. « A Pietro-Paulo Rubens, pintor, 300 florines, por dos retratos que a hecho, uno de la infante, mi Senora, y otro mio, los qualcs mande ynbiar A Espana al marques de Siele-Yglesias, y otros 300 florines por una pintura de Nuestra-Scnora con el nino Jésus. Brusselas, a 13 de ottobre de 1615. » (2).
3. « Ick ondersclireven bekcnnc in diversche payementcn ontfanghen le
hebben uit handcn van mynheer den pastor van Sl-Jans-korcke, lot Mèche--
len, de somme van xviij bondert guidons eens, tôt volcomen betaelinghe van
den aulaer-tafcl met deurcn op de voirseyde kerckens hoogbs-autaer staende,
met myn bandt gliemaect; ende t' oirconde de waerltcyt hebbe ick dose
quitancie met myn eyghen bandt gbeschrcvcn cnde ondcrleccken. Tôt Anl-
werpen, den 2 maey 1624.
»PiETno Pauolo Rubens. »
(1) Registre n° F. 303, de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille. Mr Gauiaiîd a déjà publié un extrait de cette note dans la notice qu'il a consacrée à Rubens et que nous avons citée plus haut.
(2) Registre n° 1838, f° 39 r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
A. « A messire Pierre-Paul Rubbens, chevalier, secrétaire du conseil privé du roy, la somme de 2,500 livres, en tant moings de 10,000 livres que Son Allèze, par son ordonnance du 9 de décembre dernier, at ordonné luy estre furniz à bon compte de ce que cousteront les peinclures que Sadicte Allèze ait faict faire par ordre exprès de Sa Majesté, et pour ornement de certaine maison de plaisance d'icelle au Pardo, et ce en quatre termes (1). »>
En 1622, la vie de Rubens fut sérieusement menacée, paraît-il, par un individu qu'aucuns prétendaient ne pas posséder toutes ses facultés intellectuelles. Le grand homme méprisa probablement les menaces de ce misérable , mais ses amis, et ils étaient nombreux, craignant pour une existence si précieuse, s'adressèrent au magistrat de la ville, afin de le faire protéger. Chose incroyable, si elle n'était attestée par un document, le magistrat, à la tête duquel était alors Nicolas Rockocx, ce grand protecteur de Rubens, refusa son concours. Avant de flétrir cette conduite à l'égard de leur illustre concitoyen, dont la réputation était à cette époque européenne, nous attendrons de retrouver la réponse du magistrat. Toujours est-il que les amis de Rubens se plaignirent à l'infante Isabelle et demandèrent son intervention dans cette affaire. Ce sont ces deux pièces, la requête des uns et la lettre de la gouvernante aux membres du magistrat d'Anvers, que nous insérons ici :
1. « Au chieff président du conseil privé de Sa Majesté. Certain zéleus du bien et repos publicq, résidons en la ville d'Anvers, à leur grand regret ont veu ces jours passez, que Pierre-Paulo Rubens, demeurant en icelle ville, personne douée de très-belles qualitez, oultre l'art de peindre qu'il possède avecq admiration de tout le monde, auroit le mesme temps couru grand hazard de sa vie, par les aggressions d'un certain insolent, à jugement de plusieurs troublé d'esprit, ce que leur auroit occasionné d'implorer l'assistence du magistrat de ladicle ville à la conservation dudict Rubens, laquelle leur ayant esté refusée, ils prennent leur recours à Son Altèze, et supplient vostre seigneurie qu'elle soit servie soubz le paraphe de sa main et signature
(1) Regislre n° F. 315, ibidem.