II
de Sadicle Altèze faire despécher lettres à ceux du magistrat de la ville d'Anvers, leur enchargeant bien expressément la protexion dudict Rubcns, comme de personne de laquelle Son Altèze commande qu'on prenne particulier soing. Quoy faisant, etc. »
2. « A ceulx du magistrat d'Anvers. Isabel, etc. Chers et bien amez, estant informez que Pierre-Paulo Rubens, nostre pensionnaire, auroit couru et court encore danger de sa personne par les aggressions d'un sien malveillant, que Ton dit avoir juré sa mort, nous sommes occasionnez de vous, faire ceste, afin que ne permettiez que luy soit faict aulcun tort ou préjudice, ains que donniez incontinent l'ordre qu'il convient pour son repos et asseurance; et Dieu vous ait [en sa saincte garde]. Le 29 d'avril 1622 (1). »
Brueghel (Jean), — (Voy. § 9) — adressa aux archi*ducs, en 1610, une requête conçue en ces termes :
Remonstre en toute humilité Jean Breughel, peintre et bourgeois en la ville * d'Anvers, que comme il vient journèlement en ceste ville de Bruxelles par commandement et service de Vos Altesses Sérénissimes, comme il espère continuer toutes les jours de sa vie, et pour ce faire et continuer tant miculx comme le service de Vos Altesses requiert, supplie très-humblement qu'iccllcs soyent servyes luy accepter pour leur peintre domestique, et luy donner de grâce espéciale la mesme liberté des gardes et tonlicux comme aux aultres peintres et serviteurs domesticques de Vos Altesses, et sur ce luy faire dépescher acte in forma. Quoy faisant, etc. »
Celle requête fut favorablement aposlillée le 10 mars. Quand l'artiste présenta au magistrat d'Anvers l'acte dalé du 13 avril, qui lui accordait franchise et exemption des assises et mallôtes, celui-ci écrivit à l'archiduc Albert une longue lettre pour lui démontrer que ce privilège donné à Breughel serait un mauvais précédent qui pourrait causer aux finances de la ville un grand préjudice s'il était admis. Le magistrat disait que du temps où Marie, reine douairière de Hongrie, était gouvernante des Pays-Bas, elle n'avait pas exempté des droits un seul des officiers ou ministres
(I) Ces deux documents existent dans la collection des papiers d'État cl de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
de Charles-Quint, et que le cosmographe Orlelius, pas plus que l'imprimeur Planlin, malgré leurs fonctions qui les attachaient à la cour, n'avaient joui d'un privilège aussi étendu que celui qui venait d'être accordé à Breughel. Les bourgmestres, échevins et conseil d'Anvers, terminent ainsi leur lettre qui fut écrite le 17 avril : « Supplions en toute » humilité qu'il plaise à Vostre Altesse ne contraindre ceste » ville à s'eslarger davantage en l'exemption desdictes assi- » ses et mallôles, et accepter de bonne part ses excuses au » regard de Jehan Breughel et aultres à l'advenir, d'aullant » plus que naguères ce privilège ayt esté otlroyé à Pierre- » Paul Rubens, en qualité de peintre de l'hostel de Vostre » Altesse et auparavant à Oltavio Venio, aussi peintre, à » cause de son enlrelènement au chasteau de ceste ville, » dont espérons que Vostre Altesse se contentera (î). »
Van Rormonde ou Van Remunde (Evrard). — Van Somere (Paul). — En 1616 la chambre des comptes de Brabant confia l'exécution des portraits d'Albert et d'Isabelle à deux peintres, dont l'un s'appelle Paul Van Somere et l'autre Evrard Van Remunde, Van Romunde, Van Rormunde ou de Rourmonde, selon les variantes que présentent les documents qui font mention de la dépense de ces peintures, lesquelles furent payées 360 livres en 1617. Nous ferons observer que les biographes ne parlent point de ces artistes. Ce fut un peintre décorateur du nom d'Augustin Van den Venne qui livra les cadres (2).
18 juillet 1617. « Geordonneert te belaelen aen Everardt Van Rormunde, schilder, de somme van iijc liv. Arthois, voir 't faitzoen van den retracten oft schilderyen van Hare Hoclieden in deser camere gelevert. »
(;> août 1617). « Accordé sur la requeste de Évrardt de Rourmunde, peintre,
(1) Archives de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Registre n» 28244, 2°, f° xv v<>, ibidem.
aultrcs 1 livres Artliois pour sallaire et enlliier payement des pourlraictz de Leurs Altèzes. » (I).
« Betaelt aen Pauwels Van Somere ende Everaert Van Hcmondc, mecsters schilders, aengcnomcn hebbende te schilderen de efligien van Hacre Hoocheyden, de somme van lx ponden Arthois, in mindernisse van den accorde met hen aengcgaen belangendc denselven wercke van schilderyc. » (2).
(1617). « Betaelt aen Everaert Van Romunde, meester schildere, de somme van iijc ponden Arthois, voor liet maecken endc schilderen van de twec contrefeitssclen van Hunne Hooclicyden. »(3).
Paul Van Somere, sur lequel G. Vertue (4) seul nous donne quelques détails, naquit à Anvers en 1570. Il passa une grande partie de son existence en Angleterre où il acquit beaucoup de réputation, et à juste de titre, comme peintre de portraits. Il se trouvait déjà dans la Grande- Bretagne en 1606. La note que nous publions prouve qu'il travailla à Bruxelles, en 1617. Paul Van Somere mourut à Londres le 5 janvier 1621, à l'âge de quarante-cinq ans. A celte époque florissaient encore comme portraitistes dans la Grande-Bretagne, Daniel Mylens et Corneille Jansen, tous deux des Pays-Bas, dont la réputation s'effaça plus lard devant le talent de Van Dyck.
Venius ou Van Veen (Olhon), — reçut, par ordonnances des archiducs du 22 mai 1621, la somme de 1,000 livres de Flandre, pour avoir peint les portraits d'Albert et d'Isabelle, en costume d'hermite, qui étaient destinés à l'hermitage des carmes déchaussés de Marlagne, près deNamur(s).
De Clerck (Henri). — La requête dont nous reprodui-
(1) Registre n° 218 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(2) Registre n° 28244, 2», cité, f° xiiij r».
(3) Ibidem, 1», f° xv v°.
(4) Anecdotes of painling in England; Londres, 1782; t. Il, p. î>.
(">) Registre n° F. 303 de la ebambre des comptes, aux Arcbives du département du Nord, à Lille.
sons ici le texle, fut adressée, en 1623, à l'infante Isabelle, par les marguilliers de la chapelle de Saint-Josse-len-Noode, lez-Bruxelles, afin d'obtenir un subside pour payer un tableau qu'ils destinaient à orner le maître-autel. L'infante leur accorda, au nom du roi Philippe IV, 300 livres de Flandre, par apostille du 19 août de la même année. Ce tableau n'était qu'une copie faite par Henri de Clerck, haute de quinze pieds et large de dix, d'après le Christ en croix entre les deux larrons, de Michel Van Coxcyen. Ce dernier tableau était autrefois placé dans l'église de Noire- Dame, à Alsembergh, près de Bruxelles, et fut, au dire du biographe C. Van Mander, acheté pour le compte de Philippe II, vers la fin du XVIe siècle, après avoir été successivement la propriété d'un bourgeois de Bruxelles et du cardinal de Granvelle. En 1623, ce tableau était placé dans l'église du monastère de Saint-Laurent, à l'Escurial, en Espagne. D'après les termes de la requête on ne peut douter que Henri de Clerck n'ait fait cette copie d'après l'original.
« Serenissima Senora, los maestros proveedores de la capilla de San-Jossete-Noode, fuera de la puerta de Lovayna , dizen que han mandado hazer y pintar un grand retablo el qua ha de servir para el altar mayor de la dicha capilla, y sera de quinze pies de alto y diez de largo, copia del crucifixo de Halsenbcrgc, el quai ha sido llevado â la yglesia del escurial eu Espana, el quai retablo se esta haziendo muy curiosamente y â la vivo del original., llamandose el maestro Henrrique de Clercq persona conoscida â Vuestra Alteza Serenissima, y como la dicha obra vendra â costar notable suma de dineros y que la diclia capilla es del todo povre no haviendo jamas sido honrrada de alguna asistencia de Vuestra Alteza, los suplicanles se hechan â sus rcales y benignos pies suplicando muy umilmente que Vuestra Alteza de su bondad y caridad acoslumbrada se sirva hazerles mereed de honrrarles con alguna asistencia y graliudad para allegar a los gastos de lo diebo retablo, etc. (1). »
(1) Collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
Zeghers (Daniel), — fut, comme chacun sait, un des plus célèbres peintres de fleurs de l'école flamande du XVIIe siècle. Il faisait partie de l'ordre des jésuites. La lettre que nous publions ici est adressée par lui à « Monsieur » Roulaert, secrétaire de Sa Majesté Catholique, à Bruxelle.» C'est dans la collection de registres (i) provenant de cet homme d'État si distingué (2), que nous avons trouvé l'original de ce document : cette collection existe aux Archives du royaume. La lettre de Daniel Zeghers, est datée d'Anvers, le 27 décembre 1631 , et répond à celle que Routart lui avait écrite : elle nous apprend que l'artiste avait peint pour ce fonctionnaire un tableau dont il se propose de terminer certains détails, tels que les insectes, dans le courant de l'été suivant.
« Monsieur, U. L. acngbenamen van dallo 24 courauti is my 26-dicrseIvc
wel ghewoorden, met 18 guldens soe voor de lyfle met den rinck ende kasse
van de schilderye die U. L. my laedt weeten te hebbcn onlfanghen. Hetghenne
den eerweerdighe P. Propocilus ende ick seer gheerne hebben vernomen.
Godt sy ghelooft dat U. L. die beeft mocgben besien met gbesonden oogben
hetglieen daeraen manckcert, le weeten de vligben ende beestiens, sal ick
met den somer voldoen, biddende U. L. my te houden voor U. L. ootmocdiglien
dienaer waerinne ick sal capabel ghevondcn woordcn, U. L. sal my allyt
bereedt vinden dat kenne den Almoghenden onder wiens protecsie \vy ous
samen bruellen met groolnisse soe van my als van den cerwcerdigbe P. Prc-
positus, blyvende altyl U. L ootmocdiglien dienaer in den Hecre.
» Daniel Zeghers.
» Vyt Antwerpen, den 27 descember a0 1631. »
Francquart (Jacques), — livra, en 1614, divers tableaux pour l'oratoire de l'infante Isabelle, qui lui furent payés 255 florins. Il reçut 700 livres de Flandre, en décem-
(1) Vol. n<> 7, fo 931.
(2) MrGoETtiALs a publié les biograpbies de D. Zcglicrs et de M. Iloularl dans ses Lectures relulives à l'histoire des sciences, t. 1er, p. 137, et t. IV, p. 184.
Lie 1622, pour « sept mois qu'il avoit esté occupé à faire » faire le chariot de libéralité et la chappelle ardanle aux » funérailles de feu l'archiducq Albert (i). » Par lettres patentes du 12 juin 1623, l'infante fit don à Francquart d'une somme de 1,000 livres (2). Cet artiste fut tout à la fois, peintre, architecte et ingénieur. Nous avons raconté ailleurs (3) le procès qu'il eut avec Sigebert Waterloos, graveur de sceaux, pour la reproduction par la gravure du cortège funèbre de l'archiduc.
« A Jacome Francart, mi pintor, ij« Iv florines que se le dan por algunas obras que de su oflîcio a hecho para el oratorio de la infante, mi Senora. Brusselas â 15 di noviembrc 1614- (4). »
Du Chastel (François), — peignit pour le conseil deBrabaut, le portrait de Charles H, roi d'Espagne, qui lui fut payé 150 livres d'Artois, par ordonnance du 24 mars 1676 (Y).
« Au sieur du Chastel, peincter, la somme de cl livres Arthois pour le pourtraict par luy faict de Sa Majesté servant à la chambre du conseil de Brabant, etc. »
§ 71. Architectes.
Sommaire: P. le Poivre. — Ses ouvrages manuscrits. — J. Du Brœucq. —
G. Serbelan.
Le Poivre (Pierre), — naquit en 1546 dans le Hainaut, et peut-être à Mons où il exerça la profession d'archilecle
(1) Registre n° F. 304 de la chambre des comptes, aux Archives du département du Nord, à Lille.
(2) Registre n<> F. 305, ibidem.
(3) Recherches sur la vie et les travaux des graveurs de médailles, de sceaux et de monnaies dans les Pays-Bas, t. Ier, p. 39.
(4) Registre n° 1837, f° 326 v°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.
(3) Registre n<> 21728, 4°, de la chambre des comptes, ibidem.
et d'ingénieur, et tint une école d'architecture. Vers 1582, le comte de Lalaing, grand bailli du Hainaut, l'obligea d'aller se mettre à Valenciennes à la disposition du duc de Parme, pour diriger des travaux de fortifications; le Poivre avait déjà auparavant servi dans l'armée du temps du duc d'Albe. En 1595, fatigué de la vie active, il demanda à se retirer, et obtint du comte de Mansfelt, gouverneur général des Pays-Bas, des lettres patentes, datées d'Anvers, le 20 octobre de la même année, par lesquelles il lui était accordé, « en considération de ses services, Testât de artiste » et de jéographe, vacant par le trespas de Jacques de » Breuck » , avec une pension annuelle de 200 livres de Flandre, assignée sur la recelte domaniale de Mons, et réversible sur Marguerite Meys, sa veuve, pendant trois ans, à dater du jour de son décès, en vertu d'autres lettres patentes, données à Bruxelles par l'infante Isabelle, le 30 octobre 1621, J. du Brœucq avait joui de la même pension de 200 livres depuis l'année 1555 jusqu'à sa mort, arrivée le 30 septembre 1584, avec le titre de maître artiste de l'empereur. P. le Poivre prit celui de maître artiste du roi. Il fut gratifié par les archiducs, le 1er juillet 1610, d'une somme de 250 livres de Flandre* pour certain livre par luy » composé » , dont il leur avait fait hommage. Par lettres patentes du 14 octobre 1620, il reçut encore de ces princes une somme de 500 livres « pour ung livre de tout ce qu'est » succédé aux guerres passées doiz l'an xvc Ixvij , accom- » pagné de belles figures » . Peu de temps avant sa mort P. le Poivre fit parvenir à l'infante Isabelle une requête dans laquelle il parle de ses travaux, et où sont consignées quelques notes utiles pour sa biographie; celle supplique fut favorablement aposlillée le 6 octobre 1626, et le receveur général des finances reçut ordre de payer à l'artiste 500 livres de Flandre, à litre de secours ou d'ayuda de costa, selon l'expression consacrée alors, à la condition
toutefois qu'il ferait remettre au conseil des finances, pour y être gardés, les livres dont il faisait mention dans sa requête que voici :
«A Son Allèze Sérénissime,remonslre très-humblement l'ingénieur maistre Pierre le Poyvre qu'il at servy à Sa Majesté depuis le lemps du ducq d'AIve, en ces Pays-Bas s'ayant trouvé et occupé aux occasions de guerre, qu'audict temps se sont présentées touchant les fortifications de sondict art et pareillement es guerres de France avec le duc de Parme, s'acquictant tousjours fort honorablement de son debvoir , et comme il auroit faict certains deux livres travaillez de sa main avecq la plume, des forlifficalions et batailles dudict pays et des guerres arrivées, lesquelz livres sont es mains de ceulx des finances, et se trouvant pour le présent fort vieil, aagé de plus de 80 ans, chargé de femme et beaucoup d'enfans, et fort endebté, n'ayant le moyen pour y satisfaire ny pour se pouvoir entretenir en ces vieulx jours conforme sa qualité. Supplie bien humblement en considération de sesdicts services que Vostre Altèze soit servie de luy accorder quelque honneste ayuda de cosla pour remédier à sa nécessité. Quoy faisant, etc. (1). »
Pierre le Poivre mourut le 10 octobre 1626 (2), âgé de plus de quatre-vingts ans, et laissant une veuve septuagénaire et une nombreuse famille. Jacques le Poivre, dont Mr Ad. Mathieu parle dans sa Biographie wontoise, est sans aucun doute un descendant de notre architecte; Mr H. Rousselle cile de lui deux ouvrages de mathématique dans sa Bibliographie montoise (nos 4-00 et 522).
i. (Août 1593). «A Son Excellence, remonstre en toute humilité maislre Pierre le Poyvre, architecte et géographe de Sa Majesté, comme ayant continuées l'espace de treize ans à l'exerce de Sadicle Majesté et de Vostre Excel-
(1) Cette pièce, ainsi que celles que nous publions ci-après, et qui nous ont servi à rédiger cet article biographique, font partie de la collection des papiers d'État et de l'audience, liasses, aux Archives du royaume.
(2) Le payement delà pension de P. le Poivre est consigné dans les registres nos 9799-9830 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. Dans le dernier, au f° iijc Ixj v°, on lit à la marge : « Par deux quictances, «l'une signée dudit le Poivre et l'aullre de Marguerite Meys, sa vefve, avecq » certification de la mort d'iceluy advenue le xe d'octobre xvjc vingt-six. » Dans le n° 9831, f° iijc lij r°, on lit que celle-ci mourut le 1er août 1G27.
lcnce, ainsy que ledict remonstrani fut commandé de monseigneur le conte de Lalaing, gouverneur du pays de Havnault, où que le remonstrani fut contrainct par commandement dudict conte, de laisser son bouticque de Testât d'architecte pour aller trouver Vostredicte Excellence à Valenchienne, ainsy qu'il vouloit cheminer vers Courtray, ayant depuis continuée en ladicte art de géographe et d'ingénieur au mieux que possible luy a esté ; ores comme le suppliant at entendu que ung nommé maistre Jacques de Breucque ayant servy du mesme estât d'architecte feu Marie, royne d'Hongeric, duquel ledict maistre Jacques fut pourveu d'une peut ion de ijc livres, de xj groz, monnoye de Flandres, en récompense de ses bonnes services qu'il avoyt faict assistant les ingénieurs de Sadicte Majesté en faysant les modelles de Philippeville, Marienbourch et Charlemont, lequel pention luy fut assignée sur le recepveur et demaines de Mons , lequel il at tiré jusques l'an iiijxxv qu'il trespassoit, prie partant ledict suppliant qu'il plaise à Vostre Excellence luy eolloquer eh récompense de ses bonnes et longues services en la place dudict maistre Jacques de Breucque, depuis le temps de son trespas, etc. »
2. « Albert et Isabel, etc. Receu avons l'humble supplication de maistre Pierre le Poivre, ingéniaire entretenu en l'artillerie, contenant que moyennant la grâce de Dieu, il a tracé ung livre de tout ce qu'est succédé aux guerres passées doiz l'an xvc lxvij, accompagné de belles figures, auquel labeur il a employé six ans avecq beaucoup de travail de l'âme et du corps ; en quelle considération il nous a très-humblement supplié qu'il nous pleuist luy accorder iiijc escuz en don et adjuda de costa , et sur ce luy faire despescher noz lettres patentes en tel cas pertinentes. Sçavoir vous faisons que, les choses susdicles considérées, et sur icelles eu vostre advis, nous, pour ces causes et aultres â ce nous mouvans , inclinans favorablement à la supplication et requeste dudict maistre Pierre le Poivre, suppliant, luy avons donné et accordé, donnons et accordons, de grâce cspécialle,par ces présentes, en considération de ce que dessus, la somme de vc livres, du pris de xl groz, nostre monnoye de Flandres, la livre, en don et adjuda de costa une foiz, à en eslrc payé et contenté par les mains de nostre amé et féal conseillier et recepveur général de nosdictes finances, etc. Donné à Maricmont, le xiiije jour d'octobre l'an de grâce MDCXX. »
5. « Philippe, etc. A noz tres-chiers et féaulx les chief , trésorier général et commis de noz domeinescl finances, salut etdilcclion. Receu avons l'humble supplication de nostre bien amé maistre Pierre le Poivre, architecte et ingénieur entretenu, contenant que doiz l'an xvc iiijxx ij il auroit, par commandement de feu le ducq de Parme, lors gouverneur et capitaine général de noz
pais de par-deçà, esté constrainct de quitter sa résidence et escole d'architecture qu'il tenoit eu nostre ville de Mons, pour suyvre nostre armée et s'employer aux fortifications nécessaires en et par tout ce que luy a esté commandé; en considération de quoy, et afin de continuer ses services avecq plus de commodité, noz très-cliiers et très-amez bons oncle et tante, feu de bon mémoire le sérénissime archiducq Albert (qui Dieu absolve) et madame Isabel- Clara-Eugenia, par la grâce de Dieu infante d'Espaigne, luy auroient accordé une pension de ijc florins par an, sa vie durant, sur nostre domeine de ladicte ville de Mons,- et comme présentement il se treuve eâgé d'environ quatrevinglz ans, et sa femme d'environ soixante-six ans, et ayant durant son mariage avecq icelle vendu trois maisons que luy apparlenoyent, pour s'ayder en ses nécessitez, et que, advenant son trespas, sadicte femme demeureroit pauvre vefve et sans commodité de vivre en ses vieulx jours , il nous a très-humblement supplié que prennans favorable esgard à ses longz et fidelz services, il nous pleuist luy accorder qu'après son trespas sadicte femme puisse joyr desdicts ijc florins par an sa vie durant, et sur ce luy faire dépescher noz lettres patentes en tel cas pertinentes. Sçavoir vous faisons que, les choses susdicles considérées , et sur [ce] eu vostre advis, nous, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, inclinans favorablement à la supplication et requeste dudict maistre Pierre le Poivre suppliant , avons, par la délibération de nostredicte dame et tante , accordé et accordons , de grâce espécialle, par ces présentes, qu'après le trespas dudict suppliant sa femme pourra joyr des ijc florins par an à luy accordez sur nostre domeine de la ville de Mons, pour le temps et terme de trois ans, à commencer avoir cours doiz le jour dudict trespas, etc. Donné en nostre ville de Bruxelles, le xxx« jour d'octobre l'an de grâce MDC XXI, etc. »
En l'an V de la république, ou en 1797, on vendit à Bruxelles la riche collection de gravures et de dessins du chanoine Pierre Wouters, qui avait eu pendant assez longtemps la garde de la Bibliothèque dite de Bourgogne. A la p. 304 du catalogue qui a été imprimé de celte collection, on trouve la description d'un des volumes formés par P. le Poivre; nous la reproduisons ici textuellement pour servir de complément aux notes qui sont insérées plus haut :
« L'œuvre de Pierre le Poivre, architecte et ingénieur de Sa Majesté Catholique et des archiducs Albert et Isabelle. II consiste dans quatre-vingt-dix-sept feuilles, dont plusieurs sont dessinées de deux côtés, représentant des siège de villes, quelques batailles, des plans de villes et de châteaux, des forlifica-
lions et des caries topographiques et géographiques; tous dessinés à la plume, lavés de bistre et de quelques couleurs. Parmi ces pièces on dislingue la prise de la Colette et de la ville de Tunis, par Charles V, le 12 et le 20 août 1535; la bataille de Lépante, gagnée par don Jean d'Autriche, le 7 octobre 1572; le siège et la prise de la ville de Tournay , par Alexandre Farnese, le 29 novembre 1582, etle pont Farnese, percé par un brûlot, le 4- avril 1586; enfin tout ce qui est arrivé de remarquable pendant les troubles des Pays-Bas, depuis Tan 1566 jusqu'à 1617 inclusivement, se trouve dans celle suilc. On y trouve de plus : le portrait de l'auteur , dessiné par lui-même, placé à la tête de l'œuvre; un morceau représentant une église qu'on pille, et autres excès commis pendant lesdits troubles; plusieurs portraits à cheval, à savoir: Charles V, avec la bataille contre le duc de Saxe, le 24 avril 1546, dans le lointain; le duc d'Albe; Jean d'Autriche et le duc de Parme, 1578; les archiducs Albert et Isabelle , dispersés dans le corps de l'œuvre : ils sont à la pkime et lavés au bistre. Faisant en tout 104 feuilles dessinées par le susdit Pierre le Poivre, dont le nom et la date se trouve sur la plupart desdiles pièces, d'où il consle qu'il les a dessiné dans le courant des années 1 585. à 1622. II paroît par une desdites feuilles, que les morceaux représentant les actions de Charles V, sont extraits des desseins du sieur Gabriel Serbelan, ingénieur de S. M. Charles V; mais il se dit l'auteur de tous les autres morceaux où son nom se trouve. Il a ajouté à chaque une courte description manuscrite avec des notes historiques et intéressantes. Le toul est proprement relié dans un gros volume in-folio; ouvrage unique, qui mérite l'attention de tous les amateurs. »
§ 72. Inventaires dé tableaux.
Sommaire : Tableaux divers que possédaient don A. de Alluna , le chevalier H. Van Halmalc et le chanoine Van Halmale, à Anvers, en 1659. — Tableaux deG. Key, S. de Vos, F. Dcnys, Mompaerl(?), Hubens, Van Dyck, F. Snydei's, G. de Heym, J. de Mompcr et S. Franck. — Dessins de J. Romain, P. de Cortone, clc. — Collection de gravures du chanoine Van Halmalc.
Collections de tableaux des Van Halmale, a Anvers, en 1059. — Des troubles éclatèrent à Anvers le 50 septembre 1G59, au milieu desquels la maison du bourgmestre de la ville, Guillaume Van Halmale, fut pillée et saccagée par le peuple. Plus tard, ses héritiers et les personnes de
sa famille qui habitaient avec lui, ainsi que ses domestiques, réclamèrent auprès du conseil de Brabanl des indemnités pour les pertes qu'ils avaient essuyées. Dans les déclarations (i) qui ont été fournies à cette occasion, nous avons trouvé quelques notes intéressantes pour l'histoire des arts. Les personnes de la famille du bourgmestre d'Anvers qui demeuraieut avec lui, étaient les suivantes : Henri Van Halmale, chevalier; Guillaume Van Halmale, ancien échevin de la ville; Henri Van Halmale, chanoine gradué de la cathédrale et officiai de l'évèque d'Anvers; Marie-Catherine Van Halmale, veuve de Guillaume Van den Werve, et le colonel André de Altuna. La déclaration de ce dernier est laconique et atteste le prix qu'il attachait à la perte qu'il avait faite des portraits de sa famille, peints par Guillaume Key; elle est ainsi conçue :
« Liste des bardes que j'ay perdu au sac de la maison de monsieur de Unimaie, bourgemestre d'Anvers.
Mon pourtrait.
Sept pourtraits de mes ancestres, de Willem Cay , estimé la pièce en 72 francs, d'un autre peintre en 100 la pièce; seulement l'autre me valent davantage d'autant que de ne les sçavoir plus recouvrir: 504.
Don Andréa de Altuna. »
Le chevalier Henri Van Halmale, qui fut bourgmestre forain d'Anvers, possédait, entre autres tableaux, le portrait équestre du cardinal-infant, gouverneur des Pas-Bas, par un peintre du nom de Vos, très-probablement l'anversois Simon de Vos, élève de Rubens; les portraits en pied, peints sur la même toile, des rois d'Espagne Philippe II[ et Philippe IV, par le même artiste, et retouchés, dit l'auteur de la déclaration, par Rubens, ce qui donne beaucoup de vraisemblance à notre supposition; le portrait d'une demoiselle
(1) Elles se trouvent dans le volume des consultes du conseil de Brabant de 1G60 (t. xli), aux Arcbives du royaume. Nous sommes redevable de celte communication à notre collègue Mr d'FIoop.
de Chevreuse, dû au pinceau de François Denys, et deux tableaux d'un nommé Mompaert, que nous ne trouvons mentionné nulle part, et qui est peut-être Josse de Momper. Voici en quels termes Henri Van Halmale désigne les objets d'art qu'il a perdus dans le saccagement; remarquons qu'il estime à 300 florins les portraits réunis des deux rois d'Espagne.
« Het porlraict van den coninck vati Spanien, met synen vacder, in heel postueringe, geschildert van de Vos, ende overdaen van Rubbens : 500. Den prince cardinael, in heel postuer, te peerde, van de Vos : GO. Het portrait van jouffrouwe van Chevereuse, van Denys ; KO. Een schilderye van het Oudt Testament : 10. .
Een schilderye van eenen Christus metOnsc-Lieve-Vrouwe : 24. Twee stucken, van Mompaert : 30.
Twee portrailen van voorouders : 24.
Eenen Kersnacht : 12. »
Le chanoine Van Halmale fut un véritable amateur, qui posséda , en tableaux de l'école flamande , des richesses artistiques de premier ordre, une collection de gravures très-importante, d'après les meilleurs maîtres, et un grand nombre de dessins originaux de Jules Romain, Pierre de Cortone, Rubens, Van Dyck, etc. Dans une des Lettres inédites de Rubens, publiés par Gachet (i), l'immortel artiste, qui était alors à Londres (1629), charge son ami Gevaerts de présenter des salutations à diverses personnes, et entre autres à Mr Van Halmale. Le savant éditeur a cru qu'il s'agissait là de l'échevin Henri Van Halmale : nous sommes quelque peu tenté de croire qu'il est ici question du chanoine de ce nom, en considérant que dans sa collection il existait, avant l'émeute du mois de septembre 1659, jusque quatre œuvres de Rubens, savoir : une grande pièce représentant la Conversion de saint Bavon; un épisode de
(1) P. 24G. Voy. aussi: Dumesnil, Histoire des plus célèbres amateurs étrangers,- Paris, 18G0; t. v, p. 31.1.
la vie du même saint; Cinq vierges sages, en grisaille, et une autre grisaille ayant pour sujet Sainte Cécile. Le premier de ces tableaux ne fut qu'endommagé. A côté des œuvres de Rubens s'étalaient deux esquisses de Van Dyck, sur l'une desquelles on voyait la Vierge Marie, et sur l'autre les portraits du célèbre Thomas Howard, comte d'Arundel, et de sa famille (i); un grand Marché-aux-Poissons et une Chasse à l'Ours, de François Sneyders; un paysage de Josse de Momper, avec figures de Sébastien Franck, et une Adoration des Bergers, de Gaspar de Heym, estimée 150 florins. Le chanoine Van Halmale évalua à un millier de fl. environ, le dommage que lui causait la destruction de ses tableaux, dessins et gravures. La déclaration est, comme on le voit, un document qui a de l'importance pour l'histoire de l'art.
« In schilderyen ende konst. — Voor sooveel ghequetst is een groole vismerct, geschildert van Snyers, ende cen ander groot sluck van Rubbens, dat overmidts ghebroken is, 't gène oytbeldt de bekeeringhe van sinie Bavo : 30.
Een beire-jacbt, van Snyers : 100.
Een stuck van Rubbens, uytbellende bet leven van sinte Bavo : 60.
Een groot sluck, van Momper, ghestoffeerl van Sebastiaen Franck : 60.
Eenen Kerslennacht, van Gaspar Em : 150.
Vyff wyse maeghden, van Rubbens, wit en swert : 36.
Sinte Cecilie, van Rubbens, wit en swert : 30.
Een scbelse , van Van Dyck , waerin gbeprottaicteert is den graef van Arondel met syne familie : 20.
Een schetse, van Van Dyck, een Mari-belt : 24.
Veele schoone raere teeckenninghen van Julio Romano, Zucaro, Peiro Corloni, Van Dyck, Rubbens ende andere meesters; item, veele raere printen van Rafel Urbin, Parmesano, Vannius, Sadeleer, Mercuristaff, Rubbens, Van Dyck, Nantuel, Tempesla ende andere meesters : 450. »
(1) Voy. Diimksnil, loc. cit., p 185.
§73. Scribes et enlumineurs.
Sommaire: G. Van Midclelere, scribe. — G. Van Steenberghen, orfèvre. — Colard Mansion, auteur d'un manuscrit du Romuléon. — Dreux Jehan, enlumineur. — Comptes des chartreux de N.-D de Scheut, lez Bruxelles, relatifs à l'exécution et la reliure de manuscrits. — Frère Hcrman, maître Olhon et Ant. Bloc, scribes. — Bichard, frère Arnould et Guillaume Tonis, enlumineurs. — Simon Marmion, peintre et enlumineur. — Ses œuvres. — Bréviaire de Philippe le Bon et Charles le Téméraire. — Emile et Nie, Marmion, enlumineurs. — Jean Beckem, scribe. — J. du Quesne ou du Chesne, scribe. — Nie. Spierinc , scribe et enlumineur. — Manuscrit des ordonnances de l'hôtel du duc de Bourgogne. — Ph. de Maisereulles, scribe et enlumineur. — J. Boeland, scribe. — Atta vante degli Allavanli, enlumineur de Florence. — D. Louber, scribe de Hagenau. — J.Van Bal tel, peintre d'armoiries. — J. Bombaulls, artiste. — H. Van derBrugghe, artiste. — Adr. Van Diependale, verrier. — G. Van Deynum ou Van Deynen, enlumineur.
Van Middelere (Gérard). — La collection des comptes de la maison des comtes et ducs de Gueldre, et ceux de la recelte générale des finances de ces princes, qui existe aux Archives provinciales de la Gueldre, à Arnhem, est une source précieuse pour l'histoiredes arts et lettres, dont nous devons la communication à l'obligeance du savant et respectable Mr Nijhoff. Nous en avons entrepris le dépouillement, quoiqu'ils aient déjà été grandement utilisé par G. Van Hassclt, dans les publications qu'il a faites au commencement de ce siècle, sous les titres de : Bydragen voor d'oude Geldersche maaltyden, de Geldersche oudheden et de Geldersch maandwerk. Entre autres particularités curieuses, nous avons noté le passage d'un compte de 1342-1343, qui rapporte que le duc Renaud II, étant à Zutphen, retint aux gages annuels d'une livre de gros et d'une paire de souliers, à dater du jour des Pâques 1342, l'orfèvre Guillaume Van Steenberghen et Gérard Van Middelere, écrivain de livres (mynsheren boeescrivere) .
« Item op Palmen daghe, le Zutphen, meysler Willam Van Steenberghen, den golsmit : vj schildc.
Item, op Palme-daghc, te Zutphen, meister Gérard Van Middelere, Mynshercn boecscrivere, omme te verwullen syn loen van desen jaere : vj schilde.
Item, ter selver tyt, den selven mees ter Gcrarde, omme perkemente médite copene lot Mynsheren bokcn : vj schilde.
Ende is te wetene dat Mynhere dese twe, aise den golsmit ende desen scrivere, onthalden heft tôt sinen ghesinde, in maniren dat elkerlyc sal des jaers hebben voer syn loen j lib. grot.; ende sin nu betaelt van Pascben naeste comniende in den jaere Ons Heren [xiijc] xlij, thent Paschen daernaeste in den jaeren Ons Heren xliij, ende dan sal hi elkerlyc j lib. grote gheven, cum elkes jaers j paer cledere oft 't ghelt daervoer; ende wert sake dat Mynhere heer ouch versaghe van renthen, soe waren dese voorwerde daermede doet. »
Mansion (Nicolas, Colard). — Le célèbre bibliothécaire Van Praet a consacré une notice pleine d'érudition à ce fameux imprimeur, qui, le premier, introduisit Fart typographique à Bruges, vers 1475. Il exerçait auparavant une autre profession non moins honorable, celle d'écrivain et de traducteur de livres. Van Praet a rapporté dans les notes de son ouvrage (p. 70), un extrait du compte de Guillaume de Poupet, conseiller et garde des joyaux du duc Philippe le Bon, pour l'année 1450, conservé aux Archives du département du Nord, à Lille (n° F. 146), d'après lequel on voit que Nicolas ou Colard Mansion, a reçu la somme de 54 livres de Flandre, pour la vente d'un manuscrit relié en velours bleu, intitulé : Romuléon. Chose singulière, dans un compte de l'épargne de Flandre, de l'année 1467 (f° xix v°), qui existe aux Archives du royaume, à Bruxelles, sous le n° 25191 de Y Inventaire, on trouve une mention du même genre, plus étendue que la précédente, et qui constate également l'achat fait à Mansion, en vertu de lettres patentes du duc, datées de Bruges, le 9 mai 1467, et par l'intermédiaire de maître Alard le Fèvre, doyen du chapitre de Leuze, lecteur de Philippe le Bon, d'un autre manuscrit de Romuléon, couvert aussi de velours bleu, et ce pour le prix de 45 écus, de 48 gros de Flandre, qui font 54 livres de Flandre.