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JEAN DARESSY

Jean Daressy donna aussi des leçons et forma quel- [ues tireurs distingués parmi lesquels nous devons citer 3ut d*abord Justin Lafaugère, puis MM. Dutroil, Duàure, de Campels, Martinelli, Gouget, Dubédat, Roux- ^assalle, Rouilles, Desparbès, Campistron, etc.

Ses deux fils, Pierre et Adolphe Daressy, furent égaement ses élèves.

Jean Daressy mourut à Agen, le 20 décembre 1821.

ARCHIVES DES MxMTRES D'ARMES.

LA BOESSrÉRE, fils du maître d'armes de Saint- George, publia, en 1818, un traité d'escrime.

L'auteur, désirant présenter son ouvrage au ministre de l'intérieur, lui écrivit la lettre suivante :

C^ Sort Excellence Monseigneur le Ministre de l'intérieur

cl Secrétaire d'Etal,

Monseigneur,

Je désirerais présenter à Votre Excellence un ouvrage que j'ai composé sur mon art et que j'ai présenté récemment à Sa Majesté et à Monsieur.

Je supplie Voire Excellence de me faire mander quel est celui de ses précieux moments qu'elle voudra bien m'accorder pour que je puisse lui offrir mon ouvrage. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect. Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur, La Boessiére.

Maître d'armes des anciennes Académies du Roi et du Manège royal, rue Saînt-Honoré, n" 152.

LaBoëssière a omis d'ajouter (oubli volontaire) qu'il avait été, de 1806 à 1814, professeur d'escrime des pages de l'empereur.

LAFAUGÈRE (Louis- Justin)

T AFAUGËRE (Louis-Justin) naquit à Agea le 8 août ■" 1783. Dans le traité d'escrime qu'il fil paraître en i8«o, il donna sur sa vie des renseignements que nous reproduisons succinctement, en fixant par des dates les faits racontés par lui.

Nous complétons sa biographie et la faisons suivre de quelques anecdotes que nous tenons de personnes dignes de foi.

Lafaugère commence l'étude de l'escrime chez Jean Daressy.

Il entre au 35* régiment de chasseurs à cheval en garnison à Carcassonne; quelque temps après, il part pour l'Italie avec son régiment.

ARCHIVES DES MAITRES U,ARMhS.

Laiaugèrc, iibdrédu service miliiaîre, rentre en France el relouine à Agen. Après un court voyage à Toulouse, il séjourne à Bayonne, pendant le passage de l'armée d'Espagne, et fait environ quinze cents assauts en six mois.

De Bayonne il se rend à Bordeaux, visite Rocheforl, Nantes et Orléans, donne des assauts dans toutes ces villes, arrive à Paris où il lire chez Lebrun, chez Gomard père el avec Rénevicr, professeur tn grande réputation,

Il est nommé maître d'armes des grenadiers à cheval de la garde.

II entre au même titre dans les gendarmes de la Maison du Roi. Celle même année, il lit assaut pour la première fois avec le cnmie de Bondy et Pouliié de Ganne, lous deux amateurs de première force; il lire également avec Vatlier dit Charlemagne, le célèbre professeur.

Les gendarmes du Roi servent d'escorte à Louis X VIII

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jusqu'à Arinentières; leur compagnie est dissoute; Lafaugère retourne à Agen après un court séjour à Paris. II visite les principales villes de la France et vient habiter Lyon, où il ouvre une salle d'escrime. Il publie son Traité de Vo/lrt défaire des Q4rmes,

Après 1820, Lafaugère sert encore dans les hussards de la garde avec le titre de premier maître et le grade de maréchal des logis chef; le portrait qui accompagne la seconde édition de son Traité^ parue en 1825, le représente sous cet uniforme.

Lorsqu'en 1829, Pierre Daressy vint à Paris, Lafaugère avait quitté le service militaire et ouvert une salle d'armes, 19, rue de TEcole-de-Médecine.

Plus tard, Lafaugère, qui avait une prédilection pour la ville de Lyon, vint y fixer sa résidence définitive.

C'est à Lyon qu'il avait composé son premier ouvrage ; c'est encore là qu'il écrivit son poème didactique, V Esprit de V Escrime.

Il le fit paraître en 1841 et abandonna généreusement le produit de la vente de son livre aux malheureuses victimes de l'inondation qui avait ravagé la ville peu de temps auparavant.

L! Esprit de l'Escrime eut deux éditions ; la première parut au mois de février, la seconde le mois suivant.

En 1855, Lafaugère vint admirer à Paris les chefsd'œuvre des peintres modernes, rassemblés à l'occasion de l'Exposition universelle. Lafaugère était non seulement un illustre maître d*armes, mais encore un artiste

de talent : son portrait, fait par lui-même et conservé au musée d'Agen, est un morceau de peinture très largement traité, et dénotant chez son auteur une science profonde de l'harmonie des couleurs.

Justin Lafaugère est mortàLyon le 14 octobre i8;â, étant dans sa soixante-quinzième année.

Le talent de Lafaugère l'avait fait choisir pour donner des leçons d'escrime, d'abord au roi de Rome, et plus tard au duc de Bordeaux; les événements politiques qui se succédèrent en France empêchèrent seuls Lafaugère de remplir ces honorables missions. ■

C'est à Toulouse, en 1803, que Lafaugère eut son premier duel, au moment oit il rejoignait son régiment, alors en garnison à Carcassonne. Sur une des places les plus fréquentées de la ville, des jeunes gens se promenaient, tout en raillant, pour sa timidité excessive, un de leurs amis d'une taille de tambour-major.

Sur ces entrefaites, Lafaugère vint à passer.

Les jeunes gens dirent, en le désignant à leur ami le colosse, que, tout grand qu'il était, il n'oserait pas même s'attaquer à ce petit, que, d'ailleurs, ils ne connaissaient pas.

Excité par les plaisanteries de ses camarades, froissé

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dans son amour-propre, le géant alla donner un soufflet à Lafaugère qui lui demanda raison de cette insulte.

Le sabre fut Tarme choisie; le résultat du duel fut fatal au nouveau Goliath qui eut la tête partagée en deux.

Lorsque Lafaugère arriva à Paris, en 18 10, il se rendit chez les célèbres professeurs Lebrun et Gomard père, et fit des armes avec les plus forts amateurs de la salle de ce dernier maître.

• Ma manière de tirer, nous dit Lafaugère dans la préface de son Traité, donna lieu à plusieurs discussions, et chacun témoigna son étonnement de voir que, malgré le désavantage de ma taille (il n'avait pas cinq pieds), je prenais toujours le dessus des armes, même avec les plus grands ; alors M. Gomard me dit qu'il fallait, afin de connaître mon jeu et ma force, que Ton me vît tirer huit fois; j'acceptai son offre.

• Je tirai huit fois, et la huitième ne me fit pas éprouver plus de difficultés que la première. •

Quand Lafaugère entra dans les grenadiers à cheval de la garde, à la première revue passée par Napoléon, l'empereur ne put retenir une exclamation de surprise, en apercevant un maréchal des logis dont la petite taille formait un contraste frappant avec la taille gigantesque

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et la formidable carrure des hommes de celle Iroupe d'élile. L'élonnemenl de Napoléon ne cessa que lorsqu'on lui eùl nommé k- maître d'armes.

Le premier aissaul entre Lafaugère et le coinle de Bondy eut lieu en 1S14, devant une nombreuse assistance.

Ce fui un événement qui passionna le monde de 1 escrime, car on considérait alors le comte de Bondy comme le plus fort amateur de l'époque.

Il était gaucher et d'une très haute stature.

Le comte de Bondy se présenta pour tirer, dans une tenue des plus fantaisistes.

Il avait revêtu un costume de satin blanc piqué, et portait autour du cou une collerette en dentelle dont les extrémités retombaient en jabot sur sa poitrine.

L'assaut se fit en deux: reprises; Lafaugère touclia quarante-huit fois le comte de Bondy el ne fut touché que trois fois.

Ce célèbre assaut a inspiré à Frédéric Régamey le sujet d'une aquarelle qui fit sensation au Salon de peinture de 1886.

Le peintre de l'Académie d'armes a mis au premier plan Lafaugère louchant le comte de Bondy par un coup vigoureusement porté; au second plan, dei spectateurs, au nombre de quatre-vingt-dix, représentent les illus-

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trations de l'escrime au xix® siècle, maîtres el amateurs, tous faits d'après les portraits authentiques.

Sous la Restauration, l'escrime jouissait en France de la plus grande faveur.

A Paris notamment, en dehors des salles d*armes, certains propriétaires de concerts, de cafés, avaient mis des salles à la disposition des amateurs.

Là, le premier tireur venu faisait le tour de l'assemblée en présentant un fleuret ; c'était la forme usitée pour engager les escrimeurs à se mesurer avec lui.

Lafaugère entra un jour dans une de ces réunions, accompagné de quelques amis; on présenta le fleuret à l'un de ceux-ci qui déclina l'offre et désigna Lafaugère au champion, mais sans le nommer.

Lafaugère accepta et dit tout en boutonnant sa redingote : « Vous n'aurez guère de plaisir à faire des armes avec moi ; car mon maître m'a prédit que je ne toucherais jamais personne, mais que, par contre, je ne serais jamais touché. •

Son adversaire rit beaucoup de cette prédiction, se promettant bien de la faire mentir.

Les deux tireurs se mirent en garde et l'assaut se termina sans un seul coup touché de part ni d'autre.

Un second tireur se présente, croyant être plus heureux : même résultat.

L't^lonnemeni des assîslanls est à son comble, aucun ne connaissant Lafaugcre.

Pendant ces deux assauts, un maître d'armes uiilitaire se démenait de faijon à attirer sur lui ]'atIeniion, disant très haut: « Moi, sur tel coup, j'aurais fait ceci, sur tel aulre j'aurais fait comme cela. •

Bref, ce maître plein de confiance en lui-même alla rouver Lafaugcre, qui avait regagné sa place, et le pria, s'il ne se sentait pas trop fatigué, de lui faire l'honneur de tirer avec lui.

Lafaugère, qui avait entendu les propos de ce maître d'armes, accepta courtoisement l'invitation; mais celte fois, son adversaire reçoit une grêle de coups de boulon.

Éperdu, il essaye de se reconnaître au milieu de l'avalanche de coupés, de couronnements, de parades et de ripostes foudroyantes; c'est en vain : l'assaut se termine sans qu'il ait pu effleurer la poitrine de Lafaugère.

Honteux de son insuccès, le pauvre maître d'armes dit à Lafaugère ; « Votre maître vous avait cependant bien assuré que vous ne toucheriez jamais, et pourtant... — Je n'y comprends vraiment rien, répondit Lafaugère en souriant, c'est la première fois que cela m'arrive, >

Le nom de Lafaugère, prononcé alors par un de ses amis, donna le mot de l'énigme; ce nom si connu des amateurs d'escrime fut salué par des acclamations enthousiastes de la part des spectateurs, que les trois assauts successifs avaient fortement intrigués.

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Lors de son duel avec Bertrand, Lafaugère alla au rendez-vous, les mains derrière le dos, en véritable flâneur.

Un confrère, qui s'y rendait en curieux, le rencontra ; surpris de voir Lafaugère seul, il lui demanda où étaient ses témoins. • J'en trouverai bien assez là-bas », répondit Lafaugère. Effectivement, un grand nombre de maîtres d'armes étaient accourus sur le lieu du combat, et Lafaugère eut bientôt trouvé deux témoins.

Dans ce duel, Bertrand reçut une blessure, heureusement sans gravité.

La&ugère était de première force au pistolet, et sa balle atteignait à chaque coup une pièce de cinq francs qu'une personne lançait en Tair,

Nous avons dit que Lafaugère était peintre : lorsqu'une de ses œuvres frappait d'une façon toute particulière l'attention d'un visiteur et lui attirait des compliments: • Si ce tableau vous plait, disait-il, vous me ferez plaisir en l'acceptant. •

Et si, par discrétion, la personne refusait : c N'en parlons plus, reprenait alors Lafaugère, je serais désolé d'être importun. »

uo ARCHIVES DES MAITRES D'ARMKS,

Dans son Traité de l'a^rl de /aire des cormes. Lafaugcrc, faisant allusion au Traité de la Bocîsière, paru deux ans avant le sien, dit : • Je croyais que les vieilles méthodes étaient usées sans retour; mais il semble qu'on voudrait nous y ramener.

■ Un système que les anciens avaient adopté de se servir fréquemment de la main gauche reparaît encore dans un nouveau traité; je suis bien loin d'approuver celte méthode; car elle est vicieuse et même dangereuse pour toutes les personnes qui se livrent à l'Art des armes.

> Cette méthode entraîne la confusion en éloignant les bornes que l'on a tixées aux principes; ce qui mène même, dans une affaire d'honneur, Ji laîre des bassesses par une fausse bravoure qui ne sied point au caractère fran<;ais, etc. •

On voit par ce qui précède que Lafaugère est le premier auteur qui ait proscrit l'usage de la main gauche.

Nous avons extrait de l'Esprit de l'Escrime les quelques lignes qui suivent, afin de donner un aper(;u du second ouvrage de l'illustre maître.

Du Parnasse français en céméraire auteur, Je ne veux point gravir l'elTrayante hauteur; J'emprunte seulement le secours de la rime,

LAFAUGERE. 2îî

Pour donner plus d'attrait aux règles de rEscrimc, Pour en peindre l'esprit et les calculs profonds.

Mais n'allez pas penser que le but de TEscrime Soit de prêter son aide à qui médite un crime. Non ; sa tâche, plus belle, est de mettre à profit Les facultés du corps et celles de l'esprit.

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