NOGENT-LE-ROTROU
L'église de Saint<^Hilaire de Nogent-ie^-Hotrou, la plus vaste et la plus belle des trois églises de cette ville est aussi la plus anciennement connue dans THistoire. Le vicomte Geoffroy, dans la charte de fondation deTabbaye de Saint-Denis, en 1031, la donne au nouveau monastère : « Ecclesiam S. Hilarii quœ est sita super Yogine alveum. » £lle peut donc remonter comme paroisse au X* siècle. Elle conserve d'ailleurs quelques traces de sa construction primitive, comme nous le verrons plus loin.
Placée à l*entrée principale de la ville, elle attire agréablement l'attention du voyageur par sa vaste nef et son élégant clocher, surmonté d*une lanterne à jour, et bientôt par les pignons aigus de Taile gauche, discrètement cachés par les arbres verdoyants du jardin du presbytère.
La route, détournée de sa direction primitive par la construction récente et le déplacement du pont, la montre aujourd'hui sous son aspect le moins gracieux. Le contrebas produit par la chaussée en détruit les élégantes proportions et la fait paraître massive et écrasée. Les pignons aigus, revêtus de crochets et de rampants à moulures profondes, terminés par des gargouilles grimaçantes si finement ciselées par les sculpteurs du XVI'' siècle, ne découpent point la ligne trop rigide de ce côté droit de l'église, et la toiture uniforme et monotone descend trop bas et semble écraser tout le monument. Le côté du presbytère, jadis si heureusement dégagé par la rue qui contournait Téglise à gauche» en se dirigeant vers le vieux pont à Tarche cintrée, la révélait sous
4 #:glise df. saint-hilaire
un aspect tout différent, gracieux, svelte et mouvementé, dans toute l'élégance et la hardiesse du style ogival flamboyant.
De vieux dessins du temps en donnent seuls une idée fidèle, nous les reproduisons avec empressement.
Dans son ensemble, Téglise Saint-Hilaire est ogivale, agrémentée par quelques détails de la Renaissance. Mais sa construction primitive remonte au XI" siècle. Nous pouvons sans crainte attribuer, à cette époque reculée, les gros piliers ronds du clocher, dont les chapiteaux sont à peine ornés de quelques feuillages grossièrement dessinés, et dont la base est aujourd'hui cachée par le pavage plusieurs fois rehaussé. Dans l'un de ces piliers, du côté de la grande nef, est encastrée une tête d'une facture antique. La voûte soutenue par ces piliers, avec ses nervures à boudin unique^ est postérieure, de la fin du XIP siècle. C'est là tout ce qui reste apparent de la primitive construction.
L'église se compose de deux parties bien distinctes.
Le chœur et le sanctuaire remontent au XV® siècle. Les sept fenêtres ogivales géminées, surmontées de rosaces à quatre lobes, la voûte avec ses nervures retombant sur des colonnettes élancées à chapiteaux ornés de feuillages ; à l'extérieur les contreforts qui s'effilent jusqu'au faîte par trois larmiers successifs, n'appartiennent pas encore au style flamboyant, malgré leur légèreté et leur extrême élégance.
Ce sanctuaire est séparé de la nef principale par un arc triomphal dont l'archivolte supérieure, enrichie d'une guirlande de feuillages entrelacés finement découpés, vient se reposer sur des piliers décorés de clochetons. Malheureusement il ne s'élève pas assez et pour une partie de l'assemblée des fidèles, il cache la vue des belles fenêtres de l'abside et surtout des merveilleuses rosaces qui les surmontent.
La seconde partie de l'église, la nef, est du XVI« siècle. Les deux rangées de colonnes rondes dépourvues de chapiteaux ^ et à moulures prismatiques, les fenêtres ogivales à 2 ou 3 meneaux soutenant des flammes aiguës et contournées, les pignons
pointus de la basse nef gauche à l'extérieur, avec les crochets à feuillages et les gargouilles accusent cette origine.
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teLISE SAINT-HILAIBE. A NOGENT
(Chevet, et vieux Ponti
D'autre part cette nef est antérieure au clocher dont un document nous donne la date précise.
La façade toutefois semble avoir été remaniée ou ornée après coup. La porte d'entrée en effet n'est pas ogivale, mais à linteau rectiligne, le bandeau qui se déploie de chaque cAté porte une sculpture très fine : des dauphins affrontés, à gauche, des chimères, à droite, soutenant un écusson.
Remarquons de suite sur le contrefort droit la pierre tombale en marbre, récente, dont voici Tinscription.
« Ici repose le corps - de — Jean Julien — Masson — prêtre, chanoine honoraire — de la cathédrale de Chartres — ancien curé de Saint-Hilaire de Nogent-le-Rotrou — décédé en cette ville le 8 mai 1849 — dans sa ÎX)' année. — A la mémoire de leur vénéré pasteur — ses paroissiens reconnaissants. — De f and us ndhuc hquilur. Heb. C XI. v. 4. — De Profundis, »
Ceci nous rappelle que le cimetière paroissial entourait encore l'église en 1843, et le vénérable pasteur dont on a relevé la pierre tombale serait enterré sous la marche de la porte d'entrée.
Avant de donner une description exacte du mobilier, nous nous faisons un devoir de transcrire ici en partie celle qui vers 1869 a été faite par M. l'abbé Delange, curé de Saint- Laurent.
« Le chœur de l'église avait été comme tant d'autres déshonoré par un rétable dans le goût du XVIIl" siècle. C était la mode, et pour faire ressortir cette œuvre d'ailleurs riche en elle-même, on avait supprimé et garni d'un mortier tout à fait primitif cinq belles fenêtres du sanctuaire. Dernièrement le rétable grec a disparu, les moulures mutilées ont été refaites, les fenêtres sont redevenues ce qu'elles étaient dans 1 origine, et quand le verre provisoire dont elles sont garnies aura fait place à de beaux vitraux, ce qui ne tardera guère, quand un autel en rapport avec tout le reste s'élèvera au milieu du sanctuaire, ce sera un coup d'œil véritablement magnifique. »
a Les deux collatéraux sont voûtés et garnis de belles fenêtres flamboyantes, dans lesquelles figurent des vitraux modernes très remarquables, surtout du côté gauche, où sont reproduits
éQ(.(SB Op SAINT-HILAIHP 7
les emblèmes concernant la sainte Vierjje et rappelés citons les Litanies : Domqfi :iure^, Tunis ebiiriiea, etc. Le travail n'est pas fini, mais avec du temps, il finira, et i| en sera ainsi de la voûte de la nef principale qui n'attend qu^n mot pour être lancée dans l'espace. Ce mot viendra et l'église sera complète ».
« Les chapelles terminales des bas-côtés sont garnies d'autels dans le style grec ; les arcades de la nef supportent douze tableaux représentant les Apôtres. Ils ne valent pas ceux de Saint-Pierre de Chartres. Une autre toile, donnée en 18f3(>par l'Empereur, est une copie de saint Michel terrassant le dragon infernal de Raphaël, due au pinceau de M. Dumoulin, ^^nfin un confessionnal modprne dans le style ogival du XV* siècle pttire l'attention du connaisseur. »
Ces tableaux ont disparu déjà depuis longtemps. Atteints profondément par l'humidité, on fit venir de Paris un artiste d'un mérite incontesté, mais il fut obligé de se reconnaître impuissant à les remettre en bon état, car au premier attouchement ils tombèrent littéralement en poussière. Les arts d'ailleurs ni la piété n'avaient rien à y perdre.
La plupart des vœux exprimés dans ce rapport sont aujourd'hui réalisés.
La grande nef est voûtée en briques sous l'antique bardeau en bois, avec nervures en pierre copiées sur celles des basses nefs. Cette voûte élapçée et légère a changé de tous points 1 aspect iptérieur de l'église, toutefois les nervure:» en retoni-s bant, Qon sur des culs-de-lan)pe, mais sur des çoloanettes acco-
lees aux piliers et despenjiant ji|squ fiu ^ol auraient peut être ajQutti encore, à cet ensemble déjà si harmonieux, une grâce' nouveiie par ^^^ hdi^e plg§ richp, pigs forte et plus naturelle.
»-e îDaitre-autel ^rec, dont le rétable fut vepdu à l'église de ^«u!ongi.jj pj.^j, Condé, a fait place à un autel en pierre de style <^gival avec un rétable artistenie^t spulp^é et un tabernacle à c'ocheton. j^e tombeau pn est enrichi d'un b^s-relief sculpté '"^Pré^ent^pt Jé§us au Terpple enseignant les docteurs.
^^ssept fenêtres du sanctuaire spnt ouvertes et garnies de ^^^^hwx à grands personnages. En voici l'énumérgtion.
1'' fenêtre, coté de l'Evangile, l'*' baie : saint Pierre Damien et saint Léon pape ; 2® baie : saint 1 homas d'Aquin et saint Anselme. Dans la rosace : le Baptême.
2** fenêtre, l»'' baie : saint Mathieu; 2*" baie : saint Jean; rosace : la Confirmation.
3« fenêtre, 1'® baie : saint Jean Chrysostome et saint Grégoire de Nazianze ; 2^ baie : saint Athanase et saint Basile Le Grand ; rosace : la Pénitence.
4* fenêtre, 1^*' baie : saint Hilaire : 2** baie : saint Félix ; au-des sous : M^"^ Pie, évêque de Poitiers aux pieds de Pie IX, avec un autre évoque et un abbé ; rosace : la sainte Eucharistie.
tO" fenêtre, l*^® baie : saint Jérôme et saint Ambroise; 2'' baie : saint Grégoire et saint Bernard ; rosace : l'Extrême-Onction.
6e fenêtre, i'" baie : saint Marc ; 2® baie: saint Luc; rosace : l'Ordre.
7® fenêtre, d'* baie : saint Pierre Chrysologue et saint Bonaventure ; 2* baie : saint Alphonse de Liguori et saint Augustin ; rosace : le Mariage.
Ces vitraux peints par la maison Lorin de Chartres sont d'une bonne facture, d'un coloris vif et agréable, dune conservation parfaite, et donnent au sanctuaire un éclat d'une richesse et d'une splendeur incomparables.
Sept arcades ogivales à moulures profondes et prismatiques, s'ouvrent de chaque côté sur les basses-nefs et s'appuyent sur des colonnes rondes, sans chapiteau.
Ces collatéraux sont eux-mêmes voûtés dans le même style ; les clefs-de-voùte sont formées d'écussons soutenus par des anges, mais dont les pièces ont été effacées.
Dans le bas-côté gauche se trouvent les fonts baptismaux, d'une facture récente. Sur la paroi de cette première travée se voit un cartouche avec cette inscription : M. 1787, qui doit rappeler un travail d'ornementation exécuté à cette époque.
Les fenêtres flamboyants à meneaux sont garnies de vitraux peints qui faisaient en 1809 l'admiration de M. Delange, curé de Saint-Laurent. Ces vitraux sont bien en effet consacrés à la
sainte Vierge et aux mystères du Rosaire, mais ils n'ont pas conservé l'éclat primitif. La peinture, insuffisamment cuite, tombe en poussière ; les sujets sont à peine reconnaissables et demandent une réfection complète.
La 3° travée est remplie par une chapelle de construction contemporaine à la nef elle-même. Elle est consacrée à Notre-Dame de la Compassion. Elle est munie d'un autel et éclairée au fond' par une large fenêtre à lobes flamboyants et de chaque côté par 2 petites fenêtres à plein cintre, sans doute postérieures. Le pignon extérieur de cette chapelle a été l'objet de soins plus attentifs et a reçu une plus riche ornementation, en rapport évident avec la destination spéciale du petit oratoire.
Au fond de la nef, l'autel moderne est également consacré à la sainte Vierge, et la fenêtre qui l'éclairé à gauche est munie d'un bon vitrail des ateliers de M. Lorin, représentant Jésus à l'atelier de Nazareth.
Le collatéral de droite est d'une construction semblable pour les 6 travées inférieures ; dans la 3* travée s'ouvre une porte latérale. La 4® travée est occupée par une chapelle pentagonale, construite au XVIIP siècle. On peut s'en convaincre à l'extérieur par les détails dé la maçonnerie qui ne se raccorde pas avec celle de tout le bas-côté, par la forme des fenêtres à plein cintre, par l'entablement ; enfin par les deux contreforts entre lesquels elle fut édifiée, et dont les attaches avec les murs de l'église sont encore visibles.
Les anciens registres paroissiaux nous font connaître la date précise et le motif de cette construction.
a Aujourd'hui, 2® jour de septembre 1702, nous soubzsigné Philbert Chasteau, docteur de la maison et société de Sorbonne, commis par M»' Tévéque de Chartres, avons bénj, avec les cérémonies ordinaires, la chapelle de l'Enfant Jésus, nouvellement construite, attenante à la nef de cette église Saint-Hilaire. Faict en présence de M. Louis Charpentier, curé de ladite église et M« Florent Lefébure, vicaire, et M« Bon François Pastoureau, qui ont signé avec nous. — Chasteau, — L. Charpentier. — F. Lefébure ».
Cette chapelle est aujourd'hui consacrée au Sacré-Cœur. Les deux petites fenêtres sont garnies de vitraux, véritable œuvre d'art, peints en 1902 par M. Lorin, représentant la réception de la sainte Couronne d'épines, et Jeanne d'Arc, mettant la France sous la protection de la sainte Vierge.
L'autel en pierre, tout récent, est enrichi d'un bas-relief dont le sujet est la fraction du pain devant les disciples d'Emmaus.
La dernière travée de cette basse-nef est une chapelle consacrée à saint Joseph. En effet l'autel de construction récente porte gravé sur son tombeau la mort du saint patriarche.
Toutefois la fenêtre du fond, ogivale mais irrégulière, est remplie par un vitrail du Sacré-Cœur. La fenêtre de droite est à 2 baies et d'une forme plus pure.
Le culte de saint Joseph dans la paroisse de Saint-Hilaire est en honneur depuis des siècles. En 1537, Pierre Masson élisait « sa sépulture en l'église de Saint-Hilaire-de-Nogent près Tautel de saint Joseph. » Florent Denisot, sieur de Saint-Chereau, ex primait le même vœu en 1627. Enfin un acte de juillet 1671 passé par devant notaire, déclare, « fondé un service solennel en l'honneur de saint Joseph dans ladite église Saint-Hilaire y>.
Les vieux titres nous font encore connaître raménagement intérieur de l'église.
En 1561, Marin Honnard, prêtre, choisit sa sépulture en l'église Saint-Hilaire de Nogent, près les fonds.
Jean Delanne, vicaire de Saint-Hilaire, veut « être ensépulturé en ladite église en la chapelle et devant l* image de Noire-Dame, i&ûS. » Fleurie Riboust veut aussi reposer devant l'autel de la sainte Vierge en 1681 ; de même François Rousseau en 1719.
En 1614, bail moyennant 60 sols de rente, par la fabrique de Saint-Hilaire de Nogent d'un banc dans la nef de ladite église, au droit de la seconde vitre qui est sous Vauiel et image de saint Michel^ et de deux autres bancs vers le coin de Vautel saint Eloi.
François Delalande, peintre vitrier à Nogent, choisissait en 1626, sa sépulture devant V image de saint Claude ; en 1646, Marie Nioulle veut également reposer devant timage de saint Claude.