‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 4)Chapitre 22 sur 63 · EGLISE DE BAILLMU-L EVÊQUE · texte numérisé non relu

EGLISE DE BAILLMU-L EVÊQUE

L'église de Bailleau-rETéque comporte deux parties fort dis- • tinctes. La partie primitiye remonte au douzième siècle. On le reconnaît à ses petites fenêtres romanes, très étroites, placées au sommet des murs comme des meurtrières de forteresse, et armées de fortes barres de fer.

De cette même époque sont les petits contreforts peu saillants en granit rouge à gros grain, et qui semblent autant un ornement qtt*un soutien de Tédifice. Les deux murs latéraux de la nef, portent ces signes caractéristiques. Ils avaient chacun trois fenêtres dHnégale grandeur. II n'en reste plus qu^une de chaque côté ; les quatre autres ont été agrandies et refaites dans le genre ogival.

Tout le reste de l'édifice a été rebâti au XVP siècle. On y a ajouté deux chapelles latérales d'égale grandeur et formant transept. Le pignon de l'église a été reconstruit à la même époque. Mais, chose assez bizarre, la grande porte est ogivale avec nervures et chapiteaux, tandis que les trois fenêtres, placées au-dessus, sont plein cintre.

Quelle a été la raison de cette reconstruction de la majeure partie de l'église de Bailleau-l'Evôque au XVI* siècle ? Four peu qu'on sache l'histoire de notre pays chartrain. à cette époque, il est facile de &*en rendre compte. En 1568, les huguenots, sous les ordres de Condé, assiégeaient la ville de Chartres. Or, les historiens du temps nous racontent que les assiégeants, furieux de ne pouvoir s'emparer de la ville, brûlèrent la plupart des églises de la contrée; et l'église de bailleau a certainement été de ce nombre. La preuve en est dans la découverte que les ouvriers maçons ont faite en 1809, en ouvrant les quatre fenêtres sus dites dans les murailles primitives du XII* siècle. Ils'trouvèrent, en effet, sur le sommet de ces murs et sous les sablières actuelles, de la cendre, des pierres et du mortier calcinés

D'un autre côté, sur la pièce de bois qui forme le faite du lambris, les ouvriers de l'époque ont gravé on chiffres très apparents : 1583. Or, de 1568 à 1583, c'est bien le temps qu'il aura fallu employer pour se mettre en mesure d'exécuter un pareil travail.

ÉGLISE DE BAlLLSA.IT-L'i(VâQIIB

DaDs son ensemble, l'église de Bailleau-l Evêque longue, de li2 mètres et large de iO, est fort régulière, avec ses cinq fenêtres ogivales à l'abs ir, dont une, celle du centre est rebouchée de maçonnerie ei masquée h l'intérieur par le rétable de Tautel. avec ses deux chapelles latérMles formant transept, ses six fenêtres, dans le même genre, sur la grande nef, et dont une donne sur la sacristie. II ne reste, comme nous l avons dit, que deux petites fenêtres primitives, à Tintérieur, entre les montants du clocher, ce qui les rendait difficiles à agrandir. Ces dix-sept fenêtres sont toutes ornées de vitraux en médaillons, ou de grisailles, exécutés par la maison Lorin de Chartres.

(Ine sacristie neuve fut bâtie en 1893 par les soins de la municipalité avec le concours de la fabrique. Elle a 2d mètres carrés de surface. Cette sacristie faisant suite à la chapelle du transept sud. fut bénite en juillet 1894, par feu M. l'abbé Dancret, curé archiprêtre de la cathédrale.

En IKM, le sanctuaire et le ch<eur de l'église ont été repavés en carreaux genre mosaïque, et ea 1901 la grande nef en carrelage de même genre.

On a conservé dans I intérieur de l'église trois inscriptions anciennes ; la première gravée sur pierre, et lesdeux autres sur cuivre.

I. — Cy davant gist honeste personne |1 Francoys Tardiueau, en son viuant [| laboureur, dem. à Baillau-leuesquo || leq, pôr estre aux perpétuelles |j prières de l'église dud. Baillau a doné \] par son testament à lad. église vng || muj de terre tel quil est contenu en || stmd. testament et à la charge que || les gagiers feront dire à son intesion || tous les vendredis messe haulte de |I la passion Et led. Tardiueau || décedda le XXII" iûr de juiliet en l'an mil cinq cent soixante et I; dix. Priez Dieu pour lui.

II. — Icy gist le corps de deffvnct || vénérable et discret personne ([ messire Gilles Qvétard pbre || vivant chanoyne d'vne chan II oinerye royalle S* Thomas du || Louvre à Paris, curé de Fresn||es les Rvngis, proche Paris et |I de naguercs cvré de S* Il Etienne du Gault en Beausse |j lequel decedda le XXVHI |[ iovr de décembre mil six cent dix.

Priez Dieu pour son àme«

ÉGLISE OK DAlLU&AU^L'évÈQUB

III — En tète, le prêtre donateur est représenté à genoux sur un prie-Dieu devant le Crucifix, les mains jointes devant son livre ouvert, revêtu du surplis à larges manches et à ailes.

Suivent six vers latins Toutes les règles de la prosodie n'y

sont pas observées, mais les idées en sont bonnes.

Scx operatur aqua per presbyterum bencdicta : Cormundnt. nccidiam fug^at, venalia tollit Augct opem, rcmovet hoslem. fantasmata toilit, Dat requiem cunctis Deus hic et ubique sepultis Ut sint m regao propter tua vulnera quinque

Cy devant gist vénérable et discrette personne M* lehan Bar* reau 1| en son vivant pbre curé de l'église de céans« leqvel par testament ]] et dernière volvnté» a doné à Téglise de céans troys septîers vng minot t| de terre assis en la paroisse de Bailisu. comme appert par son testament [| escrit et signé de sa main, insinvé par devant Léger Sîn'glais tabellion || à Bailla v, le 20* îour

de janvier irriK), & la charge de || faire dire par lesgagiers, àthous iours par chacun an vnc messe H haulte avec vigilles. commcndaces, tous les qvatre temps de Pan || laquelle messe sera annoncée le dimanche précédent ou prosne de [| grande messe par ie curé ou vicaire. — Et honeste personne Mathry || Barreau son frère et Michel le Blandin, sa femme, lesquels ont |) donné aussy à leglize de céans troys minots de terre assi au |} champ des Poulies, à la charge de faire dire par les gaigiers |] à tbous iours mais, par chaque an, une messe avec vigille et U commendaccS; la ^epmaine d'après la saint lehan Baptiste, || quomme il est plus au long quontenu en leur testament jj passe par devant Estienne Blandin tabellion a Baillau || le 24* iun 1563, et décéda le dit curé le 5iesme janvier 156({.

Priez Dieu pour luy.

Nous lisons dans les registres laclc suivant: « L'an 17'.M>, le dimanche l()may,aétc b.'nilL', sous les noms de /.«in.ït' el de .Uk At-Z/e, une cloche, pesante 8v^n livres pour 1 enlise de Hailleau-rMvèque. LeparainaétéMichel Hache: iamaramr demoiselle Louise-Simonne-Barbe Lelong ; laquelle cloche a été laitte parle nommé Girardj fondeur de ia ville de Beauvais. Signé : Manceau, curé. »

GotJUiER, curé dt BtUieAU'l'Mvêque*

LES ARCHITECTES

Les articles que j'ai publiés sur les façades successives de Notre-Dame de Chartres m ont permis de constater combien l'histoire de cette merveilleuse cathédrale était mal dclaircie. M. Tabbé Bulteau a fort bien décrit les portails et les vitraux, mais, comme il n'avait pasle sentiment de la critique historique, it a embrouillé les textes qui se rapportent à des édifices de siècles différents et il a propagé beaucoup d'erreurs, sMt en attribuant à révéque saint Yves, mort en 1115, *la construction des portails de la façade et des tours (1) que M. Lanore a fort heureusement remise au point <2}, soit en identifiant certaines statues des porches du transept avec des personnages du XIII* siècle.

Au lieu d'imiter M. Lecocq, qui s*était efforcé de faire connaître quelques noms de maîtres d'oeuvre plusieurs archéologues qui n'ont pu vérifier, comme je viens de le faire, une inscription gravée dans la monographie de Lassus, ont attribué la tour du sud à un faux architecte nommé flarman. D'autres ont mis en relief Rogerus, dont le nom est inscrit au-dessus d'une statuette de la façade, mats qui pouvait être un boucher aussi

{i ' ^tnnnrJrlphie de la c.ilfii^dr.ite de. CTi.trtret. t. |, p. 80 et 81.

12) Recontlruction de U façtde de U calhidraU de Chartres aa Xlt «iéei«,. dans la Jl«w* dt VAri chrétien^ 1899, p. 32B, et 1900, p. 32 et 137.

(3) L» Cathidnle de Chmrtre» et ses mattru if« l^aunn, dans let Mtmotrtê dt te Soelété ArehMogiqué d*iïar»-«l-Loir, t. vi, p. 308.

LES ARCHtTECTfiS

bien qu'un artiste, et Robin, prétendu sculpteur du ptirche nord, qui ne saurait usurper les titres réels de maître Berlhaut imagier du XIV- siècle. Il m'a semblé qu'un nouveau dépouillement des textes s'imposait pour couper court à certaines légendes qui se répètent d'auteur en auteur et pour exhumer les noms trop rares des architectes et des ouvriers qui ont travaillé à la catliédralc depuis la fia du siècle jusqu'au commeacement du XVI* siècle.

Le Cartulairc et surtout les Nëcrolou'es du Chapitre publiés par MM. de Lépinois et !.. Merlet renferment la mention de tous les legs faits au protit de I œuvre et du trésor (1^. mais tant que la date approximative de la plupart des obits restait inconnue, il était impossible d en tirer parti sans commettre de graves erreurs. C'est à cette tâche si utile que s'est dévoué M. René Merlet en faisant d'abord paraître avec l'abbé Clerval le texte de l'obituaire le plus ancien accompagné de savants commentaires qui ont renouvelé l'histoire de la cathédrale du XI' siècle, et plus récemment les listes chronologiques des dignitaires du Cha< pitre après avoir complété les notes recueillies par son père (3).

Le plus ancien architecte cité dans le premier obituaire se nommait Teudon : il mourut le l'> décembre d'une année antérieure à 1028 et son obtt est ainsi libellé :

Obiit Teudo qui aureum scrintum composuit in qao est tanica beale Marie et frontem hujus ecclesiae fecit el ipsamecctesîam coopérait (4).

Teudon était donc un véritable artiste, car la châsse en bois de cèdre plaquée d'or qui renfermait la tunique de la Vierge était son œuvre. Comme ce reliquaire se trouve mentionné dans Je Nécrologe en 974 et avant 4004 [5), M. Merlet en a conclu que la cathédrale dont Teudon construisit la façade et dont il fit poser la couverture était celle qui fut restaurée par les soins de l'é*

(1) C*rluUir9 de yotie-DHme de Chartres, publié par la Société Archéologique d'Eure-et-Loir. Chartres, 3 vol. in-4*. <2| Un M»na9crit chartrtin do Xhnicle. Chartres, G«rmer, 1098,

(3) DifjnH.iirfs fie l'ètjli.Ke \' )/re-/)f me <lr< Churtrcx. I.ixfes chronologique* formant le tome v des Archnes du diorèse de Chartres. Charttcs, 19O0, in-8".

(4) Un MmnuMerit efmrtnin, p. 184,

C5) Un MenawrU ctuairein du XI* nàcU. p. 157.

fiT LA CONSTBUCTION DES CATHEDRALES DE CHARTRES 3

vâque Vulfad après Hncendiadii 6 août 962(1). Cette hypothèse est très vraisemUaUe, car, en admettant que Teudon ait vécu jusqu'en 1028, ce n'est fMiS à cette époque qu'il aurait pu mettre la dernière main à la cathédrale de Fulbert, consacrée seulement en 1037, c'est-à-dire neuf ans après la mort de l'évéque. Un charpentier breton nommé Manoald, qui mourut le 10 mai d'une année antérieure à 1028, travailla également à la cathédrale au X' siècle (2).

La cathédrale du XI" siècle.

Après rincendie du 7 septembre 1020(3), Tévéque Fulbert ne perdit pas courage. Quatre ans plus tard, à l'automne de 1024, il annonçait dans une lettre au duc d'Aquitaine que la nouvelle crypte serait voûtée avant l'hiver (4). Son déambulatoire, flanqué de trois chapelles rayonnantes, se reliait à deux longues galeries qui s'étendaient sous les bas côtés de la nef. J'ai retrouvé les fondations de la façade de cette église au droit de la seconde . pile à quatre colonnes de la nef actuelle dans mes fouilles de 1901 (5). Le plan de son chœur correspondait à celui de la crypte et sa nef avait seize mètres de largeur, comme celle de Saint . Hitaire de Poitiers et comme le vaisseau central du XIII* siècle.

Une théorie, soutenue par M. l'abbé Bénault (6) et rajeunie par M. Mayeux (7), consiste à prétendre que la crypte de Fulbert n'était pas souterraine avant l'incendie de 1103 et qu'elle aurait

(1) Un Manuscrit churtrain du \l' tiéclf, p. 171.

(2) « Obiit Manoaldus, britto, et carpentariusSancte Marie. » ibid., p. iùi.

(3) ■ Anno M* vigcsimo, episcopatus domoi Falberti anno XIV*, siib ipsa nocte Nativitatis beatœ Mario; non solum ccclesia combustn. sed etiam tuta destructa est. • Tntulêtiont* S. Aniimi, dans les AntlecU 6o(- Unditn*. t. vu, p. 331.

(4) ff Gratia namqua Del cun adjutorio vestro crjplaa nostras penolvi» mus casque priusquam biemalis inclemcntia laedat cooperire aatagimua. » Migne. Fttralogh laliae, t. CXLI, lettre lxxv, col. 220.

(5) E. Lefèvre-Pontalis, Lê$ Fondation» dt» fêçêdta do la ealMtfrila d Ch»rtres. dans les Archh** Sutoriqaet du Diocètt do Chortroo do 1$0f% d'aprèa le» fouille*;, t ix. Fr.i.iSES et ('mPFt i fs, s^rip.

(6) Hecherches historiques sur Lt fondation de l'églisede Chartres. lîJdi, p. 430. {7) L'Aboido do U eolMdrolo do Ckorino do Itt aa Xf/f nieic, dans les JM-

nù^TUdo la Soeiiti Arohéotogiqito d'Eoro-ot-Loir^ t. xiii, p. 49.

LKS ARCBITECTSS

formé les bas cdtés et le chevet de la cathédrale du XI* siècle. La nef romane se trouverait donc enfouie sous le Wbjrînthe et sous le dallage actuel des dernières travées. Les bas c6tés de la crypte auraient été également remblayés à Tintérieur de deux mètres environ. Voici les raisons qui rendent inutile la discussion de ces hypothèses. Fulbert emploie le mot cryptaë pour désigner les galeries souttfraines terminées en 1024. En outre, les fouilles faites par M. Merlet près du puits des Saints-Forts en 1901 ont permis de constater que l'appareil des murs de la crypte se distingue du blocage des fondations qui atteignent leur niveau supérieur primitif.

D*ailleurs, M. Lassus a^fait pratiquer un sondage de deux mètres dans te terre-plein de la nef en partant d'une des premières travées de la crypte sans rencontrer aucune construc' tion (t). Les murs opposés aux fenêtres des bas c6tés souterrains no sont pas des murs de remplissage établis après coup entre des piles rectangulaires primitives, car on ne voit ni les claveaux des * arcades de ces travées imaginaires ni aucun décollement contre les pilastres qui soutiennent les voûtes d'arétes. Enfin, les fouilles faites dans le chœur Pannée dernière par M. Merlet ont porté le dernier coup à cette théorie. En effet. la pile cruciforme qu il a découverte, ainsi que l'ancien escalier de descente au caveau Saint-Lubin prouvent Texi-stence d'une abside antérieure au XI* siècle à 'i""'!!) au-dessous du d ill i^e XTIT* siècle T'i). La crypte carolin^^ienne n'était dune pdb ie cheveL d uin ancienne cathédrale qui aurait été coupé en deux parties par ie mur d enceinte gallo-romain, hypothèse tout à fait invraisemblable (Uj. 11

(1) Paul Duraud, Munognphie de Notre-Dtme de Chstrirei, p. 4.

(2) Ren<? Merh t l.ex FnniUes de h crffptf tt du rhn iir de la ealhédràle de Chartres tl5Wl-ly04j. dans les Archives HislortifueM du diocèse de Chartres. l.»05.

(3) La date du caveau Saint-Lubin et de la pile cruciforme du chœur primitif doit se placer nécessairement soit aprCs la dcslnution de l;i citthrdralo en 858 par les Normands, «oit après l'incendie de 9C2. La première opinion peut s'appuyer sur les raisons sutvantas. te plan de cette crjpte correspond i celui d'un chœur dépourvu de véritable déambulatoire, mais qu'on poiivn-t contourner en pnssîiut derrit-rf les doux piliers du fond, tandis qu'à la tin du X* siècle, soixante ans avant les travaux de Fulbert, on •unit entouré le Mnciuaire d'un b«»-cdté tourewit et de chapellea;rajonmntea» connue i Ssint^Uertin deToun. où des foniltea ont fiiit conaattre

Mctaii pholog.

CLOCHEn VIF.I X DK CHART««KS

Base de la ilèche.

Digitizec uy

faut en conclure que la crypte de Fulbert fut toujours en contrebas, qu'elle n*a pas été remblayée intérieurement et qu'elle était surmontée d*une église haute (1).

 la mort de Fulbert, le 18 avril 1028, la cathédrale romane n'était pas encore terminée (2), mais son successeur Thierri ne put la consacrer que le lundi 17 octobre 1037 (3), après avoir réparé les dommages de l'incendie du 11 septembre 1090 ^4). Le feu avait dévoré les parties hautes jusqu'à Tappui des fenêtres et la charpente apparente, qui fut rétablie aux frais du roi I''(5). Le sous-chantre Êtienne, qui fut témoin de la fondation de rab« baye de Pontlevoi en 1034 (6)-, Eudes II, comte de Chartres, mort en 1037, le chanoine Frédéric, le prêtre Eudes et deux bienfai» teurs nommés Raoul et Lambert contribuèrent largement à la restauration du monument (7). L'architecte qui dirigea les travaux de construction et de réparation se nommait Bérenger : il mourut le 28 octobre d'une année voisine de 1050» comme l'indique récriture de son obit (8) :

le plan de l'abside du X» siècle. L'incendie de 1.C2 dut être peu important, comme celui de 1030, car 1« Nécroioge garde le silence des bienfaiteurs de roeuvre ft cette époque et rarcbitecte Teudon ne refit que 1« façade et la toiture I/attribution du caveau Saint-Lubin au X' siicle pourrait se baser sur l'analogie qui existe au point de vue de l'appareil entre la pile cruciforme dégagée par M. Merlet en 1904 et celles de 1 ancienne cathédrale d'Orléans reconstruites après l'incendie de 9S9 et découvertes en 1880, de la crj'pte de Saint-Aignan d"Orlt*(ins refaites quelques années avant la dédicace de 102U, de la chapelle Saint-Lubin à Suèvres, près de Blois ; mais l'usage de la brique dans les joints verticaux n*est pas particulier au X« siècle.

(1) Cf. K. l.ffèvrr P ntniis, /.e Prjifv .'r., S.iints-Foris et lea Cruples de L% e»lhédr*le de Chartres, dans le Balleltn MonamenUl, t. LXVli, 1903, p. Mi et ArehiDM Hutoriqut» da diœên de Ckurtreg, t. ix.

"2 < Ad reataurationem hujus sancti templi quod ipse post incendium a fundameato reedificare ceperat. • Obit de Fulbert dans On iWtiuMera eAar- (r*în. p. 1S9.

3} Chroniquêi dêtiffHêei d Anjou. Ed. Marchcgay. p. 166. L'anniversaire

de la dédicace de cette cnth<*drale se c<*Ièbrc encore aujourd'hui.

(4) o Quarta (succensioj facta est anoo M* tncesimo. die tertio idus septembris, domni Theodorici episcopi anno secundo. • TruuUtioiuê S. Anhnip dans les Anaiect.i n„UantliAn.i . t. vit. p. 331. Cf. les épitapbes' de l'évéque Thierri dans Vn MMnaserit chartnia, p. 79 et 80.

(5) (Ta Mênaterit eh»rtnin, p. 171

(6) Uallia Chrisliana, t. vin. Instrumenta, col. 413

(7) Un Manuscrit ehurlnitt, p. 179, 162, 66, 166, 163 et 160.

(8) lbid.,p. 127.

LES ARCBITBCnB

Obiit Bêring*riu*t hujai nu^n* eeeiesiêt àrtifex àonus (t).

Ainsi, Bérenger fut le successeur de Teudon, mais quel est le Tiritable sens du motarif/êxqueduCange n'a pas jugé k propos d'ëclaircir? Des chroniqueurs du moyen Age, notamment Harittife (2) et Anselme (3), qui ont raconté la construction des églises abbatiales de Saint-Riquier et de Saint-Remi de Reims, remploient toujours au pluriel dans le sens d'ouvriers, comme &moldus Nigeilus (4). Il faut le traduire de même dans beaucoup d'autres textes (5). Fortunat doit être un des très rares auteurs qui en ont fait usage au singulier pour vanter Thabileté de Tarchitecte qui avait bâti une basilique à Paris aux frais de Childebert :

Prima capit radios vitreis ocalata fenestris Artificisqoe manu clausit ia arce diem 'fiu

Il faut prendre «r/»/«x dans la même acception en interprétant deux textes que mon savant confrère M. Victor Mortet a bien voulu me signaler Dans le récit de la fondation de Tabbaje de Saint Guilhem-du-Désert, un chroniqueur s'exprime ainsi : « Ipse dux ad opus rediit. operarios ponit, artifices prœponit (7). » Ici l'auteur oppose certainement les ouvriers aux architectes plutôt qu'aux artistes pour diriger la construction d'un monastère au IX" siècle.

L'éloge de Lanfroy, architecte du château de Pîthiviers à la

(1) Vn Minaitcrît chartmin, p. 180.

(2) thronieon Ctntaletue, liv. il, ch. lu.

(3) ltiMr*riam, dans Mabttlon, AeU Stnctoram ordini» S, BencdiVd', aaec. VI, para i, p. 711.

(%) De Uad* Mlmdooieù dan» le* MonammU Gernutnia* tutUtricB^ Seripiort»,

t. II. p. 505

(5) Cf. Vit» S. Siêfdtlvei dans les Aet» unetoram, octobre, t. ii, p. 588. — Geil» epitcoporum VirJanemiinn. dans les Monumtnt^ G9rtMni»e hislorica, Scriplores, t, x. p. 513, — Actaa pontificam CennmHnnfnxt'um. Vio dHildebert. Ed. Ledru, p. 403 — MirMcaUi sancli Dyonysn, dans» Mubillon, AcU ii6. ordhdtS. BtMdieii, aaec. m. para 11, p. 348.

(6) Monument» GermanUe hUtoricM, éd. in-4*, Scriplores. t. iv, p. 40.

(7) Vil* Willelmi dmciê 90 monacAi Celtoneiuw, dans les A<U À'anelarom, mai. t. VI, r. 815.

ET LA CONSTRUCTION D£S CATHEDRALES I>£ CRARTRfiS 9

fin du XI* siècle, par Orderic Vital» est encore plus concluant :

« Lanfredom architectum cujus iagenii laus super omnes artifices qui tum in Gallia erant transcenderai (1). »

Ainsi, Orderic Vital, qui écrivait au XIP siècle, emploie arehiteefum comme sjnoajme d*»rtifex (2). Lechartrain Bérenger devait donc être, comme Teudon, un habile artiste capable de diriger aussi bien des maçons que des sculpteurs* des peintres et des orfèvres. Au moyen-âge, ces différents arts étaient soU' vent exercés par le même maître, car les architectes de nos cathédrales étaient bien capables de les décorer et de les meubler, comme leurs successeurs d'aujourd'hui. .

Enfin, si Bérenger n'avait pas été un architecte de talent, son nom ne serait c^ainement pas inscrit dans le plus ancien né> crologe de la cathédrale de Chartres. Sinon, ce précieux manus* crit serait rempli de noms d'ouvriers au lieu de ne renfermer que deux obits de défunts qui exerçaient la profession d* « arti« fex I». Bérenger, qualifié par 1 épitbète.« bonus », dut se distingua par de réels mérites vers le second quart du XI* siècle. Son nom doit rester inséparable de celui de Fulbert, qui donna aux travaux de la crypte et de Téglise haute la plus vive impulnon, mais il survécut à Tillustre évéque.

Le charpentier Jean, qui travailla aux réparations des combles après l'incendie ded090, fit fondre une cloche de cinq mille livres. Son obit est ainsi rédigé.

Obiit Joh^nnesy carpeniMriai S»ne(e Marie, qui interali» kujut eedetie r»taurMiioni neeetsérit aigntim etiàm quinque miiiam /tbnrum eompoâuit (3).

Il mourut le 4 juin 1060, comme son compagnon Martin, décédé le 21 novembre (4). Dans la seconde moitié du XI" siècle, trois porches furent ajoutés à la façade et au transept de la cathédrale, grâce à la générosité du chanoine Raimbaud, mort

1) Hixloria ecctesmstiea, 1. viii, ch. xxix. Ed. Le Prévoftt, t. III, p. 416.

{2 L'auteur des Miracles de Xotre-Dunie de Chartres, qui écriv-nit «prt'îs 1 incendie de Li'-J^, a egalemeat etnplojé,» urUUces » dans ie seau d arcditectes. Cf. BibUoUiiqM VEeoU 4«$ Chttriêt, t. xui, IflSl, p. 510.

;3) Un Slanuscril e/wrfnim, p. 165.

i4; « Martiaus, cftrpentarius. ■<» Ibid » p. I(i3.

iO

LKS ARCHITECTES

vers lOôO (1), du médecin Jean, décédé vers 1060 (2), et du cha* noine André, mort vers 1090 (3).

En 1067, ia comtesse Berthe, mère de Conan II, duc de Bretagne, donna le n ciborium » qui surmontait le maître-autel en souvenir de son fils (4). Trois ans après, Guillaume le Conquérant fit élever une beile flèche en charpente sur la cathédrale après la mort de sa fille Adelize (3). Plus tard, le doyen Adélard, décédé le 26 août 1002, fit bfttir presqu'entièrement à ses frais une salle capttulaire et un clocher dont l'emplacement est difficile à déterminer (6). La plus ancienne mention de vitraux donnés à la cathédrale se trouve dans l'obit du sous-dojen Goslin,mort vers 1098(7). L'archidiacre Milon, dont le nom se rencontre dans deux chartes de 1099 et de 1105, fit orner de peintures le porche roman du croisillon nord (8).

L'œuvre du XIl^ siècle et la construction des tours.

Pour le XII* siècle, le nécrologe ne contient que le nom de l'architecte Vital, qui mourut le 15 octobre d'une année anté«

'D Obiit Hnppmboldu5, subdia^onu^ et canonicu^ Sanctp Mnrie qui dédit magnam parîem t»uu possesbionis ad t diCcationem vcstibuli froatis h^jus acccicsie. » Ibid., p. 159. J'ai retrouvé le mur nord de ce porche dans mes fu ailles de 1901. Cf. Mémoim d* U SoeUti arehéologiqu» d'Ettré-tl-Lnr, t. xiti, p. 4 et 6.

(2) o Obiit Joanncs medicusqui capaarum sedem daargentatam conatriuit at

iatius ecclesic doxtri Itilcris vcstibuhim fccit. » Un .Uaf»u.«rn'! c/i,ir/r.n'n, p. 1 4^>.

« Obiit Androas, sacerdos et caoonicus Sancte Marie qui ad ediâcium vestibuli huji» ecdesia reliquit agripemittm vinearam et dimidiam. » 'iiûf., p. 177. En 1893. on a retrouvé 1rs fi)ndations de ce porche sous le crui-îillun nord en creusant la cave du calunfère. Cf. l'article de M. Merlet dans les Jtfdflwirff tfa la Sœiéti arehéologique i'Ban-^t'Loiti t. s, p. 299.

(4) • Obiit Conanus, Britannorum cornes, pto ci^ua anitna Berta, comU tissa, mater ci""' nUare hujus ecclesie decoro exornavit cyborio. » De L<pioois et Meriel, Ca.rtuUirii de Sulrt-D.ime de Chartres, t. m, p. 220.

(5) « Bt Adeliza, filia regiaAagloraiii, pro cujus aaima p«ter ejua... juaait fieri campanarium quod est soper aeccleaiam precioaum et bonum. • (/a Mtnutcril dutrlnin^ p. 184.

<6) m Obîit Adelardua, decamia, qui hoc eapitaluB eonatrusit ef ad edîfi»

Cationetn t jrris plurimum profult, >j Ihid.. p. 174.

(7) Carfttisire de Aolre-ùMit de Chartres, t- m. p. 187. — L. et R. Merlet, IKgniUiret, p. 50.

18) « Cûpitelliim ecclesie a sinistra parte decenti pictura decoravit. i. CirtttUire de A'o^r«'J>ainc rf« CAartre». t. ui, p. 104. — L. et K. Aierlet, D^niUire»,

rieure à 1190 (1). Qualifié, comme Béreoger, êrtifex hujaë MneU eeeletie, il avait donné trois quartiers de vigne au chapitre après le décès de son fils Évrard, mais il n*eut pas un rôle aussi important à remplir que ses deux prédécesseurs. Il a pu faire recouvrir la cathédrale de feuilles de plomb entre les années 1106 et 1108 aux frais de la reine d'Angleterre Mathilde (2), qui avait donné des cloches à la cathédrale (3). La démolition d'un étal de boucher, qui se trouvait devant la Porte neuve (4) et qui gênait le passage des chariots, facilita la réparation des toitures L*évéque saint Yves, décédé en 1115, décora le chœur d'un am* bon et d'un autel en vermeil précédé d'une clôture à deux portes avec le concours de gâiéreux donateurs (6) , mais M. l'abbé Bulteau a eu tort de lui attribuer une part trop importante dans l'embellissement de la cathédrale (7).

L'incendie delà ville de Chartres, le 5 septembre il34 (8), se propagea de l'HAtel-Dieu à la façade et aux premières travées de la cathédrale de Fulbert, mais l'œuvre de l'architecte Béreoger subsista jusqu'à l'incendie de 1194. En efiet, le prévôt Henri, mort vers 1150, avait fait renouveler la toiture du chœur qui menaçait ruine et il avait fait poser un ange doré sur un pivot au-dessus de la croupe (9). Un charpentier, nommé Jean, fils de

(1) « Et Vit n îif x hujus snncte rcclesie, qui reliquit canonicia ejuadem «cdeftie tr«s quadraotes vineae post decesum Ebrardi, filii sui. • Un Mtnatcrîf ehartrain, p. 179.

(2) Un Manuscrit ch»rlniH^ p. 180. Cf. les obits d'AdéUTde et de aaint Yv«».

Jbid , p. 176 et ïSS.

(3) LeUrts d Yves de Charirts, dans Migoe, Pulrologie Utine, t. cxLviii, cot.l«8. .

(4) l.n Porte neuve s'ouvrait dans l'enceinte du cloître sur la rue actuelle du Cheval-Blanc, en face le pavillon de l'Horloge qui est au pied du clocher nord.

(5) • Plaustris inducendis atque educendis pro tectis huJus eCClMte npà' randis plurimum nocebat. » Obit d'Eudes, Ibid., p. 149.

(6| Obits du sous-doyen Hugues, du doyen Arnaud «t deaaint Yvet. lUd. p. 178, 181 et 185. — L. et R. Merlet. DigniUiret, p. SI.

(7) Monorjraphie de la cithr'-il r^lf rip fhartres, t. !, p. 83, et t. tt, p. 34.

(8) « Quinta [succensioj lacta est aaao M" centesimo tricesimo illl*. quarta ièria, nonns septcmbris, in que fere tot« civitate conaumpta, aed p«r mira» bilem Jesu Christi misericordiam 5uae gcnitricts aecclesia a flammis In* cumbentibus liberata. » Abbé Clerval, TrtnsUtiones Sancli Amant, dans les AmImI* BcUàndiuu, t. vu, p.

W Teetum eapiti* ecdceie quod pene ruebet malto euniptu de veteri no-

LfcS ARCHITECTES

Vital qui vivait au milieu du XII* siècle et qui mourut le 24 novembre d'une année antérieure & 1182, est mentionné en ces termes dans le second obituaire :

Obiit Johannes^ filias VilëiiMt huju* ecciesie e»rpenUrios fidelù et uUtix, qui taU intenlione et studio in opère beute Marie semper i*ionvit et êd opa* reparandi Crncifixi cyfum argenteum precio aexaginta solidorum et ad rettaurationem iarrie qnadraginia totido» dereliqoit (1).

Cet ûbit soulève deux problèmes intéressants. Le charpentier Jean n'était-il pas le fils de rarchitecte Vital dont j'ai parié plus haut et qui mourut avant 1130? D'autre part, à quel clocher > faut-il rapporter son legs de quarante sous pour la restauration d'une tour ? Je croirais vol<»itiereque le décès de ce maître charpentier doit se placer vers 1135, c'est-à-dire à une date où le chapitre ne songeait qu*& restaurer le clocher bâti aux frais du doyen Adélard avant 1092 et très endommagé par l'incendie de 1134, sans avoir décidé la construction de la tour du nord.

M. Lanore a parfaitement démontré que cette tour, complètement isolée à l'origine, fut commencée la première (2), car l'obit de l'archidiacre Gautier de Bonneval, mort après 1132, et celui de l'archidiacre Ansger, mort après 1139. ne font mention que d'une seule tour ilU. La générosité des donateurs fut secondée par l'enthousiasme des travailleurs volontaires qui apportaient les matériaux, la chaux, le bois et les vivres sur le chantier, comme l'ont raconté Haimon, abbé de Saint-l^ierre-sur Divcs, dans une lettre écrite en 1145(4), et Hugues d'Amiens, archevêque de

vu m fecit, angeluoi superimpositum cum acu ad dccorem domus Oei fecit et deauravit. » De Lépinoia et Merlet, CartuUire de ffotre-Detn» de CSharlre*,

t. iti, p. 80.

(1) Ibid., p. 212.

(2] Hevae de l'Art chrétien, t. XLViii. 1S99, p. 328, et t. xtix, 1900. p. 32. (31 Cartulnin de Notre-D»m0 de Chtrtret. t. m. p. 124 et 131. L. et R

Merlet. DignU.iirpx, p. iiH et 178. Lp don du chanoine Mathieu, décidé lett décembre, peut aussi se rapporter à cette tour.

(4) R Onuata vino, tritico, oleo. calce. lapidibus, lignis, caeterisque yel vftœ Uaui, vel strueturoe ecclesiamm nccossarîis ad Oinsti asilum animalium more brutorum pcrtrahcrent. •• Lettre publiée par M. Léopold. Deliale dana la Bibliothiqae de l'Ecole det C/iartre», t. xxi, p. 121.

A Ventre del

Cathédrale de Chartres Statuette de la façade

LES ARCHITECTES

Rouen (1). Robert de Torigni ctmstate qq'on bâtistait les deux tours en 1145 (2). Les pierres furent extraites des carrières de Berchères. à dix kilomètres de Chartres, qui étaient déjà exploitées à l'époque carolingienne, car on en a fait usage dans le ca* veau Saint-Lubin, sous lenuiitre^ute!.

Les seules donations « ad opus turrium • furent faites par rarchtdiacre Renier, le prév6t Henri, morts après 1149, le prévôt Eudes, qui vivait encore en 1161 (3), et le chanoine Simon (4).

Les oints du chantre Hamelîn, du chancelier Arnaud, morts vers 1150, et de l'évéque Goslin, mort en 116B, permettent de supposer qu'on ne travaillait plus à la tour du nord à cette époque, car ils donnèrent des sommes d'aiyent « ad opus turris f5). » Il faut en conclure que toutes les ressources étaient appliquées à l'achèvement du clocher sud et de sa flèche qui furent terminées vers 1164, car le chantre flugues qui fit le dernier legs, mourut en 1163 (6). Je note encore deux dons de dix livres « ad opus ecclesie » par le chantre Amaury Goauit, mort avant H73,par l'archidiacre fVilon, qui mourut avant l'incendie de 1194, et un autre ley,s de vinyt livres par le chanoine Robert de Pignora (7).

En même temps, comme j'ai eu 1 occasion de le prouver dans le compte-rendu de mes fouilles ^8), on élevait derrière les clochers un porche voilté d'ogives et précédé des trois portails et des trois fenêtres qui furent reportés dans la suite sur l empla-

(1) Habillon. Annait ortfi'nw S. BtnedieU, t. vt, p. 983.

(2) H Hoc eodem anno cdjperunt homincs prius apud Carnotum carros lapidibus oaustos et lignis aanona et rttbus aliis suis bumeris traberc ad opus ecdeste cujiis turr«« tune flebant. <• Hiêtorieni d* t» France, t. 'Xiit.

(3) Czrtulaire Sntre-Dame d» Charlnt, t. III. p.êO. 189 et — L. et R. Merlet. DigniUirei. p. 178. 230 et 232.

[i) Carhitairt de Notn-Damt de Chartres, t. m, p. 200.

(5^ Ibid.. t. m, p. 17 . 205 et 33. L. et R. Merlet. Difjnitaires. p X\ et 104.

(6) drtaUir; t. iii, p. 137. — L. et R. Merlet, Dignitairee, p. 3^^. On ne sait à quelle toar it faut rapporter les dont dee chanoioce Vathieu, Ntvelon» Albert de Meiz. Adam, Gui. Renaud et Hugues. Carlalâtra d« iVo(re-/>«me 4f« Chartres, t. m, p. 1, 93. '^7. 124, 135, 195 et 208.

(7) Ibid., p. 35. 18 et 143.

(8) E. Lefèvre Pontalis, Restitution âtt fkçêdu dt U t*ihédr*U dt CkMiirt* dans les ArelUvtê kùtoriqaet du diocèn de CAerfree, t. ix. p. 20.

hT LA CONSTRUCTION DES CATHÉDRALES DE CHARTRES 15

cernait de la façade actuelle. Le silence des textes sur les architectes qui dirigèrent ces travaux a donné l'idée d'interpréter deux noms et une date gravés sur les pierres, mais il £sut discu* ter la valeur de ces inscriptions.

Dans l'axe de la pile qui sépare la porte coitrale de la façade et le portail de droite, la statuette supérieure représente un homme dont la téte est cassée, vétu d'une longue tunique avec galon brodé automr du cou ; un fourreau vide est pendu à sa ceinture, ^eadré par deux minces cotonnettes, il est incliné en

avant; ses deux mains tenaient un instrument qui n'existe plus, sans doute une masse, dont Textrémité est encore visible au milieu du front du bœuf, couché à ses pieds Une corde enroulée autour des deux cornes de l'animal servait à lui faire prendre la position d'une bête qu'on assomme.

Au-dessus de la téte du boucher, on lit ROGEAVS sur un cartouche taillé dans la même assise et qui ne peut donc pas se rapporter au chapiteau de la Cène, visible plus haut. Cette inseription en lettres onciaies se fait^remarquer par ses deux R lleuronnés, comme les extrémités de la courbe du G et par le Y, qui se trouve un peu plus haut que les deux lettres voisines. Il est évident que ces caractères remontent au XII* siècle, car on remarque des R identiques dans les mots GEREMIAS PRO- FETA gravés sur le phylactère d'une statuette dans le jambage gauche de la porte de la Vierge. Est-ce le nom d'un sculpteur ou d'un donateur?

Les archéologues qui adopteront la première hjrpothèse avec M. Lccoq (1) et M. de Mély, sans partager les hésitati«ms de

(i) Mémoire» de U Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. vt, p. 431.

i6 LES ABCU1T£CTES

M. l'abbé Bulteau (1), auront le droit de faire observer qu'HVGO MONEDERI VS a gravé simplement son nom sur le chapiteau d'une chapelle rayonnante à Saint«Hilaire de Poitiers tandis que les mots HOC ou ME FECIT, suivent la signature de BRVN VS derrière la statue de saint Mathieu au portail de Saint-Gilles, de GISLEBERTVS sur le tympan du portail de la cathédrale d'Autun» de GOFRIDVS et de VNBERIVS sur deux chapiteaux à Saint-Pîerre de Chaavigny et sous le porche de Saint-Benottsur'Loire.

La seconde opinion, qui est celle de M. Paul Durand (2) et la mienne» s'appuie sur un autre raisonnement. Hogerus pouvait être un riche boucher qui offrit une somme d'argent pour les sculptures d'un portail et qui se fit représenter dans l'exercice de sa profession. Plus bas, on voit une enclume sous le pied d'un armurier qui a suspendu au mur un sabre dans un fourreau. Ces deux groupes ressemblent beaucoup à ceux qui sont figurés dans les verrières du XIII* siècle de la cathédrale pour conserver le souvenir des corporations qui les ont données. On voit de même un boucher qui assomme un boeuf dans une fenêtre haute de l'abside (3)»

On gravait souvent au moyen «âge les noms des personnages représentés sur un bas^relief ou sur un chapiteau. Ainsi, dans le tympan du portail de Mervilliers (Eure-et-Loir), sculpté au XIP siècle, on lit HERBERTVS sous les pieds d'un chevalier et lEORGiVS à c6té de la tête d'un prêtre ; un chapiteau de la même église représente un coq surmonté du mot PETRVS (4). Le nom du moine Hugues *de Sainte «Marie est gravé sur deux chapiteaux à figures de l'église de Saint-Beno!t-sur-Loire. A Notre-Dame de Chartres, la légende GEREMIAS PROFETA se lit sur le phylactère d'une statuette du XII* siècle dans le portail de la Vierge, et les porches du transept conservent des

(1) MMOffruphU d» te caMAfrate de Charirw, t. t, p. 71.

(2) Monoijrajihie de Solre- Dame de t.lutrire$. p. 57.

(3 Cf. F. de Lastpyrir, Histoire f!f /a peinlure sur verre, pl. Xl\*, fî$î. 2. (4) Abbé Saïasot, Le i yni^»n du portail de Mervilliers, dans io Congres archiotogiqot de Charlree, 19U0. p. lOUet 116.

LES ARCHITECTES

inscriptioxis qui désignent Jessé, David, Goliath, £lie, Samuel, les vertus, les vices et les arts libéraux. Il faut donc avouer que la question de savoir si le chartrain Roger exerçait un art ou un métier au XII* siècle est insoluble. En tout cas, il est impossible de lui attribuer les grandes statues des portes de la façade, car aucune n'est signée.

Dans un mémoire présenté récemment à la Société des Antiquaires de France, M. Mayeux a voulu rajeunir une opinion de M. Tabbé Bulteau (i) qui attribuait ces curieuses figures à un atelier formé par l'abbaye de Tbvn, mais c'est une hypothèse d'autant plus mal fondée que ces moines artistes travaillaient au temps de Vabbé Bernard, mort m 1116, c'est'à-dire un demi-siècle avant la construction des trois portails. En ou^ Tacquisition de maisons à Chartm par le monastère au XII* siède n'avait d'autre but que d'établir des rentes, et ne prouve pas un développement de l'atelier.

L'obit de Richer, archidiacre de Chflteaudun, inséré dans le nécrologe à la date du 12 Janvier, mentionne le don d'une statue de la Vierge à la cathédrale de Chartres au milieu du XII* siècle. En voici un extrait :

DeearavU etûtm iniroUam hujus eccUsie imagine heaie Marie Muro dkceater omafo (2).

Si cette statue avait été isolée sous un porche ; comme le pense M. Marignan (3). le rédacteur aurait employé les mots twft^alum ou capiteilam^ en usage dans l'obituaire pour désigner une constructicn de ce genre (4). Le mot introitnm ne peut s'appliquer qu à une statue extérieure, mais, comme la porte centrale n'a jamais été divisée par un trumeau^ on a le droit de l'identifiar avec celle du tympan du portail de la Vierge. Richer fut témoin dans deux chartes de 1128 et de 1149, mais il a pu vivre

(1) Monographie de U otthédrmU de Chartrtê, t. il, p. 81.

(2) Çartulàire de Solre-Dnme de Ch^irtrrr. t ht. p.

(3) Le PorUil occidental de Motre-Dame de Charire»^ dans ie Moyen-Age, lt^> p. 3i0, note 1.

(4) Obits du chanoine Raimbaud, du médecin Jean, du chanoine André Cf. Un Manaicril chartrain, p. 1&9, 177, 149. Obit de l'archidiacre Milont dans le CartuUirê de ATelre-iHanie tfe CAerfnv, t. tii, p. 101.

HT LA CONSTRUCTION DBS CATHiORJkLBS DB CHARTRBS 19

jusqu^en iiW, âate où son successeur Guillaume confirme une donation (1). Or il est certain que la construction des trois portails qui se trouvaient d'abord derri^ les clochers fut liée à celle de la tour du sud, dont les truTaux étaient en pleine acti- TÎté en 1145. Quand même la statue de la Viei^ge dtée dans l'obit de Rîcher ne serait pas celle qui orne le tympan du portail de droite, ce texte prouve qu'on décorait l'entrée de la cathMrale avec des statues rehaussées de dorures avant Tannée 1156. Cette mention ne peut s'appliquer qu'aux portails de la façade..

L'inscription gravée dans une lucarne à la hase de la flèche du clocher sud' n*a pas la moindre valeur archéologique. L'architecte Lassus en a donné un foc-similé conforme à cette lecture (2) :

H ARM AN il04 NDD

Au lieu de la reproduire exactement, comme M. Lecocq, qui y voit la signature d'un maître de 1 iL'Uvre (3), M, Paul Durand i \\ transcrit HARMANDV et M. l'abbé Buiteau (5) impnme tlAH- MAN', avec beaucoup d'autres archéologues, mais le sigle VS, qu'ils ajoutent à la fin, n'existe ni sur la planche, ni sur la pierre. M. I-anore ne partage pas les doutes de M. Durand sur l'authenticité de cette inscription, car il fait observer que sa date coïncide avec celle de l achèvement de la tour (6) et de la dernière donation pour l'œuvre des clochers par le chantre Hugues, qui mourut entre 1159 et 11 ai (7).

Examinons d abord la forme des lettres. Ce sont des capitales romames qui ne ressemblent pas dutout aux oncinles employées dans les mots de ROGERVS et de GEREMI AS PROFRTA, déjà signalés à gauche du portail de la Vierge. Amsi, les deux A

(1) L. et R. Merlet, lHgnitêire$, p. iM.

(2) Monographie de la cathédrale de Chsriret. Atlas, pl. L.

(3) Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir» t. vi p. 434.

(4) Monographie de Notre-Dame de Chartrei, p. lLi7.

(5) Monographie de la eathédniê de Chartrêit t I, p. M.

(6) Rei Jic de iArC chréi fn t. XUX, Î900, p. 38.

(7) CartuUire de Hotre-IMme de Ohartret, t. ut, p. 137.

LES ARCHITliCTfcS

de HARMAN ne sont pas chevronnés, TR ne se divise pas en volutes inférieures et les jambages de l'M et de l'N ne sont pas reliés par des demi'Cerdes.

L'emploi des chiffres arabes dans une inscription du XII* siècle est une anomalie tellement stupé6ante qu'elle suffirait à faire avancer de plusieurs siècles la date de 1164. On sait que l'usage des chiffres romains dans Tépigraphie du moyen Age persista jusqu'au XVI* siècle. Les chiffres arabes qui apparaissent dans certains manuscrits du XIV* siècle ont un caractère archaïque tout à fait différent de celui des chiffres de l'inscription du clocher de Chartres, qui présentent la forme usitée aujourd'hui. Bien que Thierry* maître des écoles de Notre-Dame de Chartres, f&t en relations avant 1140 avec des savants de Tolède et de Toulouse, qui répandirent les traités d'arithmétique en usage chez les Maures d'Espagne, comme M. l'abbé Clerval l'a démontré (1), ces rapports scientifiques ne peuvent avoir exercé aucune influence sur l'épigraphle cbartraine, où des clùfires romains furent constamment gravés sur les pierres , jusqu'au jour où Jean de Beauce fit inscrire la date de 1513 en chiffres arabes sur le socle de la statue du Christ qui décore la flèche du clocher nord. Enfin, je ferais observer que les deux dates de 1381 et de 1301, relevées sur la façade de la cathédrale de Reims, ont été reconnues apocryphes par M. Demaison (2).

Avant d'indiquer la lecture que je propose d'adopter, il faut rechercher A quelles époques la flèche octogone du clocher sud fut l'objet de réparations avant la réfection complète de sa pointe, entreprise en 1903 et terminée en 1904, sous la direction de M. Sel • mersheim, au moyen d'un échafaudage très hardi, qui fait grand honneur à l'habileté de M, Soumeilhan. chaqientier à Chartres L'expertise de 1316 permet d'affirmer qu'à cette époque un d^ ses pans était lézardé et qu'un clocheton d'angle tombait en ruines (3).

(1) L'Lruietifnement des &rlt libéraux à Chêrtret et à Paris dans la première moUU da Xth n'éct*. dans le Comp^rmâa du Congri» teiuttifiqot intePMfîo» n.?/ f/<*» cnthntiqnp*, année 1&S8.

(2} La lathédrale de Reima,son histoire, les dates de sa construction^ dans ie BaUtU» miMiitm«ntot, t. XLVi, 1902, p. 92.

|3) « Item, nous avons veu, en la ffrant tour, at avons regardé qu'elle a

Une intéressante étude de M. l'abbé Métais (1) permet de préciser la date des travaux postérieurs. Félibîen rapporte qu'on avait réparé la flèche en 1396, mais les crampons de fer scellés dans les assises avaient produit des lézardes de son temps (2). Au mois d'août 1680, il fut témoin avec le chanoine Étlenne (3) de l'audace d'un couvreur, nommé Màthurin Bemier, qui s'était fait suspendre à des cordages et qui mit vingt-sept jours à remplacer les pierres effiritées.

Comme ce travail était tout à fait insuffisant, le chapitre prit le parti de faire vérifier la solidité de la flèche le 8 janvier 1753. Au mois de mai, on monta l'échafaudage, puis l'architecte Brossard, qui habitait Sentis, fut appelé à Chartres par les chanoines. Après sa visite du 12 juin, il fit démolir la partie supérieure de la flèche sur 42 pieds de hauteur. Elle fut reconstruite en pierre de Saint-Leu-d'Esserent par l'appareilleur Duchesne et ses ouvriers. Une inscription constate que François-Jérôme de Montigny, doyen du chapitre, posa la première assise le 5 juillet 1753; les travaux de maçonnerie furent terminés le 4 octobre suivant. L'huissier Dutillet, qui jouait le rôle d'entrepreneur, renonça à exécuter son mai chc de 30,000 1. avant la pose de la croix. La vérification des travaux fut faite par I architecte Darvillaire.

Les relevés faits par M. Venencie, chef de chantier, ont permis de constater que les pans de la flèche étaient inégaux, car ils forment un octogone très irrégulier, dont les côtés varient de l^.TG à 2'",84 au niveau de la 12\* assise. Kn démolissant l'année dernière la pointe de la flèche, on a descellé une pierre imbriquée qui portait cette inscription :

MATHIAS MARIGIN 1754

bien mestier de grant amendement, que il i^a un des pans fenduz et docrevcz et une des fillolcs rompue et dépecée, t Cf. l'article de M. Mortel dans le Congrès arekéotogiqm <f« ChuHm, 1900, p. 317.

(1) Le Clocher rieux de ChMrlrttt M* rettuurutions, dans les 4reMwf hMoriqat» du diocèse de Chartres, livraison de juille» IWV p :<

(2) Mimoires poarttrvir à l'hittoire de* nuisons royales el tMlittuat* de France, éd. Hontaiglon, p. 88.

(3) Leurs observations sont publiées en appendice dan* Soochet, ffâtoîre da diocéae de Ul ville de Ch^rtrt, t. iv, p. 381 et 387.

LES ARCHITECTES

Peut-on rattacher à la même série de travaux l'inscription d'HARMAN, qui otTre tant d analot;ic avec celle-ci? Pour élucider cette question, je me suis décidé à faire explorer les lucarnes du clocher sud par M. Rob\', maçon, qui a collaboré à toutes les fouilles de la cathédrale et que je tiens à remercier de son dévoué concours.

II a retrouvé du côté nord l'inscription d'HARMAN, non pas sur le boudin dune archivolte, comme l'a dit M. l'abbé Bulteau (l), mais sur le jambage oriental de la petite lucarne supérieure en tiers-pomt percée dans le gâble de la baie centrale, à la base de la flèche. J'en ai fait aussitôt l'estampage le 29 décembre 1904, h l'aide d'un échafaudage et d'une longue échelle. Mon confrère, M. Merlet, a constaté avec moi que le 6 de la soidisante date de 1164 devait être remplacé par un 1. Comme la date de 1114 serait une hérésie historique et archéologique, je propose de lire 1714, en faisant observer que le second chiffre est légèrement incliné.

Le nom d'HARMAN est bien gravé à la première ligne sur une pierre, qui mesure 0"/il de longueur et C^lo de hauteur, comme dans le fac-similé très médiocre de la monographie de Lassus. A la seconde ligne, il y a bien NDD. que M. l abbé Bulteau interprétait bien à tort par NATO DOMINO. Le second D fut gravé par une autre main. Ces lettres sont audessous de la tin du mot HARMAN. Voici comment nous les expliquons. Comme la pierre était trop courte pour qu'on puisse y graver le D d'HARMAN. car le second jambage de TN tombe dans le joint, l'auteur de l'inscription a simplement achevé son nom à la seconde ligne en répétant l avant-dernière lettre N.

D'autres noms sont d'ailleurs gravés sur les piédroits de cette lucarne. Ainsi, au-dessous d'HARMAND, on lit LOUIS en lettres majuscules du XVI* siècle. Sur l'autre jambage, j'ai relevé le nom MARCHAND 1734 encadré par ceux-ci : LAI- GNEAU 1838 et SlLiitJN 1840. Ce dernier était un charpentier de Chartres. Les quatre petites pyramides d'angle de la flèche

(l) Monographie de la cithédr»le de Chartres, t. i, p. 94.

ET LA. CONSTRUCnON DES CATHÉDRALES DB CHARTRES 23

sont couvertes d'inscriptions du môme genre ; la plus ancienne date est 1555 au revers de celle du nord-ouest. Elle indique une réparation, comme le millésime 177G gravé au sommet de la llcciic de ia tourelle d'escalier.

Armand, qui a fait précéder son nom d'un H. suivant i orthographe plus ou moins fantaisiste du XVÎÎI» siècle, vivait donc sous lé règne de Louis XIV et non pas sous celui de Louis VIL Etait-ce un maçon? J'en doute fort, car aucune réparation importante ne fut faite au clocher sud en ITL'i. Je crois plutôt que c'est un sonneur, un guetteur, un couvreur, ou mOrae un simple curieux, comme ceux qu'on empêchait de monter sur les échafaudages en 1753 (1). Plusieurs archéologues trop confiants auront contribué à lui donner pendant un demi-siècle la gloire d'avoir bâti la tour du sud, mais il ne mérite pas du tout cet honneur qu'il faut laisser à un maître inconnu. J'avais eu bien raison de faire les plus expresses réserves sur la v&leur de cette inscription (2', car j'estime que toutes les dates et les noms inscrits sur nos édifices dn moyen âge doiveat être passées au crible de la critique épigraphique.

La façade occidentale fut donc l objet d'une reconstruction complète pendant le second tiers du Xli" siècle : mais la cathé-' drale du Xi" siècle, bâtie par Fulbert entre 1020 et 1028, achevée et restaurée après l'iaceodie de 1030 par l'évëque Thierri qui la consacra en 1037, se conserva intacte Jusqu'à l'incendie de 11^. L'obtt du chancelier Robert, mort après 1173, iait mention d'une somme de 15 livres qu'il avait donnée u ad opus criptarum (3) ».

On retrouve encore aujourd'hui la trace des travaux exécutés dans la crypte à cette époque. Ses fenêtres latérales furent exhaussées et agrandies, parce qu'on releva le niveau du sol, après l'achèvement des tours, pour utiliser les déblais. En même temps, sa porte méridionale fut encadrée par deux colonnes et une archivolte moulurée.

(1) Abbé Métais, article déjà cité, p. 9.

(S) Congrit ërchMogique dê Fnnee. Siênu* gMrmlM temat à GhartrtÊ m

WKf, p. adç.

(3} • Ad opus scriptarum ecclesie xv libras fecit distribai. > Carlalsire d« AMn-Zteme d« Clurintt t. ut, p. 187. — L. et R. Merlet, JHgniUin$, p. lOS.

LES ARCHITECTES

Vers le milieu du XII* siècle, de généreux donateurs, qui imitèrent l'exemple de saint Yves, firent poser dans le chœur un riche mobilier. Le maître-«utel, consacré à la Vierge, fut agrandi et recouvert de plaques d'or et d'argent (1), comme celui de la Trinité (2). La sainte châsse et les autres reliquaires furent sur* chaigés d'anneaux d'or, de bijoux et de pierreries (3), Le payage du chœur fiit remplacé aux frais du sacriste Pierre par des carreaux de marbre et d'auricalque (4). Le doyen Zacharie, mort avant 1143, et l'évéque Robert III, décédé en 1164, contribuèrent au renouvellement du dallage (5). Entre 1130 et 1150, le crucifix, qui devait se trouver sur la poutre de gloire à l'entrée du sanctuaire, fut complètement restauré aux frais de plusieurs dignitaires du chapitre (6). D'autres bienfaiteurs oflHrent des tentures, des ornements de prix, des vases sacrés (7). Enfin, on relève dans les nécrologes le don de treize vitraux par des archi* diacres et des chanoines du XII* siècle, sans y rencontrer malheureusement le nom d'aucun peintre verrier (8). On trouve cependant mention d'un Giraldut vitreator dans le CarlnUire de JoêaphMt et d'un BoherUts «lYreeriot qui se fit moine dans la même abbaye, entre 1155 et 1164 (9). D'où M. l'abbé Métais conclut à l'existence probable d'une école de peinture sur verre au XII* siècle» à Chartres.

(1) Obits des archidiacres Ragan et Gosiin de Musy, morts vers 1149. de l'évéque Goslin, mort en 1155, du chefcier Goslin. mort avant 1160, du chanoine Arnaud de Feuillet, mort avant 1195, ot du chanoine Gautier. Carto- Uire de .\'olre-l>ame de Chartres, t. m. p &'>. 3'>, 32, 9. lU et iffi

(2) Obits de l'archidiacre Ragan, mort vers IW, et du chantre Hugues mort avant 1168. IMtf., p. OS «t 137.

(3) Ibid., t. I, p. 148.

('O « Scaccarium de auricalco et marnore in paTÏmentum chori de proprio fecit. » Ibid., U m, p' 13.

22etl80.

(6) Obits du charpentier Jean, mort avant \i'.iO, de l'archidi.Tcrc Anspor, mort vers 1140, du doyen Salomon, mort en 1144, du chantre Hamelin, mort vers 1150, du chefcier Goslin, mort avant 1160, des chanoines Gui et Matbieu, Ibid,, p. 212, 181. 1S9, 17. 9. 135 et 1.

(7) Cartnhire de yofre-Dnme de Chartrex, t. i. p. 144 à 14ô et l i9.

(8) Gbits du sous-dojen Hugues de Lèves, mort vers 1115, de l'archidiacre Ragan, mort vera 1149, de l'archidiacre Amauld Fouaille, mortven 118S.

(») Edité pai' M. Fabbë Métais cb. Ul et GCXLV

ET LA CONSTRUCTION DKS CATflÉDHALES DB CHARTlIfiS 27

La. Cathédrale du XIII' si^tLe.

Dans la nuit du 9 au 10 juin llM(i),tefeu dévora la cathcdralè romane du XI' siècle, mais les cryptes, la façade occidentale et les tours furent préservf'^es de tout dommage. Cet incendie fut, avec celu» de 1020, le plus terrible de ceux qui ruinèrent Notre- Dume de Chartres. Comme la nef bdtie par Rerenger, nrchitccte de Fulbert, n'était pas voùtëe, la charpente et !f> l-imbris devinrent la proie des flammes et entraînèrent li s murs dans leur chute ; mais les clercs qui s'étaient réfugiés dans le caveau Saint- Lubin, avec la chAsse de la tunique de la Vierge, eti ^ot*tii"ent sains et saufs grAce à la trappe en ivr rabattue sur l'escalier (2).

Le cardinal Melior, Ij^gat du pape Célestm III. réunit les ildèles sur If s [111 ries fumantes de la cathédtale, en faisant appel à leur dévouement pour la rebâtir sur un nouveau plan (3). On vit alors renaître le même enthousiasme qu'au moment de !a construction des tours en 1145 : des légions de Charirains se mirent à la disposition des architectes pour charrier la pierre de "R^rcbères et tout ce qui pouvait être utile aux ouvriers (4). Les

d'AriMUld de Feuillet, mort avant 1195, d Aimerj^, de Nivelon, d ArnAuld Qttadrlgaire et d'Huguee de Monrllle. C«rf alair» de Notn-Damt, t. m. p. 145, 06, M. 114, 18. 0.1, 129 et i\3

(1) • Anno igitur ab incarnatiune Dommi MU" aonagcAlina quarto, cum ecclesia Carnotensis, m* idus junii. mirabili et mieerabilt fuisset inceadio devaetata. H» ut, eoiiqaassatis et dissolutis post modam parietibin et in terram prostrnti'^ necessarium fortt a fundnmonti"* reparari et novanc de- Duo edificari ecclesiam. » Les .Vtraeles de i\olre-Uame de CharlreSt dans la mbUoikiqM de FKeoU àuChsritê, t. XLil itHU p- SOB. C« fMdét! fbi télA" po8«« ver-. 1210

On peut également consulter sur ce sinistre Rig<^M et Qirinaùme Lé Breton, <7etfa Philippi AttfftÊêti. éd. Delabftrde. t. i. p. HÉBétfUlSifkiVé'ét d'Auxerre, Chronolociia, dans les Jlisloriens de la Fr:mi c, i. xvfil; p. 258 ". Guillaume de Newbury. De rehas angUtÏMf Ibià., t. Xvtli, p. 44; Chronitiaet de Satut-Deni», Ibid., t, xvii. p. 380.

(2> « 1» inferiorem criptaaa... ittchlii... Ha demum a mottf» periculo eWb béate M.irte protectione salvati «sunt quod hnstiutn quoddam ferreu.'Vi qao cripte superficies tegebatur, nec lignorum ardentium et ex alto cadenti'jm eoogefiM violavit. » £e« Afiraeie* de K^irê-Dam* de Chàftrêê, 4aM Im 1IU9M de VScoU dee CA4r(ee, t. xui, im, p. MO.

(9) IfcM., p. SX».

(4) « Can poat rninam parietum superiu» nenoratam novam edificari

28 LES ARCRITBGTBS

premières ressources furent fournies par l'évéque Renaud de Mouron et les chanoines, qai abandonnèrent trois années de leurs revenus et par le chevalier Manassés Mauvoisin, qui fonda, le 3 octobre 1195, uDe rente de 60 sous destinée à l'œuvre de la cathédrale (2).

A défaut de textes, il faut recourir à l'archéologie pour comprendre la marche des travaux. Comme les arcs-boutants du chttur portent l'empreinte d'un style plus avancé que ceux de la nef» je suis persuadé qu'on éleva d'abord un chevet provisoire pour y célébrer le culte, pendant que les travaux de la nef et des bas-côtés étaient poussés avec une grande activité M. Tabbé Bulteaua soutenu la thèse contraire (3), en rajeunissant Tobit du chancelier Robert, qui légua 15 livres « ad opus criptarum ». Mais grâce au dernier ouvrage de MM. Merlet, on sait maintenant que ce dignitaire mourut en 1174 ou en 1175(4). Il ne faut donc pas confondre les travaux exécutés dans la crypte à cette époque, dont j'ai parlé plus haut, avec l'addition de ses quatre chapelles rayonnantes du XIII* siècle entre les absidioles du XI* siècle.

Le service du culte fut brusquement suspendu dans le chœur provisoire, à la suite d'une émeute où la populace envahit le cloître des chanoines, un dimanche d'octobre de l'année |210. Le chapitre répondit à cette insulte en faisant fermer les portes de la cathédrale pour célébrer la messe sans la présence des fidèles. On retira la chdsse de la tunique de la Vierge qui ornait le

eccletiam necesaitas imp«raret. tandem plaustris ad attrahendas lapides preparatis omnes se invicem invitant pariter et hortantur ut quicquid ad llli;jtu opsris filbricam necessarium putant vel artifices fieri precipiuat, îneunctantrr parent et absque dilaUone perficiant. » BibUotMqiw dt Vieott à— ChMrtret, t. xui, 1881, p. 510.

(i) JMI.. p. Ml.

(9) • Dedi et perpétue concessi ecclcsic Béate Marie Carnotensia ad opus

ipsius eccJesip spxn^îinta solidos monete parisicnsis percipiendos apud MeduDtam. u CirlaUire de sSotre-Dame de Charles, t. i, p. 2b2. Cf. l'obit, t. ut, p. 20O.

(S) MotUtgnphU de la cathédrale de Cfurtrt», t. I, p. 123.

(4) Dignitaireide l'église Notre Dame de Chartres, p Son obit figure au 28 septembre, tandis que celui du chancelier Robert de bcrou, mort en 1216, •èt intcrit au 29 ftviiar. ,

ÈT LA CONSTRUCTION I»BS CATRAorALKS DB CRARltlBS 29

mattre-autel ; on déposa lei autres reliquaires sur le dallage et on descendit le crucifix, qui devait se trouver sur la poutre de gloire à l'entrée du chœur (1). Philippe- Au|^ste vint à Chartres dans le cours du même mois, pour terminer cette affaire par un, compromis» et il voulut marquer son passage par un don de 200 livres, destiné à l'œuvre de la nouvelle cathédrale (2).

L'obit du chambrier Robert de Blevia, décédé le 18 février i214 ou 1215, nous apprend qu'il avait donné une coupe, deux vases, aix cuillers en argent pour la construction de la cathédrale et vingt-cinq livres pour bâtir un pilier (3). 11 faut en conclure que toutes les piles» n'étaient pas encore montées à cette époque. X^es chanoines Simon de Berou (4), Thierry de Corbeil, Aimeiy de Feuillet et le sacriste Jean léguèrent des sommes d'argent pour continuer les travaui: (5) ; mais la date exacte de leurs obits est malheureusement incertaine.

Guillaume Le Breton, qui écrivit sa PhUippide entre le 14 juillet 1218 et le 14 juillet 1224 (6). affirme que la cathédrale entièrement voûtée serait toujours à l'abri du feu, comme s'il avait prévu le violent incradie de 1836, qui mit la solidité des voûtes à une rude épreuve :

Cul toto psr nnlla hodîe splendesdt In orbe Ona, lapide ezciso sargens nova, corpore toto

Sub lestudineo jam consummata décore Jadidi nihil usque diem timet igne noceri (7).

(1) • Denudatan eat «ttain altore Béate Marie et lacro^ianctum «criBiam

abnltari drpositum et inferius antealtfi ri' positum est, non equidem super pavimeotum. »ed stcut poni solet a die Cene passioais dominicc... imago quoque Crucifixi ab altA deposita «at et aote capaaa auper pavîmeatum chori deposita. a Ctrtal*irt de Notre-Dame de flmrlres, t. ii, p. 57.

^) « Ducentaa librai parisiensea ad opus edificatioais ejusdem ecdeaie contulit. • IMi., t. ii, p. 99.

(3) • Operi vero dédit cuppam et duos scr^phos argenteos et vi coclearia argentca et pro uno pilari faciendo sxv libraa. » Ibid., t. in, p. 46. — L. et R. Merlet, DigniUires, p. âd.

(4) On a retrouvé sa pierre tombale en 1856 dans la ehapelle centrale du rond-puint de Saint-Père de Chartrea, mais llnacriptios en rtn léonins ne donne pas la date de son décès.

(5) CsrfslafM de Nûtrt'Dêm» de Chartm» t. lu. p. U. 78« IS2 et m.

(6) Edition Delaborde, t ii. p. lxjt et lxx.

Çl) Œuvres de Guillaume Le Breton, livre iV, vers ti06. Edition Delaborde,

• UES AUCHITBCTCS

DaBB< les GtÊùt i*hUipj}i Aagïùii h mêHM lti«toricii t« «eit éè rexpreMiob « niiro et ntiraculoM tabulata' kpideo » pour dési** gner les voûtes de la cathédrale qiii '4taiêi&t appareillées vert 1320 (1). A l'appui de son prédeux témoignage, on peut citer uA règlement du doyen Barthélémy, daté du mois de janvier 1921, qui confirme les droits du chantre à fixer les' places qae les di> gnitaires du chapitre doivent occuper dans les nouvelles stalles du chœur (2). Comme l'évéque Gautier, dans son testament daté du 5 décembre 1234 (3), ne lègue aucune somme pour l'oeuvre de la cathédrale, je suis porté à croire qut* sa construction était à peu près terminée à cette époque. En 1247, on ne comptait qu* cinq autels dnns la crypte et cmq dans l'église haute placés sous le vocable du Crucifix, de saint Laurent, des Apôtres, des Con^ fesseurs et de isaint Vincent i/t) ; leur nombre correspondait à celui des chapelles rayonnantes. Les deux autels du transept, consacrés aux saints Anges et aux saintes Vierges, furent fondés par saint Louis en 12â9, et l'autel de sainte Anne, mentionné en 1276(5), se trouvait sous le jubé qui était en place à cette époque.

D'ailleurs, c'est entre 121*» et que de généreux bienfaiteurs oflFrircnt quelques-uns des magnihques vitraux. Le chancelier Robert de Berou, décédé le '20 février 1216 donna la verrière ornée de son portrait, qui se trouve dans la seconde fenêtre haute du chtiiur du côté nord <(»), mais elle ne fut sans doute posée qu'après sa mort. Thibaud le Jeune, comte de Chartres, mort vers 1218, fit exécuter à ses frais la belle verrière des signes du zodiaque et des travaux des mois qui éclaire le déambulatoire au sud (7). Les armes de Jean d'Oisy, mari d'Isabelle, comtesse de Chartres» sont peintes dans le vitrail de saint MarjLin« qui rem-

;i) Edition Delaborde. t i. p. 190.

• Novcnt universiUs vestra quod oo» in choro no»ire eccle»ie novu diapotitione ponentet. CmrtnUirt de Notre' Dtmm <!• Ckarirw, i, ii, p» M.

(3) Ihié., p. 12Î.

(4) Ihid , p. 137.

(5) Ibid., d. tGU et ;97.

(6^ t file etian dédit fen^stram fitream 1r cher» dm stallum eancellant

m qiin ipse depictus conspicitur. » Ibid., t. 111. p. SS" (7) F. de Lastejriie, Histoire de la peinture ear «erre. p. 81.

Digitizod by Cocigle

' ET LA CONSTRUCTION M» CAXMfiMLkLES DB CHARTRES 91

I^Litvuiebaie supérieure 4» nhctuasè (i). Ceoffrai G&ardoaei, lAféT6t de Ma2aD^é de 1211 à 1216v ftoift anhidiaore de Danoi» dr 12^èk.l^ (2), mort vers 1237, oftrit me vevrièrè encore intacte dans une fenêtre de la chapelle du Pilier, au nord du chœur (3).

Les chevaliers Hugues de Meslay, mort vers 121V), et Guérin de Friaize, qui mourut vers Vil-Jô, sont représentés sur le vitrail de sainte Marguerite, dans une chapelle raisonnante cniTime M. K. Merlet 1 ;i dénumiré 4). Philippe liufepel. comte Je Boulogne, bâtard de Phuif)[i' .\iigustc. mort en t2;{4, et Mahaut, sa femme, qu il épousa en 1 21*), firent poser trois verrières du croisillon nord (ô). Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, mort en 1250, et sa femme Alix, imitèrent leur exemple dans l'autre bra» du transept .

Parmi ici, autres (i»)nateurs de vitraux, il faut citer Henri Clément du Metz, maréchal de France sous le règne de saint Louis, Amaury de .Montfort, connétable de France, qui mourut en 1241, Etienne Chardonel. chanoine de Notre-Dame de Paris, cité dans une charte de 1249 {71. Pierre de Courtenay, tué à la bataille de Mansourah en 125(). FerdmandlJI, roi de Castille. décédé en 1252, et saint Louis, qui sont représeniés dans les rosaces des fenêtres hautes de l abside 8i Les identifications de tous ces pt r^unna^^t s historiques sont basées sur leurs armoin 'S ou sur des inscriptions peintes en bordure. Je n'ai pas pu dater les obits

(1) DcLépinois, Iliitoire Je Charlre*, t. l, p. 318.

fT f'arluUire de \oire-Dtm9 de C'A«r<ref, t. m, p. 201. -> L. et R. Merlet, UignitatreM, p. 261 et ikl.

(3) Cf. «bbé Clerval, U|F«m(Ue ChwdoMl ti lu vUnax tfe le ehëpêttt dm Pilier dans Li cathédrale de '' h nrt ru, é^nM le» MitHOtm d9 1» SoeSUi arthiologique d Hart-tt-Loir, t. x, p. 1.

(4) vMeme» d% Chêrin» as Xfl i«éde ei te- effreif d» tainlë'MMrgwtrittt

dans les Mémoires de lAf^ociélè Arcliéolofjique d'Kure-ei-Loir, t, X, p, 81. ^5 F. de Lasttjjrrie, Uiêtoire de .1» peinture sar verre, p. 58.

(6) Ibid., p. <i6 et 67.

(7) Cf. Guérard, CnHaUire de Sotre-DMie de Péris, t. ii, p. 4i3. Abbé Cler* val, /..I famille ''hardonel, dans les Mémoires de la Société àrchéolo(fit[ne d'Fureei-Loir, t. X, p. 11. ~ M. l'abb« Bulte»u et M. de Méljr ont idèntlfté à lavt Ëtienae CharnlDiMl avee lè»)C*rdiiwiift filieaiie der yuc», 'arelmièque-de 9iriSonie. en Ilorifi^rip. oX Ktii-nne de Langton, archerèqae de Gantort^'-rç*. Cf. Bulteau. Monographie de (a calhédrale de Chertree, t. p. 121i — De Méij, (ét'CvdbmliÊlimm.dm'Vmmfeê, d— » Im Bmmt^d^CÂHThrMm, 1889.

(8) ibid.. Pi e2, 6k» 66.

UtS ARCUITlICTfiS

du chanoine Guj de Craches et du sacristeJean, qai oflMrent chacun un vitrail (i). On ne connaît qu'un seul nom de peintre Terrier chartrain du Xtll* siècle, par la signature CletMM tntriêtia* C^rnotenti» Mjigisler], qui se trouve au bas du vitrail de l'histoire de Joseph dans le déambulatoire de la cathédrale de Rouen (2). Il est bien probable que cet artiste est Tauteur de verrières du même genre à Notre-Dame de Chartres.

En 1240, date de la mort de l'évéque Aubry, il y avait des cloches dans les deux tours (3). Vers la même époque, mourut Ârnoul Payen de Mongerville, prévôt d'Auvers. qui avait donné 20 mesures de farine pour la construction d'une tour (4). Les chanoines Eudes Quadrigaire et Thibaud, qui moururent avant 4250, offrirent également l un cent sous et l'autre dix « ad opus turris (ô; ... 11 faut rapprocher ces trois obits de celui de Pierre de BoiciL'aax , arcliidiacre de Vendôme, dcccdc un 12(>0 ou en 1264 ((Vi. qut avait fait fondre à ses frais une grosse cloche «* in turri nova (7) ».

M. Lanore ne croit pas que cette épithète puisse deb ^ner le clocher neuf (8 , aaii cmeiu dit la tour du nord, qui n'aurait pas reçu ce nom avant la construction de sa flèche par Jean de Beauce, au commencement du XVl* siècle; mais je ne suis pas de son avis. En eflfet, le dernier étage de ce clocher porte l'empreinte du XIII' siècle (9), non seulement dan^ ses baies que Jean de Beauce encadra de redents trèfles, mais aussi dans les crochets de ses chapiteaux et de sa corniche. Il faut donc attribuer sa construction à une date comprise entre 1240 et 12r)(l. L'expression de « turris nova » ne peut pas s'appliquer à une des

i l) t'arliiUire de Solre-Déme de Ckûrlret. t. lit, p. 171 Ctl88.

(2^ F. df Lastcyrie, Hi.'<!t)irc df l:i printtire sur verre, p. 181 et pl. XXXIIL ,3) Virtulaire de ,\olre-Uanie de Llurtres, t. m, p. 188. (4) /5i<f., t. iii,p.l»et224.

51 Itn,!., p, 179. — A. et R. Merlet, Digrûlêirt»^ p. 27D.

(6) !.. et 11. Merlet, DigniUires, p. 212.

(7) CtHvtain rf« iVbliv-Jltonie éê Chartres, t. uit p* 16S.

(8) Revue de l'Art chrétiefiy t. XVItl. 1899, p. 330. Notf* confrère • confondu Arnould Payen, prévôt d'Auvers, nvee an bomonjme <|1M vimit vers 1129. Jhid., p. 335.

(9) Loui» Resnicr^ CommaiijMifon ê» Congrès «rcMeloyjgm de CAarIrMi 1900, p. 36.

quatn toun du transept qui n'ont jamais contenu de cloches.

Pierre de Bordeaux avait élément offert une statue de la Vierge et deux anges d*argent placés sur le mattre-autel (1) *qui devait être d*une richesse extraordinaire (2). Les orfèvres j travaillèrent au moins cinq ans, à partir de 1256 , pour le décorer de plaques d'or et d*argent, pour ciseler le retable et pour enrichir la châsse de la Vierge. Au mois de décembre iSGO» l'évéque Btathieu signa un compromis avec le diapitre pour prendre à sa chaige la nourriture de ces artistes (3). Saint Louis, qui fat l'un des insignes bienfaiteurs de la cathédrale, avait fondé au mois d*août de la même année l'autel des saintes Vierges dans le croisillon nord et l'autel des saints Anges dans le croisillon sud, en établissant les rentes nécessaires aux chapelains et à la célébration de messes pour le repos de son Ame, pour sa femme et ses parents (4).* Enfin, la consécration de la cathédrale,' commencée aussitôt après Tiacendie de 1194 et terminée vers 1230, eut lieu le dimanche 24 octobre (5) 1290, sous Tépiscopat de Pierre de Minci, comme le prouve une bulle d'indulgences du pape Alexandre IV (6).

Aucun nom de maître d'oMtvre de Notre-Dame de Chartres au XIII" siècle ne se trouve consigné dans les obituaires du chapitre ou dans les chroniques, mais l'obit de maitre Raoul, charpentier, qui mourut entre 1250 et 1300, est inscrit aju nécrologe 7 janvier (7^. Quel fut donc Tarchitecte de génie qui donna le plan

(1) CarlaUir» dê Notrt-D»ine de CA«r(rM, t. m. p. 162.

(2) Le prévAt Arnoatd Payen. mort wtn 1240. avait dooné la coope d*or: •uspeadue à des chaînes, qui eoBianaU la riauve «ucharistique. Ibid., p. 179.

^3) R Solvere teneretur expensa^ omnibus operariis in auro et argcnto qui pro teropore operantur seuupt'raii fuerint et operabuntur in futurum in eapM aaa cirea capaam bcate Marie et in tabula seu circa tabulam que est ant.» iTinjus altarc ecclesie Carnotensis et in retrotabula siwe circa rctrotabulau seu tabellos majori» altaris. • Ibid., t. ii. p. 172.

(5] La féte de la HrMi; firr rr-t,«» fixf'e au 17 octobre, en souvenir de la consécration 4e la cathédrale d» Fulbert par l'évéque Thierri le lundi 17 octobre 1097.

r Omnibus ad ipsam ecclesiam accedentibua proxiraa die dominica poat festum btati Luca qua dedicabitur. • GaUùi CJ^mliaiu, t. viu. laatru» vanta, col.SW.

(7f Carfalaifw 4ê IMn-Jkmê d§ CAarfrai, t. Ml, p. 14.

LES ARCHITBCTRS

et qui fit jeter les fondations de la cathédrale gothique à la fia du XII* siècle? Son nom et celui de ses successeurs étaient-ils gravés sur une plaque de cuivre au centre du labyrinthe, comme à Amiens et à Reims? C est probable, mais il est imprudent d'affirmer, comme M. l'abbé Bulteau (1), que les tenons scellés au plomb dans la pierre centrale correspondent aux contours du combat de Thésée contre le Minotaure. Ce sujet est représenté au milieu du labyrinthe de la basilique d'Orléansvîlle et à Saint-Michel dePavie, dont l'ancien labyrinthe remontait au XIP siècle.

Les pobcuës du transept.

On s'est souvent demandé pourquoi la dédicace de la cathédrale de Chartres n'avait eu lieu qu'en 1200, c'est-à-dire quarante ans après le décintrage des voûtes hautes vers 1220. Ce retard s'explique à mon avis par la construction des porches du transept, qui furent ajoutés après coup contre trois portails plus anciens séparés par des contreforts intermédiaires et précédés d'un perron, dont il est feit mention en 1210 et 1224 (2). Quand on se décida, vers 1240, à lés encadrer par des voûtes en berceau brisé qui retombmt sur des linteaux, il fallut piocher la base des contreforts à un mètre de profondeur, comme la savante restauration du porche méridional par M. Setmersbeim a permis de le constater. C'était une imprudence qui contribua certainement à la rupture des linteaux autant que le poids des voussures.

L'architecte des porches conserva Im statues en liais de Sentis (3) et les tympans en pierre de Vemon qui décoraient les portails ; mais il relia tous les piédroits par de nouvelles statues, et il orna les piles extérieures de figures et de has-reli^s. Les sculptures appartiennent donc à deux périodes du XIII*

(1) Monographie de l» cathédrale de Chartres, t. m, p. 49.

(2) Cartalairt tfe iVofre-Osmcd'c Chtrtrêt, f . ii, p. SO et 103.

(3 Ce linis fut omplov*' très anciennoment à Chartros. comme le prouve un chapiteau de pilastre gallo-romain découvert par M. Merlet dans l'es^ calicr primitif de la crypte cmroliDgienne. Les etêtiiee des portails de la façade proTienneat peat-itfe d'une carrière de la Normandie.

H. Lefevre Ponlalis pliotog.

Porche Nord.

ET LA CONSTRUCTiON ^ES CATQÊDRAbBS OB CHARTRES 39

siècle bien différentes. Ainsi, dans la porte centrale du nord, les statues très médiocres qui représentent les personnages de l'Ancien Testament et qiû ressemblent à des figures identiques de la cathédrale de Reims ne peuvent se comparer aux grandes statues adossées contre les piles du porche, chefs-d'œuvre d'un style plus avancé.

A quelle date les porches des croisillons étaient-ils déjà cons* , truits ? Le nécrologe ne permet pas de répondre à cette question, car on y trouve seulement la mention des porches qui s'élevaient , à l'extrémité du transept de la cathédrale du IX.* siècle. D'autre part, les mots m capitellis qui se trouvent dans un acte daté du 20 mai 1224 et qui désignent généralement des porches peuvent s'appliquer à des porches en bois destinés à protéger les portails primitifs du transept contre les intempéries (1). C'est une décision du chapitre pour obliger les merciers à transporter leurs étalages dans le cloître entre la tour du sud et les marches qui montaient au croisillon méridional (2).

Voici comment on peut établir que le porche du nord était terminé en 1271. A cette date, une sentence fut rendue devant la statue de la Madeleine pour un legs fait par les gagers de Marchéville, suivant une note autographe du chanoine Brillon, qui a laissé une description manuscrite des porches rédigée vers 1730 (3). Or, M. René Merlet, qui a bien voulu faire des re» cherches à ce sujet, a déterminé l'emplacement de cette statue détruite pendant la Révolution. Elle se trouvait à l'extrémité orientale du porche nord, près de la porte qui donne accès dans la crypte. C'est encore devant Timi^ de la Madeleine que Robert de Poisvilliers constitue une rente, pour le service anniversaire de ses parents le 18 Janvier 1299.

Pour rencontrer une autre mention des porches avant le rapport des experts en 1316, dont je parlerai plus loin, il faut des-

(1) Les porches en charpente des ^liscs de la Beaace sont encore désigné* sous le nom de eh*pitMm*

1,2) « (^uod stalla mcrccriorum one ^olont esse in capitellis rollnc.'tntnr in claustro, a purU- tuendjaua, iiilcr gradus ecciesie et œajorcm turrim. i» Cartulaire de Xotre-Dême dc CAsHniff, t, 11, p. fOà.'

(3) Bibl. de Cliartres, m». &• UM.

LES ARCHITECTES

cendre jusqu'au 13 juillet 1307. A cette date, on lit dans un registre capitulaire que Gilot, dit Vendomeau, fils d'un prévôt de la ville, avait été condamné à une amende pour avoir endommagé les statues des porches en tirant des flèches sur des oiseaux{l). Ces porches servirent de modèle à l'architecte qui fit bAtir ceux de la façade occidentale à la cathédrale de Léon, en Espagne; mais comme la date de leur construction est inconnue, on ne peut en déduire celle des porches latéraux de Notre-Dame de Chartres.

M. l'abbé Bulteau a voulu résoudre la question de la date des porches en identifiant les statues de ceux qui auraient contribué à les faire construire. C*est ainsi qu'il voit Pierre Maucierc,comtè de Dreux et duc de Bretagne» distribuer du pain aux pauvres, avec sa femme, Alix de Thouars, sur le porche du trumeau central du porche méridional (2). Leur mariage fut célébré en 1212, et j'ai dit plus haut qu'ils étaient représentés sur des vitraux du croisillon sud, mais Tabsencc de leurs armes sur la pierre ne permet pas de se montrer aussi affirmatif .

De même, rien ne prouve que certaines statues extérieures du porche nord représentent Philippe Hurepel, comte de Boulogne, frère de Louis VIII. mort en 1233, la comtesse Mahaut, sa femme, décédée en i2rK^, qui ont donné des vitraux dans le croisillon nord, Louis VIJI et sa fille Isabelle de France, Ferdinand III, roi de Castîlle, saint Louis et Philippe le Hardi. M. l'abbé Bulteau. qui attribue les deux porches aux architectes Pierre et Eudes de Montereau, sans l'ombre d'une preuve, n'hésite même pas à identifier deux statues de roi décrites par le chanoine Brillon et disparues aujourd'hui avec Philippe>Auguste et Richsrd Cœur de Lion (3); mais son opinion ne repose que sur ses propres hypothèses.

L*étude des scènes de l'Ancien Testament, sculptées sur les supports et expliquées par des inscriptions, n'est malheureusement pas concluante, et je crois qu'elle a induit en erreur

(1) De L<<pinois, Histoire de CharlrtM, t. i, p. 208, note 1.

(2) M0nogr»phi9 if* U eàtMdnÀé ét Cha/Hrtt m, p> 202. 0) Ibid.. t. Il, p. m à aOl, 232, 251 et 2S3.

CQNSTRUGTION BU CATH^RALBS DB CHARTRES 43

Maie, qui propose d'identifier le prétendu Louis VIII et !a ■oi-dbaBte Isabelle avec Elcana et Anna, père et mère de Samuel (1); mais pourquoi Klcana serait-il vêtu comme un roi, le sceptre en main? En face, l'histoire de D;ivid et de Saûl se déroule sous les pieds de la prétendue comtesse Mahaut , or, ces bas-reliefs n'expliquent pas la présencu d'une femme, qui serait celui de Jessé, suivant rtjpinioii de M. Maie.

L'expertise du iî sepleaibre 1 j1t:!, découverte par M. Lccocq et réimprimée par M. Victor Murtet, avec de savants commentaires (2), peut au moins servir à préciser la date exacte d'un pilier refait à cette époque dans le porche du nord. Elle fut continuée par le chapitre à Pierre de Chelles, maître des œuvres de Philippe le Bel, et à maître Jacques de Lonjumeau, charpentier, juré de Paris. Les linteaux des porches s'étaient brisés sous la charge des voûtes (3), malgré les barres de fer du XUI* siècle qui les surmontaient, comme la reslauratietn du porche méridional a permis de le constater Les experts indiquaient en ces termes la nécessité de les consolider par des étriers encore visibles du côté nord.

« Item , il faut ès portaux devant : les couvertures (4) sont toutes et dépecées, pour quoi il seroit bon qu'en meist en chascune un tirant de fer, pour les aider à soustenir, et seroit bien seanz pour oster le péril (ô). »

ils ajoutent :

« item, il faut bieo meitre amendement ès piliiers des galeries des portaux, et convient foire en chascune béee un ait pour porter ce qui est deaiis : et mouvra l'une des jambes desus le souz

(1) L'AH rtligieax du XUf sUeU en Fnnee, p. 440.

(2) L'Experiù» de la «àOiédnlêdê CkMrtnÊ êm IMA. dma le CmifrAt araMMogtqàê tfa Cftarira»* ItÛD. p. 808.

(^) Cf\ îiccidnnt nf pnnrrfi plus se prorfuirr, prncp h In disposition itnaginéc par M. Selmersheim, car les voussures repu&eat maintenaot sur des poutrcUea d'acier noyéei dane du ciment, au lieu de peaer eur lea litttaai».

(4) Ce mot est bien sjrnonjnada Uateau, car on lit dans les comptes des bâtiments du duc de Berry : • ... grant pierre poof la coayerture d'une huisserie. • Arcb. nat., KK 237 B, fol. 19. — Cf. Lnclea Magne, U PtlêUde JëMtêdê Mtkn. Gloaaaira, p. 'itt.

I» baitfNÉawMafaif'vet d* Chmtm^ MO. p. 818.

LBS auchitbctbs

bassement par dehors sur le pilier comier, et 1 autre jambe mouvra desus une reprise dou cors de l'iglise ; et sera cel ait à toute sa boice, pour mains bouter, et sera ce fet par tous les lieus (1) que l'en verra qu'il sera mestier (2). >»

On pourrait procéder aujourd'hur à l'opération indiquée dans ce dernier texte en montant sous le linteau un solide mur eh pierre, mais les experts conseillaient l'usage d'un étaiement avec des bois. Ce qui le prouve, c est d'abord l'expression itwuvra l'une des Jambes , qui désip;ne une batterie d'étais démontable pour d'autres reprises en sous-tvuvre du même genre. Kn outre, le mot boice s'applique à un poteau.

Le véritable sens du mot ait est beaucoup plus difficile à établir, mais on ne peut pas le traduire par <• support de maçonnerie ». crimmc M. Mortet le propose (R"). car il était inutile d'éta^'er un mur de soutènement. Il ne faut pas le confondre avec !e mot ais, venant d';i.ris, emplo\-é au féminin pour désigner une planche par Villard de Honnecourt (i) et dans les comptes des bâtiments du duc de Berri, où il est orthographié de quatre manières différentes (5). Ail au masculin semble dériver du latin actaa, plutôt que d'une forme aidier, qui a donné des dérivés féminins. Je le traduis par un « chevalement n formé de deux jambes de forde qui étajaient les linteaux de chaque c6té des piles à remplacer.

Le seul pUier du porche nord, qui fut l'objet d'une reprise en sous-œuvre, se trouve à gauche de la baie centrale, en arrière de la magnifique statue de femme en costume du XIII* siècle.

(1) OUe correction très plausible du mot liens, imprimé par M. Mortet dans son texte, m'a été suggérée par M. René Herlet.

(î) Tbid., p. 315. Voici m« tredu rti m de ce parnprnphp : Dp môme, il faut reprendre en sous-œuvre les piliers dos porches en faisant dans chaque baie vn cliewleiDent pour aoutenir te linteau. L'une dea jarabea de forée partira du soubtissemont oxtérioiir du pilit-r d'iinslf et l'Hutre partira d'un massif en saillie aur l'église. Ce chevalement sera fait à plein poteau pour diminuer la charge et on fera la même reprise dans tous les endroits où le besoin s'en fera sentir.

(3) Je tiens k remercier mon confrère de m'avolroommuniqué de noutreUes observations sur l'étymologie de ce mot.

(4) « Une «fs à ilf coupas », c'eat'Ii'dire une planche à trois IoIms. Cf. Lassus, Album de VilLtrd <te Honnf court, p. 81.

• Ais, ajs, hais, hejs. » Cf. Lacien Magne, Le PaUi* de jutiice de Poi^ Utra* Glossaire, p. m

K. Irfèvre Pnnl*U» photog,

PoocHE Nord.

H. Lecocq (1) et M. l'abbé Balteatt Pattriboeiit avec raisoii an XtV* siècle. Après rexpertisè de iSI6, cette pile Ait coupée audessus de la troisième assise, car tes moulures, les feuillages et les fruits d*aruro du soubassement sont identiques aux moCilb qui se trouvent sculptés sur le socle des piles de Xllf* tiède.

La quatrième assise octogone, ornée sur chaque face d'une petite téte au fond d*un trèfle, n'oA« aucun rapport vwte ceHe qui lui correspond dans les autres piles, où des rinceaux de leuil- Isges forment le seul motif de décoration. Au-dessns* les bases 'des colonnettes, dépourvues de griffes, sont bien dHKfirentes de celles du XIII* siècle par leur profit et leur faible épaisseur. On peut faire la même remarque à propos des feuille» d'ancolie, de renoncule, de chêne et de lierre qui se trouvent sons les groupes de David et de Goliath. M. Tabbé BuHeau considère cette flore monumentale comme une œuvre de l'école gothique normande, ainsi que la prétendue statue de Richard Cœur de Lion, qui n'existe plus. Il suppose que le piKer fuit sculpté «I Normandie et transporté à Chartres (2) ; c'est une hypothèse de haute fentaisie, comme on le verra plus loin.

Les mots DAVID : GOLIAS répétés deux fois suffisent à identifier le futur roi d*Israël, Têtu d'une tunique serrée à la taille et malheureusement mutilé : il se tient debout devant GoKath, dont la téte est cassée. La cuirasse romaine du géant est raeonverte d'un petit manteau agrafé parune fibule ft téte ; on dia* tiogue encore ses graouillères, ses Jambièras, son boodiery sa lance et son épée.

Dans le second groupe, David a pris l'épée de Goliath pour lui couper la téte en posant le ]M sur sa poitrtee. Le géant, tète nue, est assis par terre, et sa main, protégée par un gantelet de fer, se pose sur un fourreau vide. Ce combat se déroule sons des petites areatures tréflées, dont les petits gAbles à crochets, flanqués de pinacles, traversent un parapet crénelé, tandis que les groupes du XIII* siède, dans le* piles voisines, sont sttcaMs par des colonnettes et de Isrges areatures trilobées. Le» assises

(!^ Sfémnirr^ de l:i Snri^té ArchéoU)gi(;a.e à' Eure-et-Loir, t. VI, p. 4fi3> Ci) Uonogriphic de U calAédra(« de CVUrlrei, t. u. p. 196*

48 LES ARCUITKCTES

remplacées au XIV* siècle sont au nombre de huit, mais les deux colonnes ne sont pas en délit comme celles da XIII* siècle. L^s daia.qui surmontaient les deux statues de rois détruites pendant la dévolution sont bien primitii!», ainsi que le linteau qui n'a pas été changé.

En étudiant le rapport de 1316» M. René Merlet a pu désigner Tartiste qui a sculpté, les groupes de David et de Goliath. Voici la ndté qull a bien voulu m*adresser à ce sujet : • « Les experts parisiens furent accompagnés dans leur visite de la cathédrale par trois chartrains, Simon Daguon, maître de l'œuvre, Simon, maître charpentier, et maître Berthaut qui était originaire de Mainvilliers, comme le prouve une délibération du cliapitre datée du 4 février l;ilH. Comme les deux premiers s'occupaient de maçonnerie et de charpente, le dernier, qui remplissait les fonctions de jurez de l'euvre. fut sans doute convoqué, en sa qualité de maître sculpteur. En elTet, c'est à lui que les experts s'adressent pour déposer et replacer la statue de la Madeleine, coiiinie l'mdique ce passage de leur rapport :

" Item, nous .irons veu ef tlcvisc h mmstrc lierlJimil cnii\incnt il rendra I ituaige de la Ma^dclnine au point ou elle est sanz point remuer (l'i.

*■ Nous Ignorons pourquoi on fut obligé de déplacer cette statue qui ne se trouvait point adossée au pilier repris en sousœuvre après l'expertise de liiHi, mais les termes mêmes du rapport prouvent que le maître imagier de Aotre-Damo de Chartres à cette époque était maître Berthaut. Les deux groupes du combat de David et de Goliath furent donc sculptés par cet artiste ou sous sa direction. C'est le seul imagier ayant travaillé à la décoraticm des porches après leur achèvement dont le nom soit parvenu jusqu à nous, •>

La pile refaite au XIV' siècle, dans le porche du nord, présente sur la quatrième assise octogone, ornée de huit petites trèlles^ l'inscription suivante du côté ouest :

' Les deux syllabes de la première lignes sont séparées par le

(Ij Congrès archéologique de L7ur/rw, ltK,U,.p. 'àilé

CT LA CONSTRUCTION DBS CATH&DHALIS OB CSARTRBS 51

trèfle qui encadre une petite tète mutilée. A la seconde lignej Tauteur de l'inscription avait voulu graver BIN, comme Har< mand sur la tour du sud ; mais, comme la place lui manquait pour mettre un 1. dont il traça la moitié, et un N entre le B et le trèfle, il s'arrêta en chemin et mit BIN. de l'autre côté. La pierre où est gravée le nom ROBIN est l'une des huit assises qui furent posées après l'expertise de 1316, car son ornemental - n*offire pas le même caractère que dans les autres piles, comme je l'ai déjà fait remarquer. D'ailleurs, les lettres de cette inscription du XIV* siècle, qui ressemblent à celles de DAVID et de GOLLIAS gravées sous les deux bas-reliefs de maître Berthaultf sont bien différentes de l'alphabet du XIII" siècle employé sur les piles voisines, dans les mots DAVID, SAMVEL, ARCA, FEDERIS, PHILOSOPHVS.

ftl. Tabbé Butteau, qui a déplacé la barre au-dessus du B^pour la reporter sur l'O, a lu par erreur ROBIR ou ROBERTUS (1) Que signifie la barre au-dessus du B, qui est très rare dans Tépigraphie antérieure à 1316? Je n'en al trouvé aucun exemple dans l'ouvrage de M. Guilhermy, mais on rencontre BE pour BEATE dans des inscriptions du XIII* siècle, et une pierre tombale d'Arpajon (Seine-et-Oise). datée de 1291, présente le mot APRES, abrégé ainsi : APS (2). L*analogie du B et du P condui-

(I) Monographi» de U CMUiédrale de ChnHres. t. n, p. 1G7 et 198. (2> liueriplioiu dt la Prêtut. Anciêti dioeiêt de P»riM, t. iv, p. 6,

LES ARCBITBCTBS

raità lire ROBREÏN ou ROBERTN, ce qui est moins satisfaisant que ROBINf prénom de deux charpentiers de la cathédrale au XV' siècle.

A mon avis, ce nom propre difficile à interpréter n'est pas d'un sculpteur, comme le pensent M. l'abbé Bulteau, M. Le. coq (i), et de M. de Mély, mais plutôt relui d'un veilleur du XIV' siècle. Dans son ouvrage écrit vers KmO, Suuchet raconte qu'une lanterne destinée à éclairer les veilleurs de nuit était suspendue de son temps sous le porche "2). Au mo^ren-ùge, le chapitre de Notre-Dame de Chartres <ivait le droit d'imposer ce service de guet à ses hommes de corps. Un trouve une mention de ces veilleurs en 1409 (3j.

Les réparations du xiv*'sièclb.

Pierre de Chelles, Nicolas de Cbautmeset Jacques de Longjumeau signalèrent beaucoup d'autres travaux qui leur paraissaient utiles à entreprendre dans leur rapport de 13J6. Ils débutent en déclarant que les quatre doubleaux. les piles d'angle et la cfef de voûte, du earré du transept sont en bon état, mais deux compartiments de remplissage menaçaient ruine, car ils ajoutent c et ne convenrra oter de vostre voûte plus de la moitié ». En effet, le profil des ogives formé d'une gorge entre deux tores, comme dans la nef, prouve qu'elles n'ont pas été remplacées ; la clef de voûte, percée d'un œil, remonte également âu Xni' siècle. Cette réparation nécessitait la pose d*ttn échafiftudage au-dessus de « l'enmerllement » des verrières. Od lit plus loin « ensmellement ». Je crois que les experts voulurent désigner par ce terme le point où commence le remplage des fenêtres, c'est'à-dire le niveau de leur appui. En

(y) Vémotrw <!« Ib SmUU MrthéoUtfiqtie tTBan-et-Lairt t. vi, p. 463.

(2) Histoire du diocèse et de Vi lilli' ili- Clurlres, t. i. p. 5i'?. Souchf^t dit que cette lumière se trouvait au-dessus d'un gendarme à genoux, mais il ne ftut pêB eonfindre cette statuette, qui m disparu, aveç Goliath terraaaé par David.

(3) Lecocq, Histoire da cloUrt Nolre-Dims» dans ie« Mémoire* d« la Société Mrchiologiqaê d'Sun-tt-Loir, 1. 1, p. I34i.

BT LA CONSTRUCTION DES CATBÉORALHS DK CHARTRBS 53

démontant quelques panneaux de vitraux, il uiait facile le passer dans les baies liautes des poutres pour supporter le plancher destinù à protéger le jubé et les fidèles pendant la démolition partielle de la voûte. Cet échafaudage devait également servir le pi nt d appui aux cintres des deux nouveaux compartiments de remplissage (1).

Il était urgent dt rejointo^^er et de " recercher •> les arcs-boutants de la cathcdrale. Le second verbe s'applique à ce qu'on appelle encore aujourd lui: un travail en recherche qui consibte à remplacer des pierres ou des claveaux effrités (2). Les experts signalent ensuite le rn<f avais état de deux - piiliers qui espaulent » les tours sans indiquer leur emplacement (3) ; mais, comme ce paragraphe prccede celui qui est consacré aux piliers des porches, |e suis persuada qu'ils ont voulu désigner les deux tours du croisdion nord. En effet, leurs contreforts, maintenus par dus étners L-n fer, tendent à se décoller depuis longtemps, taiidiii que ceux des clochers de la façade sont d une solidité à toute épreuve.

Après avoir insisté sur la nécessité de consolider les porches latéraux, les experts engagent le chapitre à faire réparer un pan lézarde et un clocheton d anj^ie de la flèche qui couronne la tour du sud I es derniers paragraphes de leur rapport sont consacrés à ia charpente. Tous ses bois, désignés par les mots de mcrren et de mer-u-n^ claicnl donc en chêne, ce qui prouve bien que la charpente incendiée en 1836 n'était pas en bois de châtaignier, comme on la souvent répété. L" « angelot » de la croupe devait tourner bur un pivot, comme celui de la catiiédrale romane (4), rnai-s le poinçon qui le portait était pourri et l'assemblage de la poutre faîtière avec le poinçon précédent était cassé. Pour consolider le système, Jacques de Longjumeau, charpentier-expert, conseillait d ajouter deux fermes solidement reliées entre elles,

(1) cr. le rapport publié par M. Mortel dan* le Cmgriê *rMot«giqu9 d» Clurtrt», im, p. 313, 314 et 318.

(2) Jbid., p/8tt.

(3J Ibid.. p. 315.

(4) Cf. obit da prévôt Baorl, draé le CêrtaUirt d* N»tf-D»mê i* ChêHrm,

54 LU ARCÎIITBCTJBS

ce qui permettrait d'utiliser les bois provenant de la croupe pour réparer la charpente de la nef, dont quatre entraits étaient pourris à leur extrémité (1).

Enfin, le beffroi des petites cloches avait besoin d'être renouvelé et celui des grosses cloches demandait une réparation urgente (2). M. Lecocq pense que le premier devait se trouver dans la tour du nord (3), mais je me garderais bien d'être aussi aftirmatif avant le XV' siècle (4), car l'archidiacre Pierre de Bordeaux, mort vers 1261, avait fait fondre une grosse cloche placée dans la tour neuve (b), que j'ai identifiée plus haut avec le clocherneuf. Ce qui est certain, c'est que le belTroi des petites cloches, « viez et de lonc temps ne se trouvait pas dans la flèche en charpente élevée sur le carré du transept entre 13()(i et 1310 et qui prit le nom de clocher des Commandes. En effet, cette flèche était l'œuvre d iin maître charpentier de Sens, nommé Renaud, qui avait fait un marché avec le chapitre au mois de février 13<X> et dont la journée était payée dis sous i6 . Maître Simon charpentier chartrain. qui prit part à 1 expertise de liUb, avait été chargé de la terminer par une délibération du 28 septembre 1310 J). Son obit, inscrit dans le nécruloge à la date du 9 février,

(1) Congréê archéologique de ChtrLrei. 19(XJ, p. 318 et 319.

(21 /l>l<f., p. 319. Le beffroi du clocher sud fat refait en 1403 et iiioendi4

en I83r,.

Ç\] Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. vi, p. 457. i4) En 1415, il y avait quatre grosses clochea dans la tour du »iid et deu» petitea dans !a tour d« nord.

(5) Citrlulnire de Solre-D.tme de Chartres, t. m, p. 1<V2.

(6) • Capitulo geoerali festi posl Purificationem B«ate Marie Virginis, anao domiao mitleaimo CCI/ qaioto.

• llem, ordinatum fuit quod mittatur, pro Magistro Ra^inaldo carpen» tario de Senonis. pro campanili ecclesie compoaendo. prout dicitur : quod idem magister RRginaldus habebit. singulis diebus quibu» operari conttgerit in dicto campaoïli, pro dietis »uis, decem sulidos turoneoses. necooa sinf;ulis annis, durante dicto opère, duo paria vestium quas placuerit Capitulo sibi dare. Item, nicbil percipiet, pro dteii» suis, eundo et redeundo Senonia, vel alibi, cjtra dvitateoi CamoteDaem, pro negociis propriis ipsius Magistri, nisi prima vice qua veniet Carnotiim operaturuB in dicta ecclesta Carnotensi. » Bibl. de Cbartres, ms. 1006. fol. CLXXXi.

(1) « Item, capitulum ordinavtt quod Symon carpentarius non habeat licenciam cundi. operandi extrn villani donec campanile ait completum. • Jbid.. foU LXXXll.

AT LA CORSTRVCtlOM DSS CATfliDBALBS DB CHARTRES Ô5

foit mention d'une somme de cent livres qu U avait liguée pour

son anniversaire (1).

M. René Merlet vient d'établir que le chapitre nomma maître verrier de la cathédrale au mois de mars 1317 un artiste appelé Geoffroy (2) comme le prt^tre qui est représenté dans une verrière haute du XIX* siècle dans le croisillon sud f3). Une fenêtre basse de ce bras du transept renferme le vitrail de saint Apollinaire donné en 1329 par le chanoine Thierry (4).

Simon DaguMiy architecte de la cathédrale en 1316, avait eu comme prédécesseur Jean des Carrières, nommé maître de l'cuvro par une délibération du 24 décembre 1300, mais le chapitre lui avait interdit d'exercer les mtîmes fonctions auprès de Charles de Valois, comte de Chartres (5). Leurs successeurs firent exécuter d'importantes réparations vers le milieu du XIV* siècle. Ainsi, il fallut ajouter après coup le long de la nef et autour de l'abside des arcs-boutants qui s'appuient sur la corniche et sur le sommet des culées primitives afin de mieux épauler les voûtes hautes (6). On refit les balustrades des combles, les deux pignons du transept et celui de la façade, orné d'une galerie des rois. Eaûn la salle capitulaire, sous la chapelle Saint-Piat, fut commencée en 1323, par Huguet d'Ivry qui la termina vers 1335, d'après une récente découverte de M. René Merlet (7). Cette chapelle fondée par le Aimeri de Chatellus (8) fut achevée vers 1349 par Jean Guignart, maître de Tœuvre (9). Le règlement de

(i) « Obiit Simon, carpcntarius. cujus anni versarium fencmur annuatim cetebrare, qui dédit nobis C solidos ad emeados redditus. » VMrtuUire de l9otr9-ti»m« dê Cfctrirwt, t. m, p. 98.

2) F. do Lastcjrric, Hi$Unr* ét U pttniart Mr twre, p. 65, note 4 «t

pl. XXXVI

(3) Butl^tin MonuinenUl, lUOti. livraison 3-4.

(4) Ibid., p. 82 et pl. XXXVll.

f5; • Anno mtllpsimo tr«>cf*ntfsi nio, dio sahh-Tti in vigilia Nntivitatis DoiQini. Dicta die JohaDOcs de Carrenis, latliotnu», admissus fuit a capitulo in magictron operia ecclasie et juravit ae babcre Bdelitcr tn dicto opéra et in officio isto et quod ip'çc no-: □«^-vimet Magistrntum Comitii, niai de licentia capituli. » Bibl. de Chartres, ma. lOUH, fol. Xlll.

(6) Abbé Biétais. Jtevm de VAH dkréfieii. 1806> S* lirniaon; AréMveê

riqaes </« diDCcse de Chartres, vol. 2, Kgliseâ af ChëpêUtt,

(7) BulUUa Monumental, 1906 livraiaon 3-4. Cirinlkfre dtJffafra-OMM dk CAarIm. 1. 1, p. 91.

0») Cf. René Merlet art. cité dnna le JByUcI is iVonsmenfalt 1906.

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