SI
LSS ARCHITBCTBS
compte fait avec Jean Cabours. maîre de l'œuvre, le 2 août 1370, prouve qu'il avait bâti la tourelle d'escalier au sud de l'abside (1).
Le document le plus intéressant pour rhistoire de la cathédrale au XV» siècle est un compte des dépenses de l'œuvre du 24 juin 1415 au 24 juin lilfi trouvé dans une armoire de l'Hôtel- Dieu, par M. Lucien Merlet , qui l'a publié sans commentaires (2). Laurent Vuatier. qui était maître de l'œuvre à cette époque, exerçait ces fonctions en 14fV), car René Merlet a découvert la quittance de sa pension datée du 25 décembre de la même année et il a bien voulu me communiquer ce texte inédit (3). Cet architecte ne touchait que quatre sous par jour ^4) quand il était appelé à surveiller un travail délicat comme la restauration de la grande verrière de la Vierge à l'enfant dans le chœur, tandis que Collin Caillart. maçon et couvreur, qui est cité chaque semaine, recevait le salaire le plus élevé, soit cinq sous par jour. Ses aides, Jean Briquède, Jean Douge, Vincent Patouin, Renaud Vielle, Vincent Fillais. Guillot Hicheust, Jean Marsaut, Guillaume Bretonnier. Jean Duchesne. Jeannin Bernart, Guillaume Brifer, André Belliart, étaient payés de quatre à deux sous
i-e compte de 1416 mentionne en ces termes les noms des six jurés de ia cathédrale qui recevaient chaque année trois aulnes de drap pour se vêtir :
« Pour les robes des (> jurez et ouvriers de l'église, c'est assavoir Jehan Leraut, plombier, Jehan Perier. verrier, Jehan de Laletraje, charpentier, Laurens Vuatier, maçon, Philippot de
(1) « Die veneris post Petrum ad vinculo ir augusti 1370. CapîtuluiQ 4«dit, degratia speciali, Magistro Johanni Cabours, magistro lathoranrum ecclésle, octo francot accipiendos super bonis fabrice. habito respect u quod dilif enter iaboravit inoperibus Tourelle de novo facte et quod pro tribus solidis servivit, pro dicta, et alii operarii habuerunt, pro qunlibet dicta, solidos turuoensea. • Bibl. de Chartres, ms. iOOé, t. lu, fol. XXI.
(2) J^lteHn •rvhM^gîqttt, 1889* p. à M.
(3) « Magisti-r Laurencius Vuatier. rnagistcr lathoraorum ecclosic Cnraoteusis, coofessus fuit liabuisse et récépissé a magistris seu provisonbus eccleeie Camotensis per manum domini Johannis Cfaetllou IV libres X aol. tam suptT pcnsiono sua quani super expensis quas focit prout continetur in supplicatione sua uUro tradita dictia magiatris fabrice. • Archives d*flur»«t-<Loir, G, lâû, fol. IS7« v*.
(4) BuUtUH aroMoleyj^aë, 1889, p. 54 et 56.
BT UL OONSraUCTIOM t»BS CATBÂDttALBS DB <»ARTRBS 57
l'Orloge, lèvre, et Perrin Ytier, orfèvre, à chacun des diz ou vriers ^ aulnes de drap au pris de 22 s. 6 d. l'aulne (1). »
D'importantes réparations furent faites à la plupart des vitraux et notamment aux verrières du chœur, de saint Lubin. de saint Laurent, de saint "Vincent et de la bibliothèque du chapitre par Jean Perier, Jacques Le Basioiinier, vTean Le Royer, Philippot Couillart, dont le salaire était fixé à quatre sous. Pour démonter les panneaux, ils eurent recours à des échafaudages, où ils se firent monter dans une nacelle suspendue à la voûte (2). Les verrières étaient remises en plomb, près de l'horloge, dans un atelier dont il fallut refaire le fourneau et la cheminée comme celle de la forge, ce qui nécessita l'emploi de 8,6W briques, payées 25 sous le mille {l^). Jean Perier peignit en six jours une figure de saint Nicolas dans une grisaille du XIII* siècle, qui est dans la chapelle rayonnante à droite de l'axe (4). Le chapitre acheta du verre blanc et du verre de couleur à Jean de Voire, marchand à Feuillet, près de Longny (r)).
Parmi les autres ouvriers, Philippot Mauvoisin, serrurier, fut continuellement employé à réparer les barres de fer des vitraux et les serrures. Il était chargé d assurer la marche de 1 horloge principale (ti), qu'il avait pourvue d'une sonnerie automatique en 1392. Sous la direction de Jean de Laletraye, les charpentiers Jean Rogier, Robin et Jean Desmoulins, Jean Delavau, François Haudry, Jean Goubaut, Georget Guiart, Guillaume Dufour, Macé Basillé, Oudin de Jouy, qui vint de Blois, travaillèrent aux beffrois des clochers. Les plombiers Jean Leraut, Jean Motet, Ëtienne Aveline et Lorin Chanoine firent des réparations aux couvertures et à la toiture de la tour du nord, dite « clochier de pion » dont la charpente avait été refaite en 1387. Il fallut acheter
(1) BalMiH mrehMaffîqtie, 1889. p. 93. Cf. p. 64. où lei nème» jurés reçoivent une gratification au mois de noveittbre 1415i. iJ^JBaUelin Archiologiqae, iSBB^ p. 63.
OIJ/AkI.. p.50.
(4) Jbid., p. 81.
(5) Ibid., p. 66 et 77.
(6) Buileiin trchéologtqae, p. d4. De ià le surnom de Philippot «le l'Orloge qui lui est donné p. 86. La cathédrale possédait deux horlogM en UN. BHot ftifeat réparées par Jean de Soieeoas dix ans phw tard.
LBS ARCHITECTE»
quatorze saumons de ce métal, pesant 6,855 livres, ù Adam Brunei, épicier et bourgeois de Paris il i. Les plaques de plomb étaient fnndues dans un atelier voisin de la cathédrale.
Le clocher de pierre, cest-à-dirc la tour du sud, renfermait quatre cloches, à savoir : Marie, fondue au mois d'octobre l.'W8 par Guyot de Sainte-Marje ; Gabriel, fondue le 27 septembre iM'i par Naudin Bouchard, d'Orléans, dans le cimetière du chapitre : B<'i'riieau çt Cli.iri;uii. mentionnées en IIIHO (2}. Il tallait liix-huit hommes pour sonner les deux premières et huit pour mettre en branle les deux autres. Guillaume Porcheret veillait la nuit avec un guetteur dans la tour du nord (3), qui contenait deux cloches nomm/>es le Gros et le Petit Moineau [k\. J'ai relevé aussi la mention des orgues (.") : les fonts baptismaux romans, qui sont aujourd hui dans le bas coté sud de la crjpte, devaient se trouver dans une chapelle ra3-onnante ''6;.
Le maître-autel, flanqué de quatre ariyes en cuivre qui furent refaits en l4r)S par le fondeur Alexandre de Vanes était surmonté d'un brillant luminaire lixé au tour, à la perche et à la couronne, c est k-dire à divers appareils en forme de cercle et de baldaqum 7). A chaque grande féte, on dépensait <iô livres de cire fondue dans les dépendances de la cathédrale par Colin Fremin et ses aides. Derrière le maitre-autel on avait établi une loge pour les marguilliers faite on traverses de bois, hourdées de plâtre, par le huchicr Kichard de la Saussaye i^8).
£n résumé, voici les noms de douze architectes de la cathédrale qu'on peut citer avec certitude entre, ia fin du X.* siècle et le commencement du XV!" siècle.
(1) lialltttn Mrchéulvgique. 188i), p. 93.
[2) Ibid,. p. 41.44, 48 et 88.
\3) Ce service de guet avait otc i tahli en i:iV.>
(4; Bulletin archéologiqae, p. Uî et La foote du F«til Moiueau était toute récente. Cf. p. 60.
(5) Ihid.. p. .'iS. «ii et 94. L organiste se iioiiiiimil Lucas Lebi». Cf. p. 60.
{}')) Ibiil , p. tSl Le 24 juin i:!49. le chapitre avait diacide que le legs d'Etienne IJelot serait emplové à l'acbat d'un orgue et Jeua de Chàteaudua lut envoyé à l'an» en 1303 pour apprcadre A Jouer de cet iaetrumeiit. De Lépinois. UUloire de Uhtrlreg. 1. 1, p. 321» HOC*.
{i)BulUtinMrehiohgîqtte, im p. 03. 66 et 87.
Teudon, qui refit la façade et la toiture de la cathédrale du IX* siècle après l'incendie de 082.
Bérenger, qui Htit la cathédrale de Fulbert après rî^cendie de 1020 et qui la restaura après l'incendie de 1090.
Vital, qui mourut avant 1190.
Jean des Carrières, en IdOO.
Simon Da^puon, qui exerçait déjà ses fonctions en 1311 (i ) et qui prit part à Texpertisede 1816 avec Timagier mettre Berthaut.
Huguet dlvry, qui construisit la salle capitulaire de 1923 4 1335aotts la chapelle Saint-Piat.
Jean Guignart, qui termina cette chapelle vers 196&.
Jean Cabours, en 1370.
Laurent Vuatieri maître deVceuvre en 1400, 1415 et 1416, et Colin Cailtart, mettre maçon pendant ces deux dernières années.
Geoffroy Sevestre, maître de Tceuvre de la chapelle de Yen* ddme (2) en 1417, qui reçut 240 livres de salaire (3).
Jean Martin, avant 1506.
Jean Texier, dit de Beauee, qui demeurait à VendAmot s'as* soda avM Thomas Levasseur (4) pour signer le 11 novembre 1S06, le marché de la flèche en pierre du clocher nord incendié Je 26 juillet précédent. Les travaux commencés le 24 mars 1507 dorèrent sept ans, car le nom de Jean de Beauce et Ja date de 1513 sont gravés derrière le socle de la statue du Christ qui surmonte le gAbte de la face ouest (1). Il c6mmença la clôture du chœur le 18 décembre 1514 (2), signa un marché le 24 octobre 1519 pour établir au revers de la £açade une tribune qui resta ina-
(I) Catte chepdl« m*owm «être ^oxcoBtKforte» dess le dsquièiBfl travée
du bas côte sud.
Archives d'Eure-et-Loir, G, 1&4.
(8) Cet architecte ne aetnbte avoir joné «acttD rèle daea la conitructioa de la flèche.
(4) Cette inscription ç»t ai|wi confae :
IMS
Jehan i>k Beaucb maçon qui a faict cb clocsbr ma paict PAtac
û) Lecucq. Chroniques, légendes, curioêité» et bioyrêphiei beauceronnes, p. 147 , ^ Abb< Bulteau, IffaM^r^^Mc <t« to wlAtftfrite rfe Chtirtê, t. u p. tS9è m.
LBS ARCHITECTES
chevée,puis il Ht bâtir le pavillon de l'horloge au pied de la tour du nord en 1520 et mourut le 29 décembre 1529 (1).
li faut mentionner aussi vîngt-et-un charpentiers : fiCtaiwld, mort avant 1028 ; Jean et Martin qui vivaient dans la première moitié du XI- siècle ; Jean, fils de Vital, qui travailla vers le milieu du Xll^ siècle ; maître Raoul, mort dans la seconde moitié du XII 1' siècle : Renaud de Sens, cité en 1306 ; Simon, cité en 1310 et en 1316 ; Perrot Martîneau, qui refit la flèche en bois de la tour du nord en 1387 ; Jean de Laletraye et les dix charpentiers qui sont cités dans le compte de i415>1416 ; Robin Bonvaliet et Jehan de Launoj, en 1431.
Ënfin, le compte de 1415-1416 nous fait connaître les nomade Jean Perier, peintre-verrier, de Philippot Mauvoisin, serrurier, de Jean Leraut. plombier, de Perrin Ytier» de Gillot Saget, or* fèvres, et d'un peintre d*annoiries nommé Laurent (2).
Tel est l'état de nos connaissances sur la construction des ca* thédrales romanes et de la cathédrale gothique de Chartres, sur les maîtres de l'œuvre, sur les charpentiers et quelques autres jurés, d'après les textes, les fouilles et les études les plus récentes. J'aurais voulu pouvoir combler les vides de la liste des architectes, surtout pour le XIII* siècle, mais la perte si regret* table des registres capitulaires antérieurs au XIV' siècle et l'absimttde l'inscription gravée au centre du labyrinthe ont rejeté leurs noms dans l'oubli.
Eugène LEPèvRS^PoNTAUS.
(i) Jean de Beauce ne fit que l'encadreneiit des •cènes, comme le prouve un marché du 23 décembre 1M". Le» quin/c groupes sculptés de 1520 ù 1543 sont l'œuvre de Jean Soulas, imagier de Paris, François Marchand et NicolM Guibert. Au XV* aiide, la clAture à clairc-Toic d« ehttur fut décorée de peintures par Pierre Patin, de Paiis, suivant un Bwrché du 7 oc> tobre 1482.
(Sq Bulletin àrchiologiqat, 1889, p. 68. 70, 73. 87 et 93.
LES ARCHITECTES