‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 4)Chapitre 31 sur 63 · ERMENONVILLE-LA-PETITE · texte numérisé non relu

ERMENONVILLE-LA-PETITE

ÉGLISE ET PAROISSE

Le village d'Ermenonville-la-Petite est ancien et parait remonter à l'époque de la domination romaine dans les Gaules,

Si nous en croyons de vieilles chroniques, saint Aignan qui fut ûvêque de Chartres, au commencement du V' siècle, était ires riche et appartenait à une noble et puissante famille dont les possessions s'étendaient sur tout le territoire du pays chartrain.

Le château de Vauventriers , à Champfol, resté jusqu'au moment de la Révolution, propriété dr nos l'vèques, était de ce nombre, et avait été donné sans aucun doute à la mense épiscopale par le pieux évèque lui-même ou par quelque membre de la lamille.

Quoi qu il en suit, nous savons que ie saint prélat avait trois sœurs, qui toutes troii se c<jnsacrèrent à Dieu, et léguèrent, en mourant, leurs biens aux églises et aux pauvres.

Le bon Houillard dit que, de son temps, le revenu des chanuines de Saint-. Vignan était assis en villages de Dcindam ville, Mondonvilie, et Ermenonville, qui étriient seigneuries de Donde, Monde et Ermenonde, seurs d icelui sauii Aignau, dont les tombeaux se voient encore e/ cryptes de l'église.

Ermenonville possédait un donjon féodal dont !e souvenir s'est conservé lasqu a. nos |eiurs. et un si-i;^'neur résidant dans la localité. Le premier dont le nom nous suit parvt^nu se nommait P&yen d'Ermenonville ; un acte dedonation, en faveur du prieuré

de Saint-Hilaire sur Yerre, de terres sises à Saint-PeUerin nous

révèle à la fois sa générosité et sa puissance.

£n 1130. on trouve au bas d'une charte d'un baron de Brou, seigneur de Bois Ruffia, la signature d'un curé d'Ermenonville, nommé Gonlhiua.

Les relations de propriété et de famille entre les seigneurs de Bois-Ruffin et ceux d Ermenonville donnent facilement la raison de cette signature.

En 1155, sous l'évéque Robert III, Ermenonville compte 'au nombre des possessions de la manse épiscopale.

En 1161, le seigneur d'Ermenonville se nomme Geoffroy d'Ermenonville. Il a épousé damoiselle N. du Mesnil ; d'une famille possédant à Arrou. Quant à lui, il avait la propriété d'une portion considérable de la forêt de Bois-Rufiin : dont il abandonne la dîme au chapitre de Notre-Dame de Chartres.

En 1162, une bulle du pape Alexandre III, contirmative des possessions de l'église de Chartres, cite avec éloges Ermenonville.

En 1182, l'évéque Robert était mort et remplacé par Pierre de Celles.

On lit de lui ; qu'il acquit à Ermenonville dix-huit septiers de terre qu'il loua à Pierre de Cameria.

En 1227. l'évéque Mathieu achète du chevalier Mathieu de Berchères tout ce que ce seigneur possédé à Ermenonville, Mondonville et Berchères.

A la date de i'Ibi), on lit dans le Fouillé du diocèsede Chartres :

Ermenonvilietta. .">() paroissiens, 16 livres de revenu ; collateur: la grand archidiacre ; doyenne de Brou; patron; saint Barthélémy.

En 1264, l'union que nous avons signalée entre Bois Huflin et Ermenonville subsiste toujours, et le seigneur Nicolas de la Bruyère, cet auguste personnage que les familles de Montmorency et de Gontaut comptent, dit l'abbé Desveaux, au nombre de leurs ancêtres, ligure dans diverses chartes comme titulaire des deux seigneuries.

Nous crovons donc avoir droit de penser qu'il en fût de même de ses successeurs Geoffroy et Nicolas, que l'on voit signalés, le

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premier en 1295 et le second en i'Mrt. Quant au célèbre sieur de Bois Huffin, dont parle avec éloges, 1 historien l'Voissard. comme de l'un des héros de la guerre de C«'nt A ns et qui fût gouverneur, en 1364, de la forteress*' de Prouais,nous n avons aucune donnée sur sa t,'énéalogie. Nous pensons donc que Nicolas, fils ou neveu de Geoffroy, aura été le dernier seigneur de ce nom. possesseur de Bois-Ruffin et des autres fiefs de sa dépendance, et que sa fille unique nommée Jeanne les aura portés avec sa main, d'abord à Jean de Rouvray, son premier époux, seigneur de Courtalain. et ensuite, après son veuvage, au fameux Alain de Taillecûul, brave capitaine sans fortune, que ses compagnons d'armes désignaient tous le nom d abbé de Malpaye.

De son mariage, avec Jean de Rouvray. Jeanne de la Bruyère avait eu un fils nommé Martin, qui devint seigneur de Courtalain, Bois-Ruffin, Launay et Le Bouchet. et épousa Marguerite de Taillecoul, fille du fameux Alain et d'Alix de Chaumont sa première femme.

Ce Martin de Rouvray mourut en 1410, laissant en souffrance unprocèsqu il avait intenté, en saqualité deseigneur de Launay, au prieur de Saumeray, voisin de son lief. et que dût poursuivre Pierre d"llliers, le second mari de Marguerite. De son mariage avec Martin de Rouvray, Marguerite de Taillecoul avait eu deux enfants : Martin qui mourut jeune et sans postérité, et Catherine qui épousa le chevalier Louis d'Avaugour, issu d'une illustre famille de Bretagne ; c'est à elle que revinrent les possessions des Rouvray.

Aussi, bien que l'acte de saisie du muid d'Allègre à Ermenonville, pratiquée en 1471, à la requête du seigneur de Launay ne nomme pas ce seigneur, il nous parait hors de doute qu'il s agissait te » Tuillaume d'Avaugour, petit-fils de Louis, et seigneur de Bois-Kuffin, Courtalain et autres lieux, chambellan de Louis XII et mtendant du célèbre dunois, à qui Courtalain doit la construction de son magnifique château.

II n'est donc pas suprenant qu'on retrouvr en 1494 et les années suivantes, comme possédant à Ermenonville, l'un de ses fils, noauné Benjamin. Du reste, il est à croire, que cette possession

RRMENflX VI LLIt^LA^PETlTfî

se maintint, au moins dans ses grandes lignes jusqu au partage de la succession de Jean d'Avaugour, dernier du nom, entre ses sœurs en 1573.

Nous ne pouvons cependant l'affirmer, tant l'histoire est sobre de détails. Quoiqu'il en soit, nous sommes un peu plus riches sous le rapport religieux, et pouvons citer les noms des prêtres qui ont alors exercé le saint ministère dans la paroisse.

Ce sont messieurs Hugues le bon consolateur, boni solalii fhiffn, Jehan Langlois. Jehan de Gallardon, Jacques et Nicolas Le large.

En 14S>'2, le cuit d i^niiLnonville paye /i 1 cvèché de Chartres 20 sols (ie cens, et Ïh paioissc la dîme des laines.

En 1515. MM. Jehan Levasseur et Pierre Breton, gagers de la fabrique, de concert avec les notables, passent marché pour la façon de deux cloches.

En 1521, on lit : Ermenonville la petite : hébergement appelé le château. 11 contient cinq quarsonniers. sur lesquels^ il y a maisons, granges, bergeries et jardins, avec trois septiers de te rre, chargés de 7 sols 0 deniers de cens.

En 1540. il y a reconstruction, aux frais du chapitre de Notre- Dame, du chd'ur de l'église paroissiale. sous la direction d'un architecte noniuié Poicteur. La date et le nom gravés en lettres gothiques sur un cartouche au centre du premier entrait, en font foi.

En 155/?, le seigneur d' Krmenonvillc se nomme Jacques de Lorville. il a épousé Louise de Sérigny et habite la seigneurie.

Fût-il le premier de son nom et de sa famille qui s'y hxa, nous ne pouvons le dire

En 1560, apparaît Louis, son fils, qui avait épousé damoiseile Marie, fille de Durand du Désert.

En 1589, le seigneur s'appele Jacques de Lorville et porte le titre d'écu3''er. En 1.V,i4 il assiste comme témoin h l'inventaire du cliàteMU de Méréglise fait à la requête de Jehan de Commergon. seigneur du dit lieu et de Jacques de Vendomois ; h la mort de Renée de Gruel, gouvernante des enfants de la reine, décédée au dit lieu, on lui donne dans l'acte le titre de seigneur de Lorville et d'Ermenonville, y demeurant. £n 1Ô18« le vendredi

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onzième jour d août, le feu fût mis par inadvertance au village d'Ermenonville (rég, de Vitray 15 ménages ou habltatlOIl^ f urent la proie^Jes tlammcs ; ils formaient 90 creux, liy eût perte également de 80 muids de blé et autres céréales.

En 162<). le tabellion d Ermenonville se nomme Louis Aye. Quant au curé, nommé Nicolas Bernard, un inventaire dressé en 171X1, le cite comme donateur en faveur de l'église de trois mines de terre, en deux pièces, à la condition d'une messe haute avec vigiles.

Kn lë:j<>, il y eut réquisition pour le service militaire; le choix se porta sur un nommé Simon (iuionnat.

La même année Jacques de Lorvilk- était décédé et sa succession partagée entre ses fils : Antoine à qui resta Ermenonville, et Jacques qui fût seigneur de Luplanté. Messire Antoine vivait encore en 1651 , et prenait part à l'assemblée de la noblesse sous le nom de monsieur d'Ermenonville.

Le curé se nommait alors Jacques Tabouret les tabellions ThomMB Geslin, et Pierre Moreau. La haute justice relevait de la seigneurie de Rabestan.

En 1()91, messire de Lorville^ seigneur d' Ermenonville, fait par* tie de 1 arrière-ban de la noblesse chartraîne convoqué par le marquis de Creil. pour faire campagne, il j figure au nombre des seigneurs chargés de fournir à deux un cavalier.

En 1715, il y eut visite de l'archidiacre. A cette occasion on lit dans le registre de Tannée suivante : Maître Mallet, Nicolas, prdtre du diocèse de Lizieux, Agé de 6é ans» 33 ans d'exercice, a une servante, tiOO livres de revenu ; k la cure* presbytère, petit, vilain : décimateur, le curé, commmuniants 140. Pas de hameaux, église passable, sacristie, item, cimetière clos, ni chapelle, ni confirérie ; revenu de la fabrique 100 livres.

Maître Mallet ne survécut pas longtemps à cette visite ; il mourut en 1710. Il ne fournit donc pas une longue carrière ; il en fût de même de ses successeurs : MM. Lambert, de Rotttis et Caille. Quant à maître Louis Saillard, il resta plus longtemps ; son ministère ne finit qu'en 1754. Il fut alors remplacé par maître Baîlieau Louis, qui vécut jusqu'en 1768^ maître

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Saillard avait laissé dans la paroisse, le souvenir d'un prêtre pieux et de mœurs austères. On a redit longtemps son nom avec éloges.

11 n'en filt pas de même de M. Pierre Grossin. En effki, resté dans la paroisse jusqu'à la fia de 1792, celui-ci prêta serment, fût infidèle à ses vœux, et ne survécut pas à la Révolution.

Ces détails donnés sur l'état religieux de la paroisse, il nous faut revenir maintenant à d'autres événements ; nous avons donc vu en 1471 le seigneur de Launay, pratiquer une saisie féodale au sujet du fief du muid d'Allègre; une semblable opération parait avoir été renouvelée en 1717 ; et c'est à l'occasion sans doute de cette saisie, qu'on lit dans le registre de cette année : le droit de cbampart d'Ermenonville la petite, avec cens et rentes, droits d'avénage sur les maisons et terres iRbourables; en ce qui dépend de la châtellenie de Launay... droitsde justice, honoriôqueset de banc dans l'église dudit Ermenonville, comme fondateur de l'église.

Il est donc à croire que les droits et privilèges des châtelains de la localité étaient fort restreints ; ils n'avaient à leur service ni baillis, ni juges. En effet, nous avons vu déjà que l'appel se faisait à la seigneurie de Rabestan, investie du privilège des trois juS' tioes haute, moyenne et basse ; et nous voyons ici les seigneurs de Launay juges en première instance.

Aussi rpn n'a pas lieu d'être surpris que le dernier seigneur, portant le titre de Lorvitle, nommé Simon-Antoine, ait disparu dans l'oubli ; cependant le 22 novembre 1717 nous trouvons M. Louis- François Desligneries, chevalier, marquis DesUgneries, seigneur de Lorville et autres lieux demeurant à Chartres {Areh. de Lève»).

Quant à Louis Antoine, il venait de soutenir un procès, pour coups et injures contre un certain paysan nommé Oenis Lenain. Il est donc à croire que ce fut à la suite de ce procès que les messiresde JLorville se déterminèrent à quitter la localité. Lorville n*est plus aujourd'hui qu'une simple métairie. Quant à la seigneurie d'Ermenonville, nous devons descendre jusqu'en 1790 pour lui trouver un titulaire ; il se nommait Thomas-Bernard-Louis de Lanchal ; mais ne parait pas avoir habité la contrée.

En 1806 M. de Lanchal était mort et sa succession partagée

ËRM h-NUN VlLLE-LA-P£TlTb

entre ses deux filles, Jeanne-Thérèse qui resta célibataire et se fixa à Alençon, et Andrée^Anne-Michelle. qui épousa un monsieur Lunois, receveur de l'enregistrement en résidence à Paris. Ce sont ces dames qui en 1840 vendirent l'habitation seigneuriale à M. Bouvart, leur fermier, et c'est celui-ci, qui échangeant ta culture pour laviebourgeoise,Iarevendit àM. CavartPoreher, le propriétaire actuel. L'extérieur, du reste, n'a rien conservé du passé que sa lourde masse qui contraste avec les ccnistructions modernes.

Quant à l'intérieur, on j remarque mcore un vaste salon avec cheminéee à fronton antique et une belle plaque portant un écu fleurdelisé, entouré d'une palme avec feuilles de ditoe très bien conservée et au-dessus, le millésime de 1672.

Quoi qu'il en soit de ces récits un peu rétrospectifs dans l'histoire particulière de la seigneurie, il est temps d'en revenir & des détails plus généraux i et de remonter à la date même du départ de M. de Lorville, c'est-à-dire & l'année 1796.

C'est du reste Tépoque où se fit la rédaction du terrier de la seigneurie.

Le tabellion se nommait alors Nicolas Haye.

Le Fouillé du diocèse publié en cette même année 1796, porte : communiants 14M> ; revenu 400 livres, doyenné de Brou, présentateur : le chapitre de Notre-Dame.

En 1743, le tabellion se nomme Louis Dollu, et cumule cette fonction avec celle de bailli de Charronville.

En 1745, il y a projet de canal de Bonneval à Thivart. Ce cft« nal démit passer par Bouirille, Ermenonville la petite et Luplanté.

En 1763, le bourg d'Ermenonville fut ravagé par un incendie, dont on a omis de déterminer l'importance. Ce fût pourtant, croyons-nous, à cette occasion que dût être publiée dans la localité une ordonnance pour la conservation des grains.

Du reste, un acte d'une haute importance sous le rapport judiciaire se passait alors dans toute la contrée ; la plantation d'un poteau de justice en fait foi pour Ermenonville.

L'antique seigneurie de Launay dont était possesseur en 1128 messire Guillaume d'illiers, l'un des prédécesseurs & Bois-Rufin de inessire Geoffroy d'Ermenonville, venait d'être absorbée par

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la chétcllenie d'AIIuyes, ainsi que celle de Rabestan, démembrée à la suite d'un long procès intervenu entre Madame de la Hoche Bousseau, dame de Saint-Avit. et M. le Marquis de Bouliers, seigneur de Frazé, Rabestant et autres lieux. L'acquéreur était dame Madame Charlotte-Madeleine Boutin, vicomtesse de Montboisier, veuve depuis quelques années déjà de Charles-Henry Philippede Montboisier Beaufort Canillac, vicomte de Montbotsier, brigadier des armées du roj, colonel du régiment de son nom'» infanterie.

Cette dame avait vu grossir considérablement sa fortune par suite de sa participation à l'héritage du fameux agioteur Benoit Dumas, dont la succession (comme on sait,) réveilla tant de convoitise^ et mit en émoi tant de formalités judiciaires, dans la seconde moitié du XVIIl* siècle.

Quoi quil en soit, en 1765, madame la vicomtesse de Montboisier, dame de la terre et marquisat d'AIIuyes, Pierre Coupe, La Cacardière, chAtellenie du Houssa j et vicomtesse de Bonneval et de la terre, fief et seigneurie de Montarville, voulait bien ajou* ter à tous ces titres ceux plus modestes de dame des bourgs de Saumeray^ Ermenonville la petite et Luplanté, dans les. quelles églises ; lui appartiennent, les prières nominales, . droit de banc, s^ulture, litre et ceinture funèbre, tant en d^ans qu'en dehors, en conséquence de ces acquisitions et des droits et privilèges qui y étaient attachés ; la dame de Montboissier è était donc en possession de la basse, moyenne et haute justice, relevant jadis, soit de Launay soit de Rabestan et dût les ezetcer à Ermenonville jusqu'à la Révolution.

Nous avons pu du reste constater plus haut que le fief de Launay ne figurait pas au nombre des possessions de Madame de Montboissier ; c*est qu'en effet, il avait été dès lors absorbé par le fief de Pierre Coupe ; et confondu avec celui de la Cacardière> situé dans l'intérieur du parc de la résidence seigneu* riale ; et consistant dit la chronique pour tout domaine en un minotde terre, sur lequel avait été planté autrefois un poirio*, entouré de murs de pierre, tenant de toute part, au domaine de sa dite seigneurie de Launay, réunie à Pierre Coupe.

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