‹ Archives du diocèse de Chartres (volume 4)Chapitre 41 sur 63 · SAINT-LAZARE DE LÈVES, ÂGLISE ET PAROISSE · texte numérisé non relu

SAINT-LAZARE DE LÈVES, ÂGLISE ET PAROISSE

et la position de Lèves, ce qui donnerait Tindication positive d'un primus UpU, d'une borne à Tégard de Chartres (!]. »

« L'endroit précis de cette borne fut nommé la montagne des lieues', comme le point central du départ des mesures itinéraires dans les Gaules (2). »

Quoi qu'il en soit, nos plus anciens titres parlent de ce MoM Leugûrum, et y fixent le plus antique monument religieux de la paroisse actuelle. L'historien le plus reculé de Chartres ne laisse aucun doute sur ce point : « Non loin de la ville de Chartres, existait (entre 825 et 850) un couvent de religieuses, élégamment situé sur le Mont de Lèves. Ce monastère fat rasé jusqu'au sol par la main des barbares et réduit en cendres (3).

Le moine Paul, en encadrant ce détail dans le récit de la dévastation de sa chère abbaye, semble faire de cette retraite de moniales une dépendance du monastère de Saint- Père.

Le Mons Leufjnrum fut le théâtre d'un exploit militaire exceptionnel relaté par tous les ciiroiiiqaeurs contemporains.

Chartres était assiégée par le fameux Hollnn avec une nombreuse armée de Normands et de Danois, vers L'évèqueGousseaumeouGancelme avait appelé an secours (le la ville Eble, comte de Poitiers, Richard, duc de Bourgogne et Robert, comte de Paris. Mais le secours était lent à venir, et les barbares multipliaient leurs attaques.

L évêque et iiudes, comte de Chartres, vont succom-

(1) Ufèvre, Annwif «te 18». p« 222, d'après d'AnviUe» NoU«e de la Gaule

(9 Lefèvre, ibidem. — M. de BoleviUétte, StBtUtiqnt ^Batt-ti-Loir. p. 182, est plus modéré. S'il l'appelle aussi montagne des Lieoe* « il avoue qu'elle

ne pouvait être autro chose que la motte d'un vieux fort •«. M;iis il n'nppurte aucune preuve à l appui. On n^ a retrouvé aucune trace de construction. La distaace de Cbartre» à cette butte dépasse sensiblement la lieue.

(â) Carialaire dt S^inl-Pért, p. 10.

sAnnr-LASARB db lèves

hevy quand enfin arrivent les alliés, Robert, comte de Paris, et Richard duc de Bourgogne, le samedi 20 juillet 911. Ceux-ci livrent aussitôt le combat, Rollon semble au premier choc devoir être victorieux, mais Févèquej par une inspiration divinci et confiant dans la protection de Marie, fait arborer comme drapeau le Voile de la Vierge et, au plus fort du combat, se rend processionnellement, revêtu des ornements sacrés, et entouré de son clei^^ sur les remparts et déploie ce labarum de victoire ; puis, faisant ouvrir la porte neuve, il attaque avec les Ghartrains l'armée des sauvagies païens. Ceux-ci, surpris par ce spectacle inattendu, ne peuvent résister aux coups des assiégés et de leurs auxiliaires* qui avaient repris confiance. Les barbares sont fauchés comme Therbe des champs, et on fit un st grand carnage que plus de 6800 morts restèrent sur le champ de bataille, sans compter ceux qui furent noyés dans l'Eure.

Rollon fut séparé du gros de sa troupe. Surpris par la sortie des Ghartrains, « il laisse une partie des siens aux mains avec les Bourguignons, fait une trouée au travers de l'armée de sortie et s'éloigne pour échapper lui-même à la mort » (1). « Il aurait voulu retourner au secours de sa troupe, mais trois mille heaumes ou chevaliers le séparaient d'elle : » il fut donc obligé de s'abstenir. D'ailleurs, dit un autre chroniqueur, Gerran, évêque d'Auxerre, ses soldats étaient blessés en grand nombre et surtout épuisés par le combat, si bien qu'ils furent contraints de se cacher dans les profondeurs de la forêt (2) ».

(1) <i Cœpit ab eis declinare ne préoccupa retiir r morte. Dudoii de Siiint-Quentia : De mortbut et êclis primorum i\orniannise dacam, Caen, 18*i5. f2) « Longatque tvgti tractus tllvarumque vastitas vulneratoa et ezaotnm

«ilitinuit «. Le Bœuf, Hist. Kccl. fl civili' tl'An.rfrre, II, p. 2<X), Le Liort Miracles de Sotre-bmme de Jehan I.c Mnrijhant. p. 182 et 183.

Rou, « si s'en foui o poi de geiit, O X chevalliers seulement. .

Cil qui de seigneur (KolloD) point n'avoient. En un mont (de Livea) en haut a'en foirent. •

éGLISB ET PAROISSE

Ce détail s*applique évidemment à la fraction de.s Normands, commandée par Rollon lui-même. La direction suivie par le 2* tronçon de son armée, composée surtout de Danois, n*est pas douteuse, comme nous le verrons bientôt.

Pour comprendre la suite des événements, il était important de bien établir ce fait de la séparation violente de Rollon d'avec les Danois que nul historien moderne ne semble avoir remarquée. Cependant Dudon dans toute la suite de son récit le suppose. Ce document si détaillé et ceux que nous avons cités plus haut s'accordent avec la tradition locale, qui indique la vallée profonde et sauvage dite des Vauxrou comme le refuge des Normands ; de là son n6m Vàuxrou, vallée de RoUon, et le sanctuairc qui plus tard y fut érigé à la Vierge libératrice. La configuration géographique corrobore cette attribution. Ce val est situé à Touest de Chartres, à proximité du lieu du combat, en vue du plateau sur lequel s'ouvrait la porte neuve, par laquelle Tévéque Gousseaume fit opérer la sortie victorieuse de ses guerriers. L'attaque inopinée des Chartrains, dont les efforts furent secondés par les Bourguignons et les Français, ne pouvait avoir d'autre résultat victorieux que de couper l'armée de Rollon en deux. Une partie, la plus nombreuse, les Danois, fut rejetée vers la porte Drouaise, et les grands prés dans la direction de Lèves, où la lutte se poursuivit; ce point est d'une certitude absolue. L .iutre partie, commandée par Rollon. ne pouvait trouver d'issue que par les Vauxrou, qui .seuls de ce côté de la ville offraient aux vaincus ce refuge obscur et profond, Ciju\ Lit de boisou débroussailles ■< silvaruui où le vainqueur ne pouvait prudemment les poursuivre \\.).

(l) L'origine du mot Vauxrou w parait pas douteuse. Wasse. commenta leur de Dudon de Saiat-Qucntta, écrira au XII siècle son Roman de Rou, ou de Rollon; Jehan Le Marchant dane le Lwrtdt* Miraelu lui donne ausaî ce

nom, Rou. » Et quant Rou voit, etc. c'est la juslifïcntion du srns attribud à Vauxrou, Vallis Holloni». M. Lair est plus intlueacé qu'il ne l'avoue par

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