‹ Archives entomologiquesChapitre 164 sur 231 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sommaire. — Le Cacodœmon cerherus. — Une victime innocente, malheureuse et persécutée. — De Paris .à Tombouctou. — M. Guérin et la seconde vue. — L'entomologie appliquée au commerce. — M. Guérin marchand d'insectes en gros et en détail. — Un avertissemenl paternel. — Feu la collection de M. Guérin-Meneville. — L'étonnement des savants anglais. — Ce que coûte un insecte sorti de la boutique de M. Guérin- Méneville. — Harpagon entomologiste. — Un honneur qu'on ne saurait payer trop cher.

M. Guérin-Méneville , qui est un homme fort spirituel , comme chacun sait, prend à partie, dans son article, un Cacodœmon cerherus, que je me suis permis de décrire. Que lui a donc fait cet infortuné Coléoptère ? M. Guérin-Méneville est pour lui sans pitié , il l'accable des plus mordantes railleries. Quoi! lui dit-il, seigneur Cacodœmon cerherus, vous prétendez avoir deux longues épines très minces, prenant naissance aux angles latéraux antérieurs du prothorax, non loin de la suture, dont la première antérieure, la seconde postérieure? C'est comme , si vous disiez , avoir rencontré deux hommes dont une femme , être monté dans deux greniers dont une cave, et autres facéties du même genre. On aime à voir qu'un si grand savant ait tant de gaité, tant de verve. Qu'il me permette seulement de lui dire que, n'ayant pas mou C. cerherus

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SOUS les yeux, il lui est bien diflicile de savoir au juste comnient il est fait. C'est comme si M. Guériu disait : « Hier, dans mon cabinet situé n° 4, rue des Beaux-Arts, à Paris, j'ai examiné deux insectes, dont un à ïombouctou; j'ai lait venir, pour juger les couleurs de ce tableau, deux experts, dont un aveugle. » 11 est vrai que M. Guérin est peut-être doué de la seconde vue. Pour ma pari, je n'en serais pas surpris. Cela m'expliquerait comment il a pu juger, à Paris, la structure d'un Coléoplère présentement à Berlin, où il ligure dans une collection que j'ai prêtée à M. le docteur Gerstaecker, un honorable savant de cette ville, sans se douter, des croupières que lui taille en ce moment l'impitoyable M. Gnérin.

Mon adversaire termine ce factum, qu'il appelle un nverlisse- 7nent paternel, en m'olTrant son avis, ses notes, sa bibliothèque, et sa collection ; pourquoi pas aussi sa plume brillante et légère ? Merci, généreux philanlrope, homme paternel, merci! ce que vous nommez votre collection ressemble à ces rameaux dépareillés que les gentillàtres de campagne appellent pompeusement leur arbre généalogique. Trop de quartiers, hélas! manquent maintenant à cette collection que vous m'offrez, pour qu'elle puisse figurer au livre d'or de la science; elle n'est plus, à l'heure qu'il est, que le chaos divisé par boîtes. Avant de mettre au jour l'entomologie appliquée à l'agriculture, vous aviez inventé l'entomologie appliquée au commerce. Vous étiez marchand d'insectes en chambre, vous vendiez des insectes en gros et en détail. J'en sais quelque chose, moi qui ai vu l'étonnement de nos confrères d'Angleterre en apprenant le prix auquel j'avais acquis de vous plusieurs espèces, et certaines familles de Coléoptères. Je ne m'en suis jamais plaint, quoique vous ayez prétendu avoir été traité par moi d'Harpagon entomologiste ; je sais trop bien qu'on ne saurait payer trop cher l'honneur de posséder des insectes ayant appartenu à M. Guérin-Méneville.

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