GUIBERT DE NOGENT
longue suite de ïnallicurs. Les troupes royales s'emparèrent de la ville ; la commune fut abolie et la proscription frappa les principaux auteurs de l'insurrection. Dans les années qui suivirent , on vit plusieurs fois la commune concédée ou retirée aux habitants. L'histoire de la ville de Laon , pendant les douzième , treizième et quatorzième siècles, n'est qu'un long récit des dissentiments qui, sous le plus léger prétexte, se renouvelaient entre l'cvèque , son chapitre , le prévôt royal et les bourgeois. Nous rapporterons ici les principales dispositions de l'ordonnance de Philippe de Valois qui régla les droits et la juridiction de l'éveque dans la ville de Laon: « Premièrement, nous déclairons que » Vevesque de Laov ou ses gens, pour lui et en son » nom , pevent et pourront mener avec suffisante com- » paignic et à armes , en la sale de sa duché à Laon , » parmi la ville de Laon , les personnes qui auront » esté pris hors des termes de la paix ' et de la com- » mune jadis de Laon, et en ladite sale et en ses » prisons emprisonner, tenir et examiner et faire ju-
* Depuis l'époque où Laon perdit sa première institution communale on évita avec soin d'écrire le nom de commune dans les nouvelles chartes de privilèges qui lui furent concédées par nos rois. « Ce mot devenu trop offensif, dit M. Augustin » Thierry, à cause des derniers événements fut remplacé par ceux d'établissement » de paix : institutio pacis. Les bornes territoriales de la commune furent appelées » homes de la paix ; et pour en désigner les membres on se servit de cette for- » mule : tous ceux qui ont juré cette paix. . . La même chose arriva pour la com- » nmne de Cambrai ; détruite en l'année 1180 par l'empereur Frédérik, elle obtint, » à prix d'argent , son rétablissement sous le nom de paix parce que, dit un auteur ') contemporain , le nom de commune fut toujours abominable. . . cUminato comi> mvnia nnminc , quod seviper ahoviinahile extitit. . . {Chronique de Balderic. )"
) gement d'iceulx , et par ladite ville les ramener hors 1 des termes de ladite paix , pour faire exécution du- ) dit jugement ; et pourra le bourreau mener la per- ) sonne jugiée sans faire signe d'autre justice; et ainsi ) pevent et pourront les gens dudit evesque, mener ) et ramener les clers pris dedans les termes de ladite ) paix ou dehors, en sa maison de Laon... Nous avons ) accordé que notre prévost de Laon pour nous , et ) V evesque^ ou son bailly pour lui, pourront députer chacun une personne à ce convenable qui aront povoir de faire et faire faire bans et ordenances du pain venderet que l'on vent à Laon... Les étalons des mesures et poids seront en la maison de l'evesque; l'étalonnage se fera par le prevost du roi et le majeur de l'evesque. Le prevost jugera les fausses mesures; mais l'amende sera à l'evesque'... » Depuis Adalberon, les évêques de Laon étaient ducs et pairs de France. On sait que ce prélat livra à Hu-
' ( Ord. des rois de France , tome xii. )
Au treizième siècle l'évêque de Laon percevait une redevance sur les denrées vendues au marché public, n Un boucher la refusa et partit ensuite pour la croisade » contre les Albigeois. Anselme de Mauny , évêque de Laon , était dans l'armée des » croisés avec l'archevêque de Reims. Le boucher fut cité par lui. devant l'arche- )> vêque et pour obtenir son pardon , il promit pur serment que, dans la quinzaine « après le retour de Vévèque de Laon, il porterait le dimanche à la procession une « morue et vn saumon. L'acte est daté du 26 juillet 4226 , pendant le siège d'Avi- « gnon. . . — Parmi les charges singulières que les anciens seigneurs imposaient à ;> leurs sujets on peut citer celle à laquelle les évêques de Laon avaient soumis les » propriétaires de plusieurs maisons du Bourg : toutes les fois que l'évêque venait » coucher à la ville , chacun de ces propriétaires était tenu de fournir au palais » épiscopal une couste et un coussin , c'est-,T-dire un lit de plume et un oreiller, » cultrinam cvm cussino . .» ( Devismf.. )
gucs Capct le duc Charles de Lorraine, dernier prince de la race karlovingienne. Pour reconnaître cet important service , Hugues Capet conféra la pairie et le titre de duc à Adalbcron et à ses successeurs. Les évéques de Laon portaient la sainte ampoule au sacre des rois de France et battirent monnaie dès le neuvième siècle ' . Leur diocèse renfermait dix chapitres , dix-neuf abbaves et deux commanderics. « Lorsque l'ë- » vêque veiioit prendre possession, le vidame de Glacy » alloit le chercher à la croix de Laon, le faiso\t mon- » ter sur une haquenée et le conduisoit à Saint-Vincent » où il était reçu et harangué par l'abbé accompagné » de ses religieux en chappes... Le lendemain matin, » ils le conduisoient processionnellement à l'église de » Saint-Michel ; dans cette marche il étoit vêtu d'un