‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et l'ArtoisChapitre 21 sur 140 · CATHÉDRALE DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE DE BEAUVAIS

n La cathédrale de Beauvais digne à juste litre, par ses proportions colossales

» ainsi que par la liardiesse de sa structure , d'exciter quoique inachevée l'admi-

» ration des archéologues , aurait égalé , si elle eût été terminée , les plus célèbres

» basiliques de l'Europe. . .

» Située sur le point culminant de la ville , sa masse s'élève majestueusement

» au-dessus de tout ce qui l'environne à une hauteur d'environ soixante- dix mètres ;

» quel effet plus imposant ne devait-elle pas produire lorsque , de cette hauteur ,

» s'élançait la belle flèche, qui s'écroula en 1573 , et dont l'extrémité se trouvait

» à quatre-cent-cinquante pieds au-dessus du sol. . .

)) Miles de Nanteuil , évêque de Beauvais ( 1217 à 1234 ) fit construire cette ca-

» thédrale et la plaça sous la protection de Saint-Pierre. Pour subvenir aux frais de

» cette construction , il dressa, de concert avec son chapitre, une charte par la-

» quelle il consentit à abandonner , pendant dix ans , la dixième partie de tous les

» revenus de son évêché , le dixième des prébendes , etc. Guillaume de Grès , 58*

» évêque (1249— 12G7), fit construire le chœur de celte église en 1249: il était

» entièrement terminé en 1272 , et on y officia le 31 octobre de la même année ;

» mais les voûtes , malgré les précautions qui avaient été prises , s'écroulèrent en

» 1284, le 29 novembre, par suite de l'écartemenl des murs latéraux, entraînant

» dans leur chute plusieurs piliers extérieurs el intérieurs. On éleva aussitôt de nou-

» velles voûtes qui furent arhevées en 1324 . . .

La l)il)liolhèqiie de la cathédrale de Bcauvais renfermait autrefois de précieux manuscrits. On y remarquait surtout les capitulaires de Karle-le-Grand , écrits

» La nef transversale ( la croisée ) ne fut commencée que sous l'épiscopat de » Villiers-de-l'Isle-Adani , 77' évoque ( 1487 — 1521 ), qui en posa la piemièie » pierre en grande cérémonie , le 21 mai 1500 ; il y consacra chaque année, pen- » danl vingt-un ans , huit cents livres parisis de ses revenus , et un arrêt du parle- » ment , du 21 novembre 1512, ordonna au chapitre de contribuer aussi annuel- » lement pour la niême somme dans les réparations de la cathédrale. Celte nef était ') en partie terminée en 1555 , mais les voûtes ne furent totalement achevées qu'en » 1578 , sous Nicolas Fumée , 82- évêque (1575—1592. )

>) On confia la direction des travaux à Martin Chambiges de Cambrai , que l'on

') fit venir, disent les registres du chapitre, à lonijinqxtis partihus, et à Jean Vast

» de Beauvais ; on accorda au premier une maison, vingt livres tournois de pen-

» sien annuelle , quatre sous pour chaque jour de travail , et un pain du chapitre.

« Les maçons gagnaient deux sous par jour. La pierre de la carrière dite de St-

)' Pierre (à Allonne près Béarnais) coûtait cinq deniers le pied de roi , et autant

» pour l'amener à sa destination . . .

» En pénétrant dans la basilique , on est d'abord frappé du grandiose de son en- » semble et du demi-jour mystérieux qui y règne. L'aspect de la nef transversale » et de ses magnifiques vitraux, les proportions gigantesque de ses piliers, qui » s'élèvent majestueusement d'un seul jet jusqu'au sommet de l'église, et surtout » la vue du chœur , dont les fenêtres sont si délicates, qu'on hésite à croire que les 1) voûtes puissent se soutenir sur des appuis aussi fragiles ; tout cela produit un eflet » merveilleux, qui fait tristement regretter l'inachèvement de l'édifice. . .

1) On monte au chœur par cinq degrés; une simple grille sans ornements, à hau- » teur d'appui , et deux lourds panneaux de menuiserie ( qu'on devrait faire dispa- » raître) en défendent l'entrée ; ces panneaux ont remplacé le beau jubé en marbre -> démoli en 1791*, qui avait été élevé sous l'épiscopat de M. Choart de Buzenval , » en 1679...

» Ce chœur mérite la réputation dont il jouit par son élévation majestueuse et la » délicatesse de toutes les parties qui le constituent ; d'après le plan primitif, trois » arcades en ogive devaient en occuper toute la longueur de chaque côté, jusqu'au » sanctuaire , ce qui fut exécuté ; mais la chute des voûtes, en 1284 , obligea de » modifier cette disposition et d'établir des piliers intermédiaires au point d'interi< section des arcades, ce qui doubla les arcs ogives et amena la discordance et le » rétrécissement désagréable que l'on y remarque. On voit encore , au-dessus de » ces travaux , les morceaux de fer qui servirent à attacher les chaînes destinées à

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pendant son règne, et une transcription de la loi salique , qui remontait au temps de Philippe de Valois ; on y voyait encore le serment prêté par le roi de France , Philippe P', lorsqu'il se fit sacrer et un magnifique texte des évangiles, en lettres mérovingiennes '. Le chapitre de Beauvais eut de nombreux différends avec les officiers de Tévèché et recourut souvent à la cessation du service divin pour assurer le maintien de ses privilèges. En 1145, le prévôt de l'évêque ayant eu à se plaindre de quelques chapelains de la cathédrale (( les agressa de nuict, allans à matines, l'un des-

» lier les miiis latéraux pour en éviter l'écartement , lorsqu'on éleva les voûtes » actuelles.

» Cliaque pilier , formé de plusieurs fûts réunis , est terminé par un chapiteau » uniforme qui supporte la retombée des voûtes des bas-côtés et des impostes des » arcades du chœur ; de ce point s'élève un seul fût de colonne engagée qui va , » sans interruption, jusqu'à la naissance des voûtes en recevoir les nervures réunies )) en faisceaux. Tout autour du chœur règne une galerie à jour, soutenue par des » colonnettes et des arcades surnumtées de corniches ornées de sculptures.

» Cette partie de l'édifice est éclairée par dix-neuf croisées de dix-sept mètres )> d'élévation, dont le sommet, enrichi de nervures tréflées, reproduit les formes » élégantes du quatorzième siècle ; des vitraux peints occupent à peu près le tiers » de la hauteur de chaque croisée ; on y voit les douze apôtres , des guerriers ar- » mes de toutes pièces , avec écussons blasonnés , les saints du diocèse , etc ; ces » vitres, d'un dessin très-incorrect , sont probablement contemporaines des pre- « miers temps de la peinture sur verre : il faut en excepter celles des deux pre- » mières travées de l'entrée du chœur , placées en 4575 , à l'époque de la re- » construction de ces travées , après la chute de la flèche...» {Description de la cathédrale de Beauvais , par M. Emm. Woillez.)

' <i C'est cette bibliothèque qui a donné la plupart des capitulaires et qui nous a » conservé la formule du sacre de nos rojs que M. du Tillet , greffier et protono- » taire de la cour , a le premier communi(|ué au public en français et depuis d'au- » très en latin. Et est ceste formule escrile du temps de l'evesque Roger et du roy » Robert. » ( Mémoires de Loysf.i, )

)) quels fut navré d'une Hèclie ' ; » aussitôt le service divin cessa , le chapitre déclarant à l'évêque qu'il en serait ainsi jusqu'à ce que réparation fût accordée. Après quinze jours d'expectative , l'évêque conduisit son prévôt devant les chanoines assemblés ; là ce dernier fit amende honorable et promit « de passer au-delà les )) mers : mesme de passer ce jour-là la rivière d'Aise ' et » de ne revenir vers Beauvais qu'il n'eust exécuté sa » promesse. Et pour cet effet fut mis dans un tom- » bereau et ainsi ignominieusement mené hors la ville ''.n Le chapitre de Beauvais pouvait aussi excommunier absoudre les malfaiteurs soumis à la juridiction ecclésiastique \

Au commencement du dix-septième siècle , le droit de préséance dans le chœur occasionna de nombreux démêlés entre le trésorier et le chantre de la cathédrale. Quelques détails qui s'y rapportent nous ont paru utilement placés ici, car ils jettent une vive lumière sur l'organisation des anciens chapitres et nous disent à quel point les ecclésiastiques tenaient au respect de leurs prérogatives '. Le privilège qu'avaient les chanoines

' ( LocvET. ) — " ( L'Oise. ) — * ( Louvet. )

* 1099 — Concession de l'évêque Anselme II. ^ Mémoires de Vévêché de Beauvais. )

^ « Il y a contention et piocez entre le chantre et le trésorier de l'église de Bean- » vais pour la prééminence et préséance que l'nn prétend sur l'autre...

RAISONS DTJ TRÉSOKIER.

» Trésorier dit qu'elle luy appartient soit qu'on la juge par la séance au chœur » et au grand chapitre soit qu'on la juge par ratitiquitté des tiltres...

de Beauvais d'aller, quatre fois dans l'année , et en l'honneur des saints martyrs , prendre leurs repas dans l'abbaye de Saint-Lucien fut aussi l'occasion d'un long différend , pendant le douzième siècle. Les petits pains (pastilli ) que les chanoines exigeaient des religieux de

n Parce qu'estant immédiatement assis auprès du doyen , qui lient la première » entre les dignilez de l'église , et en la troisième chaire du costé gauche , le doyen » estant en la seconde , et le chantre estant assis en la cinquième du costé droit de 1) l'evesque , qui est assis en la seconde du costé droit , il a la préséance...

» Parce que tous les ans , le jour du jeudy saint, lorsque l'évcsque lave les pieds » aux dignitezet chanoines et le doyen à l'evesque, et que, pour cet effect, ils sont ') assemblez au grand chapitre , le doyen et le trésorier sont assis au costé droit du » sieur evesque , et l'archidiacre et chantre au costé senestre. . .

') Que par les poullicrs des bénéfices du diocèse de Beauvais, le trésorier précède )> le chantre et est immédiatement nommé après le doyen . . ,

>) Que par les livres des statuts de l'Église, où sont les serments que jurent les )) dignitez et les chanoines en leurs réceptions, le trésorier est appelé et nommé -> avant le chantre. >>

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