CATHÉDRALE DE NOYON
« La cathédrale de Noyon est un monument du plus haut intérêt et trcs-homo- » gène , qui doit avoir été élevé dans le douzième siècle, et qui peut-être n'aura » été terminé que dans la première moitié du treizième siècle.
chapitre de cette ville mettre la cathédrale en interdit et faire cesser le service divin dans toutes les églises, à l'occasion d'un clerc emprisonné. Les chanoines de Noyon avaient aussi le privilège de frapper les malfaiteurs d'excommunication ou de les absoudre , sans user de l'intervention épiscopale '.
» Les deux extrémités du transept se terminent par des hémicycles , comme la » nef principale, chose fort rare dans les églises et qui produit le meilleur effet à » Noyon ( les églises de Meung-sur-Loire et de Saint-Guilhera-du-Désert offrent la 1) même disposition. )
» Les bas-côtés du chœur donnent accès à neuf chapelles qui , ainsi que le pre- » niier ordre du chœur , sont voûtées à plein cintre. Les piliers qui supportent les » arcades du chœur sont alternativement mono-cylindriques, et formés de colonnes « groupées.
» Le second ordre du chœur offre des ogives de la première époque , d'un style '> très- pur, derrière lesquelles existent des tribunes ou galeries très-profondes. » Au-dessus est une balustrade trilobée, qui sépare le second étage du troisième, » où chaque travée est percée d'une fenêtre.
« L'ordonnance intérieure des transepts diffère de celle du chœur, en ce que la >> balustrade qui sépare le second ordre du troisième , dans le chœur, est placée là « entre le premier et le deuxième , et que les arcades de ce dernier étage sont ap- » pliquées , ainsi que celle du premier ordre, immédiatement sur le mur.
>» La nef offre une disposition conforme à celle du chœur, seulement les fenêtres » de la partie supérieure sont géminées, encadrées dans un cintre, et la balustrade » placée au-dessous est cintrée et non trilobée. Je suppose que l'on a fini par celle » partie de l'église, qui pourrait bien n'èlre que du treizième siècle , vers le portail » de l'ouest.
» Les chapelles accoUées aux aîles de la nef sont postérieures , comme dans » toutes les églises d'une date aussi reculée : elles appartiennent au seizième siècle » et à la fin du quinzième.
» L'extérieur de la cathédrale de Noyon offre aussi beaucoup d'intérêt ; les corn niches, les contre-forts , l'ensemble du vaisseau, méritent d'être soigneusement » observés; c'est un excellent exemple du style de transition , du style ogival en- » core revêtu des formes et des accessoires appartenant au style roman. »
( M. de Catjmont. )
' « Sine clamore perlato ad episcopum , eoque requisito , et illos absoluere sine » assensu episcopi.» Le pouvoir du chapitre était considérable en ceci, car ce pri-
Karle-le-Grand , Lodewig-le-Dëbonnaire et Karle-le- Chauve furent les bienfaiteurs de la cathédrale de Noyon ' . Détruite par les Normands et réédifiée par les soins des évêques , elle fut incendiée sous l'épicopat de Simon de Vermandois et sous celui de Gui des Prés. On s'étonne toujours au spectacle de ces édifices religieux que l'incendie et le marteau destructeur laissaient en ruines et qui , souvent peu d'années après , étalaient de nouveau et avec plus de splendeur encore , leur nef spacieuse , leurs flèches élancées , leurs hautes tours ; leur chœur, qu'un jour mystérieux voilait, dont le marbre et la pierre s'étaient , sous le ciseau , transformés en fleurs , en dentelles légères. L'historien , lui , admire mais ne s'étonne point ; il connaît le secret de toutes ces merveilles. Chaque page des temps qui les virent éclore lui a dit qu'une foi vive animait alors les peuples. Il faudrait avoir su garder leurs croyances sincères et profondes, pour pouvoir comme eux élever à Dieu des temples dignes de son culte !
vilége s'appliquait aux malfaiteurs de toute natme, utavi qui res corporales ra- » piunt , auferunt , occupant , velinuadunt ; quant qui res corporales utpote eccle- » siœ juridicHoneniy jura ^ libertates , immunitates et consuetudines rationabiles, » antiqiias , approbatas...-a
' Karle-le-Grand avait été sacré dans cette cathédrale par le pape Etienne. En 1468, Louis XI accorda des lettres d'amortissement au chapitre de Noyon ; mais ce fut à la condition que les chanoines diraient pendant dix ans « au jour de la na- » tivité de Notre-Dame, un Salve reyina , avec l'oraison, et une oraison du glorieux » St-Charlemagne , pour la prospérité du rov et de son royaulnie. » ( Ordonnances des rois de France. )
La reconstruction de la cathédrale de Laon au douzième siècle suffirait seule pour justifier ce que nous avançons. Notre récit a rapidement retracé l'insurrection du peuple de Laon et le meurtre de l'évêque Gaudri , à l'occasion de la commune. La cathédrale avait été incendiée ; les chasses des saints et quelques ornements étaient les seuls objets que la destruction eût épargnés. Ceci se passa en 1112. Lorsque le calme revint , le nouvel évêque , Barthélémy de Vir , entreprit de reconstruire la cathédrale. Des quêtes pourvurent à la dépense. Les chanoines de Laon , animés d'un saint zèle , parcoururent le Berri , la Touraine et l'Anjou , portant processionnellement des reliques sauvées de l'incendie. D'autres , s'étant munis d'un autel portatif et d'une chasse vénérée, allèrent en Angleterre pour y recueillir de pieuses offrandes. Cent vingt marcs d'argent et plusieurs ornements d'un grand prix furent le fruit de tant de sollicitude. Les travaux de la cathédrale commencèrent ; ils s'accomplirent avec une telle activité qu'il faut , en vérité , laisser parler ici les historiens , de peur que le doute ne s'attachât à nos assertions : c( Barthélémy de Vir employa un si grand nom- >) bre d'ouvriers à la construction de la cathédrale , )) qu'elle fut achevée en moins de [dix-huit mois. Cette » église est une de plus belles du royaume; elle est » grande , très-élevée ; les tours en sont fort hautes et » les vitraux superbes. L'évêque choisit le 6 septembre » de l'an 1114 pour en faire la dédicace. Raoul, ar- 1) chevêque de Reims , Barthélémy de Laon , Lisiard de
Soissoiis, Guillaume de Châlons , Godefroy d'Amiens et Hubert de Senlis s'y trouvèrent avec deux cent mille personnes de tout âge et de tout sexe, transportées de joie de voir que l'on avait élevé en si peu de temps , sur les ruines de Laon , une église beaucoup plus belle que la première '. »
Le chapitre de Laon était autrefois le plus nombreux du royaume. Dans l'espace de trois siècles il fournit à l'Eglise trois papes % douze cardinaux , deux patriarches, huit archevêques et trente-quatre évéques ''. Ce chapitre compta parmi ses doyens le célèbre Anselme , qui vivait au douzième siècle et dont la réputation a jeté tant d'éclat sur V école de Laon. Anselme, surnommé le docteur des docteurs, eut d'illustres disciples; plusieurs d'entre eux vinrent à Laon des contrées les plus lointaines pour entendre sa voix éloquente et puiser à
( Histoire du diocèse do Laon , par le père Lelong. ) Urbain IV, Nicolas III et Clément VI.
•' MA^USCR1TS PRECIEUX QUE EE^FEnMAlT AUTREFOIS LA BIBIIOTHEQTJ E DE LA CATHÉDRALE DE LAON.
Un ouvrage de St-Isidore , écrit avant le huitième siècle. — Des lettres du célèbre Hincniar , archevêque de Reims. — Des lettres de divers papes écrites à Karlele-Chauve. — Plusieurs ouvrages de Grégoire de Tours. — La procession du Saint- Esprit , qu'Alcuin dédia à Karle-le-Grand. — Un manuscrit de Fortunat. — Un ouvrage écrit par Cassiodorc. — Plusieurs lettres de Pierre de Blois et de Pierre des Vignes. — L'histoire de Reims par Flodoard. — Une chronique des papes jusqu'à Innocent VI.
la fois dans ses doctes leçons les lumières de la théologie et le goût des lettres '.
Au quatorzième siècle , les chanoines de Laon surent mettre à profit la conduite de l'archevêque de Reims, qui cherchait à se soustraire à l'obéissance du Saint- Siège. Par une bulle de 1383 et sur les instances du chapitre , le pape Clément Vil l'exempta de la visite de l'archevêque métropolitain et dispensa les chanoines de la résidence \ Pour témoigner sa gratitude, le chapitre de Laon envoyait tous les ans un florin d'or au Saint- Siège et donnait , en dédommagement , dix livres tournois à rarchevêque de Reims.
' PBINCIPAVX DISCIPLES d'aNSELME QUI FaÉQBEWTÈRENT L'ÉCOLE DE I.40N.
Le célèbre Aleilard ; Raoul, frère d'Anselme ; Guillaume de Champeaus , évêque de Châlons , surnommé la colonne des docteurs ; Gilbert de la Porrée , évêque de Poitiers ; Le cardinal Mathieu de Laon; ^ZS^ric, archevêque de Bourges ; Gui d'Etampes , évêque du Mans ; Huyues d\-imiens et Guillaume Lelreton , archevêques de Rouen ; Raoul Lcvcrt , archevêque de Reims ; Raoul Flamlart.^ chancelier d'Angleterre ; Robert de Béthune , évêque d'Herford ; Gilbert , évêque de Londres, Raoul et Guillaume de Corbeil , archevêques de Cantorbéry ; Odolric et Anselme , archevêques de Milan ; le célèbre Bernard d'Utrecht ; Tietmar, écolâtre de Berne; f^icelin , évêque d'Oldenbourg.
Les différends qui s'élevèrent en 4294 entre les chevaliers et les bourgeois de Laon avaient donné au chapitre l'occasion de montrer que son pouvoir était déjà fort étendu. Quelques chevaliers s'étant réfugiés dans la catliédrale , le peuple viola ce saint asile et y maltraita ces derniers ; la ville aussitôt fut mise en interdit ; le chapitre porta ses plaintes au Saint-Siège et à Philippe-le-Bel , qui accordèrent une réparation éclatante à l'église de Laon. La ville fut dépouillée par le roi de ses privilèges ; elle n'eut plus de commune ; on lui retira son sceau , sa cloche et son échevinage. Ils lui furent rendus peu de temps après ; mais on régla que cent habitants de Laon iraient en procession depuis le bas de la montagne jusqu'à la cathédrale, nu-pieds sans robe ni ceinture. Trois d'entre eux devaient porter trois figures <rhomnies de cire, du poids de vingt livres, qui appartiendraient ensuite au chapitre. Pes fondations pieuses furent aussi exigées.
De curieux usages se pratiquaient dans la cathédrale de Laon lorsqu'on y célébrait la fête de la Chandeleur. Dix-sept flambeaux de vasselage devaient figurer à la procession. On comptait dans ce nombre ceux du doyen et du chapitre pour les villages de Barenton- Sel et de Mortiers et le flambeau royal pour le fond de la Fèrc. Lorsque les rois de France se furent dispensés de cette redevance, l'huissier du chapitre de Laon continua à proclamer leur vasselage, et sommait à haute voix le roi régnant de satisfaire à l'obligation de sa terre. Dans certaines solennités, on remarquait à la procession de la cathédrale de Laon le corps des chevaliers de l'arquebuse et celui des maîtres-chirurgiens '.