CATHÉDRALE DE LAON
« L'église de Laon a 320 pieds de long, 75 de large el 470 de haiiteni-. Elle « est remarquable par ce mélange de hardiesse et d'élégance , de grandeur el de )) délicatesse qui forme le caractère distinctif de la grande architecture gothique. » Ce caractère , par cela seul qu'il ébranle l'imagination beaucoup plus que « l'exacte symétrie et la sage pureté des proportions grecques , semble aussi plus )) propre à inspirer le recueillement et à rappeler la présence de la divinité.
1) Il y a dans l'église de Laon des choses qui excitent particulièrement l'alteu- » tion des connaisseurs. Nous citerons : Les trois ordres de son architecture inté- » rieure : les autres basiliques n'en ont ordinairement que deux ; -r La lanterne )> admirée pour sa hardiesse et la légèreté de sa galerie ; — La belle perspective » que forment ses deux lignes d'entre-colonnements, dont le nombre, plus grand M peut-être que dans aucune autre église, est de vingt-trois; douze dans la nef et )) onze dans le chœur; — La forme ingénieuse des piliers qui en déguise l'épais- » seur ; — Les ornements des bases et des chapiteaux des colonnes , qui sont tous » d'une sculpture différente ; — La fermeture des chapelles , qui n'est pas de la » même construction que l'édifice; — Leurs décorations qui appartiennent au bel » âge de la sculpture française , ce qui porterait à penser qu'elles sont dues à la » munificence du cardinal de Bourbon ; — La magnificence des rosaces; — Le » buffet d'orgues, dont le travail est magnifique ; — Le portail construit en avant
Les chanoines du chapitre de Soissons allaient nupieds aux processions des rogations ; un antique usage voulait qu'ils lavassent fréquemment les mains et les pieds à quelques pauvres; ils les faisaient ensuite asseoir à leur table. Le prévôt du chapitre prenait rang avant le doyen ; il prêtait à révéque serment de fidélité , en levant la main gauche , témoignant ainsi qu'il réservait la droite pour défendre les intérêts de son chapitre. Plusieurs gens de main-morte ' figurent parmi les dons faits aux chanoines de la cathédrale de Soissons. Henri, comte de Champagne et de Brie, leur donna un homme de Bucy ; trois frères appartenant aux mêmes chanoines se rachetèrent, en 1389, moyennant soixante florins d'or au coin du roi.
') corps et après coup , peul-êlie lors des réparations que l'incendie de lld2 a né- » cessilées; — Les portes , donl laslruclure est digne de remarque.
» On peut égaler, préférer même d'autres vaisseaux h celui de Laon : on ne trou- )) vera nul part un ornement comparable aux quatre tours qui couronnent les trois » principales entrées. La légèreté et , si on peut le dire, la transparence du travail >) est digne des plus grands éloges, non pas seulement parce qu'elle produit l'effet » le plus agréable, mais aussi parce que l'action des vents, à laquelle elle donne » peu de prise, n'aurait point tardé à détruire une masse plus solide. Ainsi le génie » de l'architecte a su convertir en une beauté réelle, le tour de force par lequel il » a vaincu une grande difficulté. On ne peut douter , au reste, que les tours n'exis- » tassent avant l'incendie. L'évîque Gaudri les avait remplies d'hommes armés » quelques jours avant sa catastrophe. Le pape Sylvestre II qui, en 4001 , accusait » l'évêque Adalberon de retenir, contre la foi jurée , les tours de Laon, désignait » la ville par le monument qu'on y admirait le plus. » ( Devisme. )
' « Hommes de main-morte ; qui sont de condition servile, main-mortable envers » leur seigneur , ou en tous biens, meubles et héritages, ou en meubles seulement,
» ou en héritages seulement quand ils trépassent sans enfans nais en mariage
» En plusieurs lieux , hommes et sujets de corps , ils ne peuvent tester que jusque à » cinq sols sans la permission de leur seigneur... En plusieurs lieux encore ces » hommes en leur vie sont taillables envers leur seigneur , de taille abonnée , ou à » plaisir et volonté. > ( Glossaire de de L.\iiRii':RK. )
Les annales du diocèse de Soissons nous fournissent un nouvel exemple du prix qu'attachaient les chapitres au respect de leurs privilèges. Charles de Haqueville occupait le siège ëpiscopal en 1622 et voulut visiter l'église collégiale de Saint-Pierre-du-Parvis. Les chanoines de cette église célébraient l'office divin lorsque l'évoque se présenta, et lui firent dire, en grande hâte , qu'ils étaient exempts de la visite épiscopale. Cependant Charles de Haqueville pénétra dans l'église; aussitôt les chanoines cessèrent l'office et se retirèrent d'un commun accord , laissant le prélat et sa suite fort embarrassés de cette singulière réception.
La cathédrale de Notre-Dame d'Arras, dont la destruction date des dernières années du dix-huitième siècle, avait été édifiée au quatorzième par les soins de l'évêque Hugues Fajdit mais ne fut consacrée qu'en 1484. On admirait ses deux tourelles et les curieuses sculptures du portail latéral. L'horloge de la tour était trèsremarquable; des figures de bronze, fruit d'un mécanisme ingénieux , y représentaient de saints mystères.
On remarquait dans l'intérieur de l'édifice la somptueuse chapelle de Notre-Dame-de-l' Aurore , fondée par le roi Louis XI; le tombeau du comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV et de Madame de la Vallière ; le groupe de la Transfiguration , d'une dimension colossale , et celui de St-Christophe portant Jésus enfant; la passion du Sauveur, morceau de sculpture du au ciseau d'habiles artistes et que de riches dorures rehaussaient; les douze chevaliers partant pour
la croisade, travail d'une belle exécution. Les regards s'arrêtaient surtout sur un magnifique baptistère formé de marbres précieux et de bronze ciselé.
Le chapitre d'Arras avait de fréquents différends avec l'abbaye de Saint-Vaast. Souvent il eut à se plaindre des exactions des gens de guerre; tour-à-tour possédée par les rois de France , par les ducs de Bourgogne , par les princes de la maison d'Autriche, Arras éprouva tous les maux qu'entraînent des changements de domination, lorsqu'ils sont le fruit de la conquête. Vers 1406, la cathédrale de Notre-Dame était journellement profanée. Les chanoines recoururent à la protection du roi Charles VI ; ils exposèrent que « plusieurs gens » noisculx et de mauvaise vie, la plupart étrangiers » et incogneuz, commettaient dans ladicte église, fon- » dée en l'honneur de la benoiste vierge Marie , aus- » cunes invasions , menaces , insultes et voyes de faict , » en grande perturbation du service divin, garnis de » voulges ' , haches , espieulx , espées , dagues et aultres » basions. » Charles VI, faisant droit aux plaintes du chapitre , ordonna que ce nul ne pût porter dans ladicte » esglise, et cloître d'icelle, aucuns bastons invasihles-^ » voulges, guisarmcs ', haches, espieulx ou gaurelotz''^
' Piques, dards.
- OfTensifs , propres à attaquer.
" Haches à deux tranchants.
'' Javelots.
1) sur peine de perdition et confiscation d'iceulx bas- » tons et d'amendes telles et pareilles qu'en cas sem- » blable on usait dans la ville d'Arras'.»
Notre récit a déjà retracé la destruction de la ville de Thérouanne. Les chanoines de la cathédrale , partageant l'infortune des habitants , se réfugièrent à Boulogne * et à Saint-Omer. La plupart d'entre eux furent ensuite agrégés dans le chapitre du diocèse d'Ypres. On voit encore dans la cathédrale de Saint-Omer un grand nombre de bas-reliefs , le tombeau de Saint-Omer et le grand Dieu de Thérouanne, qui avaient appartenu à l'ancienne basilique des peuples de la Morinie \
' ( Ordonnances des rois de France.)
n En 4270 , des sergents d'Artois ayant fait une arrestation sur les terres de l'é- » glise de Gouy, appartenant au chapitre d'Arras, furent condamnés à en donner » réparation en faisant par trois dimanches consécutifs le tour de l'église, la torche » au poing, suivis du clergé.» (Godefroy. Invent, chronol. — Mémorial historique du Pas-de-Calais par M. Hakbaville. )
* L'évêché de Boulogne ne tarda pas à être fondé , et en 1566 un bulle du pape Pie V érigea en cathédrale l'église de Notre-Dame. L'abbaye dont cette église dépendait fut supprimée ; ses religieux formèrent le nouveau chapitre.