‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et l'ArtoisChapitre 26 sur 140 · LES ABBAYES · texte numérisé non relu

LES ABBAYES

•"^l, EST sur les hautes cimes du Carmel ou

dans les déserts de la Thébaïde qu'il faut chercher l'origine des institutions monastiques. La grotte des solitaires , la chëtive cabane des ermites furent les seuls précurseurs de ces puissants monastères , de ces riches abbayes qui devaient un jour parsemer le sol de la chrétienté.

Les pieux anachorètes qui, les premiers, s'imposèrent la loi du jeune, de la prière et du silence, n'étaient point réunis en communauté ; leurs habitudes et

leurs privations se mesurèrent à leur ferveur et ils vécurent dans la plus entière indépendance. L'apparition de St-Henoît, dans les premières années du sixième siècle , vint enfin marquer l'heure oii ils seraient disciplinés ; et cette époque est celle de la constitution véritable du clergé régulier. St-Benoît divisa sa règle en soixante et treize chapitres ; elle traite des devoirs moraux , des devoirs religieux , de la discipline , des hôtes, des frères en voyage et du gouvernement intérieur de la communauté.

L'origine des premiers monastères de Picardie remonte aux sixième et septième siècles. Ils eurent pour fondateurs les chefs de la race mérovingienne , de pieux évêques ou d'obscurs religieux qu'un saint zèle animait. Les conciles de cette époque nous révèlent tout le soin qu'apportèrent les pasteurs diocésains à ne point laisser ces institutions naissantes prendre racine sur le sol et s'y fortifier en dehors de leur influence. Les moines, de leur côté, reconnurent l'autorité des évêques aussi long-temps qu'ils restèrent assimilés aux laïques ; mais au jour où l'Eglise les eut admis parmi les clercs, on vit les abbayes méconnaître cette autorité , marcher sans relâche à lindépendance par les longues luttes qu'elles soutinrent, par les compromis qui en furent le fruit , par les concessions écrites des évêques ; véritables chartes des premières libertés monastiques, ces concessions pourraient fournir plus d'un rapprochement avec celles que la bourgeoisie devait plus tard arracher au pouvoir féodal.

Page 1