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Les chefs de la race fraiike ne pouvaient tarder à se produire dans le débat. Car lorscjue les êvêques tentèrent d'échapper à leurs promesses , les monastères durent recourir à la seule autorité qui dominât celle de ces prélats. Mais ils n'eurent guère à s'applaudir de l'intervention qu'ils avaient souhaitée ; et l'on vit les derniers chefs de la race mérovingienne absorber à leur profit lés privilèges des abbayes qui avaient cru trouver en eux un appui.
Les monastères furent alors concédés à des laïques, à titre de bénéfice féodal, et soumis à l'obligation de fournir le (/ite au chef des Franks et aux hommes de sa suite. Les abbés devaient l'accompagner à l'armée suivis de leurs principaux vassaux. Karle-le-Grand et Lode\vig-le-l)ébonnaire s'attachèrent soigneusement à faire fleurir les institutions monastiques ; mais leur zèle n'alla jamais jusqu'à mettre un terme à ces servitudes. Le capitulaire d'Aix-la-Chapelle de l'an 817 nous en donne le témoignage '. Dans les siècles qui suivirent,
' .MONASTKRES yUI DOIVE^T AU KOI LE SERVICE MILITAIRE, DES DONS OU SEULEMENT DES PRIÈRES.
L'an 817 de l'incarnation de N. S. J. C. Lodewig, par la divine Providence roi très augnsie, ji^anl réuni dans notre demeure royale d'Aix-la-Chapelle des évêques , des abbés , et tout le sénat des Franks ; il fut statué entre autres dispositions et constitué en écriture que les monastères du Royaume ou de l'Empire fourniraient des dons et le service militaire , ou des dons seulement sans ce service , ou seulement des prières, pour le salut de l'empereur et de ses fils et pour la conservation
de l'Empire...
d4 vionastères doivent les dons et le service militaire.
Corbie ( inonasterium Corbeia) et Sainte-Marie de Soissons ( monaslerium sanctae Mariœ Suessionis ) sont de ce nombre... ( Conr. des Gaules. )
Voir aussi le jugement rendu par le roi Robert, en faveur de l'abbaye de Corbie, dans l'année 1010. (Mautene.)
les abbés furent dispensés du service de guerre personnel ; ils restèrent cependant tenus d'envoyer un nombre d'hommes d'armes proportionné à l'importance des fiefs de l'abbaye. Les monastères de filles n'étaient pas exempts de cette obligation et fournissaient aussi des chevaliers aux armées '.
L'agrandissement du pouvoir des papes fut favorable aux abbayes. En leur donnant des garanties réelles contre les exigences épiscopales l'appui du Saint-Siège leur assura cette protection efficace qu'elles avaient vainement demandée aux chefs des Franks. \ mesure que la prépondérance de la papauté s'accrut, on vit les monastères ressaisir leurs anciens privilèges , exercer plus librement le droit d'élection , accroître leurs revenus, échapper entièrement à la juridiction des évêqnes. Beaucoup d'abbés portèrent alors la mîtrc , le bâton pastoral et d'autres ornements pontificaux ; plusieurs bulles réglèrent que certaines abbayes cesseraient de reconnaître lautorité du métropolitain, pour relever directement du Saint-Siège.
L'avoué fut longtemps le principal officier des monastères ; il rendait la justice dans leurs possessions , menait les vassaux à l'armée du prince ou aux guerres particulières que l'abbaye avait à soutenir. Le fief de Vavouerie^ car tout alors se résumait en fief, donnait des droits déterminés dans les domaines de l'abbaye et une part dans les profits de certains jugements. Les avoués
' ( RRn.ssF.L, Truite des fiefs.)
furent choisis parmi les seigneurs les plus considérables (lu voisinage ; mais il arriva (|uelquefois que les monastères eurent à se plaindre de ceux qu'ils avaient constitués leurs défenseurs '.
L'ordre de St-Henoît, celui des religieux de St-.\.ugustin, Citeaux et l'ordre de Prémontré furent les quatre institutions monastiques les plus célèbres. Elles donnèrent leurs règles à toutes les abbayes de Picardie. Celle de St-Benoît prit naissance au Mont-Cassin ; St- Grégoire disait qu'elle était à la fois la mieux écrite et la plus prudente ; sermone luculentam , discretione prœcipumn. Nul ordre religieux ne fut plus illustre que celui de St-Benoit. Sa chronique compta 40 papes ; 200 cardinaux , 50 patriarches , 1 600 archevêques, plus de 4000 évèques : 12 impératrices et 41
' (< En Tiin J0i6, l'abbé de Corbie alla implorer la protection de Robert, roi de ') France , contre les exactions d'Effroj, avoué d'Encre. Celui-ci, à cause de son " service à l'armée du roi , prétendait se faire défrayer par les tenants de l'abbaye ■> et exigeait un service personnel des habitants mêmes de Corbie. Si quelque débat » surgissait entre les sujets de son avouerie , il voulait en faire justice ; si quelques '> réparations étaient à faire à son château d'Encre, il les forçait d'y venir travailler. ') Le litige ayant été porté à l'audience du roi, il y fut décidé que le seigneur ■> d'Encre , tenant son fief de l'abbaye , ne pouvait , sous prétexte de son avouerie , ■' exiger de semblables coutumes , à moins que l'abbé , obligé lui-même de suivre » l'armée du roi, ne fit commandement à son vassal de l'y accompagner; et on y » ajouta la défense de jamais contraindre les sujets de l'abbaye à travailler aux » murs de son châtean. )>
Nous avons emprunté cette citation à l'excellente Notice sur lu Commune de Corbie , insérée en 4839 dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. M. Boutliors, greffier en chef de la cour royale d'Amiens, auteur de cette notice , publie en ce moment les Coutumes du Bailliage d'Amiens , œuvre importante où l'érudition et le style se trouvent réunis à des vues élevées. L'n jour la contrée ama à s'enorgueillir de ce beau travail.
reines. Les abbayes bénédictines recurent au dixième siècle une sage réforme ; on la dut à St-Odon, fondateur de la congrégation de Cluni. La réforme de 1621 fut l'ouvrage des bénédictins de Saint-Maur ; on sait tout ce que les lettres durent à ces religieux qui comptèrent dans leur ordre Mabillon , Ruinart, dom Luc d'Achery, Martene, les frères de Sainte-Marthe, Félibien, dom Vaissète, Claude de Vie, dom Lobineau, Lami, Clémencet, Ménard , dom Bouquet et Montfaucon a Ces doctes générations, dit M. de Châ-
» teaubriand, enchaînées au pied des autels, abdi- » quaient à ces autels les passions du monde, renfer- » mant avec candeur toute leur vie dans leurs études , » semblables à ces ouvriers , ensevelis au fond des » mines d'or , qui envoient à la terre des richesses » dont ils ne jouiront pas '. »
Les religieux augustins reconnaissaient St-Augustin pour leur fondateur. « Ce saint docteur , dit Moréry , 1' vivait en commun avec les clercs d'Hyppone,et cette » société a été la source féconde de tant de chanoines 1) réguliers qu'on a vus depuis dans l'Eglise , comme » ceux de Latran , du Saint-Sépulcre , de Saint-Sau- » veur, de Saint-Ruf, du Val-des-Ecoliers , de la \'ie- » Commune , et de divers autres qui suivent la règle » de St-Augustin... »
Celle de St-Benoît donna naissance à l'ordre de Citeaux. St-Robert, qui gouvernait l'abbaye des béné-
' { Eludcx Historiques. ) s
dictiiis (le Molesme , vint à Citeaux en Bourgogne , à la fin du onzième siècle , et s'y établit avec quelques religieux. Citeaux acquit plus d'éclat lorsque St-lkrnard y parut en 1113 avec trente disciples. Lafcrtc, Pontigny, (-lairvaux, Morimond et beaucoup d'autres abbayes furent en peu de temps fondées sous l'influence de la réforme de Citeaux et du grand nom de St- Bernard. Le rétablissement de l'étroite observance de la règle de St-Benoît, fort négligée alors dans la plupart des monastères de l'ordre , était le seul but de cette réforme. Les premiers statuts de Citeaux reçurent la dénomination de Carte de charité.
St-Norbcrt institua en 1 220 l'ordre de Prémontré ; et l'abbaye de ce nom , située en Picardie , fut la première qui en pratiqua la règle. Là wSt-Norbert avait rassemblé treize disciples ; ils étaient les précurseurs de tous ces chanoines réguliers dont les monastères devinrent si riches et si puissants dans les siècles qui suivirent. Trente ans après la fondation de l'ordre , un chapitre général réunit près de cent abbés de prémontrés, venus de France ou d'Allemagne. L'institution prit un tel essor qu'elle compta jusqu'à mille abbayes. Il y avait loin de ces jours de prospérité au temps où les premiers disciples de St-Norbert n'avaient pour revenus que le bois qu'ils allaient couper dans la forêt de Coucy ; chaque matin , l'un des religieux s'acheminait péniblement vers la ville de Laon, chargé du bois coupé la veille ; l argent qu'il recevait en échange payait le pain dont les religieux vivaient.
Les archives des vieilles abbayes nous fournissent d'utiles notions sur l'agriculture et l'industrie des siècles reculés. Celui qui voudra compulser leurs poudreux cartulaires trouvera , à chaque feuillet , des détails pleins d'intérêt; ils semblent faire revivre les temps qui ne sont plus ! Les comptes de la communauté , les nombreux registres du temporel ou les prescriptions de la règle de l'ordre peuvent seuls d'ailleurs initier aujourd'hui l'historien à la vie intérieure des monastères. Que lui diraient leurs cloîtres déserts; leurs colonnes mutilées; et ces champs qui n'ont gardé aucune trace de l'église resplendissante d'or et de pierres précieuses où de fervents religieux chantaient autrefois les louanges de l'Eternel!...
On dut aux monastères de nombreux défrichements; leurs premières possessions étaient couvertes de forets. Les sillons qu'ils fertilisèrent apprirent aux habitants des campagnes ce qu'on pouvait retirer des terres incultes qui , alors , composaient presque entièrement le sol ; et dans le repos des armes les plus puissants seigneurs mirent aussi l'exemple à profit. Les donations pieuses ne furent pas , comme on l'a cru communément , l'unique fondement de la prospérité des monastères; l'agriculture était encore dans l'enfance lorsque la science de l'économie rurale n'avait déjà plus de secrets pour eux. Les bras ne leur manquaient point; les convers faisaient surtout la richesse des abbaves ; leur travail donna plus de valeur aux terres ; l'abondance des pâturages fit la beauté des troupeaux. Vers 1230 et dans une seule année l'abbaye de KroidmoMt.
au tliocèsc dr Hcaiivais , vendit sept mille toisons de brebis.
Les abbayes de femmes ne restèrent pas étrangères à ces améliorations. Les religieuses de Montreuil-les- Dames, en Laonnois, filaient la laine de leurs troupeaux et dégagèrent elles-mêmes une vaste forêt des broussailles qui en défendaient les abords. La célèbre abbaye de Flines , en \rtois , entretenait dans ses dépendances des ateliers pour la fabrication des étoffes destinées à l'habillement des religieuses. La plupart des anciens monastères, fondés loin des villes, au milieu des forêts , dans des vallées profondes , formèrent de véritables colonies , qui portaient l'abondance et la sécurité dans des lieux jusqu'alors incultes , que le voyageur ne traversait pas sans péril. La fondation des abbayes d'Arrouaise et d'Anchin, au diocèse d'Arras, purgea le sol d'un repaire de malfaiteurs '. Les cartulaires de l'abbaye du Gard nous apprennent que plusieurs fermes furent données à ce monastère pour les ravir auœ loups qui désolaient le voisinage ; et une charte de 1153 constate que le châtelain de Beaurain, au pays d'Artois , donna le domaine de Dommartin à l'abbaye de Saint-Josse-aux-Bois à titre de bail et à la
' <<Hi videlicel anno circiter 4090 in siha AridagamantiM tibi fueial olim spe~ i> lunca latronum , cellani sibi et oratoriiim con^U M\er{\nl.-..»(ConfirTncitinn de In fondation d'' /irrouaise par Lambert , évéque d'Arras. )
» Quantum g;andinni percipiam dùnj Aqnicinetum insulani prius cubile f'erarum » et latibulum latmmim hodie videani Dei siiinmi gratia hanc in sanctoruni lioini- » niini habitationein tvansfoi-niatani... » ( 4096. Acte d» tournai d'Anchin. )
charge de défricher une forêt. L'acte de concession indique l'ordre qui devait être suivi pour l'assolement et l'engrais des terres '. Nous admirerons bientôt ce qu'il y avait de grandeur et de majesté dans la construction de la plupart des abbayes. Pendant le treizième siècle , le monastère de Saint-Jean-des-Vignes , au diocèse de Soissons , fit établir des canaux souterrains qui lui procurèrent l'eau de la montagne Sainte- Geneviève. 11 fallut des sommes immenses pour cela. Les bassins étaient en pierre de taille ; des tuyaux de plomb portèrent les eaux dans toutes les parties de l'abbaye ; des statues ou d'antres morceaux d'architecture décoraient les bouches de dégagement.
De curieuses formalités se pratiquaient quelquefois lorsque les établissements monastiques recevaient des donations. Dans les premières années du douzième siècle, Nivelon II fit hommage aux religieux de Marmoutier de l'église de Saint-Mesmes dépendant de son château de Pierrefonds en Valois. Nivelon y joignit un corps de logis , situé près de l'église , qui comprenait une salle voûtée destinée aux exercices de piété , une cuisine , le jardin, le puits et une terrasse à l'orient dominant le chemin public -. L'acte fut signé à Pierrefonds dans
* La charte de dl53 est transcrite dans une excellente notice de M. l'abbé Ta- RRNTT sur l'abbaye de Saint-Josse-aux-Bois , publiée par le Puits Artésien , l'ini de* meilleurs ouvrages périodiques du nord de la France.
' « Locus igitur ubi inonachi officinas suas sunt faclturi , est caméra qusB est juxta '. ecclesiam,et coquina,el putens, et lerra quœ ab oriente adjacet juxta viam publi- » cani ad pedem terrali secundum amœnitatem Inri. » i Gallin (^hriitiana ).
l'église lie Saiiil-Sulpico cl placé par Niveloii dans le livre des collectes. Le donateur s'avança ensuite vers l'autel suivi de sa femme et de ses enfants et remit le livre au prieur du monastère ', en présence du sénéchal et de l'écuyer de Pierrefonds , de treize chevaliers, treize bourgeois et deux archers.
Dans les siècles reculés, les repas des religieux se composaient d'un plat d'herbes et d'un plat de légumes. Le concile d'Aix-la-Chapelle ordonnait, en 817, que les chanoines réguliers eussent pour leur usage un terrain exclusivement destiné à la culture des herbes potagères '. Le miel était pour les moines un objet de régal et ne paraissait sur leur table qu'aux jours de grandes solennités. On vit souvent les rois de France assigner aux abbayes une certaine quantité de miel prélevée sur les produits des résidences royales, u Lors- » que la vendange avait manqué , l'usage des anciens » monastères était de donner à table de l'eau chaude n au lieu de vin. L'action de faire échauffer cette eau )) et de la servir aux religieux est un des éloges que » St-Bernard fait entrer dans la description de l'ab- » baye de Clairvaux dont il était le premier abbé '.
• « Hœc crgo omnia donaveriintDeo et B. Mavlino Majoris-Monasterii et moi> nachis ejns Nivelo et uxor ejus Haduisa , inter nianus domni Hiigonis tune prio- ') ris, per libium collectaneum de donio nionachonim et postea posnerunt illud " super altare Sancti Sulpitii. . .» ( GalHu Christiana. )
= « Habeant itaque canonici hortos olerum , nude, cum céleris additamentis, » aliquod pulnientiim quotidie in refectorio sibi vicissim ininistrent. »
' « Hic caldarinm implet , et se igni coquendiim committit ut fratribus potuin paret, si forte sterilis vindenmia cultoribns indiistriae non bene responderit. ■>
» Les moines mangeaient ordinairement du biscuit. Afin » de cuire moins souvent, ils le trempaient dans l'eau » chaude pour l'amollir. St-Bernard usait de ce pain « trempé ; l'auteur de sa vie nous l'apprend : cibus » ejus huccclla panis in aquâ calidâ emolliti ' . )^
L'austérité des anciens jours ne s'était point toutefois conservée dans les monastères. Leurs comptes de dépenses nous en donnent de nombreux témoignages. Une transaction de 1623 entre les religieux de Corbie, au diocèse d'Amiens, et leur abbé, Henri de Lorraine, régla qu'il serait tenu de leur fournir, chaque année, quatre-vingt-dix-huit muids de vin pour leur boisson, au prix de quarante-deux livres tournois le muid '. D'autres différends s'élevèrent en 1674, les religieux de Corbie ayant eu à se plaindre de la qualité de leur vin '.
La règle de St-Benoît exigeait que chaque abbaye fut pourvue d'une boulangerie complète. L'industrie des établissements monastiques s'appliqua au tissage , à la fabrication de la toile , à la reliure ; l'abbaye de Saint- Bertin obtint le privilège de la chasse au huitième siècle, afin d'avoir des cuirs pour la couverture des livres , un aliment pour les malades , des ceintures et des THOufles pour les religieua'.
' ( Lk Grand d'Aussy )
• ( Titres de Corbie. Archives de la Préfecture de la Somme. )
^ Us réclamaient du vin comme celui dont usaient alors les bons bourgeois d^ Amiens et neuf cent quatre^ingts pièces de poisson d'un pied entre œil et queue , un tiers carpes et deux tiers brochets. ( Aicli. de la Préf. de In Soninie.)
Les monastères faisaient aux pauvres d'abondantes aumônes. L'abbave de Dommartin , au diocèse d'Amiens, avait un grenier spécial pour eux. Dans le cours du seizième siècle, huit cents indigents par semaine y furent secourus. Ces œuvres de charité étaient quelquefois le fruit de pieuses fondations. Gui de Moi d'Estrées donna, en 1237, quatre cent quarante livres ' à l'abbaye de Saint-Martin-de-Laon ; mais il régla que les revenus de cette somme seraient au profit des pauvres d'Estrées et de deux autres villages. On en achetait chaque année quatre cents aunes de grosse toile , aunage de St-Quentin, à quinze deniers Vaune; cent casaques de quatre aunes chacune; et cent paires de souliers , au prix de dix-huit deniers la paire '. La distribution avait lieu dans le cloître, le lendemain du jour de la Saint-Remy.
<( En général, dit M. de Chateaubriand, les monasn tères étaient des hôtelleries où les étrangers trou-
'■ 4,400 francs environ de notre monnaie.
* Tous les document historiques relatifs aux denrées ou aux vêlemenls eu usage dans la Picardie, pendant les XIII'" et XIV" siècles , constatent leur bas prix.
COMPTES DE l'abbaye DE lOHGPONÏ AU DIOCÈSE DE SOISSONS. 1314.
700 harengs , 16 sols. — 47 -pourceauic , 2S livres. — 40 veaux ,30 s. — 60 ayncuits, 22 S. — 1 taureau ,50 s. — 3200 fayots , 13 s. 4 d. — 201 quarterons à^échalas, 9 s. — d cheval, 12 1. 4 S. — 3 ânes, 8 1. — 326 aunes de toiles, 13 1. 17 s. 3 d, —1800 livres de chanvre , 361. 2 s. — 3S00 livres de fer, 22 I. 16 s. — 4 muid d'avoine, mesure d'Oucliy, 56 s. — 1 nuiid d'avoine, mesure de Neuilly et de la Ferté-Milon , 45 s. 7 d. — Une charretée de foin, 18 s. — La canelle et le poivre coûtaient 4 s. la livre. — Le sucre , le ginyemhre et Vanis confit , pour la table de l'abbé, se payaient 3 sols.
Le sol tournois valait alors 40 centimes environ de notre monnaie.
» vaient en passant le vivre et le couvert. Cette hos- » pitalité qu'on admire chez les ALUciens et dont on )) voit des restes en Orient était en honneur chez nos )) religieux. Plusieurs d'entre eux , sous le nom d'hos- » pitaliers, se consacrèrent particulièrement à cette vertu » touchante. Elle se manifestait, comme aux jours d'A- » braham, dans toute sa beauté antique par le lavement 1' des pieds , la flamme du foyer et les douceurs du » repos et de la couche. Si le voyageur était pauvre, » on lui donnait des habits , des vivres et quelque » argent pour se rendre à un autre monastère oii il n recevait les mêmes secours. Les dames montées sur n leurs palefrois , les preux cherchant aventure , les rois » égarés à la chasse , frappaient , au milieu de la nuit , » à la porte des vieilles abbayes et venaient partager )) l'hospitalité qu'on donnait à l'obscur pèlerin.»
ES historiens sont en désaccord sur Tëpoque où la plupart des abbayes furent fondées ; et sur un tel sujet la divergence des opinions nous semble naturelle. Aux jours de dévastation et de pillage . beaucoup de monastères perdirent leurs titres et jusqu'à leurs traditions. Nous voyons d'ailleurs presque toujours la cellule d'un religieux ou un petit oratoire
précéder rétablissement de la communauté. Plusieurs siècles après , riiistitutiori a grandi mais sans constituer encore une abbaye ; des prieurs la gouvernent jusqu'au jour oii Ton voit paraître ses abbés. Lorsqu'on remonte à la fondation des monastères , ces phases si diverses de leur histoire laissent la confusion dominer ({uclquefois les plus scrupuleuses recherches; et les poudreuses archives des anciens établissements religieux sont souvent insuffisantes pour nous donner la lumière! Nous serions heureux si ce qui va suivre laissait au moins deviner combien nos investigations sur ce point ont été assidues et consciencieuses. Le Gallia Christiana, Moréri , Mabillon et les archives locales sont les principales sources oii nous avons cherché la vérité-
L'abbaye de Saint-Valery ' fut le plus ancien éta-
" ( Sunctvs feuler icn.i ad Mare sed f^imacense Monasterinm , \el fVularici Funum.) Nous nous sommes soigneusement altaché .i lepioduiie dans les noies de col ouvrage les diverses dénominations données aux abbayes par les cbartes latines. Ce travail peut servir à mieux établir leur identité , quelquefois donteuse lorsqu'elle s'applique à des temps reculés.
Les abbayes d'hommes payaient des taxes à la cour de Rome pour l'expédition des bulles qui précédaient la prise de possession du pouvoir abbatial. Ces taxes peuvent être assimilées aux droits A'annutes que percevait la papauté , dont les conciles eurent souvent à s'occuper et qui soulevèrent de si graves différends entre les princes de la chrétienté et le Saint-Siège. Beaucoup de canonistes regardaient le bénéfice des annates comme un abus; mais la papauté ne se départit jamais de la faculté de percevoir les annates qui formaient la plus grande partie des revenus de son temporel. L'entretien des missions étrangères , des collèges et des hôpitaux de Rome , les frais de légation et les dépenses de la Chambre Apostolique étaient prélevés sur les annates. La taxe des abbayes se réglait en florins. Nous aurions désiré pouvoir nous rendre un compte exact de l'appréciation de cette taxe en monnaie actuelle Nos invcsligalions multipliées sont restées sans résultats. La valeur dos florins variait à l'infini ; In taxe en florins primitivement fixée restait