NOTIONS HISTORIQUES SUR AIRE
641. Construction du château d'Aire paiLjdérik. — Vers le milieu du VHP siècle. Peppin fait bâtir un palais à Aire. — 774. Sle-lsbergue ou Giselle , fille de Peppin, convertit ce palais en monastère. — 881. Aire est brûlé par les Normands. — 1023. Baudouin-le-Barbu, comte de Flandre, construit à Aire un nouveau chAteau. — 1064. Fondation de la collégiale d'Aire par le comte Baudouin de Lille. — 1188. Philippe d'Alsace accorde une charte de commune aux bourgeois. — 1192. Philippe- Auguste confirme les privilèges d'Aire. — 1261. Etablissement des Béguines d'Aire. — 1347. Jean d'Aire s'associe au dévouement d'Eustache de Saint-Pierre pendant le siège de Calais. — 1347. Confirmation des privilèges d'Aire par Philippe de Valois.
— 1374. La comtesse d'Artois accorde une charte à la ville d'Aire. — 1461. Entrée à Aire du comte de Charolais, célèbre plus tard sous le nom de Charles-le-Téméraire. — 1471. Entrevue à Aire de la duchesse de Bourgogne et de son frère Edouard IV , roi d'Angleterre. — 1482. Aire rendu au maréchal d'Esquerdes. — 1507- 1509. Établissement de la coutume d'Aire. — 15.77. Démolition du chûteau d'Aire.
— 1641. Les Français s'emparent d'Aire sous le commandement du maréchal de la Meilleraye. — 1657. Le grand Condé entre dans Aire. — 1676. Prise d'Aire par le maréchal d'Humières. — 1710. Aire assiégé par le prince Eugène. — 1710. Le comte de Nassau s'empare du fort Saint-François. — 1713. Aire est définitivement réuni à la France par le traité d'Utrecht.
grand -auk'l eu 1511, furent portés à Saint-Denis en 1641 , lorsque la place d'Aire tomba au pouvoir des Espagnols, il serait difficile de concilier ces traditions avec le témoignage des meilleurs historiens. Ces derniers nous apprennent qu'en 768 , année de sa mort , Peppin fut inhumé avec beaucoup de solennité devant la porte de l'abbaye de Saint-Denis.
Philippe d'Alsace, comte de Flandre, partant pour la Terre-Sainte , concéda une charte communale aux habitants de la ville d'Aire. Elle porte la date de 1188 et fut appelée loi de l'Amitié {lex amicitiœ.) La justice et les sentiments fraternels régnent dans ce curieux document dont nous donnerons ici les principales dispositions ' :
« Douze juges, choisis dans l'Amitié, feront serment » de voir d'un œil égal le pauvre et le riche , le » noble et celui qui ne l'est pas, le proche et l'ë- » tranger.
» Tous ceux qui appartiennent à l'Amitié jureront » de s'aider en frères; si, par parole ou par action, » l'un d'eux fait tort à un autre, que celui qui se » trouvera lésé n'en tire point vengeance par lui ou » par les siens, mais qu'il se plaigne au prévôt. Le » coupable réparera le mal ainsi que les juges l'auront » décidé. Et si l'offenseur ou l'offensé, trois fois pré-
* ( Recueil de Gopefroy. — Oidonnnnces des rois de Fiance. Toin. XII, p. 563. — De l'affranchissement des coniniiines , par M. Tailliau , conseiller à l« coinroyale de Douai. )
» venu, refuse de se conformer à la sentence, qu'il » soit expulsé de l'Amitié comme parjure , lui et tous )) ceux qui le soutiendraient.
» Si un bourgeois est tué dans l'Vmitié, aucun de » ses amis ne pourra le venger ni chasser le meurtrier » avant quarante jours , à moins que le crime n'ait eu » lieu devant lui. Mais si, après quarante jours, le )) coupable n'a point réparé la mort de son ami ^ se- » Ion la décision des juges, ou satisfait les parents de n la victime , qu'il soit banni de l'Amitié comme n parjure et que l'on démolisse sa maison.
» Si dans l'Amitié quelqu'un se trouvait lésé par » l'incendie de sa maison ou par la nécessité de se n racheter , chacun donnera une pièce d'argent ( num- » mum ) pour venir en aide à l'ami appauvri. »
^E n'est pas une petite gloire à la ville d'Amiens, dit du Cange, que de pouvoir )> porter l'antiquité de son nom et de ses I» peuples jusque dans les siècles qui ont n précédé de beaucoup d'années la naissance » du Sauveur du monde. » En effet, Pline et plus tard Solin et Brover nous apprennent que , la première année de la cent vingt -cinquième olympiade et 279 ans avant l'ère chrétienne, les Amiénois s'associant à
d'autres tribus gauloises portèrent en Asie leurs armes victorieuses et y fondèrent de nombreux établissements. Lorsque les Romains envahirent les Gaules , les peuples amiénois entretenaient dix mille hommes de guerre pour la défense de leur territoire. César, après les avoir vaincus, tint à Amiens plusieurs assemblées générales des provinces conquises, et nous lisons dans ses commentaires qu'il y fit hyverner une légion entière. Cette ville devint Tune des plus importantes cités des Gaules et fut gouvernée par un sénat. Elle eut des ateliers renommés où l'on forgeait des épées et des boucliers pour les légions romaines ; Antoninle -Pieux la fortifia; l'empereur Probus l'embellit; et Ammien Marcelin l'appelait : Urbs inter alias eminens.
Après l'invasion des Franks , Khlodion, Mérovée et Khildérik I" fixèrent leur résidence à Amiens. Sous la seconde race , cette ville eut des comtes particuliers ; leur chronologie complète est rapportée dans le premier volume de cet ouvrage. Ces puissants feudataires firent beaucoup pour la prospérité d'Amiens, et quelques-uns d'entre eux sont célèbres dans l'histoire. La réunion du comté à la couronne de France qui s'accomplit en 1185 mit un terme au pouvoir que les comtes exerçaient dans cette ville depuis plus de quatre siècles.
Le dimanche des Rameaux de l'année 1115, le peuple d'Amiens se porta en foule à la cathédrale; l'évéque Geoffroi , que les habitants chérissaient, devait y prêcher en présence du roi Louis-le-Gros. La
résistance qu'Enguerrand de Bovcs , comte d'Amiens, opposait à l'affranchissement de la cité fournit le texte des paroles de Geoffroi. Cependant ce prélat, lui aussi, voyait ses prérogatives menacées par l'érection de la commune d'Amiens ; mais il n'avait pas hésité à en faire le sacrifice. Le bonheur de son peuple lui était cher; et les abus du pouvoir seigneurial révoltaient à la fois son esprit et son cœur.
Vingt ans avant ceci , Amiens avait reçu un commencement d'organisation municipale ; une charte de cette époque , consignée dans les cartulaires de l'église d'Amiens et rapportée par du Cange, en fournit le témoignage irrécusable. Mais la commune ne fut véritablement constituée qu'en 1113, lorsque déjà Cambrai , Noyon , Beauvais , Saint-Quentin et Laon se trouvaient en possession de libertés municipales, concédées à titre gratuit ou obtenues à prix d'argent.
Enguerrand de Boves avait à sa solde d'intrépides chevaliers et de nombreux hommes d'armes ; ceux-ci occupaient la tour du Castillon, vieille forteresse dominant la ville et réputée imprenable , d'où ils faisaient de fréquentes sorties , portant le pillage et l'incendie dans la demeure des habitants. Vainement le roi de France, suzerain d'Enguerrand de Boves, avait reconnu par l'octroi d'une charte les privilèges de ces derniers ; le comte refusait de reconnaître l'institution de la commune qui irritait son orgueil et ne pouvait d'ailleurs qu'être nuisible à ses intérêts.
Telle était la situation des esprits lorsque Louis-
le-Gros vint à Amiens avec une armée , pour mettre un terme aux exactions d'Enguerrand de Boves. Les prédications de Geoffroy accrurent les espérances des habitants que la présence de l'armée royale avait déjà ranimées ; ce prélat venait de prononcer contre Enguerrand les anathèmes de l'écriture sainte; il s'était ensuite rendu nu-pieds au tombeau de Saint- Acheul pour placer sous sa protection la cause du peuple opprimé.
Les bourgeois et les troupes royales ne tardèrent pas à cerner le Castillon; les femmes elles-mêmes, se mêlant aux assiégeants, lançaient des pierres sur les soldats d'Enguerrand de Boves. Mais le Castillon résista; ses pierriers et les flèches de ses hommes d'armes portèrent le désordre parmi les bourgeois. Beaucoup de ces derniers périrent; quatre-vingts femmes furent blessées ; et Guibert de Nogent nous apprend que Louis- le -Gros lui-même reçut une flèche dans son hautbert.
Ce prince quitta bientôt Amiens. Quant au Castillon , il résista deux ans aux bourgeois et aux troupes royales. Lorsqu'il fut pris , le roi et l'évêque réglèrent qu'il serait rasé ; et quelque temps après un beff'roi, glorieux symbole de l'affranchissement de la cité, s'éleva sur l'emplacement de la forteresse démolie. La charte de Louis-le-Gros n'est point parvenue jusqu'à nous. On croit qu'elle renfermait des dispositions communes aux chartes qui furent alors concédées à plusieurs villes de la Picardie : elle abolissait le
servage , constituait un maïcur et des cchevins , et conférait de nombreux privilèges aux habitants. — On lit dans le onzième volume des ordonnances des rois de France qu'en 1190 Philippe -Auguste confirma, à Lorris , la charte communale d'Vmiens. Les archives de l'hôtel -de -ville et les anciens cartulaires du chapitre n'ont point gardé la trace de cette confirmation; la seule charte qu'ils renferment est celle par laquelle ce prince confirma à Péronne, en 1209, l'établissement de la commune d'Amiens. Nous en donnons ici le texte en vieux français, tel qu'il se trouve transcrit dans les archives de la ville '.