XXIII. Réponse du cardinal Caprara à la note
précédente.
Le cardinal Caprara , légat a latere de S. S. , s'est fait un devoir de transmettre à Rome la note de V. E» , du 24 mai, renfermant des plaintes faites au nom de S. M. I. et R. ,à propos de là lettre écrite à S. A. I. le prince de Lucques et de Piombino , par suite de deux décrets publiés en son nom , l'un sous la date de Piombino^ du 4 avril , et l'autre sous celle de Lucques, du i s du même mois. Il se fait également un devoir de présenter à V. Exe. la réponse qu'il a reçu l'ordre de S. S. de donner à la susdite note.
S. S. a vu , dans la note de V. Exe. , deux sujets de contestation auxquels EH e croit devoir répondre séparément ; l'un , extrinsèque , regardant là surprise qu'on annonce avoir été éprouvée par S. M. I. et R., de ce qu'on ait adressé à d'autres et non à Elle-même les remontrances faites contre l'extension du concordat à la principauté de Lucques; l'autre, intrinsèque y tendant à soutenir cette^ extension.
Quant au premier, le Saint-Père observe préalablement que la lettre au prince «de Lucques >
qui forme le sujet de la plainte , est écrite et signée par S, S. même; d'où il s'ensuit que ce grief ne regarde pas un fuilde ses ministres, maïs qu'il se rapporte à un fait personnel el immédiat de S. S.
Elle ne peut comprendre comment on a pu lui faire un crime de cequo^ d'après lacoulunie de sesprédécesseursJoraqu'ils'agisanitd'afFitircsecclésiastiqucs regardant l'état de Lucquea, il se soit adressé àcelui qui, par S. M. I.elR. elle-même^ a été établi souverain de cet état, et formellement reconnu comme tel par S. S. , par suite d'une com- "municalion expresse qui lui avoit' été faite, ïnoyennant une lettre de ce même prince, transmiae par l'organe de M. le cardinal Fesch , ministre . de France prés le Saint-Siège. En écrivant au sou- Terain de Lacques, on a précisément fait passer la correspondance de gouvernement à gouverne- Inent, ainsi que, d'après la noie de V. Esc,, cela doit se faire.
Egalement le Sainl-Père ne peut comprendre comment on peut lui reprocher d'avoir adressé au Souverain de Lucques des représentations relati- "veroent à deux édils portant son seul nom, et dif- •férant ainsi de ceux qui ont été publiés dans les lêtats de Venise et dans tous les autres états comïposant le royaume d'Italie, où les édits sont promulgués au nom de S- M. l'empereur- roi. Le Saint-Père ignoroit jusqu'à ce jour que. Lucques iaisoit partie, comme Venise, des états d"'Italie de ToM. IL 9
S. M., ainsi que le dit la note de V. Exe. S. 9i^ connoîssoit le décret qui réunit les états de Ye*xiise au royaume d'Italie , mais il n'est jamais venu à sa çonnoissance aucun décret semblable qui prononce la réunion de l'état de Lucques; cet état s'est au contraire présenté comme séparé da royaume d'Xtalip.
Comme les décrets du souverain de Lucqnes renferment, outre l'extension du concordat, tant d'autres nouveautés lésant les droits de l'Eglise^ et contraires au conccfrdat même et à la discipline actuelle de l'Eglise qui y fut consacrée^ la manière la plus douce et la moins publique a été celle par laquelle le Saint-Père a fait entendre à ce prince sa voix paternelle et pastorale sur lesdits objets^ au sujet desquels les devoirs d,e son ministère apostolique ne lui permettoient pas de se taire. Il a parlé à ce prince le langage doux et paternel de l'exhortation et de l'admonestation. Il a parlé ce langage dans une communication directe ^ immédiate et secrète. Le soi-disant bref n'est pas du nombre de ceux qui sont émis ou pu-bliés. Il n'est qu'une lettre familière j écrite en langue italienne par le Saint-Père à un autre prince. Une telle lettre n'a aucun rapport avec les brefs publics qui émanent dans une autre langue, avec d'autres formalités et solennités et par d'autres- canaux. Comment donc une exhortation de cette pâture peut-elle être prise pour un appel aux sujets et pour un acte teiidant à les soulever
contre l'autorité légitime? Le Saint-Père ne peut imaginer que l'acerbité de celte accusation, si contraire au caractère sacré et aux autres qualités personnelles de Q. S: , ait une autre origine que le soin qu'on a pris de présenter à S. M. cette lettre aou3 un point de vue que ne poavoit admettre la candeur de S. S.
Toutefois le Saint- Père ne peut dissimuler qu'en aa qualité de chef de FEgliae et de maître de tous les fidèles, il ne peut pas permettre qu'oa veuille lui imposer des restrictions à l'égard do soin droit de faire directement connoître à tout fidèle les erreurs dans lesquelles il peut être tombé, et de le rappeler à ses devoirs par des exhortations paternelles.
Pour ce qui regarde ensuite Vînlrinsègue , s'il est dit dans la note de V. Exe. qu'il ne s'éleva aucun obstacle de la part de S. S-, lorsqiie le concordat François fut étendu aux états d'Italie réunis à l'empire françois, le Saint-Père croit devoir à ce sujet rappeler à V. Exe. un fait qui paroît être échappé à sa mémoire. Lorsque, dans les états d'Italie réunis à l'empire françois , on promulgua le concordat françois, etqa'onfitdansces provinces, et nommément dans Parme et Plaisance, diverse» innovations en affaires ecclésiastiques, le Saint- Père ne laissa pas de réclamer, tant directement dans la lettre qu'il écrivit à S. M. le 5i juillet, que dans la note qu'il avoit fait adresser la veille au cardinal Fesch, et dans laquelle on eugageoit 9*
ce ministre a appuyer auprès de S. M. le& remontrances que le Saint-Père lui faisoit sur divers articles, parmi lesquels étoit spécifié celui qui regardoit les innovations faites dans lesdits états à regard des affaires ecclésiastiques.
Après cela S. S,*est obligée de faire observer que Tun et l'autre concordat, le françois et Titalien, renferment une convention stipulée pour les états qui composoient alors l'une et l'autre république, et basée sur les positions particulières où se trou* voient les choses de la religion et de l'Eglise, par suite des événemens passés et irréparables. R^esl contre la nature d'une convention fondée sûr le
consentement réciproque des parties stipulantes, que l'une d'elles puisse en étendre les concessions à des lieux qti'on ne pou voit même pas penser à y comprendre, à des lieux qui non seulemeïit n'avoient pas pris part aux stipulations , mais qui "se trouvent même dans des circonstances entièrement différentes. Si les articles dont on convint par le concordat, avoient pour but de temédierde la meilleure manière possible aux pertes de la religion et de l'Eglise ; dans les endroits où elles avoient souffert tant de crises, peut-on croire qu'on se soit proposé de-stipuler dans le même acte la diminution des droits ecclésiastiques et des institutions religieuses dans les lieux où les affaires de l'Eglise et de la religion se trouvoient dans l'état le plus florissant ?
Mais à Lucques, comme len d'autres lieux ^ ce
( .S3 ) ne fat pas seulement l'extension du concordat à des pays qui n'y étoient pas compria , qui devint le sujet des remontrances du Saint- Père; il se plaignit bien plus de ce qu'on eut fait passer comme parties du concordat, des choses qui non seulement n'en dérivent pas, mais qui lui sont directement opposées, et de ce qu'on eût opéré; comme conséquence de cette transaction, des innovations contraires non seulement au concordat lui-même , mais aussi à la discipline actuelle de l'ËglisCjce quia causé un immense détriment aux droits et aux libertés ecclésiastiques, ainsi qu'à la religion et aux âmes.
Ces remontrances , exprimées dans la lettre du Saint-Père au sérénissime prince de Lucques, S. S. entend maintenant les adresser directement à S. M. I. et R. , puisque , dans la note de V. E., Elle y est invitée. 11 les fait pour Lucques, et les répète à l'égard des autres états qui ont déjà été l'objet de ses complaintes. C'est avec la plus vive douleur que S. S. a lu dans la note, que son espoir d'obtenir de S, M. un changement de ses déterminations s'est évanoui, et que 5. M. persiste à les faire exécuter. Le Saiut-Père ne sait pas encore renoncer à cetcspoir, quise fonde surla religion et la doctrine de S. M. , et c'est dans celte . confiance qu'il l'exprime à S. M. môme. Lié par les devoirs impérieux de son ministère et de sa conscience, il ne pourroit se soustraire à celui qui le force à faire connoîlre publiquement son
( >34 ) dissentiment, el à indiquer aux fidèles la voie de J'erreur où ils risqueroient de se perdre, si malheureusement toutes ses représentations restoienl sans succès.
Le Saint-Père connoît mieux que personne la puissance de S. M. et l'intérêt qu'il a de maintenir avec Elle l'iiarmonie la plus parfaite et l'amitié la plus intime: le bien de rEgUî.e l'y détermineroit, quanti même il ne trouveroit pas d'ailleurs dans l'estime et l'attachement qu'il professe pour S. M,, des motifs suffisans pour désirer de se trouver avec S. M. dans l'union la plus cordiale et la plus sincère. Il sait cependant aussi qu'il n'a jamais dévié de ce système, et se flatte d'en avoir donné les preuves les plus convaincantes. Il est fermement résolu de ne jamais en dévier. Mais si l'on prétend que ce système lui impose le silence , lorsque Dieu lui commando de parler et de dire la vérité ; que ce système le force d'adhérer aveuglément à des choses contraires à soH ministère et à ses devoirs , le Saint- Père succombera à ses tribulations et à sa douleur; mais il ne trahira jamais la voix de sa conscience et de son devoir. 11 ne connoît d'autre politique que celle de l'Evangile ; il n'est mù d'aucun autre intérêt que de ceux de la religion ; il n'a autour de lui d'autres conseillera que sa conviction intime, la connoissance de ce qu'il doit à la charge et à la dignité où Dieu l'a placé.
Si S. M. sait (et Elle a des raisons de le savoir )
(i35) •que le Saint-Père n'a besoin , pour faire le bien^ que de se laisser aller à ses propres impulsion», qu'Elle soit certaine aussi qu'il ne se laisse guider par les suggestions de qui que ce soit , et qu'il n'a autour de lui aucun conseiller qui soit animé des sentimens que la note suppose. On fait trop de tort à la perspicacité et à la rectitude du Saint- Père , si l'on croit ou qu'il ne les connoît pas , ou que, les connoissant, il soit capable de les conserver un seul moment autour de sa personne.
Le soussigné a l'honneur de, prier V. Exe. de ' vouloir bien employer son zèle et ses bons offices pour détruire dans l'ame de S. M. les dispositions défavorables que les malveillans lui ont inspirées à l'égard du Saint-Siégc, qui , à la face de toute l'Europe, a donné à S. M. tant de preuves de Bon sincère attachement.
11 a riionneur de renouveler à V- Exe. , etc. G. B. cardinal Caprara.
Pendant que cette correspondance se poursui- Toit entre Paris et Rome, les troupes françoiaea entroient de tous côtés dans l'État pontifical, nna seulement violant de la manière la plus manifeste sa neutralité, rtiais chargeant aussi d'un fardeau de jour en jour plus insupportable, tant le trésor que les sujets, qui ne pouvoient plus suffire à une dépense si longue , si grande et si disproportionnée à leurs forces. Non seulement la
( 156 ) Saint-Père ne put pas obtenir PévacuatîoYi d'An-* cône, mais il vit aussi occuper toutes ses autres villes situées sur la mer Adriatique ; et , comme si^ cela ne suffisoit pas, un corps François arrivé à Rome du royaume de Naples , se disant destiné à occuper . Livourne , prit inopinément pendant la nuit la route de Civita-Vecchia , et occupa le port et la forteresse. A son arrivée inattendue , le gouverneur de Civita-Vecchia adressa, au commandant françois, }a note sui-^ yante,
XXIV. Note du gouverneur de Cipita-F'ecchia, aii général françois j du ii juin 1806.
Du ptlais apostolique et gouyerneinçiit général de Civita-\ecchia, le 11 juin 1806.
Monsieur le Général ,
Le gouverneur de Civita-Vecchia a vu avec surprise les troupes françoises occuper le fort de cette vîllej moins cet acte, qu'aucun avertissement n'a précédé , a été prévu , plus il a dû être sensible au soussigné. Comme il viole là neutralité que le gouvernement pontifical a jusqu'à présent exactement observée,le soussigné qt^i le représente^ en cette ville , se voit obïigé de protester, comme en effet il proteste , tant en son nom qu'en celui de son gouvernement, contre cette violation. Il
(15?) ya en faire part , par un exprès , à aon souverain pour décharge de ses devoirs, et vous exprii en attendant, les sentiment de sa considération ^tinguée.
* Cette nouvelle étant arrivée à Rome , le Saint- SPère fit remettre à M. Alquier la note suivante.
iXXV. Note du cardinal Consalvi , adressée à M. Alquier, le \\ juin 1806.
Des apparlemcQS du Quiriaal, le 11 jiiia 1806.
Le cardinal secrétaire d'Etat a' reçu par S. S. l'ordre de faire à V.Exc, la représentation suivante. Tandis que le Saint-Père, en conséquence des jéclamations faites auprès (le S. M. I. et R,, espéjoit la prochaine évacuation d'Ancone,il vit , au contraire, à sa grande douleur, occuper beaucoup d'autres villes situées sur la mer Adriatique, 'tels que Pesaro , Sinigaglia , Fano et autres lieux, même éloignés des côtes; il apprit que les ■Bommandans s'arrogeoient, dans ces places, une lAntorité étendue, même en beaucoup de matières :|rtirement civiles; il vit s'accroître les immenses charges de son trésor, qui, n'ayant pas encore obtenu le remboursement des fortes avances qu'il été nécessité de faire pourla fourniture des trouas françoises, est absolument hors d'état de sup-
me, ^^\
porter un fardeau devenu d'autant plus considé^ rable, que le nombre des troupes s'est accru.
L'occupation ne s'est pourtant pas bornée aux lieux situés sur la mer Adriatique. A l'iraproviste quelques corps de troupes françoises, arrivés à, Rome, du royaume de Naples, ei se disant destinés pour la Toscane, se sont portés sur Civita- Vecchia et ont occupé la viilo . le port et la forteresse, exigeant encore qu'on leur fournisse leur entretien, au grand préjudice du trésor, qui, après tant de secousses , ne peut suffire à l'augmentation de cette dépense.
En vain le prélat gouverneur a présenté 3 lors de l'entrée des troupes , à leur commandant , une réclamation en son nom et en celui du gouvernement, contre cette violation de la neutralité. Cette réclamation, dont le gouverneur a instruit S.. S. par un exprès, ne fut pas écoutée, et n'empêcha pas l'occupation'; le général a même fait sentir qu'il enverroit encore d'autres troupes pour se répandre dans les contrées voisines.
La nouvelle de cet événement a causé une grande douleur au Saint- Père. Sa neutralité , reconnue et maintenue exactement , a été de jour en jour plus ouvertement violée par la France; Les pertes de son trésor épuisé augmentent aussi journellement.
Le soussigné a reçu l'ordre exprès de S. S., non seulement de réclamer auprès de V. E. contre cet événement^ mais aussi d'avoir recoui?s aux
Eons offices de V. E. pour représenter tout cela à flon gouvernement et l'engager à faire ce9ser le plus promptement possible des occupations contraires.
■ ia système de neutralité, qui est si nécessaire à
■ Bon état et si essentiel au ministère de pais et à 'la qualité de Père commun, dont le Saint-Père
est revêtu ; système dont, par ces motifs , le Saint- Père est dans la ferme résolution de ne jamais se départir, autant que cela dépend de lui.
Le soussigné a l'honneur de renouveler à V. E. les sentimena de sa considération la plus distin-
HercUle cardinal CoNSALTi.
Pour empêcher qu'on ne crût que l'occupation 'Ancone avoit eu lieu de son consentement, et qu'il avoit ainsi renoncé à sa neutralité , le Saint- Père ordonna que ses nonces remissent la nota suivante aux cours près desquelles ila étoient accrédités.
XXVl. Noie remise par les nonces du Pape près les différentes cours.
Le nonce apostolique près a reçu de
S. S. l'ordre de faire à V. E. la communication suivante, qu'il La prie de vouloir bien porter à la ■eonnoissance de S, M,
L'élat de neutralité que commandent au Saint-
Père son caractère sacré de ministre de la paix et sa qualité de Père commun, adopté et maintenu exactement par S. S. dans la présenté guerre, comme dans les précédentes ^ et reconnu par toutes les puissances belligérantes, vient, slvl grand chagrin du Saint-Père , de recevoir de nouvelles atteintes. Pendant que par suite des plus fortes réclamations faites au sujet de l'occupation d'Ancône, il nourrissoit l'espoir d'en voir ordonner l'évacuation, il a vu, au contraire, à son plus vif chagrin, occuper récemment beaucoup d'autres villes de son état, situées du côté de la mer Adriatique, comme Fano , Sinigaglia , Pesaro et autres lieux.
Tandis que le Saint-Père renouveloit , et directement et par le moyen de ses représentans , ses réclamations contre ces nouvelles violations de sa neutralité , loin de les voir cesser du côté de la mer Adriatique, il les a vu d'une manière inattendue s'étendre aussi du côté de la Méditerranée.
Quelques corps de troupes françoises qui, venant du royaume [de JVapl es, et traversant l'état , s'étoient annoncés diriger vers la Toscane , se sont subitement portés sur Civita-Vecchia , et ont occupé ce port et cette forteresse. Les réclamations que le prélat-gouverneur de cette ville a faites), lors de l'entrée de ces troupes, tant en son nom qu'en celui de son gouvernement, ont été vaines, ainsi que celles qu'à la réception de cette nouvelle, le Saint-Père a fait adresser, par S. Em. le
( i4i ) cardinal-secrétaire d'Etat, à S. E. M. Alquïer, qui feit à Rome les fonctions de ministre plénipotentiaire de S. M, l'empereuc des François , roi d'Italie. En faisant cette réclamation, et en dé- •darant sa volonté inaltérable de maintenir constamment son état de neutralité, le seul qui lui convienne, le Saint-Père -n'a pas manqué de prolester contre tous les actes qui le violent. Mais ses Téclamations et ses protestations n'ont produit ■«ucun effet; au contraire^ le général qui a occupé Civita-Vecchia a annoncé qu'il arriveroit successivement d'autres troupes qui seroient placées en d'autres villes et lieux situés sur la mer Médilerranée,
' A la vue de ces faits , auxquels le Saint-Père 'est forcé de se soumettre , il ne lui reste d'autre . ■parti à prendre que de faire connoître au moins 'qu'ils n'arrivent pas de son consentement , et qu'il n'a pas manqué de faire , par des repré- 'Bentations , par des offices , des protestations et des réclamations , tout ce qu'il pouvoit , pour les prévenir ou pour les faire cesser. Les "égards que le Saint-Père a également pour toutes les puissances belligérantes , l'accueil hospitalier et amical que leurs bàtimens et leurs sujets ont éprouvé dans ses ports et dans son état , sont autant de preuves que le Saint-Père s'est tou- I jours tenu , autant qu'il a dépendu de lui, au système adopté de neutralité, qui est si essentiel à son ministère de paix et à sa qualité do
Père commun ; système dont , par ces motifs , lef Saint-Père est fermement résolu de ne jamais se départir autant que cela dépend de lui.
L'intérêt delà religion doit être la première règle de la conduite du souverain pontife , et devant celui-là toutes les considérations de la politique humaine doivent se taire* Cet intérêt pourroit être compromis^ si le Saint-Père, abandonnant l'état de neutralité, devenoit l'allié d'une puissance, s'il se reconnoissoit dépendant d'elle, et consentoit à regarder les ennemis présens et futurs de cette puissance comme les siens. En adoptant de telles maximes d'aune guerre fédérative, le Saint-Père risqueroitde s'aliéner les souverayis et les nations,'. qui sont ou peuvent être par la suite en guerre avec la puissance dont il auroit reconnu la supériorité et le haut-domaine ; il se verroit ainsi lié dans le libre exercice de sa su-;prématie spirituelle sur tous les fidèles répandus dans toutes les parties du monde. Il s'ensuit que, de même que les devoirs de son ministère apostolique lui prescrivent de ne jamais abandonner sa neutralité , ni de renoncer à cette indépendance que Dieu a établie dans les vues de sa sagesse , à l'effet de lui faciliter le libre exercice de son autorité spirituelle sur toutes les parties de la terre , de même ces devoirs l'obligent , paur le bien de la religion , à faire connoître ses sentimens et à déclarer que , Père commun des fidèles et souverain indépendant , il restera toujours
( i43 ) neutre clans les contestations humaines, et qaë. son cœur, comme ses états, également ouverts au puissant comirie au foible, resteront à jamais étrangers au:: guerres quidésolent l'Europe; enlir». que, ministre de la paix, il ne cessera, d'invoquer le ciel pour qu'il mette fin à ces guerres , et* fasse revenir la concorde et la tranquillité générale.
Le soussigné , en faisant connoître à S.£xc. ces sentimens , a l'honneur , etc.
Bientôt après l'occupation de Civita-Vecchia, de nouvelles atteintes portées à la souveraineté du Pape vinrent accroître ses chagrins, elle préparer À la catastrophe qui l'attendoit.
lie Saint-Père apprit, par une feuille du ^/bniteur ^ que Buonaparte avoit disposé de deux territoires faisant partie de ses états , quoique enclavés dans le royaume de Naples. C'étoient les districts de Béncivent et de Ponte-Corvo, que Buonaparte , de sa pleine autorité , sans aucun, concert préalable avec le souverain légitime , même sans avoir averti celui-ci, érigea en duchés -fiefs de l'empire françois,en faveur de M. de Talleyrand et du maréchal Bernadolte, Le décret parloit seulement d'un dédonimageuientquiseroit donné au Saint-Siège ; mais cette promesse , vague par elle-même, paroisaoit d'autant plus illusoire, que le décret l'étendoit aussi sur la cour de r^aples, qui, uc possédant pas ces étuis , ne
perdoit rien , par la libéralité de Buonapartê. Le Saint-Père ne fut pas moins affligé du coup porté à sa souveraineté , que de la manière dont on Tavoit exécuté; il le fut d'autant plus fortement , qu^il ne put s'empêcher de voir dans cet acte un exemple de la mariière dont Buona-parte vouloit exercer ces prétendus droits de domaine suprême qu^il s'étoit arrogés, et une première conséquence de ces principes nouveaux qu'il avoit mis en avant. Aussitôt le Saint-Père ' fit remettre la note suivante à M. Alquier.
XXVII. Note du cardinal Consalpi , adressée , h 16 juin 1806^ à M. Alquier.
Le cardinal secrétaire d'état a reçu Tordre pressant deS. S. , d'exprimer à V. Exe. la surprise que lui a causée le décret publié par le dernier Moniteur de Paris, par lequel S. M. I. et R., à l'insu de S. S. , dispose du duché de Bénévent en faveur de S. Exe. M. de Talleyrahd,^ et de la seigneurie de Ponte-Corvo, en faveur de M. le maréchal Bernadotte, en érigeant ces terres eh fiefis immédiats de son empire , et en en dépouillant le Saint-Siège, auquel on laisse seulement l'espoir vague d^un dédommagement. De* puis que ses états sont presque de tous côtés entourés de troupes françoises, et que son territoirç jsn est inondé , le Saint Père a vu , de jour eu jour y se renouveler les coups portés à sou autq-^
( lU )
ïilé; mais sa douleur a été extrême, envoyant qu'on commence maintenantà le dépouiller même de ses domaines.
Le Saint-Père pense que c'est le premier exemple ou assurément un exemple extraordinairetqent rare, qu'un souverain , se trouvant en paix: et amitié avec un autre souverain, se voie privé, par celui-ci, d'une partie de ses domaines , san? qu'il existe aucun titre qui puisse servir de prétexte à une telle spoliation , sans convention et même sans avis préalable. X-e Saint-Père s'attendoit beaucoup moins à ce qu'une spoliation de cette nature seroit exercée contre le souverain Pontife, de la part d'un monarque catholique ^et qui professe pour lui des sentimens d'amitié' et d'attachement.
Frappée d'une nouveauté si extraordinaire, 8. S. ne peut dissimuler la profonde douleur qui Fa pénétrée, en se voyant, de la part de S. M. I. et R. dans laquelle elle s'étoit flattée de trouver un appui et un soutien, traitée comme peu de ses prédécesseurs ont été traités par les princes qui étoient leurs ennemis.
Le Saint-Pèresait que ses prédécesseurs ont pu, pendant sept siècles, posséder Bénévent, et, pendant un laps de temps très-long, Ponte-Corvo, saas que la situation géographique de ces territoires du Saint-Siège, au milieu du royaume de Naples, ait été un obstacle à l'exercice do la jurisdiclion appartenant aux deux souverainetés ; exercice réglé ToM. II. 10
cl établi, dans cette longue période de temps, paf des conventions et des usages qui ont garanti et ga« rantissetit encore la sécurité et la tranquillité réciproques, non seulement des souverains respectifs, mais aussi des habilans.
Il sait de plus que la domination du Saint-Siège sur Bénévent remonte à la plus haute antiquité, et précède même l'époque de la fondation du royaume deNaples. Il sait enfin que, dans la série des deinières dynasties qui ont régné à Naples, tous les possesseurs de ce royaume, en demandant et acceptant les investitures du Saint-Siège, ont formellement reconnu la souveraineté actuelle et immédiate du Saint-Siège sur ces lieux^ tant pour le domaine direct que pour le domaine utile. Il sait encore que, dans cette sérié de princes , se sont trouvés des potentats très- puissans^ et des souverains^ du premier rang, qui ont toujours respecté l'antique souveraineté pontificale sur ces pays immédiatement soumis au Saint-Siège, quoique compris dans l'enceinte du royaume de Naples..
Toutes ces vérités se présentent aux yeux du Saint-Père ; il ne sait comprendre comment S. M. peut trouver inexécutable ce qu'une suite de tant dé princes a, pendant un si long espace de temps^ trouvé exécutable. Il sait beaucoup moins encore comprendre comment S. M. peut trouver conforme à sa droiture et à sa justice , de faire, sur de tels motifs, dés dispositions auxqpeljes aucun souverain ne â'est jamais cru autorise^ même en
offrant une compensation , à moins tl'nne convention préalable. En offranl, quoique d'une manière vague, un dédommagcnienl,S. M. fait voir qu'EUeméme reconnoît la sainteté des droits du Salnt- Siége sur ces pays; elle ne diminue pas pour cela le tort qu'Elle fait au Sainl-Siége en le dépouillant d'un seul trait d'un antique domaine auquel, en d'autres occasions, il a refusé de renoncer, quoiqu'on lui en eût offert une indemnité complète.
Le Saint-Père a, en conséquence, ordonné au.
soussigné de réclamer hautement , en son nom , auprès de V. Exe, contre un acte de cette nature, et de La prier de faire connoître à S. M. le contenu de cette note, en lui annonçant que S. S. ne renonce pas encore à l'espérance que S. M. voudra faire cesser la disposition prise.
Le soussigné profite de cette occasion pour renouveler, etc.
Hercuie cardinal ConsaTjVI.
Les événemens s'étoient si rapidement succédés, que les nouvelles qui arrivoient d'un itislant à l'autre avoient toujours fait retarder le départ du.' courrier extraordinaire qui devoit porter à Paris' les différentes réponses préparées. Il en résulta ■ que ce courrier ne partit que le 1 7 juin, s*
Cependant lesTOcusations que quelques-unes ' des notes françoises arliculoient contre le premier , ministre de S. S. , engagèrent celui-ci à renotivelersea instances pour que le Saint-Père acceptât sa'
( i48 ) démission. Le cardinal Consalvi représenta à son souverain que^ dans l'état où les choses se trou- Yoient j sa présence feroit plus de mal que ses services ne pou voient être utiles au Saint-Siège. Le souverain pontife crut enfin devoir céder à de si pressantes sollicitations. Sarésolution futannoncée au cardinal-légat par la dépêche suivante.
XXVIIL Dépêche du cardinal Consahi adressée, le 1^ juin 1806 , au cardinal Caprara»
Après avoir coulé à fond les autres matières contenues dans mes dijOférentqs dépêchea que ce courrier apporte à V. Em. , je me vois forcé de Tentretenir dans celle-ci de ce qui regarde ma per-spnne.
V. Em. a vu, par les différentes notes du. gouvernement françois qu'Elle m'a transmises, quels sentimens on a conçus pour moi^ et de quel œil je suis regardé par S. M. L et R. Les mêmes choses ont été écrites à M. Alquier, et on lui a ordonné de me les dire. Les accusations dont mes- ennemis QUt réusai à. persuader le gouvernement françois, spnt, par leur nature, extrêmement graves. Non seulement on me proclame l'ennemi de la France > et l'ami de ses e.nne||p; on me traite encore de protecteur des.conapira^leurs contre ce gQuverneuient , et , je ne puis le dire sans frémir, on m^ me^t moi-mâme au nombre des conspira^f
( l-ig ) teurs, en m'ait ri buant le dessein tle soulever Je peuple contre la Ftance. Certainement si, lorsque je négociois à Paris le concordai, quelqu'un m'eût dit que dans peu de temps je paroîtrois sous cet aspect aux yeux du gouvernement françois , ^'aurois cru rêver. Mon caractère, mes principes, ' ma qualité et ma dignité, toute ma conduite connue au public, me dispensent de me justifier. Je déclare solennellement, en peu de mois et sur mon honneur ( et toutes mes actions ont prouvé combien il m'est cher ) , que mes ennemis m'ont indignement calomnié, et que je suis absolument innocent. Mais V. Em, devra convenir qu'étant devenu l'objet de la méfiance du gouvernement françois, et étant vu par ce gouvernement sous les couleurs que j'ai dites, je ne puis ni ne dois conserver plus long-temps un poste dans lequel non seulement je ne puis pius être utile , mais où je pourrois devenir la cause, quoique innocente , de graves inconvéniens. Je suis trop attaclié au Saint-Siège, à mon souverain et bienfaiteur, et à mon pays, pour ne pas me considérer comme obligé d'écarter, par ma retraite, cette occasion des maux qui pourraient résulter de ma présence. Le gouvernament françois a fait clairement connoître son dessein à cet égard , en disant, dans la dernière note de M, de Talleyrand , que les sentimens que S. M. porte personnelle me ni au Saint- Père, lui font désirer qu'il éloigne de lui lei* mauvais conseillers qui l'environnent. Toutes les
( i5o ) notes précédentes où je suis désigné et exprèssèment nommé ^ et ce qui a été écrit à mon sujet à M. Alquier, font connoître jusqu'à l'évidence que le désir exprimé à S. S. me regarde seul ou jne regarde principalement. Dès le premier moment où je m'aperçus que j'élois devenu un objet de méfiance pour la France , je suppliai le Saint- Père de m'acoorder la permission de me retirer, dans la persuasion où je fus dès-lors , que je ne pouvois plus être utile , mais que je pouvois devenir la cause dé beaucoup de mal. Le Saint-Père ne voulut jamais consentir à mes instances réitérées , persuadé qu'il éloit que les calomnies de mes ennemis seroient découvertes et éclaircies ; mais elles ne firent que redoubler et se renforcer, comme Y. Em. lésait. La sûreté et la tranquillité politiques étant dès-lors intéressées à ma retraite, S. S. a agréé ma démission. Je puis assurer V. Em. qu'en s'y décidant , le Saint-Père a eu pour objet de satisfaire le gouvernement françois , et de lui donner une preuve de son désir de conserver la bonne harmonie avec ce gouvernement , et d'écarter tout ce qui pourroit la compromettre. Je : vais immédiatement céder mon poste à mon successeur, et me retirerai entièrement des affaires dans lesquelles j'ai récolté des fruits trop amers pour ne pas les avoir en horreur plus que l^.mort. Je désire de V. Em. une seule grâce, à laquelle me donnent droit et mon innocence et Sjgfi bontés pour moi. Mon honneur est intéressé
à ce que cette opinion honteuse que mes ennemis ont réussi à donner de moi, ne restf pas Attachée k mon nom. Que V. Em. saisisse les occasions favorables qui pourroient se présenter pour faire connoîlre mon innocence et me rendre justice. Cette faveur, que je sollicite de V. Em., excitera ma reconnoissance. Dans la confiance de l'obtenir, je lut baise les mains.
YotreT.-H. etT.-D. S.
SPes appartemeus du QuirÎDat, le 17 )uia 1S06.
Hercule cardinal Consalvi.
L'occupation militaire de Civita-Vecchia, dont il a été question plus haut, se chajigea bien vit© \en occupation politique. Le général Duliesme prétendit exercer dans cette ville l'autorilc tivile, et l'exercer dans toute Tétenduc dans laquelle elle appartient au souverain; il ordonna au magistrat de ne plus reconnoître d'autre chef que lui, et lui annonça qu'il dépendoit uniquement de ses ordres, et, en son absence, de ceux du commandant de la place.
Ce général fit enfin connoître sa volonté , ou. plutôt celle de son gouvernement , par un ordre adressé au prélat gouverneur. Cette pièce , non moins remarquable par la forme que par le fond, mérite d'être placée ici.