‹ Archives historiques et politiquesChapitre 8 sur 32 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Non content d'avoir écrit à S. S. dans un ton si .peu convenable , Buonaparte fit connoître ses des- 'SeinSy par le canal du cardinal Fesch, dans une lettre que .cet ambassadeur communiqua d'abord ,au miI^âtre,du Saint-Siège^ et dont il fit ensuite

,îa matière d'une note adressce au souverain pontife lui-même.

Dans cette lettre, Buonaparte chargeoit le cardinal de signifier à S. S. elle-même , et non à son ministère, que sa volonté étoit que Rome fit tout .ce qu'il vouloit. Le cardinal devoit ajouter que Buonaparte étoit pour le souverain ponlife un autre Charlemagne, et qu'il vouloit que les rapports de S. S. envers l'empereur des François fussent les mêmes qui, d'après lui, avoient existé jadis entre Charlemagne et les pontifes, prédécesseurs de S. S. ; enfin , le cardinal devoit annoncer que si le Saint-Père vouloit conformer sa conduite à ces nouveaux principes, et faire tout ce que Buonaparte vouciroit, celui-ci ne changeroit pas les apparences, mais que, dans le cas contraire, ilsépareroit le spirituel du temporel, il enverroil à Rome un sénateur pour gouverner celte ville, et réduiroit le Saint-Père à n'être plus qu'évêque .de Rome.

S. S. répondit verbalement avec la dignité qui la caractérise , au cardinal Fesch, dans l'audience qu'Elle avoit accordée à cet ambassadeur. Elle écrivit ensuite à Buonaparte la lettre suivante.

m. Lettre du papp. adressée , le li^ janvier 1806, à Napoléon Buonaparie,

La lettre de V. M. du 7 janvier, datée de Muïiich , nous a causé une vive douleur. Noua y

(lo) .

remarquons qtie V. M. se trouve , »ur divett pointd, dans une erreur que nous nou£^ crdyons obligé de dissiper. Nous devons cette démaTChe à nous«mêine,à la vérité > à Fattacliemetit que nous professons pour Y. M.> et que nous avons toujours professé. Jamais nous n'avons eu l'in*lention de renvoyer le ministre de V. M. Lorsque nous Lui écrivîmes que nous ne pourrions con^ server avec ce ministre les anciens rapports , ûi nous n'obtenions l'évacuation d'Ancotié , iïou^ n'avions d'autre but, sinon de faire sentir qtïé là nécessité où nous nous trouvions de déliliire, dans l'esprit des Russes qui pou voient agii? hostilement envers notre état ^ la croyance que cette occupation avoit eu lieu de notre su,nousfor^ ceroit de donner une marque de notre mécohtenitement , en suspendant la continuation de nois rapports publics avec le ministre de V. M. , mais sans préjudice des rapports confidentiels; ce qui est bien loin de renvoyer ce ministre. La candeut de notre caractère , qui est bien connue à V. M. , et qui est incapable d'aucune dissigiulation , peut Lui garantir que telle étoit notre seule intention ; au surplus nous l'avons, dans le temps métne*, jfait connoître à son ministre.

La franchise que riouà professons nous force enfin à dire à V. M. qu'Elle se trompai, si Elle suppose que nous sommes porté à ces plaintes par de mauvais conseils. '

Kqus avions véritablement éprouvé dans 1#

fond de notre coeur un vif déplaisir que nous manifestâmea avec toute notre sincérité. Si V. M. Veut remonter à l'époque du j5 novembre, où nous Lnî écrivîmes la lettre dont il s'agit, Elle Verra que c'étoit le momenloiinousLasavionsaux portes de Vienne, et qu'alors les glorieux exploits de sa grande ame et de ses armées avoient déjà décidé le sort de la guerre. Ainsi, ni nous-même ni d'autres ne pouvions La croire perdue, comme Elle s'exprime ; cette pensée ne seioit jamais entrée dans notre cœur, non seulement parce qu'elle est indigne de nous, mais encore parce que notre manière de voir et l'attachement que bous portons à la personne de V. M. nous rendroient une telle idée très-pénible.

V. M. se plaint de quelques refus qu'Elle a éprouvés de notre part. Nous sommes sensible à ces plaintes; V. M. elle-même nous est témoin que nous nous sommes toujours prêté de bon cœur à satisraire ses désirs. Si quelquefois le devoir de notre ministère a opposé une barrière invincible à ses vœux (ainsi qu'il est arrivé à l'égard du mariage que V. M. nous cîte comme exemple, cirtonstance où, d'après les motifs jusqu'à présent exposés, nous n'avons pas trouvé, dans les dispositions des lois divines, de quoi nous autoriser à suivre ce penchant de notre cœur), V. M. peut être assurée qu'il nous a été plus pénible de Lui donner ce refus, qu'à Elle de le | ' îtc« voir. Si Elle n'avolt pas tant de preuves que Ij^. ^

sentiment du cœur nous porte à La satisfaire, Elle pourroit au moins se persuader facilement que notre intérêt nous le conseille, puisqu'il est impossible que nous ne sentions pas tout ce que peut faire pour nous sa bienveillance. Mais nous le répétons à V. M., nous avons éprouvé le plus vif déplaisir toutes les fois que notre devoir nous a obligé à résister à l'inclination de notre cœur.

V. M. nous parle aussi de la haine que le cardinal Consalvi doit avoir conçue pour le cardinal Fesch. Cette opinipn de V. M. nous a d'autant plus surpris, que^ dans ses relations les plus intimes avec nous, le cardinal Consalvi nous a toujours manifesté des senlimens entièrement opposés a ceux qu'elle lui suppose. Nous l'avons interrogé là-dessus; il ne croit pas qu'il soit nécessaire qu'il ait recours à d'autres protestations qu'à la décla* ration du cardinal Fesch lui-même, ainsi qu'aux faits : il se reconnoît dans son tort, si l'on peut en citer un seul qui prouve, soit sa haine pour l'anir bassadeur de V. M. , soit une préférence accordée aux Anglois et aux Russes. Nous pouvons assurer V. M., que le cardinal Consalvi a pour^e cardinal Fesch les sentimens que nous-même pouvons désirer qu'un de nos ministres ait envers uu ministre de V. M. Le cardinal Consalvi a été très- peiné de ce que dit V. M. à ce sujet, mais surtout de ce qu'ElIe dit de ses sentimens pour la France. Le concordat négocié par ce ministre, et sa conduite dans toutes

les ajBfaires de la France, lui avoi^nl donné la cer--

tiludc que tle pareils soupçons ne poiivoient pas s'élever contre lui. Néanmoins, comme il pense qu'aussi long-temps que V. M. persistera dans l'opinion qu'Elle a conçue à son égard, ses services, loin d'être utiles au Siiinl-Siége,pourroient ]ui devenir préjudiciables, il nous a instamment prié de lui permettre de quitter le ministère. Nous n'y avons pas consenti, dans la persuasion que V. M. renoncera à l'opinion défavorable qu'il à eu le malheur de Lui inspirer,

V.M. nousdit qu'Elle veut rappeler le cardinal Fesch : nous Lui répondons que ce rappel nous seroit fort désagréable. Nous désirons que V, M; renonce à cette pensée.

Quant à la persuasion où est V. M. de l'existence de personne.'j qui se sont démasquées pendant ces trois derniers mois, parce que la force de la coalition les enhardissoit à changer de senliniens envers V. M. , nous Lui dirons que ces personnes n'existent pas, et que si elles cxistoient, elles ne seroient jamais écoutées par nous. Nous ne pouvons Lui dissintuler la peine que nous éprouvons en voyant que tant de preuves d'une sincère amitié et d'un véritable attachement que nous liùi avons données, n'aient pu la convaincre qu'il est impossible que de pareilles manœuvres fassent de l'impression sur nous.

Noua nous sommes cru obligé de répondre avec quelque précision aux griefs de V. M., afin 'que noire silence ne puisse pas les confirmer. Au

surplus, nous abandonnons tontes nos soHioi?^

tndes entre les maids de Dîea^ qui voit notre

cœar et dirige toutes nos actions. Cependant ,

nous ne renonçons pas a la confiance que nous

inspire l'amonr de Y. M. pour la religion et pour

VEglise, ainsi que pour noos-méme^ qui sommes

sûr de n'en avoir jamais démérité. Y. M. rapporte à

Dieu rheureux succès de ses armes et le grand

accroissement de sa gloire >. qui pourtant parois-r

soit ne pas pouvoir recevoir d'augmen talion > ainsi

que l'extension de son empire et de ses domaines.

tin tel sentiment,, qui fût la plus grande, de sef

gloires > nous garantit que Y. M* reversera sur

t)ieu et fera tourner au bénéfice de la religioi^

et de l'Eglise la célébrité de son nom et le fruit

de ses conquêtes. Y. M. est devenue souveraiii

des Etats de Yenise; nous La prions d'y conserve^

intacte la religion qui y domine, et de ne paf

faire d'innovations à l'égard dm clergé régulier. ^

séculier et de ses possessions; de même que nou^

ne perdons pas l'espoir de voir arrangées les

affaires de la religion dans les autres province^

de son royaume d'Italie. Cette même exten^ipH

de ses domaines en Italie nous flatte aussi: de

l'idée que le temps est arrivé de voir réaliser |>aF

Y. M. l'espérance qu'Ëlle ne nous a jamais ôté&;

que le patrimoine de saint Pierre ne regretter^

pas plus long temps la perte des trois Légatipns

que la révolution- lui a coûtée-.

Nous ne laissons néanmoins pas de rccommanf

i^er à V. M. , mainlenant qu'il n'existe plus aucun, ■danger de voir ]a place d'Aacone enlevée par une surprise, la cessation des mesures guerrières en cetle ville qui sont en même temps si coûteuses ït si nuisibles au bien-êlre des habitans; et Je eolliciter V. M, pour qu'Elle rende à cette villa l'état de paix dont elle jouissoit antérieurement à Toccupation,

. Eofiu , la situation fâcheuse de notre trésornous oblige à importuner V. M. pour solliciter le remboursement des avances que nous avons faites pour le service de son armée. Nous nous flattons que V, M. a été informée avec quelle bonne volonté et avec combien de zèle le gou- Ternement pontifical s'est prêté à tout ce qui a pu- dépendre de lui; nous nous en rapportons an dire des militaires mêmes , qui nous en ont témoigné plus d'une fois leur satisfaclion. Comme BOUS y avons employé tous nos fonds et engagé pour les payemens arriérés toutes les rentrées que nous pouvions espérer d'ici à cinq mois, noua ZLOtis trouverions sans ressources, si les rembour- Bemens que nous sollicitons ne se faisoient pa» «lactement.

Cette liberté de langage sera pour V, M. un ga^er de notre confiance. Si les tribulations dont Dieu a voulu frapper notre pontificat dévoient parve«iir à leur comble par la perte d'une chose aussi précieuse pour nous, que l'auiitié et les bonne» grâces de V. M., le prêtre de Jésus-Christ qui

porte la vérité dans le cœur et sur la langue, se souniettra avec résignation et sans crainte à sa ilestiuée; les souffrances mêmes soutiendront sa constance, par l'espoir que la récompense qui lui est refusée dans ce monde, le ciel la lui assure plus solide et d'une durée éternelle.

jans jamais discontinuer d'implorer Dieu pour

i la conservation longue et heureuse de V. M. I. et

F R., nous Lui donnons de tout notre cœur la béné-

' diction paternelle apostolique.

' DalumRomœ, apud S. Mariam Majorem, die

ag januarii iSoG, pontificatus nostri anno sexto.

Plus rp. vu.

, Quelque temps après, le cardinal Fescli coni- [ uuniqua à la cour de Kome une lettre que lui avoit adressée Buonaparte; celui-ci y annonçoit qu'il alloit exprimer franchement au Saint-Père ses sentimens, dans une réponse qu'il préparoit pour S. S.; mais les sentimens que renfernioit celte lettre ne différoicnt pas de ceux qu'il avoit antérieurement exprimés. Il y disoit positivement qu'U. t étoit empereur de Rome, et il y dictolt, sous les mâ- [ mesmenacesjsea volontés suprêmes, àl'égarddela [ «onduiteà tenir par le Saint-Siège, et des rapport» f.^e celui-ci envers rEm|)ire françois; et, pour joinl dre la pratique à la théorie, il ordonna à son am— I bassade ur de demander que tous les Anglois, ['"'Russes et Suédois, y compris les ministres et agens de leurs cours, fussent reuvoyés de Romo

I fet àe tout l'Etat ecclésiastique, et que tous les

ports fassent fermés aux Angloia et aux Russcb.

Cea demandes, faites verbalement dans uneau-

. dience particulière, furent répétées oiEciellement

dans la note suivante.

IV. Note du cardinal Pesch , ministre plénipotentiaire de France f du a mars i8o(î.

Le cardinal Fesch , ministre plénipotentiaire de S. M. l'Empereur des François, roi d'Italie, a l'honneur de communiquer officiellement à S. Era. M. le cardinal Consalvi, secrétaire d'état, Tordre de S. M. de demander à Sa Sainteté :

1". L'expulsion dL'S Russes, Ânglois, Suédois et Sardes de Rome et de l'Etat romain ;

a". L'interdiction des ports aux bâiiraens ânglois, russes et suédois.

La guerre injuste que ces puissances font à S. M. I. et R. l'oblige à prendre toutes les mesures de défense, et tous les moyens pour lea forcer à une paix solide qui rétablisse la tranquillité en Europe; et l'on ne sauroit pas douter que le Père commun des fidèles ne fasse tout œ qui est en son pouvoir pour mettre un terme à une lutte si terrible pour l'humanité. En vain les ' armées françoises auroient battu ses ennemis en Allemagne, la guerre continueroit ses ravages, le nord menaceroit impunément le midi, s'il ne lui fermoit pas 3es ports. Les Russes, les Suédois, ToM. IL a

les Anglois, s'ils étoient reçus en Italie, jouiroient seuls (les avantages de la paix; ils spéculeroient sur nos malheurs.

Or, pourroit-on leur fermer l'Italie, s'ils avoient un libre accès dans les états du Saint-Siège?

D'ailleurs, S. Em. ne pourroit pas contester au soussigné qu'il est de l'intérêt de Rome de se tenir étroitement liée à la puissance qui rattache toutes celles du midi européen, qui est le centre du domaine de la catholicité. Sa Sainteté devroitelle sacrifier la généralité, en considération de quelques membres épars du catholicisme?

Devroît-elle laisser ébranler Jes colonnes de l'église, pour donner son attention à des œuvres extérieures, presque abandonnées, ruinées de tous côtés, à des greniers de paille, où à peine trouvet-on quelques bons grains, à des demeures de serpens prêts à la dévorer? Que n'a-t-elle pas à craindre des Russes et des Anglois ? Si le Dieu des armées n'eût pas dirigé l'épée de S. M. I. et R. àla bataille d'Austeriitz, et que les ennemis eussent remporté la TÏctoirej où en seroit en ce moment le gouvernement pontifical? La cour de Naples, coalisée contre la France, exposoit-elle son royaume sans espoir d'agrandissement? Rome ne devenoit-elle pas son partage? Sa Sainteté ne vit-* L elle pas assez clairement les vues de cette cour, des Anglois et des Russes, lorsqu'elle fit ordonnrar à l'agent extraordinaire du Saînt-Siége de partir de Naples, sans le prétexte qu'il déplaisoit à ses

(' -9 ) allié*, et qu'ils ïe lui désignoient cotiline «n es-." pion de la France, considérant le Pape conimot^ l'allié le plus étroit de cette puissance? D'ailleurs,quels égards le S,iint-^iége est-il tenu d'avoir pour les Russes et les Anglois, qui lui manqnoient ai essentiellement à Naples, dans te moment même qu'ils étaient accueillis à Konie? Pounoit-il, eil" se reposant sur leuT bonne foi, espérer de se les' rendre amis, en se refusant d'entrer dans les vues de l'empereur des François, qui est i'épêe de l'Eglise, le seul souverain qui puisse lui conserver sa tiare, et qui lui demande de prendre une mesure de conservation de ses propres conquêtes/ ainsi que de l'Etat pontifical ?

En vain l'armée françoise rendroit-elle à l'Italie la pai:x et la tranquillité, si on souffroit à Rome eC dans l'Etat romain des ennemis toujours prêts à, stipendier des assassins et à fomenter des trou-i blés. Le royaume de Naples, conquis par les armées de S. M. ï. et R., deviendroit bientôt 1^ théâtre des fureurs de ses anciens souverains, et les étals du âaint-Siège n'en seroient point exempts. Rome susciteroit etentretiendroitdans. ' ces deux états, et ailleurs, des trouble», des révoltes et les horreurs des guerres, civiles. Quello garantie Sa Sainteté donneroit-elle que les ennemis de la France, si actifs, si entreprenans, sf instruits daus l'art des conspirations, ne violeroient pas les droits de l'hospitalité? S. M. I. et R. pourroit-elle se fier, ou se contenter des raisons

problématiques, tirées, ou de la surveillance tle la police de Kome, ou de la bonne foi des ennemis de la France, lorsqu'il s'agit de la conservation de son armée et de ses conquêtes, et qu'£lle ne demande du souverain pontife, regardé même par ses ennemis comme son allié, que des, mesures de défense, communes aux deux états, et qui, en épargnant de grands malheurs^ assurent la tranquillité de l'Italie?

D'après ces considérations , le soussigné espère que S. S. , l'ami naturel de l'empereur des François, du fils aîné de l'Eglise, voudra bien acquiescer aux demandes ci-dessus, et qu'ElIe ordonnera à S. Em. de prendre toutes les mesures pour les faire mettre en exécution.

Le soussigné se flatte que S. Em. emploiera tout son zèle et ses bons offices dans une afiàirô aussi importante, et qu'Elle le mettra à même, dans le plus court délai possible, d'annoncer â S. M. l'empereur et roi que ses ennemis, qui sont ceux de l'Eglise, ne viendront pas, à l'ombre dtl premier sanctuaire du Dieu de paix, ourdir ded conspirations, et exécuter des projets perfides.

fe Le soussigné prie S. Em. M. le cardinal secré-,

m taire d'état d'agréer l'assurance de sa baute conai-r .

I dcralion.

Le cardinal FESCH.

A peine cette noie eut-elle été remise, qu'arriva aussi la lettre annoncée de Buonaparte luimême. Elle fut présentée à S, S. par un officier dépêché de Paris, accompagné d'un billet du cardinal Feach, par lequel il demandoit une audience.

y. Lettre de Napoléon Buonaparte à Pie VIT^ du iJ février 1806.

Très-Saint- Père , j'ai reçu la lettre de V. S. du ag janvier. Je partage toute sa peine ; je conçois qa'Klle doit avoir des embarras. £lle peut tout éviter en marchant dans une route droitâ, et en n'entrant point dans le dédale de la politique et de la considération pour des puissances qui, sous le point de vue de la religion , sont héréLiques et hors de l'Eglise, et, sous celui de la politique, sont éloignées de ses états, sont incapables de la protéger, et ne peuvent lui faire que du mal. Toute ' l'Italie sera soumise sous ma Ini. Je ne toucherai en rien l'indépendance de l'Eglise j je lui ferai même payer les dépenses que lui occasionnera le mouvement de mes armées j mais nos conditions doivent être, que V. S. aura pour moi dans le temporel les mêmes égards que je lui porte dans le spirituel , et qu'EUe cessera des ménagemens .inutiles envers des hérétiques ennemis del'Eglise, et des puissances qui ne peuvent lui faire aucun bien. V. S. est souverain de Rome, mais j'en suis .l'empereur. Me» ennemis doivent être les siens.

(aa )

IJ n'est donc point convenable qu'aacun agent du

roi de Sardaigne, aucun Anglois, Eusse ni S^ié-

dois réside dans ses états , ni qu'aucun bâtiment

r Appartenant à ces puii^sauccs entre dans ses ports.

RComme chef de notre religion, j'aurai toujours

■pour V. S. la déférence filiale que je lui ai mon-

Ftréc dans toutes les circonstances ; mais je suis

F comptable envers Dieu qui a bien voulu se servir

■ de mon bras pour réiablir cette religion. Et com-

■Rnent puis- je, sans gémir, la voir compromise par

1 *|es lenteurs de la cour de Rome? On ne finît rien;

et, pour des intérêts «londaiiis, de vaines préro-

gativea de la tiare , on laisse périr des âmes, le

vrai fondement de la religion, Ils en répon-

;dront devant Dieu, ceux qui laissent l'Allemagne

dans l'anarchie; ils en répondront devant Dieu,

ceux qui mettent tant de zèle à protéger des

mariages protestaos, et veulent m'obliger à lier

ma famille avec des princes protestans ; ils en

répondront devant Dieu , ceux qui retardent

l'expédition des bulles de mes évéquea , et laissent

mes diocèses dans l'anarchie. Il faut six mois

pour que les évêques puissent entrer en esrer^

cice , quand cela ^peut être l'ait dans un jour.

Quant aux affaires de mon royaume d'Italie , j'ai

tout fait pour les évèqucs ; j'ai consolidé l'affaire

de l'Eglise; je n'ai touché en rien au spirituel.

Ce que j'ai fait à Milan, je le ferai à Naples, et

partout où mon pouvoir s'étendra. Je ne me refuse

point d'accepter le concours d'hommes doués d'un

• vrai zèle pour la religion , et de mVntendre avec easj mais si à Rome on passe les journées sans rien faire et dans une coupable inertie, moi, que Dieu a commis, après de si grands bouleversemens, pour veiller au maintien de la religion, je ne puis dormir ni rester indifférent à tout ce qui peut nuire au bien et au salut de mes peuples.

Très- Saint-Père , je sais que V. S. vent le bien , mais Elle est environnée d'hommes qui ne le veulent pas, qui ont de mauvais principes, et qui, au lieu de travailler, dans ces momens critiques, à remédier aux maux qui se sont introduits, ne travaillent qu'à les aggraver. Si V. S. vouloit se souvenir de ce que je lui ai dit à Paris, la religion de l'Allemagne seroii organisée, et non dans le mauvais état où elle est dans ce pays ; et, en Italie^ tout se seroit fait de concert avec Elle et convenablement. Mais je ne puis laisser languir un an ce qui peut être fait en quinze jours. Ce n'est pas en dormant que j'ai porté si haut l'éclat du clergé, la publicité du culte, et que j'ai réorganisé la religion en France , de telle sorte qu'il ' n'y a pas de pays où elle fasse tant de bien, où elle soit plus respectée , et où elle jouisse de plus de considération. Ceux qui parlent à V. S. un autre langage, la trompent et sont ennemi» du Saint-Siège, car ils s'attirent des malheurs qui finiront par leur être funestes.

Sur ce, ie prie Dieu,Très Saint-Père, qu'il vous '

conserve longues années au régime du goar^nement de notre mère la sainte Eglise.

Paris 9 ce i5 février 1806.

Votre dévoué fils ,

Ni • . ■ « .

L'empereur des François , roi dltalie ,

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