‹ Archives historiques et politiquesChapitre 9 sur 32 · NAPOLÉON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON

Après avoir pris lecture de cette lettre qui , indépendamment des principes pour la pi^emière fois directement énoncés, renfermoit aussi, comme conséquence de ces principes^ les deux demandes annoncées par la note du 2 mars du cardinal Fesch, le Saint^Père 1^ décida à prendre dans la plus sérieuse considération l'affaire très-importante dont il s'agissoit. En attendant, il fit répondre au cardinal Fesch par la natë suivante.

yi. Note du cardinal Consali^i adressée au cardinal Fesch j le 5 mars jtoQ. *

Des appartemens du palais Quirinal^ lé 3 ois^rs 180&

• Comme dans la vcièm^ journée d'hier où le soussigné reçut la note de V. Em. , relative à la demande que S. M. l'empereur et ror fait au Saint-Père d'expulser de Rome et de l'Etat romain tous les

Russes , Anglois et Suédois , et de leur fermer l'entrée de ses ports, le Saint^'-Père lui-même a

(=5) reçu une lettre de S. M, , qui renferme les mêmes demandes et le développement de ces principes que V. Em. avoit, de vive voix, annoncés être ceux de S. M., le Sainl-Père a ordonné au soussigné de répondre â V. Era. que, sur l'objet de sa note, S. S. s'entendra directement avec S. M- dans la réponse qu'elle devra Lui faire, et dont Elle >« s'occuper avec celte sollicitude, et en mèmetempa ixUe maturité de délibération qu'exigent les circonstances fâcheuses où se trouve le Saint-Siège. Le soussigné a l'honneur de renouveler à V.Eni. le sentiment de son profond dévouement, avec lequel il lui baise très-humblement les mains. Herculb, cardinal CoKsALVl.

Pour régler sa conduite dans une affaire qui pouvoit avoir les plus grandes et les plus sérieuses conséquences, et qui intéresaoit aussi bien la religion que la souveraineté temporelle du Saint- Siége, Pie VII, d'après l'exemple de ses prédécesseurs , jugea devoir s'aider des lumières et de l'opinion de ses conseillers-nés, les cardinaux de la sainte Eglise romaine. En conséquence, il résolut de convoquer auprès de sa personne le sacré collège en entier. Il en fit prévenir le ministre de France, en lui faisant observer que, ne pouvant être conseiller dans une affaire où il étoit acteur^ il ne seroit pas appelé à la délibération. ^

Ce fut Ie8 mars que le Saint-Père réunitchezlui le collège, et lui exposa, sous le sceau du secret.

le3 affairea sur lesquelles il deraandoit ses conseils. La gravité de l'objet 6t juger aa Saint-Père qu'il ne convenoit pas d'exiger à l'instant même, et après une simple exposition verbale, un conseil dont dépendoit peut-être le salut de l'état. En Conséquence, il fit remettre aux cardinaux copie àea pièces, et ajourna la discussion au 10. Le résultat des délibérations du sacré collège fut consigné' dans la lettre suivante, qu'un courrier extraordinaire porta à Paris.

VII. Lettre du Pape adressée à Buonaparte , ' /e 21 mars 1806.

Carissime in Christo fili ! salutera et aposlolicam benedictionem !

Nous avons reçu, le a du mois courant, la

lettre de V. M., qui porte la date du i3 passé. Il

est impossible d'exprimer suffisamment les sensa*

lions que la lecture de cette lettre a produites en

nous. Elle s'étend sur tant et de si graves objets;

elle renferme des principes si nouveaux , des

.demandes si extraordinaires, et deij reproches si

|V amers; elle est enfin si conforme à ce que, par

L ordre de V. M., son ministre nous avoit déjà fait

sentir, que nous nous rendrions responsable»

envers Dieu, le monde catholique et les siècles

futurs, de la pltis coupable foiblesse , si nous ne . découvrions à V. M. nos sentiiiiens de la manière ■Ja plus ouverte et la plus libre, et si nous négligions d'opposer aux demandes qui sont faites par cette lettre, aux principes qui y sont mis en avant , aux plaintes qui y sont proférées , les réponses qui nous sont dictées par le sentiment iatime de la j uslice , de la vérilé et de l'innocence. Nous devons à Dieu, à l'Eglise, à nous-même, nous devons à l'attacbement que nous professons pour V. M., à sa gloire qui nous est à cœur comme -à Elle- même , un langage libre et sincère tel -qu'il convient à la candeur de notre caractère et rauK devoirs de notre ministère. Nous y sommes •plus fortement tenu encore , en raison de l'obligation qui nous est imposée, de ne pas manquer à des devoirs si essentiels, et en raison de l'atteinte violente que les sentimens manifestés par V. M. menacent de porter à la dignité du Saint-Siège et aux droits les plus anciens et les moins ébranlés de sa libre souveraineté.

-• Kous avons eu et nous aurons toujours pour V. M. I. et R. les plus ' grands égards 'quB peuvent inspirer l'estime, la bienveillance, l'amitié; mais nous ne pouvons ni nous prêter aux choses auxquelles répugnent les obligations "inévitables de notre double caractère de prince et de pontife, ni dissimuler les vérités dont nous sommes convaincus par le témoignage intimo de notre consciencej ni enfin céder, i>our dgs

(a8) choses qui se trouvent en opposition arec la garde du dépôt du patrimoine de l'Eglise romaine qui, à travers une si longue suite de siècles, nous a été transmis par nos prédécesseurs , et qu'à la face du Tout- Puissant, devant les autels, nous avons juré de transmettre intact à ceus: qui nous fiuccéderont.

Nous commençons par les actes que V. M. re- .quiert de nous. Elle veut que nous chassions de nos états tous les Russes, Anglois et Suédois, et, tous les agens du roi de Sardaigoe, et que nous fermions nos ports aux bàtimens des trois susdites nattons; c'est-à-dire, Elle veut que, renonçant à l'état de paix dont nous jouissons, nous nous placions envers ces puissances dans un état de guerre et d'hostilité ouvertes.

QueV. M. nous permette de Lui répondre, avec

kjane parfaite sincérité, que ce n'est pas pour nos

-intérêts temporels, que c'est à cause des devoirs

les plus essentiels et les plus inséparables de notre

caractère, que nous sommes dans Timpossibilité

, d'adhérer à cette demande. Qu'il Lui plaise la con-

■ tsidérer tranquillement sous tous les rapports qui

l|liou3 concernent, et qu'Elle juge elle-même s'il est

•3 de sa religion , de sa grandeur, de son humanité de

I^Xious forcer à de pareilles démarches. Nous, vicaire

l;de ce Verbe éternel qui n'est pas le Dieu deladis-

f j.corde, mais qui, selon l'expression de l'apôtre , est

le Dieu de la concorde, et qui vint au monde

pour mettre fin aus inimitiés, et pour prêcher

la paix à ceux qni sont éloignés aussi bien qu'à ' ceux qui sont proches, comment pouriionsnou3 dévier du précepte de notre Divin Maître ? comment nous mettre en opposition avec la mission à laquelle il nous a appelés ?

Ce n'est pas notre volonté ; c'est celle do Dieu , dont nous tenons lieu sur la terre, qui nous prescrit le devoir de la paix envers tous, sans distinction de catholiques ou d'hérétiques, de proches ou de lointains, de ceux dont nous devons espérer le bien, ou de ceux dont nous pouvons craindre du mal. Nous ne pouvons trahir ce devoir qui nous est imposé par le Tout-Puissant, et nous le trahirions si, par les motifa que V. M. allègue, c'està-dire parce qu'il s'agit de puissances hérétiques, et qui ne peuvent que nous faire du mal, nous adhérions à des demandes qui nous porteroient à prendre part à la guerre contre ces puissances.

Si, comme dit V. M., nous ne devons pas entrer dans le dédale de la politique, dont en eSet nous nous sommes tenu et nous tiendrons toujours éloigné, ne devons-nous pas bien plus nous abstenir de prendre part aux misires d'une guerre qui a des objets politiques, dans laquelle on n'attaque pas la religion et où se trouve loêrae impliquée une puissance catholique? La seule nécessité de repousser une agression hostile , ou de défendre la religion en péril, a pu fournir à nos prédécesseurs une juste cause pour sortir de leur état pacifique. Si quelqu'un d'entre eux, par foi-

(5oV blesse humaine, a'étoit écarté de ces maximes, sa conduite , nous le disons franchement , ne pourroit jamais servir d'exemple à la nôtre.

Cette attilude pacifique que nous impose le ca-' ractère sacré dont Dieu nous a revêtu, nous est aassi prescrite par les intérêts de la religion qu'il nous a confiés et par la garde du troupeau qu'il a xemis à notre saint ministère. Chasser les sujets des puissances qui sont en guerre avec V. M., et

/ leur fermer les ports , seroit assurer la rupture de toute communication entre nous etles catholiques qui vivent sous leur domination.

Pouvons-nous abandonner tant d'ames de fidèles, tandis que l'évangile nous exhorte de ne

' pas même négliger la recherche d'une seule? Pourrions-nous être indifférens aux maux infinis que souffriroit le catholicisme dans ces pays, s'il restoit privé de toute communication avec le centre d'unité, qui est la hase et le fondement de la religion catholique ?

Si la force irrésistible des événemens humains nous priroit de ces libres communications, nous gémirions profondément sur cette calamité; mais nous ne souffririons pas le remords perpétuel et cruel d'en être nous- même la cause. Si , an contïaire, noua enjoignions aux sujets de ces souverains de sortir de nos états et de ne pas aborder' i dans nos ports, ce ne seroit plus par nne infortune irréparable , ce seroit par notre propre fait que toute communication entre nous et les

catholiques vivant dans ces paya se trouveroit interrompue. Comment pourrions-nous réprimer la voix inlérieuse de notre conscience, qui nous reprocheroit inceasamment les conséquences de ce jàït ? comment cacherions - nous notre faute à nous-même?

Les catholiques qui vivent dans ces pays, ne sont pas en petit nombre; il y en a des millions dans l'empire russe, il y en a des millions et des millions dans les régions soumises à l'Angleterre. Us jouissent du libre exercice de leur religton, ils sont protégés. Nous ne saurions prévoir ce qui arriveroit si les souverains de ces élats se voyoient provoqués de notre part par un acte d'hostilité aussi décidé que le seroient l'expulsion de leurs sujets et la fermeture de nos ports. Leur ressenti-^ ment envers nous seroit d'autant plus violent qu'il paroîtroit plus juste, parce que nous les aurions provoqués, sans avoir éprouvé aucune injure de leur part.

Mais quand même cette indignation ne retomberoit pas sur les personnes innocentes des calholiques , nous aurions toutefois raison de craindre que l'exercice de la religion catholique, qui jouit de tant de liberté dans ces pays, n'en vînt à souffrir; et, quand il n'en résulteroit aucun autre inconvénient, celui dont nous avons parlé plus haut seroit au moins inévitable , savoir l'interdiction de toute communication directe et indirecte entre ces catholiques et nous j l'empêchement des j

missions, la stagnation de toutes affaires spirituelles; malheur incalculable pour la religion et pour le catholicisme, malheur dont il faudroit nous accuser nous-même, et dont nous aurions à rendre un compte sévèie devant le tribunal de Dieu,

Si des motifti si sacrés et si inviolables avoient besoin d'autres appuis, nous prierions V. M. de réfléchir que nous obliger à sortir de notre état pacifique et neutre , ce seroit nous causer beaucoup de mal , sans produire aucun avantage pour I Elle.

Aux: dommages incalculables pour le spirituel) quelles pertes ne se joindroient pas pour le temporel ! Les forces de V. M. pourront défendre l'Etat pontifical cou tre une agression , mais pourroientelles ensuite le soustraire aux frais indispensables pour la garde de côtes si étendues et en grande partie inhabitées? le délivreront-elles des dangers I dont seroit menacée , de la part des armateurs de I tan1,de nations, la navigation si nécessaire pour \ la circulation et pour le transport des vivres dont [ la capitale a besoin? Quel préjudice n'éprouveroit pas l'état entier par l'interruption du commerce !

Eu revanche de tant de maux dont nous souffririons, quel bien en reviendroit-il à V. M, soit I de l'expulsion des individus anglois, russes et I suédois, soit de la fermeture des ports? L'expérience du passé suffit pour donner la certitude que

(35) V. M. n'a aucune trame à craindre da petit nombre de sujets des puissances belligérantes qui vivent à Rome et dans l'état, puisqu'il n'y ,i jamais eu le moindre indice d'uae iiiUuence politique de leur part. Si, pendant que les états de V. M, en Italie étoient moins étendus et ses ennemis plus nombreux , l'existence ^de ces individus a été entièrement sans inconvénient , comment pourroit-etlc aujourd'hui lui inspirer des inquié- • tQfles ?

Les individus de ces nations qui se trouvent à Home , sont tous ou des artistes pacifiques , ou Jeu personnes qui ont clioisi cet asile pour y vivre tranquilles; tous sont connus du gouvernement qui les surveille et qui est sûr de leur conduite. QuM avantage résulteroit pour V. M. de leur expulsion de Rome?

On peut dire les mêmes choses de l'interdiction des ports. Il n'y en a au fait que deux , Ancohe, qui est encore occupée par les troupes de V. M., et Civitavecchia, l'un et l'autre accessibles seulementà desbàlimcns de petite dimension. Si, jusqu'à ce jour, Touverture de ces ports a été un objet si mince et si indifférent , sous tous les rapports , pour V. M. , elle est devenue d'autant moins importante , que le nombre des bàliinens de ces nations qui y abordoient a diminué à mesure que la domination Françoise s'est étendue le long des côtes des deux mers,

Que V. M. écoute les conseils de son cœur , et ToM. II. 5

qu'EUe juge s'il est coinpalible avec son équité et sa justice , s'il est même digne de sa grandeur et ►'de sa gloire que de persister clans des demandés rauxquelles la conscience de nos devoirs ne nous I permet pas d'accéder, et qui, d'un autre côté, nous 'sont si préjudiciables sous les rapports spirituels Let temporels; tandis que, pour l'élévation où est ^parvenue la puissance de V. M. , ce sont des objets 'qui à peine méritent considération.

Que V. M. fixe son attention sur la conduite que nous avons constamment observée envers sa personne. Elle se rappellera nécessairement que, toutes les fois qu'il a été question de choses qui n'étoient pas en opposition avec nos devoirs et qui pouvoient l'intéresser , aucune considération ne nous a empêché de satisfaire à ses désirs. Les faits n'ont pas besoin d'être cités , ils sont connus à l'Europe entière, ils ont produit l'opinion universelle de notre partialité décidée pour V. M. Moins V. M. peut douter de nos dispositions favorables , plus la générosité de son ame doit lui faire abandonner la pensée de faire violence à notre volonté.

Nous terminerons ici la réponse aux demandes que V. M. nous a adressées , avec la confiance que, d'après des réflexions de cette importance. Elle voudra bien y renoncer, et nous tirer de l'embarras où elles noua placent ; mais nous ne pouvons passer sous silence les principes auxquels ces demandes sont attachées. Eloigné de tout

«lésir de doimnalion et étranger à tout intérêtper- «onnel, ce n'est pas notre cause que nous défendons, c'est celle <3e l'église romaine et du siège où nous avons été placés, et dont, avantd'y jnonter, nous avons juré de maintenir les droits et de les défendre au prix de notre sang.

Sire, que le voile disparoisse. V. M. dit qu'Elle ne touchera pas à l'indépendance de l'Eglise; Elle dit que nous sommes le souverain de Rome, et néanmoins Elle dit au même moment que toute l'Italie sera soumise sous sa loi. Elle nous fait annoncer que si nous ne faisons pas ce qu'Elle veut. Elle ne changera pas les apparences; mais si V. M. entend que Rome, comme partie de l'Italie, eoit sous sa loi; si Elle ne veut conserver que les apparences , le domaine temporel de l'Eglise sera réduit à une condition tout-à-fait servile ; la souveraineté et l'indépendance du Saint - Siège seront détruites.

Pouvons-nous, en gardant un silence qui nous rendroit coupable de prévarication dans la charge que nous tenons de Dieu , et noua couvriroit d'opprobre aux yeux de la postérité, écouter tranquillement la profession de maximes de cette' nature?

V. M. établit comme principe, qu'Elle est l'empereur de Bome. Nous répondons , avec notre franchise apostolique, que le souverain pontife, devenu aussi souverain de Rome depuis un nombre de siècles, qu'aucune autre souverainelénc peut 3*

(56) se vanter d'alleintlre, ne reconnoît èl n'a jamaiê reconnu clans ses élats une puissauce supérieure à la sienne; nous diroiia qu'aucun empereur n'a le.moiiidre droit sur Rome; que V. M. est immenaéraeut grande , mais que pourtant elle a élé élue, couronnée, consacrée, reconnue empereur des François, et non empereur de Rome; qu'il n'existe pas d'empereur de Rome , et qu'il ne peut en exister, sans que' le souverain ponlife soit dépouillé de la domination absolue et de l'empire qu'il exerce à Rome ; nous dirons qu'il existe seulement un empereur des Romains , mais que ce titre reconnu par toute l'Europe et par V. M. elle-même , comme appartenant à l'empereur d'Allemagne, ne peut à la fois être celui de dewX' souverains; que ce n'est d'ailleurs qu'un titre d'honneur, qui ne diminue en rien l'indépendance réelle et apparente du Saint-Siège; qu'enfin' cette dignilc impériale n'a et n'a jamais eu aucuU' rapport avec la qualité et l'étendue des domaines, mais que, dès sapientière origine, elle a toujours élé précédée d'une élection.

V. M. dit que nos rapports avec Elle sont les inêmps qui ont existé entre nos prédécesseurs et Charlemagne. Cliarlemagnc trouva Rome dans les. mains des papes; il reconnut et confirma sans réserve' leurs domaines, et les augmenta par de nouvelles donations; mais il ne prétendit jamais exercer aucune domination ui supériorité sur les papes, en les considérant même comme simples.

(37) princes temporels. Il n'eu prétendit aucune dépendance ou sujétion.

Bien plus, ce prince iit dépendre delà Tolonté et de la détermination des papes Ja nature de ses rapports avec eux, en la simple qualité d'avocat .et de dél'enaeur de l'église romaine qu'ils lui avoient conférée; soit lurstju'ii obtint d'eus le titre de Patricien, dont, après la mort d'Adrien il sollicita, par une ambassade spéciale, la confir- Inalïon auprès de Léon llïj successeur de ce jjon- .tife; soit lorsqu'il se lit formellement adopter par ces deuA pontifes; soit eniin lorsque Léon 111 lui conféra la dignité impériale, dignité qu'à l'époque oii, pour célébrer la fête de la Nativité de Notre Seigneur, il se trouva au temple de Saint-Pierre, il reçut comme provenant d'un acte inattendu et spontané du même souverain ponlife.

Mais finalement, dix siùcles qui se sont écoulés depuis Je temps de CliailenmgDe, rendent inutile . de remonter à une plus antique origine. La possession non troublée pendant mille ans, est le litre le plus irréfragable qu'un souverain puissel faire valoir Cette possessionadémontréqtie,quelie ( que fût, dans des temps obscurs et dans des circonstances incertaines, l'intelligence entre Charlemagneetles pontifes, le Saint-Siège n'a depuis connu, dans sa domination temporelle, aucun autre rapport avec les successeurs de ce princ«, que les relations qui existent entre chaque souverain absolu et indépendant et les autres souverains.

Quelleque soit ^extension que prenne la domi^ nation légitime d'un souverain, elle ne lui donne aucun droit d'altérer en rien une possession indépendante dont un autre a joui en paix. D'après les principes du droit naturel, appliqués aux intérêts des nations, la base de tous les rapports sociaux repose sur la maxime, d'après laquelle toutes les souverainetés, grandes ou petites, conservent toujours entre elles le même état d'indépendance réciproque. On ne peut s'écarter de cette maxime sans subroger la puissance à la raison. V. M., dans larectitude de sonesprit, ne peut qu'être ferme dans ces principes.

Leur conséquence est évidente. L'augmentation des états de V. M. ne peut lui donner aucun nouveau droit sur nos domaines temporels. Les acquisitions faites par V. M. trouvant le Saint- Siège en possession d'une souveraineté absolue et ïndépendan te qui , généralement reconnue, a existé sans interruption pendant tant de siècles , doivent le laisser dans cette possession. V. M. a trop de lumières pour ne pas savoir que la certitude de ces vérités est démontrée, et qu'elles n'admettent aucune exception. Ou il n'existe plus de droit de souveraineté indépendante, ou le droit de la souveraineté indépendante pontificale ne peut en aucune manière être altéré.

Si, d'un côté, nous sommes placé dans la nécessité de faire observer à V. M. que les principes qu'Elle a avancés ne peuvent subsister ni être

(59) Lonsidérés soua ie point de vue où ils sont prér sentes, d'un antre côté, il ne noua est pas permis de cacher que nous pouvons beaucoup moins encore acquiescer aux conséquences qu'ElIe a voulu en dériver. Nous le répétons, nous sommes et serons toujours fermement disposé d'avoir pour V, M. les plus grands égards, qui sont compatibles avec notre qualité de chef de la religipn, et.avec l'indépendance de notre souveraineté à laquelle nous ne pouvons ni renoncer ni déroger.

Mais nous ne pouvons admettre la thèse où V. M, pose en fait que nous devons avoir pouj: Elle les mêmes égards dans le temporel, que V. M. a pour nous dans le spirituel. L'étendue donnée à cette proposition détruit entièrement et altère l'idée de ces deux pouvoirs.

1/63 objets spirituels n'admettent pas de simples égards. Ils ne dérivent pas de principes humains et de relations politiques, qui peuvent recevoir plus ou moins d'extension. Ils sont de droit divin et d'un genre supérieur et transcendant, qui ne supporte aucune comparaison avec les objets temporels. Un souverain catholique n'est tel, que parce qu'il professe de se conformer aux décisions du chef visible de l'Eglise, et dereconnoître celui-ci comme maître de la vérité, et comme le seul vicaire de Dieu sur la terre. Il ne peut donc y avoir ni identité ni égalité entre le^f

relations spirituelles d'^uti souverain catholique avec le chef de l'hiéraréhie, et les relations temporelles d'dn souverain avec un autre.

On ne pourroit concevoir une telle égalité qui diminueroit tout-à-fait la souveraineté temporelle du pontife romain. Si celui-ci devoit être dépendant de V. M. dans le temporel, de la même manière que V. M. doit l'être de lui dans le spirituel-, il ne seroit plu% souverain. Il seroit, quant îia temporel, dans la catégorie d'uii serviteur ^obligé d'obéir aux commandemens de son maître.

La seconde conséquence que V. M. a tirée de ces principes, est celle qui établit que ses ennemis doivent aussi être nos ennemis. Elle est contraire au caractère de notre mission divine qui hè conlioît d'inimitié, pas même contre ceux qui se sont séparés du centre de notre union. Elle déchirèroit le lien de la commune paternité qui existe entre les souverains pontifes et tous les souverains qui sont dans le giron de la sainte Eglise, puisque^ selon cette proposition, chaque fois que V. M; seroit en guerre avec une puissance catholique^ nous devrions aussi devenirl'ennemi de cette puissance. Elle est en opposition avec les exemples donnés par Charlemagne et tous les princes avpyés de l'Eglise qui ont fait profession d'en détourner la guerre, et n'ont jamais prétendu la lier par des confédérations ou ligues politiques. Elle est contraire enfin à la souveraineté temporelle

du Saint-Siège, puisqu'elle tranaforraeroit le souverain ponlife en feudataire et vassal - lige de l'empereur des François.

La profonde pénétration dont V. M. est douée 'ne Lui laisse pas ignorer que le souverain ponlife *du Dieu de paix ne peut , dans sa conduite , séparer "soii caractère primitif et essentiel de celui de Souverain temporel , ni se mettre en contradiction avec lui-même, et détruire les devoirs d'un de ses caractères par ceux de l'antre, ainsi qu'il feroit "dans Je système d'après lequel il regardcroit tomme ses ennemis ceux de V. M., système qui [^e placeroit dans un état progressif de guerre cn- Vers tous ceux avec lesquels V. M. et ses successeurs pourroieiit se brouiller.En réfléchissant combien, ensuivant nn tel système, le chef de l'Eglise perdroit de rettevénération que lui concilie l'esprit de paix inhérent à son ministère, et quel tort en résulteroit pour la religion catholique elle-même, V. M. qui se déclare le vengeur de cette religion, s'apercevrafarilement qu'il ne Lui convientpas d'exiger de nous que nous adoptions de tels principes.

V. M. est trop éclairée pour ne pas comprendre tjue la pros2)érité de la religion catholique et sa propagation sont intimement liées à la liberté et à l'indépendance de son chef; c'est là précisément ie motif pour leqnel les princes et les peuples catholiques s'eftbrcèrcnt, depuis les premiers siècles', a créer pour le successeur de saint Pierre lin patrimoine libre et indépendant.

Les motifs les plus graves se réunissent pour que le souverain pontife, centre d'union de toutes les nations catholiques^ qui doit à toutes prêter également son saint ministère, et exercer égalenientsui'toutessa)urisdiction spirituelle, se trouve aussi, pour le temporel, dans une parfaite indépendance de toutes. Un système contraire ne porv teroit~il pas, dana la succession des temps, atteinte à la liberté des décisions qui, comme d'unq source pure, doivent émaner du Saint-Siège apostolique, et à l'exercice de la jurisdiction spirituelle qui repose éminemment en ses mains? Combien n'en souffriroit pas la dignité extérieure du pontife romain? Combien ne se relàcheroit pas le respect dû à sa personne, puisque les peuples sont toujours dominés par les apparences extérieures ?

Que V. M. conaidère ces vérités sous toutes leurs faces, nous sommes sûr que, dans la profondeur de ses vues. Elle en reconnoîlra toute l'importance et toute la force , et que , dans l'espjrit de la religion, pour le bien de laquelle Elle pro^ fesse un si louable zèle. Elle s'apercevra que les principes tendant à ravir au Siège apostolique la libre et indépendante souveraineté dont il jouit en vertu de titres si sacrés et par suite d'une si longue possession, tendent aussi à diminuer le bien-être et la splendeur de la reli^op catholique.

Ainsi qu'en notre qualité de gardien du dépôt sacré de cette religion, il ne nous est pas permis

(45) de garder le silence à la vue des dangera qui l'at- 'leindroient, si son chef étoit privé de l'indépen- ^Qce temporelle; de même V. M., vengeur et défenseur de celte religion, ne peut, sans ae mettre en contradiction avec EUe-mênie, vouloir gu'on adopte des principes, par lesquels cette indépendance temporelle, si avantageuse au bien spirituel , viendroit à être détruite.

Passons maintenant aux doléances de V. M.

Elle nous accuse généralement de lenteur dans les résolutions : Elle nous épargnera ce reproche, si elle veut bien réfléchir que les matières ecclésiastiques ne peuvent ae passer de la maturité 4es conseils , et que , dans la discussion des objets qui les regardent, on ne peut employer cette raspidité dont sont susceptibles les affaires tcmpoffelles.

I V. JVf. précise ensuite cette accusation en l'ap~ ij^iquant aux affaires ecclésiastiques d'Allemagne «t à l'expédition des bulles des évèques de France. !j(^ant aux premières. Elle nous dit que, pour des intérêts mondains et pour de vaines prérogatives de la tiare, on laisse périr Jes âmes. Nous recevons, comme venant de la main du Très-Haut, ^humiliante amertume de ce reproche, que V. M. M voulu nous faire. Dieu et le monde nous sont témoins, si des intérêts mondains et de vaines prérogatives ont guidé notre conduite.

Nousnepouvonstoutefois nous dispenser de Lui dire, à cette occasion, que les maux que souffre

la religion en AUemagjie ont une toute autre orifiine que celle qii'EUe siippoHC. Les bouleverse- '■mens faits par le recès de Ralisbonne, en sont la I seule et véritable cause. Les' principautés ecclé- ' SÎastiqaes opprimées ; les peuples soustraits à . i'cnipire des lois et soumis à des princeâ non ,1 catboliquesj l'Eglise dépouillée de ses bipff9;1es inslitutions religieuses, et même tes élablissemens particuliers des iidèjes détruits; le conllit de» diverses autorités et du pouvoir des nouveaux princes, voila la vraie source des maux que souffre ]a religion en Allemagne. ■ ■

Après une révolution si grande, d'immenses difficultés s^opposent à celui qui veut appliquer les remèdes à des plaies si profondes. Loin cependant de nous abandonner à une inertie coupable, l'église d'Allemagne a été un des objets de nofl . plus vives sollicitudes et de nos soins lesplus > -assidu». Mais comment, au milieu de tant de tlxm- '.bies, aurions-nous, sans laisser écouler un cer- • tain espace de temps, pu connoître l'état des choses et établir les bases les plus iustes d'une réorganisation si difficile et si compliquée? . Lorsque nous eûmes mûri les choses, au point .^ue nous pensions mettre la main à l'œuvre par je inoy-en de notre représentant, la guerre qui éclata nous en empêcha, ainsi ^que V. IVL le sait bien. Ce n'est donc pas par notre fait, mais b'est par retfet des causes qui ont produit tant -de maus:, par fcslrême ditficulté de la choscj par

(45) suite des événemens qui sont survenus, que les aHaires ecclésiastiques d'Allemagne se trouvent danfs l'état malheiireux où elles sont encore, et dont nous faisons des efforts pour les tirer. » Quant à ce qui concerne le relard qu'ont éprouvé les bulles des nouveaux évêquea de France, que V. M, daigne réfléchir que les actes qui, par la nature des choses, doivent précéder la tenue des consistoires, ont causé un délai inévitable, et qu'un second retard est provenu de la nécessité de convoquer les consistoires à l'effet de réunir les matières qui dévoient y être proposées. Quand une fois les évêqucs y ont obtenu lïnstilulion canonique, les bulles sont expédiées dans l'espace de peu de jours; ainsi, à peine l'agent s'est-il présenté avec les papiers nécessaires, les bulles des évêques de France, déjà conférées, ont été expédiées dans l'espace de neuf jours.

Dans tout ce qui dépend de nous, nous aurons et avons toujovtrs eu soin d'abréger le temps, en réunissant promptemcnt le consistoircj quand il y a des évêques à préconiser. Nous ne pouvons cependant taire à V. M. que , puisque le concile de Trente a pourvu au gouvernement des églises vacantes, en confiant l'exercice de la juriscliction spirituelle aux vicaires élus par les chapitres respectifs, tout le danger d'une anarchie, dont V. M. parle, cessera, si, comme nous l'espérons, et comme nous l'avons déjà représenté à V. M, à

Paris, tout obstacle à la libre exécution de ce décret salutaire du concile de Trente est écarté, et qu'à chaque vacance on permette aux chapitres respectifs d'exercer librement leur droit,

V. M. se plaint aussi de l'affaire du nœud matrimonial. Mais que peut-on nous reprocher, si , comme nous l'avons plusieurs fois démontré, la loi divine, d'où dérive l'indissolubilité du mariage, même lorsqu'il a été contracté entre catholiques et hérétiques, loi dont nous sommes l'exécuteur sans en être l'arbitre, noua prive de la faculté de faire ce que nous désirerions pouvoir faire ? Ce ne sont pas les suggestions d'autrui , ce sont nos propres méditations, dirigées vers la découverte d'un moyen qui nous permît de seconder les désira de Y. M., qui nous ont, malgré nous, convaincu qu'il n'en existe pas qui soit en notre pouvoir. Est-ce notre faute si nous ne pouvons pas ce que nous voudrions?

Nous reconnoîssons que le rétablissement de la religion en France est dû à V. M.; nous savons tout ce qu'on peut espérer d'Elle. Au milieu de tant d'afilictions qui nous accablent, c'est pour nous une grande satisfaction que de lire dans la lettre de V. M. ses désirs pour le bien de la religion. Nous ne pouvons pourtant nous dispenser de dire que le grand œuvre de V. M, n'est pas encore achevé, et qu'il reste beaucoup de désordres à corriger, beaucoup de déviations des règles de l'Église à redresser. Nous avons fait à ce sujet à

(47) T. M. les plu3 vives remontrances tant par écrit qae de bouche, mais nous n'avons pas encore en la consolation d'en voir les effets.

Quant à l'exécutinn du concordat pour le royaume d'Italie, les plaintes que nous avons faites depuis long-temps en présence de V. M., et que nous ne pouvons que ré[)éter, ne regardent pas seulement le mode dont on a procéda dans l'exécutîati du concordat; elles regardent l'essence des choses qui ont été feites.

Nous avons démontré à V. M. que les ordonnances qu'elle a fait promulguer à Milan sont en opposition, non seulement avec la discipline actuelle de l'Église que le concordat a maintenue , mais aussi avec les articles convenus mêmes.

Nous l'avons de nouveau démontl-é dans les papiers que nous avons dernièrement fait passer au cardinal Fesch. On nous fait de tous côtés des représentations sur les désordres qui se sont glissés dans le régime ecclésiastique, sur le détriment qu'en ressentent la religion et le salut des âmes, et sur l'impuissance où sont les évêques de remédier à ces maux.

Au lieu de nous consoler sur ces objets, comme nous avions droit de l'attendre, V. M. nous dit dans sa lettre que ce qu'Elle a fait à Milan, Elle le fera à Naples et partout où son pouvoir s'étendra. Nous espérons que la religion de V. M. ne permettra pas qu'Elle fasse ce qu'Elle annonce; Elle

ne pourroit, eu effet, le faire sans agir contre 1^ règles de l'Eglise , et s'attribuer ce qui appartient à la seule autorité apostolique.

Tels sont les sentimens sincères que la voix de

notre conscience nous dicte relativement slxpl

points contenus dans la lettre de Y. M.-Nous avo^s

été obligé de nous étendre, sur tous , parce qu'il

nous a paru qu'il n'y en avoit pas un seul qu'on

pût passer sous silence. Si la main du Seigneur ne

nous avoit pas soutenu , le coup inattendu dont

la lecture de cette lettre nous a frappé , nous au-

roit fait succomber sous le poids de l'afflictipii.^

Nous avons élevé notre ame à Dieu, et avons or-

' donné des prières pour implorer son assistance.

A l'exemple de ce qui, dans des affaires de cette

importance, à été pratiqué ^ar nos prédécesseurs,

nous avons convoqué notre collège , et avons mis

sous ses yeux la lettre de V. M. pour diriger nos

pas par la maturité des conseils que npus avons

voulu qu'on nous donnât avec pleine liberté.

Tout ce que nous avons exposé à V. M. est le résultat des lumièrçs que nous avons implorées du Très-Haut, et de nos réflexions comme de celles de notre collège. Intimement convaincu que,, sans manquera Dieu^ aux hommes, à nous- même, aux deyoirs.inséparables de notre caractère, nous ne pouvons donner une autre réponse à. Y. M.; nous là présentons à l'élévation de son ame et à la générosité de son cœur, avec tout le courage que nous inspire une conscience pure et une

(49) raison guidée par le sentiment intirae de la vérité.

V. M. dit que nous voulons le bien, et Elle a raison de le dire. Qu'Elle ajoute qae noua voulons le contenlement de V. M,; que nous sommes animé du plus vif désir de lui complaire, et que quand nous nous opposons à ses désirs , c'est la seule force de la connoissaiice de nos devoirs qui nous empêche de lefi seconder. Qu'EI lé se persuade aussi que, comme nous voulons le bien, ainsi le veulent aussi ceux qui nous entonrerit, et qui partageai avec nous les sentimens d'attachement et de respect pour V. M. Ce ne sont pas les insinuations d'aulrui, c'est la seule certitude qu'il ne jioas est pas pernns d'agir autrement, qui déter^ mine nos résolutions.

^ Au milieu de tant de tribulations qui nous accablent, nous n'avons d'autre soutien que la droiture de nos intentions et la confiance que ^ous inspirent la justice de notre cause, ainsi que l'espoir que l'affecLion filiale de V. M. répondra à l'effusion de notre tendresse paternelle. Nous nous flattons que V. M, rendra la paix à notre cœur, et fera cesser les craintes de l'Eglise; nous espérons que ce qui nous a tant effrayé n'étoit qu'une bourrasque ou une averse à laquelle le calme succédera.

Mais si nous nous étions trompé, et que le Cœur de V. M. ne fût pas touché de nos paroles, ToM. II. 4

nous Souffrirons avec une résignation évangéli-

que tout ce qui pourra nous arriver. Nous nous

fioumeltrons à toute espèce de calattiité en ]'ac-

fjeptant de la main de Oieu , mais la vérité triom-^

! phera toujours sur nos lèvres , la constance à

I maintenir intacts les droits de notre siège régnera

f jctans notre cœur et aéra le guide de nos actions.

j)ïous affronterons toutes les adversités de cette

I vie, plutôt que de nous rendre indigne de notre

i toinistère , en déviant de la roule que notre cons-

jcience nous a tracée.

V. M. a, au commencement de son règne, réparé en grande partie les calamités que l'Eglise avoit , souffertes en France. Elle ne voudra pas aujour- d'hûi appesantir sa main sur le chef de l'Eglise universelle. Elle ne s'éloignera pas de cet esprit de sagesse et de prudence qui La distingue, et qui Lui a fait connoilre que la prospérité des gouvernemens et la tranquillité des peuples sont insépa- ■ rablement unis au bien de la religion et à celui de la dignité de son chef.

Cet esprit conduira V. M. à nous rendre la tranquillité et à alléger nos peines. Enfin, Elle n'oubliera pas qu'au moment où nous uous trouvons à Rome en proie à tant de chagrins , il ne s'est pas encore écoulé une année depuis que nous avons quitté Paris.

Nous Lui donnons de cœur notre bénédiction paternelle.

Dâtum Romas , apud S. Mariant Majorem , dio 01 martii 1806, pontîËcatus iiostri anno septimo. Plus PP. VU.

ïponaparfe jugea à propos de ne pas répondre directement à cette lettre pleine de dignité et d'onction; mais nne note que M. de Talleyrand- Périgoïd, son minstre des affaires étrangères, adressa au cardinal Caprara, et que celui-ci eo- Toya â Rome par le même courrier qui lui avoit apporté la lettre du Pape, prouve que celle-ci n'avoit pas produit d'effet.

Voici cette note.

Vni. Noie de JfT.de Taîleyrand-Périgord, ministre des affaires étrangères, adressée, le 18 avril 1806 j au cardinal Caprara, légat du pape à Paris.

Le Bouasigné ministre des relations extérieures est chargé de faire connoître k S. Em. M. le cardinal Caprara, légat du Saint-Siège, que S. M. voit avec peine l'esprit qui anime la cour de Rome, et s'afflige de la voir suivre un système dont il est impossible de découvrir les motifs , et dont l'in-, faillible résultat, malgré les bonnes dispositions de la France, doit être de lui faire perdre les biens et les avantages qu'elle en a recouvrés, e% ne peut maintenir que par la bienvïillanqp d^

( 50 l'empereur. L'étal actuel de l'Ilalie est connu. Tout ce qui en a été déclaré n'est qu'une exposition réeljp de la véritable siluatitm de cette contrée; l'empire françois en embrasse, en renferme toutes les parties. Les armées françoiscs occupent et défendent les difFérens pointa de la Péninsule. Ainsi, par la considération seule de leur sûreté, il convient qu'il n'y soit souffert, et à Rome pas plus qu'à Florence, ni agent anglois, ni agent russe, et moins encore aucun agent du roi de Sardaigne ou de l'ancienne dynastie napolitaine.

La politique de la cour de Rome, qui doit être toute de prudence et de sollicitude pour la tranquillité de l'Italie, auroît dû seule lui faire sentir la néeessilé de cette mesure. Il en a été autreruent. Des conseils perfides ont réussi à égarer l'esprit du Saint-Père , à lui inspirer de fausses idées, et à le conduire, par des craintes mal fondées, a des démarches irréfléchies, dont les conséquences ne peuvent qu'être funestes au Saint- Siège.

Déjà S. M , à une époque antérieure, avoit eu lieu de se plaindre que, dans un temps où la coalition se monlroit formidable, et annonçoit des vues proportionnées à l'opinion qu'elle avoit de sa puissance , la cour de Rome ne fût point telle que nous avions le droit de l'espérer. I,es ennemis de la France prévalurent à un tel point sur leaconseils de cette cour, qu'on s'y porta jusqu'à menacer de renvoyer le ministre françois, c'est-à-

( 65 ) dire qu'on y envisagea, sans frémir, la perspective d*une guerre avec la France. S. M. l'empereuf dut voir, dans une telle résolution, une offense h ses sentimens et à sa puissance. Mais il fit taire son juste ressentiment, retenu, comme il l'étoit, par l'estime et la vénération personnelle qu'il porte au Saint-Fère. Cependant, cette modération n'a fait qil*enhardir les ageos de l'influence étrangère, qui ii'ont pas craint de conseiller et de persuader au . Saint-Père de donner communication des lettres même qu'il avoit reçues de l'empereur. S. M. est désormais avertie de ne plus prendve dans ses propres seulimens la règle de sa conduite à l'égard des princes, dont la situation et les dangers peuvent l'intéresser; et dorénavant Elle fera traiter par ses ministres tontes les affaires que, par des sentimens particuliers d'affection , Elle aimoit à traiterEUc-uicnje, niaisElle ne s'atlendoit pas que le . premier exemple d'un abus de con^ance, de souverain à souverain, lui fut donné par le Saint-Fère, Le spussigné a l'ordre exprès de déclarer à S. Em. le cardinal légat, que S. M. l'empereur est déterminée à ne pas souOVir que, dans aucune partie de l'Italie, il y ait un ministre d'uue puissance avec laquelle la France est en guerre; et que si les gouvernemens des ditférens souveraiuii de l'Italie ne prennent point des mesures sévères et sûres pour y établir une police, telle que le» ennemis de la France ne puissent rien tramer.

( 54 ) contre les armées françoises, Elle-même se croîrS autorisée et contrainte à y suppléer.

Le soussigné croit de plus qu'il est cle son devoir d'observer que toute machination, qui tendrolt à inspirer de l'inquiétude aux peuples de Rome et de l'Etat ecclésiastique , et à troubler, de quelque manière que ce soit, l'ordre et la tranquillité qui régnent dans ce pays, aboutlroit à dea résultats entièrement opposés à celui que les instigateurs de ces désordres se flatteroient d'en obtenir.

Le soussigné croît superfln défaire remarquera S. Em,, que l'objet des observations qui précèdent, et toutes les conséquences qui pourroient résulter de la bonne ou de la mauvaise conduite de la cour de Rome, sont absolument étrangères aux intérêts de la religion, dans tout ce qui est relatif aux principes et aux devoirs spirituels. S. M. se fera toujours une loi sacrée de se tenir à la croyance 1 et à la pratique générale de l'Eglise; mais Elle est rjrersuadée que, dans cette stricte observation des [ règles religieuses. Elle reste indépendante et libre à l'égard du maintien des droits politiques, et de I, la disposition temporaire des droits de la terre.

Le soussigné a l'honneur de renouveler à f fi. Em. M. le cardinal Ctiprara l'assurance de Sa plus haute considération.

Paris, ce 18 avril ii^o6.

Signé, Ch. Maur. Talleyband.

(55) Il est facile de se représenter la sengatïcwi Jonloiireuse que la lecture de cette lettre produisik sur le Saint-Père. La persévérance de Buonaparte dans les dispositions qu'il avoit montrées dans sa lettre du i5 février; le dédain avec lequel il possoit sur les raisons victorieuses par lesquelles le souverain pontife les avoit combattues ; les reproche» qne h. note adrcssoil à la conduite dn Saint- Père ; enfin la menace clairement proférée au commencement et à la fin de cette pièce, «t qui annonçoit la perte de la souveraineté temporelle do Saint- Siège, si le St. Père persistoit dans'son refus, tout cela fit connoître à celui-ci la crise inévitable qui se preparoit. H communiqua la note au sacra collège; et, après avoir pris l'avis de celle vénérable assemblée, il ordonna au cardinal Caprara -de présenter la note suivante.

IX. Note du cardinal Caprara , adressée , le a8 avril 1806, à M. de Talleyrand-Périgord.

Xjs cardinal légat a latere de S. S. a l'honneur de faire connoître à V. £ra. qu'après avoir transmis au Saint-Père sa note du 18 avril, il a reçu Tordre d'y faire la réponse sjiivante.

Sw S. voit avec peine qae S. M. 1. et R,, dans l'élévation de son entendement, n'apprécie pas leaprit qui anime la coiiduile du Saint-Père, et qa'£lle trouve impossible de découvrir les niutits du système qu'il suit.

& S. n'est animée d'aucun autre esprit, et no

suit aucun aulre système que celui que lui prescrivent l'essence de son caractère et la conscience dos devoirs qni en sont indispensables. Rien d'iuiiiiain, rien île politique ne peut avoir part a la conduite qu*on lui reproche. Les seuls objets spirituels et religieux en sont les guides.

Le Saint- Pèrenesauroit diriger ses actions d'après 3es simples lapports de la souveraineté tenipôrelle. Il ne peut se détacher des devoirs importans que lui impose la qualité de vicaire de Jésus-Christ, de chef suprême de l'Eglise, de pasleur universel du troupeau catholique, et de père commun des fidèles. Cette qu&liLê constitue la différence qui a lieu entre 1 ui et les autres princes séouliars. Les devoirs qui en dérivent le privent de la faculté de suivre les principes d'après lesquels ces princes sont les maîtres de régler leur conduite politique. Le Saint- Père qui, à sa dignité de souverain temporel, joint le caractère bien plus sublime de souverain pontife, ne peut, dans cette qualité secondaire, faire une chose contraire à celle qui constitue sa dignité . principale.

C'est pour cela qu'il nepeut déposer le caractère d'apôtre de la paix, nï prendre part à aucun état d'hostilitéet de guerre ;il ne peut démentir la qualité de père commun de tous les fidèles, et, regardant les uns comme ses enfans , les autres comme ses ennemis, parce qu'ils sont ennemis des premiers, trahir l'oilice d'une commune patei>> nité que Dieu lui a coniuii»..' ,'.;j 'î-îiii^J

f 57) - Pasteur universel du troupeau du Seigneur, il île peut on soigner une partie seulement et laisser J'autre dans l'abandon; il ne peut couper aucun des fils qui établissent un centre de communication, pour tous; il ne peut sortir de Tétat d« neutralité qui lui est essentiel , et se placer dans un état d'inimitié avec aucune des puissances qui Venferinent dans leur sein un si grand nombre de IKitholiques. Tels sont les uniques et les simples .'piolifs qui animent l'esprit et dirigent le système Àa Saiat-Père; il les a manifestés avec effusion de cœur, dans sa lettre adressée à S. M.; il est obligé de lea répéter ici ; il n'y eu a pas d'autres ; il ne peut pas y en avoir.

I Ce sont encore les niêmes motifs qui ne Inipercnetleot pas de prendre pour rogle de sa conduite l4e principe énoncé dans la note de V. E,; savoir: 'i^u'ilnedoitse trouver dans les états de S. S,, aussi peu que dans tes autres parties de l'Italie, auouii '■«linistrc d'une puissance avec laquelle laPrshce <>oit en guerre. Si ce principe peut être adopté par les autres puissances séculières de l'Italie , les attributs essentiels du sacerdoce suprême auquel «st unie la souveraineté du souverain pontife, ■me permettent pas qu'il lui soit appliqué.

■ Obliger le souverain pontife â exclure de son état tout agent d'une puissance ennemie de la f tance, ce seroit le mettre en état de guerre avec toutes les puissances qui sont en guerre avec la France. Etablir une telle maxime, ce seroit le

(58) forcer d'entrer progressivement en élat d'inîmitié avec tous les souverains, et par conséquent avec tous les peuples avec lesquels, dans la succession des temps, la France peut se trouver ea guerre.

Le Saiot-Père pourroiL-il adopter de tels principes, sans détruire les bases de sa mission divine et sans violer les obligations les plus sacrées? li'expulsion des agens des cours étrangères auroit pour conséquence que ces cours, provoquées par une injure si grave, cesseroient, avec le Saint- Siège, des communications dont la liberté est

pjessentiellement nécessaire au gouvernement de l'Eglise catholique. Si ces libres communication» sont rompues, l'influence du chef sur les membres est arrêtée; le système du régime ecclésiastique est troublé, et, dans chaque guerre, l'anarchie

[ prendra la place de l'ordre qui découle de l'unité ecclésiastique.

Il n'est pas nécessaire de développer les dom-

[ viâges progressifs et immenses que cette aliéna- .tion succeesive de l'esprit des souverains et des

I peuples causeroît aux catholiques et à l'Eglise, Iii d'entrer dans le détail des dangers dout elle seroît menacée par celle interruption des commitnications et par la désunion qui en naîtroit; la chose parle d'elle-même.

[ L'histoire d'Europe fait voir que, dans l'espace de peu d'années, la guerre s'est étendue successiyement à toutes les nations qui composent cette

(59) partie àa monde. En adoptant le système auquel on veut l'astreindre , le souverain pontife se trouveroit , dans une période de peu d'années , exposé au danger d'offenser, l'un après l'autre, tous les souverains, même les plus attachés à la religion; qui, dans les yiciasiludes incalculables des événemeaii, seroicnt devenus les ennemis de la France. Le Saint-Père peut-il, par l'admission d'an tel système, entièrement nouveau dans l'histoire de l'Eglise, être le premier à placer dans cet élat permanent les vicaires de Jésus-Christ, les succès-' seurs de saint Pierre, pour qui tous les catholiques du monde forment un seul peuple, sur lequel ils doivent étendre également leur vigilance pas* torale et leur affection?

A tout cela le Saint- Père ajoute que l'astreindrft «expulser de son seiu les ministres des puissances étrangères aussitôt que celles-ci dcviendroient les ennemis de la France, ce seroit déclarer que l'indépendance d'une souveraineté respectée pendant dix siècles et reconnue de tous les souverains, y compris les non-catholiques , a. cessé d'avoir lieu; ce seroit consentir que les papes, de souverains absolus, devinssent les vassaux et les sujets de l'empire françois.

Le Saint-Père trouve, dans ses sermens, c'està-dire dansjes obligations qu'il a contractées immédiatement avec Dieu , un obstacle invincible pour consentir à ce que sa souveraineté soit vili- 'pendéeà ce^point. Il a juré ^de conserver, même

(So) au prix de son sang, les droits du Saint-Siège, et de les transmettre à ses successeurs dans le même état où il les a reçus de ses prédécesseurs. Il nepourroit, sans être parjure, voir en silence cet abaissement du Saint-Siège, et beaucoup moins encore y consentir ; car la dégradation de l'indépendance de sa souveraineté temporelle le priveroit aussi des moyens d'exercer librement son autorité spirituelle.

Il s'ensuit évidemment que le double lien qui

attache le Saint-Père, le met dans l'impuissance

de se regarder comme appartenante l'empire fran-

çois, Si d'autres souverains peuvent en faire partie

eu entrant dans la fédération , et rcoonnoissant un

chef suprême, le Saint-Père ne le peut pas, à

cause de son caractère de paix et de paternité

iverselle, et à cause de la force des sermens

r igui lui interdisentde permettre que les droits de

I Jion siège soutirent quelqiie diminution; l'un et

L|i.'autt'e lien sont entièrement spirituels, aucune

r ^utre considération n'y a part.

S. M. se persuadera plus facilement que ce sont l'jes seuls motifs qui déterminent la conduite du r^int-Père, ai Elle veut rëilëchir aussi bien à r l'état présent des choses, qu'aux événemens qui l'ilte sont passés. Il n'existe à Rome ni ministre ni Lifgent anglois ou russe. Dans ce moment, le roi T ,Jf"erdinand n'y a pas même un ministre. De la part jâu roi de Sardaigne il ne s'y trouve qu'un vieux expéditionnaire romain, qui soigne les expéditiouft

(6i) âes aEFaires ecclésiastiques. La vérité de ces faits est constatée même par la feuille publique oSi~ làelle de Paris, Ce simple exposé démontre qu'un acte publié dans les circonstances actuelles par §. S., relativement aux ministres des eoura enpeaijes de la France, ne seroit d'aucun intérêt pour celle-ci; il tcndroit seulement à mettre le fiaint-Père dans le plus pénible embarras.

Si S. M. daigne rappeler à sa mémoire la série des faits antécédens et la conduite constamment pbservée envers Elle par S. S., El le y trouvera une preuve irréfragable que, partout où il n'a, pas été çmpêché par ses devoirs sacrés , le Saint-Père s'est constamment prêté aux déairs de S, M, Les faits n'ont pas besoin d'être rappelés; ils sont connus de toute l'Europe, et ont produit l'opinion générale d'une partialité décidée du Saint-Père pour la France i ne suffira-t-il donc pas de faire con- Doitre à S. M. que si cette fois S. S. ne peut pas se plier à (ta volonté, les seuls motifs de religion et des devoirs spirituels auxquels il ne peut se soustraire l'en empêchent?

L'état actuel de l'Italie est connu , dit V. Esc. ; mais S. M. connoit mieux que tout autre les principes qui règlent les droits réciproques deà nations. L'étendue des conquêtes fuites pendant là guerre ne peut en rien altérer les droits des souverains qui sont toujours restés en paix. Les conquêtes faites en Italie par les armes de S, M. autant qu'elles s'étendent autour des états de S. S

laissent la souveraineté de S. S. dans le même état d'une indépendance absolue, dans lequel elles Font trouvé placé depuis tant de siècles. La ma- )esté de l'empereur ne ponrroit , dans sa rectitude , trouver dans ces conquêtes aucun titre pour faire un changement à l'indépendance de la souvenùneté pontificale.

V.E. ajoute que les armées ffançoises occupent et défendent les différens points delaPéninsule , et que par la considération seule de leur sûreté il convient qu'il n'y soit souffert, et à Rome pas plus gu'à Florence , ni agent anglois, ni agent russe, et ^xpoins encore aucun agent du roi de Sardaigne ou .^e l'ancienne dynastie napolitaine. Mais sans chercher d'autres argiiinens, le fait seul de la sûreté des armées françoises en Italie n'a aucun rapport Avec la présence à Rome des agens des cours belligérantes. Ces mêmes armées, marchant en divers corps isolés pour l'occupation du ro3'aume de Waples , ont eu le passage le plus suret le plus tranquille dans le sein des états du pape; néanmoins il se trou voit alors à Rome plusieurs de ces agens, qui n'y sont pas maintenant.

En réiléchissant à la série de ces faits qui sont .sous les yeux de toute TEurepe et à l'état actuel âes choses, le Saint-Père ne sait comprendre le motif pour lequel V. E., dans sa note , lui annonce que si on ne prend pas des mesures sévères et sûres pour y établir une police telle que les ennemis de la France ne puissent rien tramer contre

Jks armées françoises , S. M. se croira autorisée et contrainte à y suppléer. Tout ce qui a précédé ^'état actuel des choses, est le plus sûr garant de l'énergie et de l'efficacité des mesures prises par le 4$aint~Fère pour la tranquillité, jamais troublée, .des armées iVançoises.Les peuples de l'Etat pontifical non seulement ne leur, ont causé aucune in- ^quiétude, mais ils se sont prêtés, avec la meilleure .Tolonlé du monde, à contenter jusqu'au dernier «)ldat. C'est un fait que tous les commandans de l'armée et le ministre de France ont attesté. On ne peut désirer aucune preuve plus convaincante .pour dissiper toute crainte de tumulte et de trame .contre les armées françoises.

Quelle n'a pas été ensuite la surprise du Saint- Père de voir qu'on réitère le reproche , comme ■ ,• b'ïI avoit menacé de renvoyer le ministre de France , reproche écarté par S. S. même dans une .autrelettreadresséeà ce sujet directement à S. M., le i3 novembre, et où se trouve la démonstration la plus claire, qu'on n'a jamais pensé à un tel j:envoi.

Mais l'étonnement du Saint-Père a été plus grand^et plus douloureux encore de se voir accusé d'avoir, par le conseil des agens de l'influence étrangère , donné communication des lettres qu'il avoii reçues de l'empereur, et d'avoir ainsi fourni le premier exemple d'un abus de confiance de souverain à souverain.

Si le Saint-Père a conitnuDiqué à son conseil

privé la lettre de S. M. , il l'a fait sous le sceau du secret le plus rigoureux, qui puisse s'observer I tnêiue clans les consul lations religieuses les plas impénétrables; mais cette communication ne ]ui apas été suggérée par des agens de l'influence étrangère, qui n'existent pas auprès de sa personne, [li'ignorancc dans laquelle on est généralement du [contenu de cette lettre, suffit potir prouver que les conseils d'une influence étrangère ne peuvent I «voir contribué à la communication de celte [?f)ièce, faite en secret aux seuls cardinaux. S. S, devoit communiquer aux cardinaux le contenu [ de cette lettre de S. M. pour s'assurer qu'elle avoit f bien compris le sens des demandes que la lettre ' jenfermoit, et des principes dont on les dérivoit , [ et qui étoient l'objet de la consullation. Si, malgré I le soin que S. S.a pris à cet égard, il eslarrivé qu« ! Je ministre de S. M, a douté que l'état de la question ^it été exposé dans son vrai jour aux cardinaux t fionsultés , comme ce ministre s'est exprimé, I gu'auroit-on pensé si on leur avoit fait un secret Rde la lettre de S. M? D'un autre côté il n'existe pas l'ifle secret entre le souverain et son conseil privé et lîintime qu'il est obligé de consulter; il ne se «mmet T pas d'abusquandla lettre d'un souverain est com- •■muniquée à ce seul conseil, et beaucoup moins encore lorsqu'elle est communiquée avec l'ordro le pi us positif et sous le serment exprès de ne pas en palier.

Le Saint-Père ne conçoit pas ensuite a quel

( 65 ) propos V. Esc. , dans sa note , fait les observations qu'on y lit relalivement à des macliînations qui tendi'oient à inspirer de l'inquiétude aux peuples de Rome et de l'Etat ecclésiastique. Tandis que V. Exe. elle-même avoue que dans ce pays régnent Vordre et la tranquillité , fruits indubitables dea soins du gouvernement, il seradiSicile de trouver comment a pu naître un pareil soupçon de machinations, et ce qui peut avoiir donné lieu à des avertissemens ai désagréables. Le Saint-Père a expressément ordonné au soussigné de faire entendre que sa constance inébranlable dans l'exécutiotldeses propresdevoirsne se manifesterajamais autrement que par des moyens ouverts, légaux et tels qu'ils conviennent à son caractère sacré, et que s'il étoit assez malheureux pour que S, M. ne continuât pas à lui accorder les sentimens d'un amour Ëlial, il ne renonceroit pourtant jamais à ceux d'une affection paternelle qu'il a voués à S. M. \ I

linperlurbable dans ces maximes, le Saint-Père sent douloureusement le poids des menaces quelanotede V. Exe. profère contre les domaines du Saint-Siège- Néanmoins la confiance qu'il a dans la droiture, la justice et la magnanimité de S, M. ne l'abandonne pas. Sa conscience lai dit que son opposition n'a d'autre source que l'intime conviction de ce qu'il doit au salut de la religion et aux liens spirituels dont il ne peut se détacher ; il 3e flatte donc que 6. M. ne voudra pas lui faire un crime de ce qu'il remplit ses devoirs, ni l'op- TOM. II. *

primer de cette même main par laquelle Elle a , promis de le soutenir.

S. S. observe que S. M. a été induite en erreur lorsqu'on Lui a. fait croire qu'il soit possible d'attenter aux droits leirporels du Saint-Slége, par , suite d'un inécontenleaient inspiré par l;i cour de Rome, aans agir contre les intérêts de la religion. La spoliation de l'Eglise romaine de ses droits temporels et de ses possessions j par elle-même n'est f pas étrangère aux intérêts de la religion, puisqu'elle est en opposition avec la maxime générale ■établie dans l'église de Dieu , qui condamne qui- [ conque prive cette église des biens consacrés à f Dieu ; mais elle est encore beaucoup nioinë étran- I ^ère aux intérêts de la religion, sous le rapport ' des motifs purement spirituels qui dirigent cette même conduite du Saint -Père, pour laquelle on le menace de conséquences si funestes au temporel du siège apostolique. Ces motifs, ainsi qoe le Saint-Père l'a démontré, tiennent directement aus intérêts les plus essentiels de la religion; ils dépendent même uniquement de la considération |de ses intérêts. Si S. M. se décidoit à violer les ' droits temporels du Saint-Siège, pour le punir d'une conduite uniquement suggérée par l'intérêt de la religion, quel prétexte pourroit jamais faire illusion à S, M. , au point de lui faire regarder une telle action comme étrangère aux intérêts de l'Eglise même?

Enfin la spoliation du temporel du Saint-Sîége

(67) fte pent être regardée comme étrangère aux intérêts de la religion , quand on réfléchit au tort incalculable qui en rejaillîroit sur la religion ellemême, si, en lui faisant perdre la sctuverai neté. Oh la privoit ainsi des avantages que celte souveraineté procure à la primauté de son chef et à sa lïbte influence et communication avec toutes les nations ■et tous les individus qui professent la religion de Jésus-Christ,

Quand, pour comblt? dé ses adversités , le SaïntH -S^M^erroit réalisées les menaces dont on veut ^H^H^er, lié par ses sermenâ et par Tintérêt de là ^^^j^mi, il ne pourroit renoncer aux droits de son siège. Toutefois il espère , dans le secours du Seigneur et dans la droiture éclairée deS. M. , qu'il ne sera pas réduit à cette triste situation. Mais si, parles desseins impénétrables de Dieu, il arrivoît que la même main qui a relevé en Franco lésautels, et rétabli le libre exercice du ,culte, s'appesantît sur son chef, le Saint-Père soufli'iia en punition de ses péchés; il aimera mieux succomber, victime de ses devoirs , avec la conscience dfc son innocence, iilutôt que de se soustraire à là tenrpête eti trahissant ses obligations et la voix de' râ conscience. Sa constance et la cause de son sacrifice lui mériteront la miséricorde divine qui rie s'étendra pas moins sur lui que sur ses sujets. Le monde entier et la postérité sauront que le vicaire de JésUs-Chriat ne s'est pas rendu indigne de son «aractère; et au milieu de ses niulbeiirs il trouvera 5*

(68) 'quelque consolation dans sa conviction et dans celle de l'univers, que dans toute sii conduite envers la France il n'a pas mérité un pareil traitement.

Tourraenlé de tant d'angoisses, le Saint-Père trouveroit un soutien dans les sentiincns religieux exprimés dans la note de V, Exe. , où Elle dit que, dans tout cequicstrelatiFaus principes et aux devoirs spirituels, S. M. se fera toujours une loi sacrée de se tenir à la croyance et « la pialique générale de l'Eglise. Cette déclaration confjrine S. S. dans la croyance que les intentions de S. M. relUrementaux objets religieux sont puces; mais mal-

J teureusement elles sont quelquefois trompées. Plus d'une fois S. S. a fait à S. M., de bouche et {Mir écrit, les plus pressantes remontrances sur les différenles lois et ordonnances qui, au préjudice de la religion et de ses ministres, ont été publiées, tant dans l'empire françois que dans les

, Autres états soumis à la domination de S. M. Néanmoins, loin de recueillir quelque fruit de ses sollicitudes apostoliques, S. S. a vu, avec in-

[ £niment de chagrin , qu'aux premières plaies s'en soient continuellement jointes de nouvelles, et

I que de jour en jour l'élat de la religion et celui de

, l'Eglise sont devenus plus tilsles.

Les lois organiques, publiées à l'insu de S. S.,

i avec le concordat, privèrent en grande partie la religion des fruits qu'on attendoit pour elle eu France de cet acte qui fut le plus beau monument

de l'amour de S. M. pour la religion catliolignei,! Vinrent ensuite les ordonnances multipliées données par le ministre du culte, et la publication du Code civil ^ qui furent autant de nouveaux coups portés en France à la doctrine et à la pratique générale de l'Eglise.

Le concordai pour les provinces soumises à la république italienne , dans l'établissement duquel on avait en égard aux circonstances particulières et malheureuses dans lesquelles les affaires ecclésiastiques se irouvoient dans ce pays, par suite des évéhemens passés et des abus commis par le gou- Tememeiit républicain, fut encore une nouvelle preuve da zèle dont S. M., alors décorée du titra de président de cette république, étoit animée pour la religion; mais cette œuvre fut bientôt dégradée par les décrets du vice- président Melzî et par les ordonnances postérieui-es, lesquelles, non seulement lésèrent en beaucoup de parties le concordat lui-même, parce qu'elles furent faites sans le consentement du Saint-Siège, réservé . expressément dans celte convention , mais étoient aussi contraires à divers articles du concordat même et opposées à la discipline actuelle de l'Eglise, laquelle, d'après ce concorda't, devoit servir de règle à tout ce qui n'auroit pas été expressément convenu.

Lorsque le Saint-Père cspéroit de la main de S^ M. , à laquelle il eut recours, le remède à defc ,

(70) plaies si profondes, il a vu avec une douleur extrême que ces plaies s'étendoient et qu'on en frappoit de plus niortellea encore.

Un des exemples les pins récens est la publication du Code Napoléon proposé aussi comme loi aux autres états d'Italie, soumis à la domination QU à l'influence de la puissance de S. M., sans qu'on y eût corrige les articles qui regardent le ^ivorce expressément défendu par l'Evangile, et çl''autres dispositions notoirement contraires aux lois de l'Eglise et aux pratiques générales, prescrites cl fondées sur les décisions des conciles çecuméniques, c'est-à-dire à ces pratiques auxg^ielies S. M. déclare qu'Elle se fera un saint devoir dS tenir.

Un exemple récent en est encore que ce concordat, ainsi altéré et gâté, a été étendu en Italie , sans aucun consentement du Saint-Siège, aux pays nouvellement acquis qui n'y sont ni ne pouyoient y être compris , vu la situation entièrement différente où s'y trouvoient les choses ecclésiastiques, lesquelles étoient très-loin d'avoir éprouvé le même bouleversement qu'elles avoient souffert dans les provinces de la république italienne. pe plus, sous le nom du concordat et comme conséquence du concordat, la puissance temporelle emploie, dans ces endroits aussi, tous les moyens tendans à détruire' en grande partie les étabUssemens ecclésiastiques et religieua

ont prospéré jusqu'à présent, pour y introduira Jes mêmes abua qui affligent amèrement l'Eglise dans les ancienu^ provinces italiennes.

Les plus strictes obligations de son ministèro apostolique ne permettent pas au Saint-Père de se taire sur des objets qui intéressent de si prèa la très-sainte religion. Cependant les égards qu'il professe pour S. M., l'amour sincère qu'il lui porte l'engagent à s'adresser de nouveau à S. M. elle-même, afin qu'Ëlle veuille bien appliquer eu mal le remède nécessaire^ et faire disparoître dea lois et des ordonnances qui sont en opposition avec la loi de J.-C. , avec les doctrines et le bien. de rSglise.

Le Saint-Père a une pleine confiauee que la religion de S. M.' et la sincérité des sentimens exprimés dans la note dcY.Ëxc., ne rendront pas vaines ces nouvelles remontrances. Sans ce remède qui est dans les mains de S. M., le Saint- Père ne pourroit pas plus long-temps manquer au premier et essentiel devoir de son ministèro apostolique, qui, dans des objets de cette nature ^ui regardent le salut des âmes et la tranquillité des consciences^ l'oblige à élever publiquement SB voix pour faire connoltre aux fidèles la routo de la vérité et celle de l'erreur,

S, S. a chargé le soussigné d'engager V, Exe. à porter à la connoissance de S. M. les sentimen» qu'Elle vient d'exprimer, et à répéter encore une fois qu'aucune vue humaine n'y a part; que lea.

f 70 iâétermînalioïis de S. S. ne lui ont pas été inspirées par ses conseils, mais qu'elles sont le fruit do l'intime conviction qui ne lui p^met pas d'y rien changer, sans se rendre coupable devant Dieu, et se soustraire aux 'devoirs indispensables qui sont inhérens au ministère auquel la providence divine l'a appelé. Partout ou le Saint-Père ne trouvera pas d'obstacle de cette nature, il continuera d'avoir pour S, M. tous les égards que lui inspirent l'estime", la bienveillance et l'amitié particulière qu'il professe pour la nation françoise. Il secondera en cela les mouvemens de son cœur; la conduite qu'il a constaui nient tenue offre à S. M. un témoignage irréfragable de la loyauté ek de la candeur de ses sentimens.

Le soussigné a l'honneur, etc.

Rome, le 28 avril 1806.

G. B. cardinal Cafjiasa.

Celte réponse étoit sur le point de partir pour Paris, lorsqu'on reçut, par un courrier extraordinaire ,, deux autres notes que M. de Talleyrand- Périgord avoit adressées les 28 et 3o avril au cardinal -légat.

On ne aauroit exprimer la surprise et la douleur que la lecture de ces deux notes causa pu souverain pontife. Les accusations noires et absurdes qu'elles renfermoient, ne pouvoient avoir été inventées que par des ennemis jurés du Saint-

(75) Siège, ou plutôt elles avoient été forgées exprès, pour servir de prétexte aux mesuiea violentea que Euonaparte avoit résolues, et qui dévoient mettre fin à la domination temporelle du Pape. Nous allons placer ici d'abord la première de ces deux notes.

X. Nate de M. de Talleyrand-Périgord , adre»sée, le 28 avril 1806, au cardinal Caprara,

Lorsque le soussigné ministre des relations extérieures a fait coniioître à S. Em. Mgr. le cardinal Caprara avec quelle peine S. M. remarquoit la tendance actuelle des dispositions de la cour de Rome, il espéroit n'avoir à ajouler aucun nouveau grief à ceux qu'il venoit d'exposer, et H" pensoit que le Saint-Siège, prompteraent frappé des dangers du système où il venoit de s'engager, en reviendroit à des mesures de confiance et ' d'amitié envers la France. Mais cliaque jour dé- Voile des dispositions dont S. M. ne peut qu'être profondément blessée. De nouveaux impôts sont mis à Rome sur le peuple j on lui fait accroire qu'ils sont destinés à payer la nourriture de l'armée françoise , et on les rend plus vexatoires pour en faire rejaillir plus de haine contre la France. Cependant le SaiHt-Siége n'a aucune dépense à faire pour les troupes de S. M., qui, par une bienveillance particulière envers lui, a tou-

(74) jours acquitté les dépenses du passage de son armée. S. M,, )«stement mécontente de voir surcharger d'impôts, en son nom, un état auquel Elle a toujours montré intérêt et amitié, ne pent voir dans une mesure semblable qu'une injure dont Elle a lieu d'attendre réparation, et qui auroit évidemment pour but de gâter l'opinion et de l'aigrir contre la France,

S. M. est d'ailleurs informée qu'un grand n'ombre de chefs de bandes se réunissent à Rome. Untel rassemblement ne peut avoir lieu à l'insu du gouvernement de Rome; il ne peut êlre formé ' que dans les plus sinistres projets contreles François qui iroient rejoindre l'armée j enfin toutes lescirconstances forcent à reconnoître qu'on veut renouveler le système du cardinal Buaca, et que ceux qui n'auroient pas assez de force contre unearmée, en auroient encore contre des traîneurs et des soldats dispersés. S. M. se refuse toujours à croire que ce soit de l'aveu du Saint-Père ques'organise secrètement ce système d'attaque et d'inimitié; mais retrouvant à Rome des dispositions telles, qu'elles dépassent ce que faisoit la reine de Naples, au temps de sa pins forte haine contre la France , S. M, doit à sa dignité propre et à la sûreté de son armée de rendre responsables. du moindre attentat qui seroit dirigé contre un soldat françois, ceux qui, par leur place, conduisent à Home ces événemens ; et s'il y avoit entre eux quelqu'un qui fît plus particulièrement Bei-

(75) vir aux malheurs et aux dissensions de l'état l'influence que lui donneroit aar tous les autres l'éminence de ses fonctions, ce aevoit parliculièrement sur lai que porteroit la personnelle responsabilité de la crise qu'il auroit préparée.

^. Em. Monseignear le cardinal Caprara reconnoîtra combien il serait pénible à S. M. d'être forcée, après avoir épuisé la vois des représentations , à prendre des mesures propres à faire cesser un état de choses si contraire à toutes les règles de la prudence et à tous les devoirs de l'amitié.

Le soussigné désire que S. Em. Monseigneur le cardinal Caprara , opposant ses conseils à ceux, qui auroient égaré ta politique du Saint-Siège, cherche k le ramener à un système plus conforme à ses in? térêts, plus satisfaisant pour S. M.

S, Em. est priée de mettre la note qu'il a l'houi neur de lui adresser, sous les yeux de son gou-. vernement, et d'agréer les assurances de sa res^. pectueuse considération.

taris, le 38 avril 1806.

Sii^n^ Ch. Mauh. Talleyrand.

On dressa la réponse suivante que le cardiuallégat fut chargé de rcmcUre.

XL Note du cardinal Capr ara à M^ de Taïleyran^ Périgorâ, en réponse à la précédente.

Le cardinal-légat a /a^^re de S. S. n'a pas manqné de transmettre à son gouvernement la note que y. £. lui a adressée le 28 avril, et qui expose deux griefs de S^ M. I. et R. contre ce gouver-*^ nement.

Le premier concerne les nouveaux impôts mis> dit-on, sur le peuple de Rome, pour lui faire accroire qu'ils sont destinés à payer la nourriture de Parmée françoise , et rendus d'autant plus vexatoires, pour en faire rejaillir plus de haine contre la France.

Le second grief a pour objet le prétendu rassemblement à Rome d'un. grand nombre de chefs de bandes, rassemblement qui ne peut avpir lieu k l'insu du gouvernement, et ne peut être formé que dans les plus sinistres projets contre les François qui iroient rejoindre l'armée.

La surprise et la douleur du Saint- Père ont été inexprimables en voyant jusqu'à quel point lea méchans et les calomniateurs sont parvenus à surprendre la religion et la haute perspicacité de S.M.,et^ qu'à la vue de tant de faits parlans et connus à toute l'Europe , ils aient pu Lui faire concevoir sur la candeur des sentimens d'amitié et d'attache-^ meut du gouvernement pontifical ^ des idées si

(71) contraires à la vérité, et tendantes à dénigrer l'honneur et la dignité de ce gouvernement. S. S. a ordonné sur-le-champ qu'il y fût répondu de la manière que le cardinal soussigné a l'honneur d'exposer. Elle a mis tant d'importance à ce que des idées si sinistres fussent proinptement effacées de l'arae de S. M., qu'Elle a. voulu qus cette réponse fût portée à Paris par un courrier extraordinaire.

Pour détruire jusqu'à l'ombre du premier reproche, il suffit de lire l'Ëdit relatif à l'assiette de l'impôt en question, édit dont un exemplaire est " ci-joint. Le Saint-Père ne peut pas croire que S. M. ait connu jusqu'à présent cet édit. S'il Lui avoit été présenté. Elle n'auroit pas tardé un moment à s'apercevoir que, pendant que la nécessité la plus urgente en avoit motivé la promulgation, on y a employé, à l'égard du gouvernement françois, la plus grande circonspection, afin que, bienloîn de causeraux sujets pontificausle moindre mécontentement contre l'armée françoise, il pût au contraire contribuer à les maintenir dans leur tranquillité; on a même poussé la délicatesse au point d'insérer, dans l'édit, des expressions honorables pour le gouvernement françois.

Par ces motifs, l'Edit rappelle aux sujets diverses dépenses qui forcoient le gouvernement à avoir recours à une ressource extraordinaire; il fait nommément mention de celles qu'avoit exigées l'étalHissement d'un cord6n de santé contre la con-

tagion qui s'étoU manifestéeà Livourne ; de celle* qu'avoit rendues nécessaires le grand débordemeilt du Tibl-e, et d'autres frais extraordinaires. Seulement, après avoir dénombré toutes ces causes, connue exigeant un subside momentané, l'édit parle aussi des dépenses faites pour Je passage de* troupes françoises. Enfin, l'édit déclare, avec \i, plus grande précision , que la subvention ordonnée n'étoit pas un impôt frappé sur le peuple pour l'entretien de l'arutée fhinçoise, mais un simple prêt, dont le remboursement é toit assuré par la promesse de la France de restituer le montant de la tlépensR faite pour son armée : un article ajoute queue remboursement servirai indemniser les prêteurs. Enfin, le gouvernement a pris la précaution de ne pas faire tomber ce prêt sur le peuple , mais de le répartir sur la seule classe des propriétaires, dans le double but de ne pas atteindre la classe la plus nombreuse, la plus indigente et la plus disposée à se plaindre, et de faciliter le mode de reslituer le^prêt aux contribnables, comme l'édit s'exprime.

Le Saint-Père ne peQt revenir de son étonnement, qu'une mesure dirigée avec tant de soin pour tranquilliser principalement l# peuple, et pour lui donner des espérances propres à concilier les esprits aus François , ait été représentée à S. M. 80HS UTï jour ai opposé à la vérité.

S. S. charge le soussigné de représenter que les avances qu'il a fallu faire pour la fourniture d'une"

(79) armée entière j quia traversé l'Etat pontifical dans toute sa langueur , ont été d'une nature bien différente de celles qui ont eu lieu pour les précédens passages momentanés d'une troupe beaucoup moins nombreuse, et qui n'avoit touché quVne petite partie du territoire de l'état. La situation du trésor étoit d'ailleurs bien différente aux deux époques. Quelque foibles que fussent ses ressources , elles aroient permis la première fois d'attendre le remboursement des frais beaucoup moindres des passages d'alors, et ce remboursement a été loyalement effectué par le gouvernement françoia, mais ces mêmes ressources ne sufffsoient pas cette fois-ci pour qu'on pût attendre Je remboursement d'une somme qui passe déjà i,5oo,ooo piastres, et qui augmente journellement par le passage continuel de troupes fraîches. Dans ce calcul on a compté pour rien les frais de logement et d'hôpitaux militaires, ni la valeur des bêtes de somme mortes ou perdues pendant les transports.

Les caisses publiques étant épuisées, le gouvernement eut d'abord recours aux réquisitions en nature. La difficulté de les exécuter promptev^ ment, et la déclaration des généraux que ce mode n'étoit pas proportionné à la grandeur et à l'urgence des besoins, forcèrent d'y renoncer.

Le général Saiut-Cyr lui-même, dans une lettre ci-annexée, fut celui qui donna l'idée de frapper toutes les provinces de l'état d'une impoaitioa

extraordinaire. Néanmoins le gouvernement s'efforça de suspendre cette mesure; il tâcha de pourvoir aux besoins par le moyen de contrats avec divers fournisseurs françois et romains, en leur faisant les plus foi-tes avances qu'il étoit en son pouvoir de faire, et leur abandonnant pour leur remboursement complet certaines branches des revenus des années futures; mais en peu de temps les moyens de ces fournisseurs furent épuisés^ et ils réclamèrent le payement de leurs avances liquidées.

Le gouvernement françois ayant tardé d'effectuer le remboursement qui avoit été sollicité, le souverain pontife, destitué de tout secours, pressé I de tous côtés, réduit à la plus complète pénurie, privé aussi des revenus futurs qui avoient été ■ cédés aux enlrepreneurs pour le payement de [ leurs dépenses faites, quel parti pouvoit-il prendre pour continuer à fournir les sommes considérables qu'exigeoit journellement le service de l'armée? Ildevoit^ ou faire cesser toute fourniture à l'armée, ou s'exposera voir arrêter toute espèce de payement, ce qui auroit causé ce mécontentement général qu'on vouloit éviter, ou enfin se résoudre à l'unique moyen qui lui resloit, savoir, de recourir à la bourse de ses sujets parle moyen ' d'une nouvelle Subvention.

Ce fut donc la force irrésistible d'une nécessité impérieuse qui, dans l'urgence des circonstances, obligea le Saint-Père à prendre ce moyen. Elis-

toit-il une manière à la fois plus rassurante pour ses sujets et plus honorable pour la France , que de ionner à l'impôt la forme d'un prêt, dont on annonçoit le remboursement 7 comment, dans la promulgation de cette subvention, le gouvernement auroit-il pu se dispenser d'alléguer, parmi d'autres causes, les avances qu'esigeoit le passage des troupes? Outre la nécessité de montrer au pulJlic la cause d'une urgence instantanée, et qui ne supporloit aucun retard, pour obtenir qu'il mît dans le payement de l'impôt la promptitude Bquîse, n'est-il pas probable qu'en passant sous JÙlence le motif qu'on reproche aujourd'hui au flouvernemen.t pontifical d'avoir avancé , ou auroit; justement produit l'inconvénient qu'on voulojt éviter, eti qu'on, évita eu elïet, en présen^mt cçtte circonstance de la manièro dont on a fait? , , j^ Qui ne vpit pas que, .si l'on avoit passé œtt^ cause sous sjlence , Je public entier , qui ne pouroit se faire illusion, l'aurbit devinée? et s'il l'avoit devinée, sans recevoir enmème temps l'assurance d'un remboursement^ le silence affecté du gouvernemeint i;i'auroit-il pfts véritablement provoqué cemécoutçntement.qu'en.présentantcetteigacaatia sous son aspect le plus loyal , on a eu la délicatesse de prévenir,?, . , ,, , ..„,,.

JjC Saint-Père ne doute pa s que des raisons si évir dentés ne détruisent , à l'ég^pd du premier point , les impressions, que La seule calomnie a pu produire, dans l'ame de S. M., et que S. M. elle-même, 1 1 ToM. il. G

(8a) dans la rectitude de son jugement, rendra justice k la pureté des intentions et à la délicatesse de la condnite observée par le gouvernement pontifical an milieu de ses plus grands embarras.

Pour ce qui regarde ]a seconde question, le Saint-Père assure Iranchement d'avoir la certitude que non seulement il n'existe à Rome aucun ïassenibleraent de chefs de bandes, comme on le suppose» mais qu'il ne-se troTive pas un seul de ces chefs ni à Rome ni dans tout l'élat.

Déjà plus d'une foi» le cardinal ministre a parlé de la présence supposée de ces chefs; chaque fois ïiotre sécurité calma ses inquiétudes. On l'engagea à indiquer un seul de ces individus; il ne le pnl jamais.

Soixante mille hommes de troupes francoisci ont traversé les Etats romains. Je demande si l'on peut désigner la moindre mésaventure que des militaires aient éprouvée par le fait de ces chefs de bandes, quand même ils marchoient par pelotons et isolés? Dans quel pays ont-ils joui, réunis ou isolément, de plus de tranquillité et de sûreté? Dans quel pays ont-ils trouvé une réception plus hospitalière et plus pacifique qu'à Rome et dans tout l'Etat pontifical?

A peine, dans l'immense nombre de soldats qui ont passé par tous les endroits de l'état, peut-on en compter un seul qui ait été offensé par suite de quelque violence exercée par Tun ou l'autre de fies camarades. Aucun n'a reçu !a nloindre injure

(85) paranimosité contre la nation ouïes troupes. Dans le très-petit nombre de ces faits qui n'excèdent pas quatre ou cinq, et qui tous étoient indëpendans de l'esprit d'hostilité, le gouvernement a usé de toute son énergie pour arrêter les auteurs des offenses que des individus François avoient reçues , quand même ils les avoient provoquées.

Rome est pleine de François, les uns domiciliés, les autres passagers. Elle est habitée par tant d'autres individus qui appartiennent à la France. Si les chefs de bande qu'on y su ppose s'y troavoient en effet, auroient-ils pu rester cachés à ces habilana intéressés à les faire connoître? auroienl-ils pu négliger de les indiquer? Tant de militaires et tant d'autres François isolés de leurs corps potifroient-ils y avoir passé et y passer journellement, sans avoir été aucunement molestés?

Les armées et les voyageurs français qui traversent journellement Rome et l'Etat pontifical Bont les témoins que le Saint-Père invoque. La Voix générale de tous confirme la loyauté de la conduite qu'observe le gouvernement pontifical envers le gouvernement françois, spécialement dans tous les rapports de la guerre actuelle et des armées françoises actuelles ; elle prouve la calomnie des rapports faits au gouvernement françois, comme si celui du Saint-Père avoit favorisé ses ennemis et l'insurrection de Naples. Un dénonciateur obscur qui ne sait articuler aucun fait , qui ne saiLnommer aucun individu, qui ne fournit ti*

(84) aucune preuve , mérite-t-ïl d'être écoulé? Prévau- [ dra - 1 - il sur l'opinion générale et sur des faits 1 incontestables ?

L'opinion de toute l'Europe qui a vu et voit encore dans le gouvernement pontifical une partialité décidée pour la France, ne garantit-elle pas à S. M- les intentions amicales de ce gouverr iiement? Nelui Sont-elles pas garanties encore par ie fait du prince de Hesse Philippstbal , commandant de Gaëte, qui , reprochant au gouvernement pontifical son penchant pour la France , a, de son autorité, enlevé des transports et des bàtimens portant pavillon pontifical, chassé le consul 4u fiaint-Père, et déclaré enfin qu'il étoit en guerre \ Oivec le Saint-Siège? Ces faits positift, récens, [publics, connus au ministre françois à Rome , j peuvent-ils se concilieraveclesinculpations qu'on r^t au gouvernement romain? A côté de ces faits parlans, est-il possible qu'existent ces sinistres projets, et les indignes intelligences pour la perte des individus de l'armée françoise, dont les ministres de ce gouvernement ont été calomnieux sèment accusés auprès de S, M. ? ., ,

Si, pour le passé , le miuistère de S. S. a suivi avec tant d'exactitude les traces que le penchant du Saint-Père pour la France lui prescrivoit, est-il croyable que maintenant il se soit écarté de ces sentimens ? Maintenant que la puissance et l'influence de S. M. se sont accrues à mesure que celles de ses ennemis ont diminué, quelle folie

(85) lie faudroit-il pas supposer à celui qui, ayant auparavant observé, dans toutes les circonstances, les égards les plus attentifs pour la France, voudroit les violer actuellement , et attirer à l'état les plus grands désastres, en organisant des systèmes d'attaque et d'inimitié si honteux et si contraires à son caractère connu, et en même temps si imprudens et si insignifians ?

Tous les François qui ont été ou qui demeurent à Rome, les militaires eux-mêmes, depuis le commandant en chef jusqu'au dernier soldat, rendront justice au ministère de S. S., et porteront lémoignage à l'impartialité, à l'autorité et à l'énergie avec lesquelles il s'est occupé de tous les objets qui étoient de sa compétence, et aux peines qu'il s'est données pour pourvoir sur-le-champ à tous leurs besoins, et leur procurer le traitement le plus hospitalier. Que S, M, daigne les consulter, Elle Terra si Elle a eu raison de soupçonner la loyauté de ce ministère envers la France et les individus de celte grande nation.

Le Saint-Père accepte cette responsabilité qu'on provoque contre son ministère, tant il est sûr de sa droiture. Cette responsabilité est illimitée par tout ce qui peut provenir de machinations et de complots hostiles. Par cette raison, pas un seul soldat françois n'aura à craindre rien de sinistre dans l'Etat pontifical , de même que , jusqu'à présent , i il ne lui est rien arrivé de pareil. Mais , pour ce * qui regarde d'autres causes indépendantes de

(86) celles-là, qui eat-ce qui pourroit garantir que, dans tel état que ce soit, et au sein de la France même, lin soldat françois ne sera, pour quelque niolif particulier, exposé à un événement malheureux? Et ai un tel événement arrivoit, que pourroit faire un gouvernement , sinon de punir les coupables avec promptitude et d'une manière exemplaire? Le gouvernement pontifical a récemnient donné une preuve éclatante d'une punition de ce genre. Le 7 du courant, un jeune homme de la dernière classe dn peuple, égaré par un excès de vin qui l'avoit rendu féroce, osa publiquement frapper sur les épaules un officier françois qui ne lui en avoit pas fourni de cause. H fut sur-le-champ arrêté, jugé et exécuté dans les quarante-huit heures. Le Saint-Père est sûr que, lorsque S. M. tournera son attention sur des réflexions d'une telle évidence , Elle reconnoîtra l'erreur où Elle a été j etée par de faux rapports.

On pourroit alléguer un nombre infini de faits pour démentir vigoureusement ces imputations. JjC Saint-Père en choisit quelques-uns pour être portés à la connoissance de S. M.

Quelle preuve plus éclatante de son désir de satisfaire les intérêts du gouvernement françois, quand il est question de personnes qu'il lui désigne comme coupables d'attentats contre sa tranquillité, le gouvernement pontifical pouvoit-il fournir que celle que présente l'arrestation du dac de Polmîeri à Civita-Vecchia, et de madame

Sarconi à Rome, l'un et l'autre soupçonnés d'intrigues contre la France ? Ne faudrait - il pa& supposer au gouvernement pontifical et à son ministère une inconséquence sans pareille, si, au mèmç moment où il se décide à des actes de ce genre, il favorisoit de vils insurgens, dea chefo de bandits ?

Pour nous rapprocher encore plus de l'objet dont il s'agit, quelle vigilance le gouvernement pontifical n'a-t-il pas employée pour expédier à tous les tribunaux et renouveler par dea circulaires les ordres lea plus énergiques, qui leur enjoignoient de surveiller, empêcher et punir sévèrement toute communication avec les insurgés du royaume de Pfaples? liCs rapports qu'on a reçus depuis et qu'on a toujours communiqués en original à M. le cardinal Fesch, donnent l'assurance qu'on n'a rien à craindre de ce côté-Jà.

Comme dans quelques contrées limitrophes do royaume on a trouvé des Napolitains dont la condruite avoit éveillé les soupçons, ou qui ne pouvoient fournir de bons certificats, ils ont été ÎDiraédiatement chassés de tout l'état ; on peut citer pour exemple ce qui est arrive à Alatro, Torriice et Bauco.

Quelques insurgés du royaume qui se sont introduits dans l'état, ont été arrêtés et consignés aux commandaus des troupes françoises à Ascolij à S.-LorenBO in Campagna et à Rieti.

Un petit nombre de sujets pontificaux trèa-insi-

renc

(88) gniflans , qui , pour de simples propos , s'étQÏent rendus suspects, ont été immédiatement arrêtés et soujnis à «ne procédure rigoureuse j la justice est sur le point de prononcer sur leur sort.

Enfin rien de plus clair que le fait arrivé, il y a quelques jours seulement , à Ascoli. Une horde de brigands napolitains tenta de pénétrer dans les états du Pape. Les solnats du Saint Père firent feu sur eux, les repoussèrent, prirent un de leurs chefs et le remirent au commandant françois qui a fait le plus grand éloge du zèle et de l'activité que le gouvernement a déployés en cette circonstance.

A côté de faits si importans et de tant d'autres qu'on pourroit alléguer, le Saint-Père éprouve un vif chagrin de voir que la conduite du gouvernement de Rome envers la France soit calomniée auprès de S. M. Le Saint-Père est fort du témoignage de sa conscience, qui lui dit que non seulement il n'arien fait qui puisse déplaire à S. M. , mais qu'il a au contraire cherché tous les moyens pour mériter, en tout ce qui étoit en son pouvoir et ne contrarioit pas son devoir, la bienveillance de S. M. à laquelle il attache le plus grand prix.

Dans son déplaisir, le Saint-Père se console, par la persuasion que S. M. ne pouvant désormais plus douter de la fausseté des imputations faites au gouvernement pontifical, trouvera dans ces circonstances un motif pour resserrer encore mieux les liens de cette amitié et de cette affection

(89) qu'Elle a toujours manifestée envers S. S. et son gouvernement.

Le soussigné ayant satisfait aux ordres du Saint- Père, en exposant ce qu'il vient de dire à V. Exe, en réponse à la note du 38 avril, a l'honneur» etc.

G. B. cardinal Càprara,

La seconde note de M. de Talleyrand-Périgord , qui porte la date du 3o avril, étoit conçue dans les termes suivans.

XTI. Note de M. de Talleyrand-Périgord , adres'séCf le 3o avril 1806, au cardinal Caprara.

Monsieur le cardinal,

S. M., en apprenant les nouvelles contributions imposées, parla cour de Rome, à toutes les classes cChabitans, a dû prévoir le mécontentement général que cette surcharge d'impositions pourroit exciter, et la position de TEfat ecclésiastique au milieu de ses états lui fait un devoir de prévenir les fâcheux résultats d'une mesure qui, en troublantla tranquillité publique au centre de l'Italie, pourroit propager les troubles dans les pays qui l'environnent. S. M. ne peut concevoir comment, sans dilapidation, les finances de l'Etat ecclésiastique auroientpu être réduites à un état si déplo- ,

rable, quand les circonstances de la guerre n'ont rien cuùlé au Saint-Siège, et que la Fraoce acquitte toutes les dépenses du passage de ses troupes dans les Etats de l'église.

S. M. , pour fixer son opinion sur les véritables causes d'un accroissement d'impôts, dont on veut rejeter sur elle la responsabilité , et qui paroît si évidemment lié à des dispositions contraires à la France, doit, parce motif, désirer d'avoir communication des revenus et des dépenses de Rome depuis deux ans, et Elle m'a chargé d'eu faire de aa part la demande expresse.

Je dois aussi, M. le cardinal, vous exprimer 4out l'étonnement qu'a éprouvé S. M. en apprenant que tous les chefs de niause, que tous les hommes qui ne s'étoient fait connoîfre que par des actes de violence, et même par des assassinats, vivoient à Rome impunis, protégés , et se flattent même de l'être par le cardinal Conaalvi, depuis qu'ils voyoient l'assassin de Duphot, le nommé Earberi , admis spécialement dans son intimité et dans sa faveur. Toutes ces liaisons, tout système de protectorat sont ignorés du Saint-Père, il en est innocent, et S. M. ne peut rien lui imputer; iiiais voyant que-les conseils qui l'environnent, et par qui tout se fait à Rome, tendent si constamment à perdre l'état, S. M. ne peut qu'être afligée du succès qu'ils continuent d'obtenir, et 1111e désire vivement , pour l'intérêt particulier de l.ii cour de Rome, la ramener au système d'amitié

et d'égards envers la France, qui peut seul prévenir pour elle de plus grands malheurs.

Je prie V. Em, d'agtéer les assurances de ma respectueuse considération.

paris, ce 5o avril 1806.

Signé Ch. Maur. Talleyrand.

I Le Saint-Père fit préparer la réponse suivante.

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