‹ Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles (volume 2)Chapitre 99 sur 141 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

ÜAUTIUER-VILLARS.

G. Ë. SCIIULZE

ARCHIVES NÉERLANÜAISES

DES

Sciences exactes et naturelles.

SUR LA

VALEUR DE LA PRESSION NÉGATIVE INTRATHORACIÜUE PENDANT LA RESPIRATION NORMALE,

PAR

A. HEYNSIUS.

C’est un des grands mérites de M. Donders d’avoir le premier mis nettement en lumière l’importance de l’élasticité du tissu pulmonaire pour le mouvement veineux du sang ^).

Après avoir fixé un manomètre dans la trachée d’un cadavre , il ouvrit le thorax. Le manomètre indique alors une pression positive, et M. Donders en conclut que la hauteur à laquelle le manomètre s’élève dans ces conditions donne la mesure de la pression négative dans le thorax, ou de l’aspiration du thorax, pendant la période d’expiration. En effet, lorsque toute action musculaire est exclue , la pression sur la face pleurale des poumons et sur les organes qui, en dehors des poumons, sont situés dans le thorax, doit être la pression atmosphérique dimi-

') Bydrage tôt het mechanisme van ademhaling en hloedsomloop , dans Ned. ÏMncet^ 2e série, 5e année, 1849 — 50. La traduction allemande n’a paru qu’en 1853, dans le Zeitschrift fur rationelle Medicin , t. III, p. 287.

Archives Néerlandaises, T. XVII. 20

nuée de l’élasticité des poumons, et cette élasticité est déterminée par la hauteur à laquelle monie le manomètre quand on ouvre le thorax.

M. Donders trouva pour cette pression manométrique chez l’homme 30 à 70 mm. d’eau, mais, dans les onze cadavres sur lesquels il expérimenta, les poumons présentaient toujours quelque affection pathologique (adhésions, etc.), de sorte qu’il supposa que , dans les poumons sains , la valeur de la pression manométrique surpasserait encore le maximum trouvé par lui. „Provisoirement”, ainsi conclut-il, „je crois donc pouvoir fixer la force élastique des poumons sains , après une expiration ordinaire, à environ 80 mm. d’eau”. '

Cette valeur croît considérablement aussitôt que les poumons sont dilatés par l’inspiration et que les fibres élastiques acquièrent ainsi une tension plus forte. Pour le prouver, M. Donders fixa à la trachée d’un cadavre une pièce en T, dont l’un des bras était relié à un manomètre, l’autre à une seringue double de Weiss. Â mesure qu’il introduisait de l’air au moyen de la seringue , le manomètre montait , et lorsque les poumons étaient fortement distendus , la différence de niveau du manomètre pouvait s’élever chez l’homme jusqu’à 18 mm. de mercure, équivalant à 240 mm. d’eau, et, chez le lapin, même jusqu’à 21 mm. de mercure.

Conformément aux idées alors régnantes, M. Donders croyait que la force avec laquelle les poumons tâchent d’expulser l’air devait, à raison de la tonicité, être encore plus grande durant la vie qu’après la mort. „A l’élasticité des poumons, due à une propriété physique des fibres élastiques, s’ajoute alors”, écrivait M. Donders, „la tonicité, qui dépend de l’état de tension des fibres contractiles (tissu musculaire organique) sous l’influence du système nerveux”.

Peut-on mesurer la tonicité, de même qu’on mesure l’élasticité? Directement chez l’homme , cela n’était pas possible. M. Donders expérimenta donc sur des lapins , des chats et des moutons. Chez l’animal vivant, le manomètre fut fixé dans la trachée, de sorte que l’air ne pouvait plus ni entrer , ni sortir. Sous la

menace d’asphyxie , les efforts respiratoires devenaient d’abord de plus en plus énergiques, et, au moment de l’effort le plus violent, M. Donders constatait une pression négative de 40 à 60 mm. de mercure, quelquefois encore plus forte. Bientôt, la respiration s’arrêtait. A ce moment, le mercure occupait en général le même niveau aux deux côtés. Si alors le thorax était immédiatement ouvert, le manomètre indiquait une pression positive de 5 — 9 mm. de mercure , — plus haute chez le mouton que chez le lapin. Mais, une demi-heure était à peine écoulée, que le mercure avait baissé d’environ

M. Donders attribua cet abaissement de ^ à la disparition de la tonicité, et le phénomène que les poumons, après l’ouverture du thorax, chez l’animal vivant, se réduisent à un volume plus petit, fut également mis par lui sur le compte du tonus. Mais il n’entendait pas qu’une trop grande valeur fût attachée à ce chiffre de % , les résultats des expériences faites de différentes manières (après asphyxie, après hémorrhagie, après section de la moelle allongée) ayant offert des divergences assez fortes.

D’après ces expériences, M. Donders estima la valeur de la force d’aspiration du^ thorax, dans la respiration paisible, à 754 mm. Hg pour l’expiration, et à 9 mm. pour l’inspiration. „En ajoutant”, dit-il [l. c., p. 342), „aux 80 mm. d’eau que nous avons admis pour la force élastique des poumons humains, un quart, c’est-à-dire 20 mm., pour la tonicité, nous obtenons 100 mm. d’eau, ou près de 7^ mm. de mercure, pour la résistance des poumons vivants après l’accomplissement d’une expiration ordinaire. Lors d’une inspiration ordinaire , cette résistance croîtra bien jusqu’à 9 mm., et elle atteint indubitablement au moins 30 mm, Hg dans une inspiration aussi profonde que possible”.

Depuis les recherches de M. Donders , il s’est écoulé plus de trente ans, circonstance qui ne doit pas être perdue de vue quand on veut apprécier ses • expériences. Jugées d’après les exigences du temps présent, ses déterminations quantitatives laissent à désirer, et ce défaut frappe d’autant plus, lorsqu’on

examine la question en détail, qu’insensiblement on en est arrivé à attacher à ces déterminations, sous le rapport quantitatif, plus de valeur que M. Donders lui-même ne leur en avait reconnue. A lire les divers Cours de physiologie , on croirait que les chiffres de 1% mm, Hg pour l’expiration et de 9 mm. Hg pour l’inspiration reposassent réellement sur des déterminations satisfaisantes , et que la différence de 1 % mm, Hg entre l’inspiration et l’expiration ordinaires , paisibles , fût établie d’une manière suffisamment certaine.

Or, il ressort de ce qui précède, qu’il n’en est pas ainsi. Pour ne rien dire de la tonicité des fibres musculaires organiques, qui, comme l’a montré entre autres M. Gerlach, n’exerce aucune influence sensible sur le volume des poumons, le Mémoire de M, Donders ne renferme aucune détermination sur laquelle repose le chiffre de 9 mm. pour l’inspiration ordinaire. 'M, Donders insufflait les poumons avec une seringue double de Weiss, qui à chaque soulèvement et abaissement du piston déplaçait exactement 100 c.c. d’air. Probablement, le chiffre de 9 mm, a été obtenu par M. Donders après qu’il eut insufflé une quantité d’air correspondant, au juger, à la capacité respiratoire ordinaire. Mais, à cet égard, le Mémoire ne nous apprend rien.

En ce qui concerne le volume d’air déplacé dans la respiration ordinaire, paisible, les opinions, en 1850, divergeaient beaucoup. Nulle part, chez M, Donders, on ne trouve une indication de la valeur qu’il a adoptée pour ce volume et on ne peut donc pas même conjecturer combien d’air environ avait été insufflé dans les poumons lorsque le nombre moyen de 9 mm, Hg était obtenu pour leur élasticité.

Si je ne me trompe, l’incertitude qui régnait en 1850 au sujet de la capacité respiratoire normale est la première cause pour laquelle le Mémoire de M. Donders ne contient pas de chiffres dont on puisse déduire la valeur de la pression négative durant l’inspiration; mais, en second lieu, les déterminations de l’élasticité des poumons à différents degrés d’expansion doivent avoir fourni à M. Donders, vu la méthode suivie par lui —

insufflation d’air dans la trachée — des résultats assez variables , et pour cette raison aussi il n'aura pas attaché .une grande valeur aux chiffres qu’il donnait pour la force d’aspiration dans l’inspiration et l’expiration normales. Lui-même ne les regardait pas comme suffisants.* ^^provisoirement , toutefois, il crut pouvoir en déduire que, dans une inspiration ordinaire, l’élasticité croîtrait bien jusqu’à 9 mm., donc de 1^4 ^9”-

Pour le principe que M. Donders voulait mettre en lumière, la détermination précise de la différence d’élasticité dans l’inspiration et l’expiration ordinaires n’était pas une condition de rigueur; aussi, quant aux points essentiels, les conséquences que M. Donders tira de ses expériences sont-elles encore vraies aujourd’hui. Il conclut justement: P que dans la respiration ordinaire et paisible, où l’expiration se fait passivement, sans action musculaire, en vertu de l’élasticité des poumons, la face pleurale des poumons et tous les organes situés en dehors d’eux, dans le thorax, se trouvent sous une pression moindre que celle de l’atmosphère, la différence étant précisément égale à l’élasticité des poumons; 2 “-que par suite, dans la respiration paisible, le sang est incessamment aspiré vers le thorax , et que cette aspiration profite surtout à la circulation veineuse; 3“ que l’élasticité des poumons augmente lors de l’inspiration, et que par conséquent la force de l’aspiration des poumons est. plus grande pendant l’inspiration que pendant l’expiration.

Mais dès qu’il s’agit d’appliquer l’influence de cette force d’aspiration in concreto , à des phénomènes particuliers , le besoin de déterminations plus exactes, surtout en ce qui concerne la différence de pression durant l’inspiration et l’expiration , se fait sentir. C’est ce que j’ai pu reconnaître, mieux que précédemment , à l’occasion des recherches exécutées par M. de Jager, au Laboratoire physiologique de Leyde, sur le mouvement du sang dans les poumons. La vitesse du courant sanguin dans l’état d’expansion des poumons, lorsque cet état avait été amené par une diminution de pression sur leur face pleurale, donc par aspiration, fut trouvée plus grande que dans l’état d’affaissement-

Mais la valeur, de l’aspiration par laquelle on produisait l’expansion pulmonaire était, dans les expériences de M. de Jager, ordinairement plus grande que 1% mm. Les résultats observés en dehors de l’organisme vivant, à cette pression négative plus forte, peuvent-ils être appliqués aux phénomènes qui se manifestent durant la vie? La connaissance exacte des rapports quantitatifs à l’état de vie est, on le voit, indispensable pour la solution de cette question.

A l’origine , j’avais cru qu’il serait assez facile de parvenir au but : les recherches de M. Donders paraissaient avoir simplement besoin d’être complétées, en ce sens, qu’on exécuterait les déterminations nécessaires de l’élasticité des poumons à différents degrés d’expansion. De ces déterminations, combinées avec la capacité respiratoire normale , il semblait que la différence de pression dans l’inspiration et l’expiration normales se laisserait déduire immédiatement. Quant à la capacité respiratoire normale, on est assez bien tombé d’accord, depuis la publication du travail de M. Donders , qu’elle s’élève à environ 500 c.c. pour un homme de taille moyenne, et il a aussi été reconnu, comme nous l’avons déjà dit, que la tonicité n’a pas d’influence appréciable sur le volume d’air qui est contenu dans les poumons.

Il -ne s’agissait donc , semblait-il , que de prendre un cadavre humain à poumons sains, et d’unir hermétiquement la trachée à une pièce en T, dans l’un des bras de laquelle serait fixé un manomètre. En fermant alors le second bras de cette pièce en T, et ouvrant le thorax, le niveau du manomètre indiquerait la force élastique du thorax pendant l’expiration; tandis que le niveau du manomètre après insufflation, par le second bras de la pièce en T, du volume normal d’air respiratoire (500 c,c.) ferait connaître cette force au moment de l’inspiration. Mais il suffît d’exécuter l’expérience une seule fois pour se convaincre que les résultats obtenus sont sans valeur. L’élasticité des poumons morts est très inconstante. Des quantités d’air égales , insufflées dans les poumons , conduisent chaque fois à des chiffres

• INTRATH0K.1CIQUE PENPANT LA RESPIRATION NORMALE. 305

différents et meme très discordants entre eux. A cela, d’ailleurs, il n’y a rien d’étonnant. Bien que l’élasticité des poumons dépende essentiellement de la quantité de tissu élastique qu’ils contiennent, les autres éléments histologiques (tissu musculaire organique, tissu connectif, vaisseaux sanguins, etc.) exercent pourtant aussi une certaine influence. Les poumons morts s’affaissent beaucoup moins que les poumons vivants , et leur élasticité est beaucoup moins parfaite. Lorsque la force expansive a cessé d’agir, les tissus constitutifs des poumons morts ne reviennent plus à leur forme (longueur) primitive. Après chaque insufflation on a afhrire, pour ainsi dire, à d’autres poumons, et il n’y a donc pas lieu d’être surpris que les chiffres trouvés pour la force élastique des poumons, aux mêmes degrés d’expansion, ne présentent aucun accord.

Il faut donc expérimenter sur les poumons ou bien pendant la vie, ou bien immédiatement après la mort, et, pour cette raison, la détermination de l’élasticité des poumons de l’homme n’est pas possible, ou ne l’est qu’exceptionnellement. M. Hutchinson a communiqué deux expériences dans lesquelles l’élasticité de poumons humains sains a - été déterminée par lui , à différents degrés d’expansion ’). Immédiatement après la mort des sujets, alors que la température du corps était encore de 97'’, 5 et 98'’, 5 Fahrenheit, il introduisit un manomètre dans la trachée et détermina, tout comme M. Donders, l’élasticité des poumons telle qu’elle est à l’ouverture du thorax , et après insufflation de différentes quantités d’air. L’une des deux expériences eut lieu sur les poumons d’une femme de 28 ans , mesurant 1,75 m. de hauteur. Malheureusement, dans cette expérience, le manomètre n’avait pas été bien fixé dans la trachée, de sorte qu’un peu d’air s’échappa au moment de l’ouverture du thorax. La détermination de l’élasticité avant

') Tofkl , Encyclopaedia of anat. and physiol. ^ Art. Thomx^ p. 1059, 1849 — 1852. Les déterminations de M. Hutchinson sont exprimées en mesures et poids anglais. Je les ai ramenées au système métrique.

l’insufflation d’air (14,7 mm. d’eau =z: 1 mm. Hg environ) n’a donc pas de valeur dans cette expérience. Après insufflation de 1640 c.c. d’air, la force élastique s’éleva à 137,5 mm. d’eau ou 10 mm. de mercure; après une nouvelle insufflation de 1640 c.c,, à 254 mm. d’eau ou 18,8 mm. de mercure; enfin, après qu’on eut introduit encore 1476 c.c. d’air, elle fut trouvée égale à 508 mm. d’eau ou 37,6 mm. de mercure. La seconde expérience porta sur les poumons d’un homme de 29 ans, ayant une taille de 1,76 m. et un poids de 56 kilogrammes. De cette expérience de M. Hutchinson nous pourrions déduire toutes les relations quantitatives désirées, s’il avait procédé d’une manière plus systématique dans l’insufflation de l’air. L’élasticité des poumons, avant toute insufflation d’air, au degré d’expansion qu’ils possédaient dans le cadavre, équivalait ici à 61 mm. d’eau ou 4,5 mm. de mercure, tandis qu’après insufflation successive de 1476, 328^ et 2870 c.c. d’air, on trouva respectivement 182, 207 et 431 mm. d’eau, ou 13,4, 15,3 et 31,9 mm. de mercure , pour la force élastique.

M. Hutchinson croyait qu’au moment de la mort Vair dit de réserve (l’air qui, après l’expiration ordinaire, passive, peut encore être expiré par l’action musculaire) était expulsé des poumons , où il ne resterait ainsi , chez le cadavre , que Vair résiduel; en conséquence, il commença par insuffler 1476 c.c. d’air, ce qui devait, selon lui, dilater les poumons jusqu’au volume qu’ils avaient possédé à la fin de l’expiration normale. C’est là une erreur, dans laquelle M. Hutchinson ne serait pas tombé s’il avait connu le Mémoire de M. Donders. Dans les circonstances habituelles, ,,1’air de réserve” existe encore dans les poumons du cadavre ^), et M. Hutchinson concluait donc à tort de ses expériences que l’élasticité des poumons humains, lors de

D Je néglige ici les écarts que la quantité rie cet „air de réserve” peut présenter chez le cadavre, par suite du changement qu’éprouvent les rapports entre Ips viscères abdominaux et le diaphragme, lorsque l’homme passe de la position verticale à la position hoiûzontale, ou lorsque les animaux se couchent sur le dos.

l’expiration, aurait une valeur de 182 mm. d’eau, ou 13,4 mm. de mercure. Des résultats communiqués par lui pour le cadavre d’homme, il suit, comme nous l’avons vu, que la valeur de cette élasticité n’était, dans son expérience, que de 61 mm. d’eau, ou 4,5 mm. de mercure.

Si désirable qu’il eût été que M. Hutchinson, pour l’insufflation de l’air, opérât plus systématiquement, les chiffres donnés permettent pourtant de calculer, avec beaucoup de probabilité, la valeur qu’il aurait trouvée, par la méthode suivie, pour l’élasticité de ces poumons humains , s’il avait insufflé le volume d’air normal de la respiration, à savoir, 500 c.c. L’accroissement de l’élasticité, de 61 mm. d’eau jusqu’à 182 mm. après l’insufflation de 1476 c.c. d’air, et de 182 mm. jusqu’à 207 mm. après une nouvelle insufflation de 328 c.c., est si régulier, que nous ne pouvons commettre une erreur bien grande en nous en servant pour calculer l’augmentation de force élastique qu’aurait produite l’insufflation de 500 c.c. d’air. Ce calcul montre que l’augmentation en question, pour 500 c.c., aurait été de près de 41 mm. d’eau ou 3 mm. de mercure, c’est-à-dire le double de ce qu’avait admis M. Donders. Si la remarque n’en a pas été faite plus tôt, cela tient probablement à la marche peu systématique suivie par M. Hutchinson pour l’insufflation de l’air et surtout à ce que ses résultats étaient donnés en mesures anglaises.

Quel que fût mon désir de faire l’expérience sur l’homme (avec des poumons sains, donc en cas de mort subite) immédiatement après le décès, je pouvais à peine espérer en trouver jamais l’occasion. J’ai donc dû me borner à l’étude des rapports quantitatifs chez les animaux, afln d’en conclure, par analogie, aux rapports quantitatifs chez l’homme. Il va sans dire que dans cette application il faut tenir compte, ici comme partout ailleurs, des différences caractéristiques qui peuvent exister, en ce qui concerne la respiration , tant entre les différentes espèces d’animaux, qu’entre elles et l’homme.

La voie la plus courte et la plus directe pour parvenir au but serait, naturellement, de déterminer la valeur de la

pression négative dans l’inspiration et l’expiration ordinaires, sur l’animal vivant, en faisant communiquer un manomètre avec la cavité pleurale ; mais cette méthode directe a le grand inconvénient qu’on a peu de chances d’apprendre , de cette manière, les rapports dans la respiration normale^ 'paisible^ vu que l’ouverture du thorax et l’introduction d’une canule apportent dans les phénomènes respiratoires un trouble profond. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait employé un détour pour arriver à la connaissance de la valeur de la pression négative dans la cavité thoracique de l’animal vivant.

MM. Âdamkiewicz et Jacobson ont à cet elfet introduit une canule, fermant hermétiquement, dans le péricarde, et déterminé la pression négative dans cette cavité chez des moutons , des chiens et des lapins. Un trocart, dont le stylet avait une pointe courte et mousse , était enfoncé dans le péricarde à travers le quatrième espace intercostal. A ce trocart était fixé un tube latéral, muni d’un robinet et relié au manomètre. Le stylet fermant hermétiquement est retiré jusqu’au niveau de ce tube latéral. Il en résulte naturellement un espace vide d’air , et MM. Adamkiewicz et Jacobson pensent que cette aspiration, qui correspondait à une pression d’environ 1,5 mm. de mercure, doit être soustraite des chiffres trouvés par eux pour la pression négative. Ils obtiennent ainsi , chez ces' animaux , une pression négative de 3 à 5 mm. de mercure, chiffres qu’ils n’ont pas vu dépasser durant la respiration paisible.

MM. Heger et Spehl donnent aussi trois déterminations de la différence de pression qu’ils ont trouvée, pendant l’inspiration et l’expiration, dans le péricarde du lapin, au moyen de leur ^fistule péricardique”. Ils se proposaient de déterminer la quantité de sang dans les poumons au moment de l’inspiration et de l’expiration , et à cet effet ils introduisaient dans le péricarde un petit tube en U, sur lequel les vaisseaux afférents et efférents

i) Centralhlatt f. d. Med. Wi'^sensch. 1873, p. 483.

*) RecJierches sur la fistule péricardique chez le lapin {Arch. de biol.-> t. Il, p. 153, 1881).

du cœur pouvaient ctre lies instantanément. A l’un des bras de ce tube en U était adapté un manomètre, et, après que le tube avait été fixé hermétiquement dans le péricarde, on reliait l’autre bras à un aspirateur, à l’aide duquel on produisait une raréfaction d’air de 4 à 10 mm. de mercure. Dans trois expériences faites de cette façon, les auteurs observèrent dans le péricarde une différence de pression de 5, 2 et 4 mm., donc en moyenne de 3,6 mm, Hg ^ pendant l’inspiration et l’expiration.

Suivant M. Luciani et M. Rosenthal *), il y a un moyen bien plus simple et plus facile d’étudier les oscillations de la pression négative dans la cavité thoracique. Il suffît, pour cela, d’introduire une sonde dans l’œsophage. La sonde étant reliée à un manomètre, on voit celui-ci baisser à chaque inspiration et monter à chaque expiration , conformément au changement de la pression intrathoracique lors de l’augmentation et de la diminution de volume des poumons. En employant, au lieu du manomètre, le cardiographe de Marey, on a, suivant M. Rosenthal, — je n’ai pu consulter le Mémoire de M. Luciani — une des meilleures méthodes pour enregistrer les périodes et l’intensité des mouvements respiratoires , les oscillations constituant une mesure directe du degré de dilatation ou de contraction que le thorax éprouve. Mais, suivant M. Rosenthal, la valeur absolue de la pression négative pourrait également être déterminée de cette manière, si l’on munit la sonde d’un robinet et qu’on l’introduise , ainsi fermée , dans l’œsophage , comme MM. Adamkiewicz et Jacobson introduisaient leur trocart dans le péricarde ^). Le robinet n’étant alors ouvert qu’après que l’extrémité ouverte de la sonde a pénétré dans la partie de l’œsophage contenue dans le médiastin, le manomètre indique, selon M. Rosenthal, la vraie valeur absolue de la pression négative

') Voir l’article ^^Athemhewegungen'’'’ flans: Hermann, Hanclbuch der Physiologie ^ t. IV, 2^ part, p. 226, et Archiv f. Physiologie von Du Bois-Reymonrl , 1880, Supplementhcmd^ p. 34.

D Ueher den intrathoracalen Druck ^ dans: Archiv f. Physiol. von Du Bois-Reymond, 1882, p. 152,

dans le thorax. Aussi M. Kosenthal trouve-t-il ainsi les mêmes chiffres que MM. Adamkiewicz et Jacobson. Chez les lapins, il obtient tout au plus une valeur de 40 mm. d’eau zzi 3 mm Hg pour la pression négative. Les chiens et les chats lui donnent à peu près les mêmes chiffres; pourtant, d’après lui, la pression négative est „chez les chiens, parfois un peu plus grande, allant jusqu’à 50 mm. d’eau, et les mouvements respiratoires sont chez eux plus étendus que chez les lapins”. Il a aussi fait, en collaboration avec M. Leube, des déterminations analogues sur l’homme, déterminations dont les résultats sont communiqués par lui dans les termes suivants: „La pression négative s’élevait à 40 — 60 mm. d’eau, c’est-à-dire à une valeur peu plus élevée que chez le lapin; les mouvements respiratoires ordinaires ne produisent que des oscillations de quelques millimètres. Mais lorsqu’on fait respirer profondément, la pression monte à — 100 jusqu’à — 120 mm”.

Tant MM. Adamkiewicz et Jacobson que M. Rosenthal partent, comme le prouve leur conclusion, de l’hypothèse que dans le péricarde et dans la partie thoracique de l’œsophage règne la même pression que dans la cavité pleurale. En admettant pour un instant la vérité de cette hypothèse, nous avons donc à rechercher quel changement s’opère lorsqu’on introduit dans ces parties un manomètre contenant un certain nombre de c.c. d’air à la pression atmosphérique ordinaire. Aussitôt que la communication avec la cavité péricardique , ou avec l’œsophage, sera établie, cet air se dilatera de manière que sa tension devienne égale à la pression dans le péricarde, ou dans l’œsophage. Jusqu’à quel point il en résultera un changement dans les rapports, cela dépendra du changement de capacité du bras de communication du manomètre et de l’agrandissement de volume de l’air qui y est contenu. La capacité du bras fermé du manomètre, jusqu’au péricarde, est agrandie par le retrait du stylet dans le trocart , ra'petissée par l’ascension de la colonne liquide dans le bras fermé , ensuite de la diminution de pression. Lorsque ces deux changements de capacité

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se balancent exactement, la condition normale du coeur et du péricarde n’est pas modifiée, et la tension du péricarde (par conséquent aussi la résistance qu’il oppose à la pression atmosphérique) conserve sa valeur ordinaire. Lorsque l’air contenu dans le tube de communication se dilate, une certaine quantité de cet air pénètre dans le péricarde , qui par suite se gonfle , diminuant d’autant l’espace qui reste dans le thorax pour les poumons. L’expansion de ceux-ci sera alors réduite de tout l’espace occupé en plus par le péricarde. Si la tension du péricarde, dans ces circonstances, s’écarte peu de l’état normal, la pression dans la cavité péricardique changera peu, parce que la résistance du péricarde (son coefficient d’élasticité) ne subit aussi qu’un faible changement. Si la quantité d’air qui du tube de communication du manomètre passe dans le péricarde est grande , il pourra en résulter une augmentation notable de la tension du péricarde, et par suite aussi un changement de la pression dans la cavité péricardique ^).

Comme, dans les expériences de MM. Adamkiewicz et Jacobson , il n’aura probablement pas pénétré beaucoup d’air dans la cavité péricardique, je suis porté à croire que la pression qu’ils y ont rencontrée ne différait pas sensiblement de celle qui y règne normalement.

Or, la résistance du péricarde, et par conséquent aussi la différence de pression des cavités péricardique et pleurale, est

*) C’est ce que prouvent les expériences de MM. Heger et SpehJ. Ils ouvraient le péricarde, de manière que l’air y avait un libre accès, et néanmoins les poumons ne s’affaissaient pas : „Malgré l’ouverture du médiastin”, disent-ils (l. c.), „la respiration s’effectue régulièrement et le jeu du ■ diaphragme provoque une expansion pulmonaire qui permet de conserver l’animal vivant pendant des heures. Parfois il arrive cependant que, dans les premières minutes qui suivent l’incision sternale, la respiration est anxieuse, saccadée, entrecoupée de spasmes tétaniques, qui font craindre l’asphyxie; si la plèvre est intacte, cette gène ne sera que momentanée et après quelques convulsions le calme se rétablira et toute menace d’asphyxie disparaît”. Dans ces conditions, le péricarde est donc dilaté, et par suite tendu, dans une mesure telle qu’il résiste à la pression atmosphérique.

certainement faible. Pour cette raison, j’admets volontiers que les chiffres trouvés par MM. Adamkiewicz et Jacobson , pour la pression négative dans la cavité péricardique, s’accorderont assez bien avec ceux de la cavité pleurale. Mais la dépression de 1,5 mm. Hg ^ que détermina le retirement du stylet, ne doit pas être soustraite des chiffres trouvés , ainsi que l’ont fait MM. Adamkiewicz et Jacobson ; à la valeur donnée par eux il faut donc ajouter 1,5 mm. Hg pour obtenir la vraie pression négative dans le péricarde.

JJai beaucoup plus d’objections contre l’application de cette hypothèse à l’œsophage. Bien entendu , je ne conteste nullement que le médiastin postérieur et l’œsophage qu’il entoure n’éprouvent aussi l’influence de la pression négative qui règne dans la cavité pleurale; mais, que la pression négative dans la partie thoracique de l’œsophage soit égale à celle de la cavité pleurale, voilà ce qui est improbable à priori. La résistance de la paroi œsophagienne et du médiastin devrait alors être nulle. Dès qu’elle possède une certaine valeur, l’air contenu dans l’œsophage clos doit se trouver sous une pression plus élevée que celle de la cavité pleurale, la différence étant précisément égale à cette résistance. Tout ce qui a été dit ci-dessus, à propos des recherches de MM. Adamkiewicz et Jacobson, du péricarde et de sa cavité, s’applique aussi, mutatis mutandis^ au cas actuel. Mais la résistance de la paroi œsophagienne , avec son entourage de tissu connectif et sa tunique musculeuse , est indubitablement beaucoup plus grande et augmente dans une mesure notable dès que la paroi musculeuse est tendue. Si l’on introduit la sonde ouverte dans l’œsophage et que par conséquent l’air atmosphérique y pénètre librement , la paroi œsophagienne sera vite dilatée de manière à supporter, comme le péricarde dans les expériences de MM. Heger et Spehl , la pression totale de l’atmosphère, et cette dilatation ne pourra être considérable, comme le prouve le fait qu’aucun trouble important de la respiration n’est éprouvé à la suite de l’introduction d’une sonde œsophagienne ouverte. La paroi de l’œsophage et le tissu

connectif du rncdiastin qui l’entoure opposent donc une certaine résistance , et , autant vaut cette résistance , autant devra être plus faible la pression négative qu’on trouve dans l’œsophage avec une sonde fermée.

Il est regrettable que M. Rosenthal n’ait pas cherché à vérifier sa théorie par l’expérience. S’il l’avait fait , il aurait immédiatement reconnu qu’avec la sonde œsophagienne on ne mesure , comme il était à prévoir , qu’une partie de la pression négative existant dans la cavité pleurale, et que par là s’explique aisément la faiblesse des chiffres qu’il a obtenus pour la pression négative en général et pour ses différences dans l’inspiration et l’expiration tranquilles.

Plus loin , en faisant l’exposé de mes propres recherches , je reviendrai encore brièvement sur. la théorie de M. Rosenthal. Des expériences qui seront alors communiquées , il ressortira avec évidence , je crois , que la valeur absolue de la pression négative dans la cavité pleurale, chez les animaux et chez l’homme, ne peut être trouvée de cette manière.

Directement dans la cavité pleurale, la pression négative a été déterminée par M. d’Arsonval ’) et par M. Fredericq ^). A l’origine, M. d’Arsonval introduisait un trocart mousse dans la cavité pleurale droite; mais, le poumon étant parfois blessé dans cette opération, il mit plus tard la plèvre costale à nu, y pratiqua une petite ouverture et fit alors pénétrer dans la cavité pleurale une canule incompressible , munie de trous latéraux. A la partie de cette canule sortant du thorax était lié un bout de tube en caoutchouc. Ce tube de caoutchouc servait à aspirer l’air entré dans le thorax , après quoi on le fermait par une serre-fine. La communication de la canule avec le manomètre ou avec le cardiographe pouvait alors être établie. M. d’Arsonval trouva ainsi, dans la cavité pleurale d’un chien respirant librement et normalement, une pression

*) Recherches théoriques et expérimentales sur le rôle de Védasticité des poumons dans les phénomènes de la circulation, Paris, 1877.

-) Archives de biologie, t. III, 1882, p. 55.

négative de 200 — 220 mm. lors de l’inspiration et de 150 mm. lors de l’expiration, par conséquent, une différence de pression de 60 mm. d’eau ou 4,4 mm. Hg.

M. d’Arsonval ne rapporte que cette seule expérience et n’ajoute d’ailleurs aucun commentaire. La valeur absolue de la pression négative qu’il a trouvée dans la cavité thoracique est, on le voit , très grande , mais cette circonstance paraît lui avoir échappé.

M. Fredericq introduit dans la cavité pleurale, à travers les muscles intercostaux, un petit tube de verre à pointe mousse, qui est relié au manomètre et possède une ouverture latérale. Cette introduction se fait sans que l’air pénètre dans la plèvre. Le manomètre est rempli de mercure et d’eau, ou bien d’eau seule, jusqu’au tube de verre. M. Frédencq trouve ainsi que la pression intrathoracique ne présente que de très petites oscillations. Il ne donne toutefois aucun chiffre , ni pour la valeur absolue de la pression négative, ni pour la différence de pression *).

Quel que soit l’intérêt attaché à la détermination de la pression négative sur l’animal vivant, il m’a paru impossible de trouver de cette manière, les relations normales et en conséquence je suis revenu assez promptement à la méthode indirecte appliquée par M. Donders et M. Hutchinson et consistant à déduire la pression négative dans le thorax de l’élasticité du tissu pulmonaire à différents degrés d’expansion.

Immédiatement après la mort de l’animal, — qui dans les expériences suivantes a toujours eu lieu par hémorrhagie à la suite de la section de l’aorte abdominale , — les nerfs vagues et sympathiques étant ordinairement coupés au cou, — je

*) Au moment de la correction de ces pages, je reçois de M. Weil une monographie „Zwr Lehre vom Pneumothorax^ dans laquelle se trouvent quelques déterminations de la pression négative dans le thorax chez le la})in et le chien. Je reviendrai sur les déterminations de M. Weil après que J’aurai communiqué mes résultats.

coupés au COU, — je liais dans la trachée une pièce en T, dont chacun des deux’ bras portait un robinet. L’un des bras conduisait à un manomètre, l’autre communiquait avec un tube gradué rempli d’air, par lequel , au moyen de la pression d’une colonne d’eau, on pouvait insuffler dans les poumons la quantité d’air voulue. Les robinets que portait la pièce en T fixée dans la trachée permettaient de retirer les poumons du thorax sans que l’air „résiduel” fût expulsé.

Ces déterminations ne fournirent, pas plus que celles faites sur les poumons morts, le résultat désiré. Maintenant encore, les chiffres montraient tant de discordances, que la valeur de l’élasticité des poumons , à différents degrés d’expansion , ne pouvait en être conclue , même approximativement.

Ce résultat s’explique. Lorsqu’on ouvre le thorax après la mort, les poumons, ainsi que l’ont montré MM. Hermann et Keller ^ ) , ne deviennent pas atélectasiques , mais renferment toujours encore un peu d’air, parce que, dans ces circonstances, les bronchioles s’affaissent au point le plus étroit, c’est-à-dire, à leur passage dans l’infundibulum , de sorte que l’air contenu dans les alvéoles ne peut plus s’échapper ^). Par suite aussi, une fois les poumons affaissés, l’accès aux alvéoles est fermé à l’air en beaucoup d’endroits. Il en résulte que, si l’on vient à insuffler de l’air, il ne se produit pas une expansion uniforme. Dans les insufflations successives , continuellement des bronchioles s’ouvrent qui étaient fermées dans une expérience précédente, et réciproquement. On a donc, ici également, affaire chaque fois à d’autres poumons. Même quand les poumons n’ont pas subi un affaissement complet, mais ont été maintenus dans l’état d’expansion où ils se trouvent après une expiration ordinaire, l’insufflation de l’air par la trachée ne produit pas une dilatation uniforme^ l’air ne trouvant pas partout un accès également facile aux alvéoles pulmonaires.

*) Archiv f. Physiol. von Pflüger, t. XX, 1879, p. 365.

*) Lorsque la vie persiste, cet air est peu à peu absorbé par le sang, et, dans ces conditions, une atélectasie véritable se produit.

Archives Néerlandaises, T. XVII.

Si l’on veut obtenir des résultats utilisables, il faut dilater les poumons non par une pression positive du côté de la trachée, mais par une diminution de pression sur leur face pleurale, comme cela a lieu durant la vie. M. Hutchinson était déjà arrivé à cette même conviction , ' ainsi que je l’ai reconnu plus tard. „The lungs”, dit-il {l. c., p. 1059), „are very délicate organs and can resist but little artificial force : for if once inflated to the ordinary State of either the breathing volume or vital capacity volume, they do not appear able to collapse again to their original size; — probably intralobular emphysema is produced.

In our experiments we forced air into the lungs; they were expanded because we inflated them. We now think it would be bettei* to inflaie them by expanding them (removing the external atmospheric pressure), and allow the air to drop into the air vesicles by its own gravitation (as in living respiration), when they would in ail probability collapse freely to their original position”.

Effectivement, les poumons sont des organes très délicats, qui opposent peu de résistance aux influences nuisibles. Lorsqu’on les extrait du thorax, quelque soin qu’on apporte à cette opération, ils subissent aisément une compression en l’un ou l’autre point. Aussi m’a-t-il paru beaucoup plus sûr de laisser les poumons en place et de déterminer leur expansion par la pression négative que produit l’abaissement du diaphragme.

Je me suis servi de l’appareil représenté dans la fig. 1. Deux tubes communiquants A et d’environ 500 c.c. de capacité et dont l’un, 5, est divisé en c.c., sont reliés, par un tube de caoutchouc à parois épaisses, à une pièce en T, dont l’extrémité ouverte h est fixée hermétiquement dans la trachée de l’animal au moyen de plusieurs ligatures de soie épaisse. L’autre bras conduit au manomètre. Les robinets e, f et g permettent d’établir ou de supprimer le contact avec l’air et avec le manomètre. La cavité abdominale ayant été ouverte , puis la trachée unie à l’appareil, un aide abaissait uniformément le diaphragme, jusqu’à ce que la quantité voulue d’air eût été

aspirée dans les poumons. Au fur et à mesure que l’air pénétrait dans les poumons, on laissait couler, avec la même régularité , l’eau du réservoir D , de manière qu’à la fin le niveau fût redevenu égal dans les deux tubes et que l’air contenu dans les poumons se trouvât par conséquent sous la pression de l’atmosphère. Le robinet f étant alors fermé , la main retirée de la cavité abdominale et le robinet c ouvert, on lisait sur le manomètre la force élastique des poumons dans les conditions de l’expérience. La valeur ainsi obtenue pour l’élasticité pulmonaire est nécessairement trop faible , parce que, en dépit de l’occlusion de la trachée, les poumons s’affaissent un peu , par suite de la compression que leur élasticité même fait subir à l’air qu’ils renferment. A proprement parler, on ne déter- 21*

mine donc pas l’élasticité que les poumons possèdent lorsqu’ils sont distendus par le volume d’air aspiré, mais l’élasticité qu’ils ont en présence de ce volume d’air diminué de la quantité qui correspond à la compression. L’erreur en question est naturellement d’autant plus grande qu’il reste un plus grand espace entre les poumons et le manomètre. Il faut donc lier la canule aussi profondément que possible dans la trachée , et réduire aussi, autant qu’on le peut, l’espace nuisible A, f qï e jusqu’à la colonne liquide du manomètre. Surtout quand on opère sur de petits animaux , l’influence de cet espace doit êtré prise en considération. Dans mes expériences sur des animaux de petite taille, il n’était que de 3 c.c. Dans mes premières expériences sur des animaux plus grands, il s’élevait à 9 — 12 c.c.; plus tard, je l’ai réduit aussi pour ces animaux jusqu’à 6 c.c., mais, en employant successivement les deux manomètres avec les mêmes poumons, au même degré d’expansion, j’ai eu la satisfaction de reconnaître que cet espace nuisible, dans mes premières expériences sur des chiens, n’avait pas exercé d’influence sensible sur les chiffres trouvés. Peu à peu, je me suis convaincu que par cette méthode on obtient pour l’élasticité des poumons des chiffres parfaitement concordants , s’il est satisfait aux conditions suivantes :

1°. Lors de l’aspiration, les volumes d’air doivent être mesurés ^rès-exactement', et la tension de l’air doit être toujours absolument égale à celle de l’atmosphère.

2~. Pour atteindre ce but, l’expansion du poumon doit se faire uniformément et par conséquent avec lenteur, et l’eau doit également affluer d’une manière uniforme dans le tube A , de façon que durant l’aspiration il ne se produise aucune différence notable de pression , positive ou négative , et qu’à la fin de l’aspiration le liquide occupe exactement le même niveau dans les deux tubes A et B. L’affaissement des poumons, après l’expansion, ne doit pas non plus s’effectuer trop rapidement.

3°. L’expérience ne doit pas être trop prolongée. Il faut y mettre fin dès que la température des poumons s’est notable-

ment abaissée. Si, dans ce cas, on continue l’expérience, les chiffres qu’on obtient, pour le même degré d’expansion, deviennent successivement plus forts. Pour cette raison, et eu égard aux conditions mentionnées en 2®., l’expérience présente plus de difficultés chez les animaux de grande taille, parce qu’alors il y a de grandes quantités d’air à déplacer et que, par suite, chaque détermination demande plus de temps.

4®. Le premier chiffre qu’on obtient est ordinairement trop faible et doit donc être négligé. Cela est surtout le cas lorsque, à la première expansion des poumons, il n’a été aspiré qu’une petite quantité d’air. On peut alors se convaincre directement qu’après l’expansion il reste plus d’air dans les poumons qu’il n’y en avait auparavant. En effet, si oij laisse écouler par le robinet i assez d’eau pour que le niveau dans le tube A reprenne sa hauteur primitive, le liquide devrait, dans la supposition que le volume d’air contenu dans les poumons n’eût pas varié, se trouver au même niveau dans les deux tubes A et B. Or, tel n’est pas le cas; l’eau s’élève alors plus haut dans le tube B, preuve que les poumons contiennent plus d’air, et sont donc moins affaissés, après qu’avant l’expansion ^).

Pour montrer que, lorsque toutes les précautions sont observées, les chiffres qu’on trouve pour l’élasticité des poumons à des degrés égaux d’expansion ne laissent rien à désirer, je communiquerai ici, dans leur entier, quelques-unes de mes expériences.

0 Je présume que cela tient à ce que, lorsque l’animal est couché sur le dos, la cavité abdominale ouverte, le diaphragme se voûte un peu plus que dans l’expiration ordinaire, de sorte que les poumons s’affaissent aussi 'un peu plus dans le thorax fermé, en supination, que lors de l’expiration ordinair^, dans l’attitude debout. Dans ce cas, il se produira encore le phénomène sur lequel MM. Hermann et Keller ont attiré l’attention. Après la mort de l’animal, il se passe un certain temps avant que le manomètre soit fixé dans la trachée, et durant ce temps un peu d’oxygène est sans doute encore absorbé. Les bronchioles et les conduits alvéolaires doivent alors être d’abord rouverts, et les alvéoles eux-mêmes remplis de nouvel air, avant que les rapports normaux soient rétablis.

Quantité de l’air inspiré, en c.c.

Pression positive dans la trachée, en mm. d’eau.

quatre

premières

séries sont

relatives au chien.

quième au lapin.

Il va sans dire que les chiffres ne furent pas toujours aussi parfaitement égaux que dans les expériences qui viennent d’être citées et qui se rapportent à la fin de mes- recherches, alors que j’avais appris à connaître toutes les circonstances qui peuvent donner lieu à des résultats défectueux ; pourtant , dès mes premières expériences, les résultats étaient déjà de nature à me rassurer suffisamment sur la valeur de la méthode employée.

Pour avoir un terme de comparaison, j’ai déterminé en premier lieu , chez le chien et chez le lapin , l’élasticité des poumons au degré d’expansion qu’on obtient lorsque le volume d’air aspiré est dans un rapport déterminé avec le poids du corps. Pour l’homme de taille moyenne, du poids de 72 kilogrammes, on admet généralement que la quantité normale de l’air respiré est de 500 c.c. Provisoirement, je supposai que chez le chien et le lapin le rapport entre le poids du corps et l’air respiratoire serait le même que chez l’homme.

L’expérience terminée et les poumons de nouveau affaissés, j’ouvrais le thorax et déterminais ainsi l’élasticité des poumons lors de l’expiration.

J’ai trouvé de cette manière, chez le chien:

Poids du corps , en

kilogr.

Capacité respiratoire calculée , en c.c.

Quantité de r ailinspiré , en c.c.

Pression positive dans la trachée , eu

mm. d’eau

Pression négative à

l’inspiration,

en

mm. d’eau j mm. Rg.

dans le thorax

l’expiration ,

mm. d’eaujmm. Hg .

Différence de pression à l’inspiration et à l’expiration, en

mm. d’eau 1 mm. Hg.

Ainsi que je l’ai déjà dit, les chiffres qu’on obtient pour

l’élasticité s’élèvent peu à peu lorsque l’expérience est longtemps prolongée. Pour cette raison, dans les expériences 1 et 16, le thorax fut ouvert immédiatement, afin de contrôler les autres chiffres relatifs à l’élasticité dans l’expiration, chiffres qui, naturellement, ne peuvent être obtenus qu’à la fin de l’expérience. Dans l’expérience 9, la détermination de l’élasticité fut perdue, parce qu’on avait oublié de fermer le robinet du tube trachéal.

Il suit des chiffres ci-dessus que, pour les chiens de moins de 10 kilogr., la pression négative dans le thorax est en moyenne, lors de l’inspiration, de 7,1 et lors de l’expiration de 4 mm. Hg ^ de sorte que la différence de pression est en moyenne de 3,1 mm. Hg ; chez les chiens pesant plus de 10 k., on a trouvé, en moyenne, lors de l’inspiration 7,5, lors de l’expiration 4,0, et par conséquent, pour la différence de pression, 3,5 mm»Hg.

Les chiffres présentent, comme on le voit, un très grand accord pour les chiens de taille médiocre; chez les animaux de taille plus forte, ils offrent plus de divergences, aussi bien pour ce qui regarde la valeur absolue de la pression négative, qu’en ce qui concerne la différence' de pression dans l’inspiration et l’expiration. A côté de chiffres plus élevés, on en trouve ici de plus bas , et c’est uniquement pour cela que la moyenne s’écarte si peu de celle des animaux de taille moindre. Quant à la cause de ces inégalités , je n’ose rien décider. Je serais porté à l’attribuer à l’influence de l’âge. Dans l’expérience 14, le chien était indubitablement jeune, dans les expériences 17 et 18, indubitablement vieux; mais, pour les autres animaux, je ne sais rien à cet égard.

Quand on opère sur des lapins , il en coûte plus de soins qu’avec les chiens pour obtenir des résultats nets, et cela s’explique. En premier lieu, les volumes d’air sont moindres, et de petites inexactitudes dans la détermination des volumes d’air aspirés font immédiatement croître ou décroître notablement le chiffre qu’on trouve pour la preésion. Il faut donc mesurer très

exactement. En second lieu, la quantité d'air voulue doit être aspirée très régulièrement et très lentement. Dès qu’on néglige ce point, des discordances sensibles apparaissent dans les chiffres qu’on obtient successivement pour l’élasticité des poumons aux mêmes degrés d’expansion. Je présume que , dans le poumon du lapin, quelques bronchioles et conduits alvéolaires s’affaissent déjà promptement quand la pression négative devient un peu forte , et que de là résulte une expansion irrégulière des poumons.

Il y a encore une autre précaution à observer. La canule doit être fixée dans la trachée de telle sorte que celle-ci conserve sa situation normale. A la moindre inattention, il peut facilement arriver qu’en liant la trachée sur la canule on la tire trop en dehors. Dans ce cas, les poumons ne peuvent pas se dilater normalement et les chiffres aussi doivent par conséquent devenir anormaux.

Lorsqu’on ne perd de vue aucune des circonstances dont il vient d’être question , on obtient aussi chez les lapins , comme il a déjà été dit, des chiffres très concordants.

C’est ainsi que j’ai trouvé , chez ces animaux :

Poids du corps, en

kilogr.

Capacité respiratoire calculée ,

en

Quantité

de

l’air

inspiré,

en

Pression positive dans la trachée ,

en

mm. d’eau

Pression négativ

l’inspiration , en

mm. d’eauj mm. Hg.

e dans le thorax à

l’expiration,

en

mm. d’eauj mm. Hg.

Dififéreoce de pression à l’inspiration et à l’expiration,

en

mm. d’eau 1 mm. Hg.

D’après ces déterminations, la pression négative, chez les lapins, serait en moyenne, à l’inspiration, de 7,6, à l’expira-

tion, de 2,5 mm. Hg ^ et la différence de pression s’élèverait donc, en moyenne, à 5,1 mm. Hg ^ c’est-à-dire à environ 2 mm. Hg de plus qu’il n’a été trouvé chez les chiens.

Mais , pour peu qu’on y réfléchisse , on reconnaît qu’il y a une circonstance dont il convient de tenir compte. L’estomac et les gros intestins du lapin sont remplis d’une grande quantité de matière végétale, et le poids de cette matière doit être retranché du poids brut de l’animal, si l’on veut avoir le vrai poids du corps.

En faisant cette soustraction pour les quatre premières expériences de la série ci-dessus, et déduisant du poids ainsi rectifié la capacité respiratoire, suivant le même rapport, on trouve :

Poids rectifié du corps, en

kilogr.

Capacité respiratoire calculée ,

en

Quantité

de

l’air

inspiré,

Pression positive dans la trachée ,

en

mm. d’eau

Pression négativ

l’inspiration , en

mm. d’eaujmm.Æÿ.

e dans le

Texpir

ei

mm. d’eau

thorax

ation ,

mm. Hg .

Diffé; de près l’inspi et à l’ex]

er

mm. d’eau

rence ision à ration piration,

mm. Hg.

La pression négative devient donc alors en moyenne, à l’inspiration, 6,3, à l’expiration, 2,4, et par conséquent la différence de pression, en moyenne, 3,9 mm. Hg ; en d’autres termes, si la supposition que nou^ avons faite était exacte, la valeur absolue de la pression négative, tant à l’inspiration qu’à l’expiration , serait chez les lapins plus petite que chez les chiens , tandis que la différence de pression serait au contraire un peu plus grande.

La première question qui s’élève maintenant est celle de

savoir si les chiffres obtenus expriment bien uniquement Félasticité des poumons, ou s’ils ne sont pas au contraire trop forts, parce que les côtes auraient aussi été soulevées , et que les poumons auraient par suite été comprimés activement lorsqu’on relâchait le diaphragme. A cet égard, je ferai observer, premièrement, que chez le chien et le lapin le type respiratoire est éminemment abdominal et que , lorsqu’on provoque l’ampliation de la cavité thoracique en abaissant le diaphragme , on ne remarque rien d’un soulèvement des côtes.' Avec la variation de volume relativement petite que le thorax éprouve quand on y aspire la quantité d’air respiratoire déduite du poids du corps, aucune trace de dilatation n’est perceptible. Il est donc très improbable que la cage thoracique elle-même ait de l’influence. Je n’ai pas laissé, toutefois, de m’en assurer expérimentalement, et, à cet effet, j’ai déterminé l’élasticité des poumons au dehors du thorax. L’appareil employé est représenté dans la fig. 2. Les tubes communiquants A et jB, les mêmes que ceux de la fig. 1, sont reliés à la cloche pneumatique k, dans laquelle l’air peut être raréfié au moyen d’une pompe de Bunsen. Avant d’ouvrir le thorax, on lie un tube de verre dans la trachée et on ferme le robinet g. Les poumons sont ensuite extraits avec précaution du thorax et introduits sans retard dans la cloche k. On y fait alors pénétrer par aspiration des volumes déterminés d’air, sous la pression atmosphérique normale. Dès que la quantité voulue a été aspirée et que l’égalité de niveau dans les deux tubes A et B a été rétablie par l’eau qui coule du réservoir D, on tourne le robinet /^, de manière à supprimer la communication entre le thorax artificiel et là pompe aspirante. Ce robinet h est construit de telle sorte que non seulement la cavité thoracique artificielle peut être mise ou non en rapport avec la pompe de Bunsen, mais que le contact de l’air extérieur avec le contenu de la cloche peut aussi être supprimé ou établi à volonté. Aussitôt que, la cloche étant isolée de la pompe de Bunsen, on a reconnu que tout juste la quantité voulue d’air, à la pression atmosphérique normale, .a été aspirée dans les

poumons , on ferme le robinet et après avoir établi le contact de l’air atmosphérique avec la cloche A:, on ouvre le robinet e. L’espace e, /*, et la capacité du tube lié dans la trachée ont été pris aussi petits que possible et ne s’élèvent ensemble qu’à 3 c.c.

Un tube pourvu d’un robinet g étant fixé dans la trachée du lapin, je déterminai d’abord par l’appareil antérieur (fig. 1), en ouvrant la plèvre, l’élasticité des poumons à l’expiration. Ensuite le robinet g fut fermé, et les poumons, enlevés avec précaution du thorax, furent portés dans la cloche k. Après que la communication avec le manomètre et avec les tubes communiquants A Qi B eut été établie, on ouvrit le robinet puis on aspira comme précédemment des quantités déterminées d’air du tube air dont la tension était maintenue, grâce à l’afflux d’eau dans le tube A, égale à celle de l’atmosphère. On obtint ainsi:

Poids du corps.

Capacité

respira-

toire

Quantité

de

l’air

Pression positive dans la

Pression négative dans le thorax à

Différence de pression à l’inspiration

en

calculée,

en

inspiré,

en

trachée , en

l’inspiration , en

l’expiration , eu

et à l’expiration , en

kilogr.

mm. d’eau

mm. d’eau

jmm. ii^.

mm. d’eau

jmm..flÿ.

mm. d’eauj

jmm. Hg ,

Les résultats sont, comme on le voit, très concordants entre eux, mais beaucoup plus faibles que ceux obtenus antérieurement par l’expansion des poumons dans le thorax» Là, la pression à l’inspiration s’élevait en moyenne à 7,6 et la différence de pression à 5,1 mm. Hg ; ici, seulement à 5 et à un peu plus de 2 mm. Hg.

Au premier abord, ce résultat semble plaider fortement pour l’opinion que la paroi thoracique, dans les premières expériences , a exercé de l’influence , et même une influence très grande , sur les chiffres de l’élasticité. Pourtant, on se tromperait fort en s’arrêtant à une pareille conclusion.

Pendant que, pour déterminer l’élasticité des poumons, on ouvre le thorax, qu’on ferme le robinet qu’on extrait les poumons de la cage thoracique et qu’on les porté dans la cloche ,

la tension de l’air -contenu dans les poumons diminue notablement: 1® par refroidissement , 2® par absorption (probable , comme nous l’avons vu) d’oxygène, 3® parce que les poumons pendent alors à la trachée et que l’allongement de celle-ci donne lieu à un agrandissement assez important de sa capacité.

Même dans le thorax, cela est déjà le cas. Lorsqu’on ouvre successivement les deux sacs pleuraux, on obtient pour l’élasticité des poumons une certaine valeur, qui toutefois augmente encore si on coupe les adhérences du feuillet pariétal du péricarde avec le sternum. C’est ainsi qu’on a trouvé pour la force

d’élasticité à l’expiration :

Plèvre droite ouverte 29 30

„ gauche „ 31 35

Péricarde détaché du sternum ... 39 38

Cet accroissement de la force d’élasticité après la section du péricarde est vraisemblablement dû, en majeure partie, à une diminution de capacité de la trachée, la légère pression du cœur sur les poumons jouant peut-être aussi un certain rôle. Lorsqu’on suspend les poumons dans le thorax artificiel, il se produit indubitablement une augmentation de capacité, par suite de laquelle la tension intrapulmonaire diminue d’une manière très sensible. Dans ces conditions, l’aspiration d’une même quantité d’air ne peut donc pas donner lieu au même accroissement d’élasticité que dans le thorax réel.

Veut-on décider sûrement si l’accroissement de la pression positive dans la trachée, qu’on observe après l’aspiration d’un certain volume d’air, dépend entièrement de l’accroissement de l’élasticité des poumons, ou en partie aussi de la dilatation et du soulèvement de la paroi thoracique, il faut en premier lieu expérimenter sur les mêmes poumons et, pour la comparaison des tensions finales produites par l’aspiration des mêmes volumes d’air dans le thorax naturel et dans le thorax artificiel , avoir soin , bien entendu , de partir dans les deux cas du même degré d’expansion. Pour atteindre ce but, il ne suffit pas de mesurer l’élasticité •

des poumons dans le thorax naturel, puis de les porter, après avoir fermé le robinet g ^ dans la cloche k. On doit, maintenant que les poumons sont suspendus dans le thorax artificiel, s’assurer d’abord que l’air y possède encore la même tension qu’il avait dans le thorax naturel; en d’autres termes, les poumons doivent être, dans les deux cas, au même degré d’expansion. En opérant ainsi successivement sur les mêmes poumons, on pourra trancher la question de savoir si dans nos expériences, outre l’élasticité des poumons, entrait aussi en jeu la paroi thoracique.

Ayant donc déterminé d’abord , de la manière ci-dessus décrite , en abaissant avec précaution le diaphragme , l’élasticité des poumons à des degrés déterminés d’expansion dans le thorax naturel , je mesurai, par l’ouverture du thorax, l’élasticité des poumons à l’expiration. Après que le robinet g eut été fermé, les poumons furent transportés rapidement dans le thorax artificiel et dilatés, par la raréfaction de l’air de la cloche A;, jusqu’au point où ils possédaient de nouveau la même élasticité que dans le thorax normal après l’expiration, point qu’indiquait le manomètre. On aspira alors des volumes d’air égaux à ceux de la première expérience, et on détermina, aux degrés d’expansion correspondants, l’élasticité des mêmes poumons dans le thorax artificiel. L’accord des chiffres obtenus dans les deux expériences est parfait , et cela n’est pas seulement le cas au degré d’expansion dont il a été question jusqu’ici; même quand on aspire une quantité d’air double^ ou encore plus, on ne constate pas la moindre influence de la paroi thoracique.

Chez le lapin, on trouva ainsi:

Poids du corps.

Air

respiratoire, calculé ,

Quantité de l’air inspiré ,

Pression positive dans la trachée après l’inspiration ,

Pression positive dans la trachée après ouverture du thorax à

Pression négative totale dans le thorax à l’inspiration ,

en

kilogr.

en

en

en

mm. d’eau.

l’expiration, en mm. d’eau.

en

mm. d’eau.

Les poumons ayant ensuite été transportés dans le thorax artificiel et dilatés jusqu’à ce que leur élasticité s’élevât de nouveau à 35 mm. d’eau, on obtint:

Poids du corps ,

Air

respiratoire

calculé.

Quantité de l’air inspiré ,

Pression positive dans la trachée après l’inspiration ,

Pression positive dans la trachée après ouverture du thorax à

Pression négative totale dans le thorax à l’inspiration.

eu

kilogr.

en

en

mm. d’eau.

l’expiration, en mm. d’eau.

en

Le résultat prouve que la paroi du thorax n’est pour rien dans le phénomène. Même quand on aspire un volume d’air de 5 c.c. plus grand, les valeurs obtenues des deux manières, avec les mêmes poumons, ne diffèrent que de 2 mm. d’eau.

Chez le chien, le résultat ne fut pas moins décisif:

id.

id.

Les poumons ayant ensuite été transportés dans le thorax: artificiel et dilatés jusqu’à ce que leur élasticité s’élevât de nouveau à 56 mm. d’eau, on obtint:

id.

id.

id.

id.

Entre chacune de ces déterminations, les poumons affaissés étaient ramenés à une expansion telle que leur élasticité mesurât 56 mm. d’eau.

En présence de chiffres offrant un accord si satisfaisant, je puis me dispenser de produire d’autres arguments à l’appui de la proposition que lors de l’expansion des poumons, dans mes premières expériences , le manomètre fixé dans la trachée a déterminé V élasticité des poumons, et rien qu'celle. Même en cas d’expansion par un volume d’air deux fois plus grand que la capacité respiratoire déduite du poids du corps, il n’y a pas apparence de soulèvement des côtes chez le chien. L’accord des chiffres montre aussi que, par l’abaissement du diaphragme, l’expansion des poumons s’effectue d’une manière normale. Comme , durant la vie, c’est surtout la partie musculaire du diaphragme qui change de forme et de position, et que naturellement on ne peut imiter ce mécanisme avec la main, il aurait pu arriver que dans mes expériences les poumons fussent dilatés plus ou moins anormalement. Mais lorsque, en dehors du thorax, ils sont suspendus tout à fait librement et peuvent par suite s’épanouir régulièrement , les mêmes chiffres sont obtenus.

La pression positive observée dans la trachée au moment où on lâche le diaphragme exprime donc, dans les limites indiquées , purement et simplement l’élasticité des poumons, et fournit par conséquent une mesure exacte, de la pression négative existant dans la cavité pleurale^ en d'autres termes^ de la force d"' aspiration du thorax.

L’application de mes mesures aux phénomènes qui se passent durant la vie pourrait soulever encore une objection. Il ne s’agit pas de la tonicité des fibres musculaires organiques que les poumons contiennent. M. Léo Gerlach ’ ) a parfaitement montré que ces fibres n’ont pas d’influence, et à cet égard je suis arrivé à la même conclusion que lui. C’est seulement quelques heures après la mort, à l’apparition de la rigidité cadavérique, qu’on

*) Pflüger’s Archiv, t. XIII, 1876, p. 491. Archives Néerlandaises, T. XYIL

observe ordinairement une légère ascension du manomètre, qui indique une diminution de la capacité des poumons , due au raccourcissement des fibres musculaires organiques dans cette période.

L’influence du tonus peut donc être négligée; mais en est-il de même de l’état de réplétion des vaisseaux sanguins? Durant la vie, le riche réseau vasculaire des poumons contient du sang sous une certaine pression , tandis que dans nos expériences ces vaisseaux sont presque exsangues , ou du moins pauvres en sang , de sorte que toute tension y fait défaut. M. d’Arsonval attache à la réplétion des vaisseaux sanguins du poumon une grande importance pour l’élasticité du tissu pulmonaire. Pour apprendre à en connaître l’influence , j’ai empoisonné l’animal par le curare, jusqu’à ce que tout mouvement respiratoire volontaire fût supprimé. La respiration artificielle fut alors entretenue, non pas, comme d’ordinaire, par insufflation d’air dans la trachée, mais, tout comme dans les expériences sur les poumons d’animaux venant d’être tués, par le mouvement imprimé au diaphragme, Dans la trachée on liait l’extrémité ouverte h, et on enlevait le robinet f. Un manomètre était fixé dans la carotide gauche, donc dans l’aorte, et la pression sanguine était enregistrée. Les nerfs vago-sympathiques avaient été coupés. La pression sanguine restant normale , la main était retirée de la cavité abdominale et' le thorax amené par conséquent dans l’état ordinaire d’expiration. De même que cela avait eu lieu sur l’animal mort, une quantité déterminée d’air était maintenant aspirée des tubes communiquants A et P, et l’élasticité des poumons épanouis était mesurée , comme précédemment , par la pression positive dans la trachée. Les deux chiens soumis à l’expérience pesaient 14,65 et 26,5 kilogr. La capacité respiratoire calculée d’après ces poids est respectivement de 101 et 180 cc. Le tableau suivant indique les volumes d’air aspirés pour l’expansion des poumons et les chiffres trouvés pour l’élasticité correspondante ; immédiatement après l’expérience , on ouvrait le diaphragme :

Expé-

rience.

Poids du corps, en

kilogr.

Quantité de Pair inspiré, en c.c.

Pression sanguine , en

mm. Rg.

Elasticité

des

poumons , en

mm. d’eau.

Différence de pression,

mm. d’eau. 1 mm. Hg .

id.

id.

0 (Thorax ouvert)

0 (Thorax ouvert)

Dans la seconde expérience , le cœur s’arrêta après la première détermination. Une seconde détermination , faite immédiatement après la mort , donna exactement le même chiffre que la première. Les chiffres obtenus , dans la première expérience , pour l’élasticité des poumons chez l’animal vivant , s’accordent entièrement, comme on le voit, avec ceux qu’on trouve, aux mêmes degrés d’expansion, aussitôt après la mort. La pression du sang dans les vaisseaux pulmonaires n’exerce donc pas non plus d’influence. De Vélasticité trouvée immédiatement après la mort^ on peut donc déduire la pression négative ou force d'aspiration du thorax telle qu'elle est durant la vie.

Pour obtenir un terme de comparaison, je suis parti, on se le rappelle, de la supposition que la capacité respiratoire du chien et du lapin, dans l’inspiration et l’expiration paisibles, serait environ dans le même rapport avec le poids du corps que chez l’homme. Cette supposition est-elle exacte? Le seul moyen de répondre à cette question est , naturellement , de déterminer les volumes d’air inspirés ou expirés. Cette détermination présente quelque difficulté , parce que la capacité respiratoire est très variable; dès que l’animal se trouve dans des conditions anormales, la capacité normale ne peut plus être

Fig. 3.

obtenue. L’animal doit être tranquille et calme. Même alors, la respiration, ne se fait normalement que si l’entrée et la sortie de l’air sont tout à fait libres. Du moment qu’il éprouve la moindre résistance, soit à l’inspiration, soit à l’expiration, les volumes d’air déplacés s’éloignent notablement des volumes normaux. Eviter tout obstacle à l’entrée et à la sortie est naturellement impossible, quand il s’agit de mesurer le volume de

l’air, mais on doit chercher à se rapprocher de cet idéal, autant que possible.

Dans les expériences que je vais communiquer, les animaux respiraient, au moyen de soupapes de Lovén , dans un spiromètre exactement équilibré dans toutes les positions.

Les soupapes de Lovén consistent en petits carrés de baudruche, qu’on humecte de glycérine, pour empêcher la dessiccation. Aux quatre angles, elles sont fixées au-dessus d’une ouverture. Dès que la pression de l’air devient un peu plus forte sur la face inférieure, la membrane prend une forme convexe et laisse passer l’air aux quatre côtés. Si , au contraire , on aspire à la face inférieure, elle ferme l’ouverture. Une embouchure, qui peut être fixée hermétiquement sur la tête de l’animal, porte deux de ces soupapes , disposées en sens inverse, de manière que l’une s’ouvre à l’inspiration et se ferme à l’expiration, tandis que l’autre se ferme à l’inspiration et s’ouvre à l’expiration. A mesure que l’animal

est plus grand, il faut employer une embouchure plus grande, et dans le même rapport doivent aussi être agrandis les soupapes et les tubes de communication.

La soupape désignée en dernier lieu, celle qui s’ouvre à l’expiration , conduit dans un tube relié à un spiromètre. Comme le tambour à air du spiromètre devient plus lourd à mesure qu’il émerge de l’eau , il faut trouver un moyen de compenser par un contre-poids cet accroissement de poids du tambour. Comme le montre fig. 3, on y parvient à l’aide de la pièce appelée limaçon, à laquelle est suspendu le poids p et qui ellemême est fixée sur la grande roue. A mesure que le tambour monte, le bras de levier par lequel le poids p agit sur la roue devient plus grand, en raison de l’excentricité du limaçon, et on obtient ainsi une compensation parfaite du poids du tambour dans une position quelconque •).

Avec chaque chien on fit quelques séries de déterminations, en nombre d’autant plus grand que les chiffres présentaient plus de différences De ces séries on déduisit une valeur moyenne pour la capacité respiratoire normale, et, en outre, on réunit les maxima et les minima des différentes séries , afin d’en tirer les valeurs maxima et minima moyennes. Un exemple éclaircira ce qui vient d’être dit. La capacité respiratoire d’un chien pesant 6,8 kilogr. fut déterminée ainsi:

La 1ère série, consistant en 15 séries secondaires, chacune de 10 respirations exprimées en c.c., fournit les chiffres suivants:

') De la même manière Paniim a mesuré, en 1868, déjà la capacité respiratoire de l’homme. Pflüger's Archiv ^ t. I, p. 125.

18000 divisé par 15, donne 1200 c.c., ou:

120 c.c. pour la valeur moyenne de la capacité respiratoire , 135 „ „ „ „ maxima,

100 „ „ „ „ minima.

La 2e série donna:

113.3 c.c. pour la valeur moyenne de la capacité respiratoire , 120 „ „ „ „ maxima,

95 „ „ „ „ minima.

La 3e série fournit:

110 c.c. pour la valeur moyenne de la capacité respiratoire , 120 „ M 5) 55 maxima,

95 „ 55 55 55 minima.

Les trois séries furent ensuite combinées, d’où il résulta pour la respiration normale:

comme valeur moyenne 114 c.c.

„ „ maxima 125 „

„ „ minima .98 „

Les numéros des expériences indiquent les animaux pour lesquels j’ai donné précédemment la pression négative après l’expansion par le volume d’air déduit du poids du corps.

J’ai trouvé ainsi, chez les chiens:

Expé-

rience.

Poids du corps,

eu

kilogr.

Capacité

respi-

ratoire

calculée,

en c c.

Capacité respiratoire déterminée,

en

Pression

positive

dans

la trachée, en

mm. d’eau.

Près négative dai

l’inspiration , en

mm. d’eau. I mm. i/y .

si O II

is le thorax

l’expiration,

en

inm. d’eau. 1 mm. H<j .

DifTérence de pression à l’inspiration et à l’expiration,

mm. d’eau. 1 mm. /iÿ.

moy. 114

min. 98

max.125

moy. 120

min. 100

max.140

moy. 119

min. 105

max.137

moy. 114

min. 100

max.130

moy. 175

min. 156

max.199

moy. 137

min. 121

max.158

moy. 188

min. 160

max.219

moy. 235

min. 210

max. 265

moy. 320

min. 300

max. 364

De même que dans les expériences antérieures sur les chiens, les chiffres diffèrent ici plus entre eux chez les animaux dont le poids dépasse 10 kilogr. que chez les individus plus petits.

Ici comme là, les chiffres fournis pour la pression négative par les animaux de moindre taille m’inspirent le plus de confiance, parce que, chez les animaux plus grands, l’expansion des poumons, dans mon appareil, ne pouvait être effectuée avec assez de lenteur et d’uniformité, les ouvertures des divers robinets étant trop petites pour cela. Lors de l’aspiration de grands volumes d’air par ces petites ouvertures, la pression devenait bientôt un peu trop fortement négative, et il ne pouvait donc être entièrement satisfait à l’une des conditions qui sont nécessaires, ainsi que je l’ai dit plus haut, pour obtenir des chiffres, exacts. Dans le cas actuel, il y a encore une seconde raison pour laquelle j’attache plus de valeur aux chiffres donnés par les petits individus. C’est que la détermination de la capacité respiratoire normale a également dû être moins exacte chez les animaux plus grands, parce que, pour eux, les soupapes étaient un peu trop petites et que la résistance des soupapes augmente aussi lorsque les volumes d’air déplacés deviennent plus grands. — Pour l’une et l’autre raison, dans ce que j’ai encore à dire de mes résultats, je négligerai les deux dernières déterminations.

Des 7 autres expériences, il résulte que la pression négative totale existant dans le thorax , lorsqu’on aspirait une quantité d’air égale à celle qui avait été trouvée en moyenne pour la capacité respiratoire normale, s’élevait, en moyenne, à 136mm. d’eau ou 10 mm. Hg. — Or j’admets que la valeur moyenne trouvée dans mes expériences pour la capacité respiratoire normale est encore un peu trop forte, une légère résistance ayant été éprouvée dans la respiration par les soupapes, et que c’est par conséquent la valeur minima de ces expériences qui doit être portée en compte. En ce cas^ chez le chien, la valeur de la pression négative à la fin de V inspiration serait de 121 mm. d'beau ou 9.4 mm. Hg. , et la différence de pression à V inspiration et à V expiration serait donc d'environ 5.5 mm. Hg.

Chez le lapin , il est moins facile d’arriver à la connaissance de la capacité respiratoire normale. Les volumes d’air déplacés

sont si petits , que leur détermination , de la manière décrite pour le chien, m’a semblé peu sûre. En outre, même dans les circonstances normales , la susdite capacité respiratoire paraît être sujette à des fluctuations assez fortes. M. Gad a décrit '), en 1879, un pneumatographe reposant sur le même principe que mon appareil, et dont le tambour, léger, très mobile et, bien entendu , équilibré dans toutes les positions , porte un style traceur, qui enregistre les volumes d’air déplacés. De la hauteur de la courbe obtenue avec cet appareil, on peut déduire les volumes d’air inspirés et expirés. Dans le tracé donné par M. Gad pour un lapin du poids de 1,95 kilogr., la hauteur de la courbe correspond à environ 20 c.c. d’air. A la question que je lui avais adressée, pour savoir si la suite de ses recherches avec le pneumatographe avait donné pour la capacité respiratoire d’un lapin d’environ 2 kilogr. une valeur moyenne de 20 c.c., M. Gad eut l’obligeance de répondre qu’un volume d’air de 20 c.c. est situé à la limite supérieure de la capacité respiratoire trouvée par lui dans le cas d’une respiration paisible. „Les valeurs les plus fréquentes”, m’écrit-il, „paraissaient se trouver aux environs de 12 c.c., mais, vu la grandeur des fluctuations, ce nombre lui-même ne doit être employé qu’avec circonspection”.

En cet état de choses, il devient naturellement difficile d’arriver à une conclusion par rapport à la valeur moyenne de la pression négative dans la respiration paisible. Je crois pouvoir admettre, toutefois, que les chiffres obtenus dans les expériences mentionnées p. 324, où la capacité respiratoire a été déduite du poids rectifié du corps, sont trop forts. J’ai encore fait, chez ces mêmes animaux, des déterminations de l’élasticité à des degrés moindres d’expansion ; en voici les résultats :

, *) Archiv f. Physiologie von Du Bois-Reymond, 1879, p. 181. Pour la description de l’appareil, je dois renvoyer au Mémoire de M. Gad; sans figures, elle serait difficilement intelligible.

Poids rectifié dû corps, en

kilogr.

Capacité respiratoire calculée ,

en

Quantité

de

l’air

inspiré,

en

Pression positive dans la trachée ,

mrn. d’eau

Pressiou négative

l’inspiration , en

mm. d’eaujmm.if^.

e dans le thorax

l'expiration , en

mm. d’eaujmm. Hg .

Différence de pression à l’inspiration et à l’expiration,

en

mm. d’eau jmm. Hg .

Pour le lapin, on voit que la valeur de la pression négative qui règne dans le thorax pendant l’inspiration et l’expiration paisibles ne se laisse pas déduire des déterminations communiquées, comme c’était le cas pour le chien. Néanmoins, je pense que nous ne serons pas loin de la vérité en admettant chez le lapin, comme valeurs moyennes, à la fin de l’inspiration une pression négative de 60 à 70 mm. d’eau ou 4,5 mm. Hg , et à la fin de l’expiration une pression négative de 30 à 40 mm. d’eau ou 2,5 mm. Hg.

Il ressort de nos expériences, au moins en ce qui concerne le chien , que la valeur absolue de la pression négative à la fin de l’inspiration et la différence de pression à la fin de l’inspiration et de l’expiration sont beaucoup plus grandes qu’on ne l’admettait ordinairement. Si l’on considère que pendant le mouvement respiratoire la différence de pression doit être encore plus considérable, il s’ensuit que la variation de la force de succion , de l’inspiration à l’expiration , doit donner lieu à des modifications très importantes du mouvement du sang, tant dans la grande circulation que dans la petite, ainsi que l’ont montré, entre autres, les recherches de M. de Jager.

Ce résultat est en désaccord évident tant avec les chiffres de MM. Adamkiewicz, Jacobson et Rosenthal, obtenus par voie

indirecte, qu’avec les déterminations directes de M. Fredericq, et ce désaccord concerne aussi bien la valeur absolue de la pression négative que la différence de pression entre l’inspiration et l’expiration. Comment expliquer la faiblesse des chiffres trouvés par ces observateurs ?

Remarquons, en premier lieu, que toutes leurs communications laissent à désirer, soit par l’insuffisance des détails, soit par le manque de précision. MM. Adamkiewicz et Jacobson se bornent à dire: „Chez les moutons, les chiens et les lapins, nous avons trouvé, sans exception, une pression négative dans le péricarde, lorsque l’expérience avait réussi, c’est-à-dire, lorsque l’autopsie montrait le péricarde perforé, le muscle cardiaque intact ou seulement strié, les poumons et les vaisseaux sans lésion. Dans un grand nombre d’expériences, il ne nous est arrivé que peu d’accidents défavorables. La pression négative oscillait entre — 3 et — 5 mm. Hg. En cas de respiration paisible, nous ne l’avons pas vue franchir ces limites, mais bien chez un lapin qui avait été mis artificiellement dans un état de dyspnée violente”. M. Fredericq écrit : „Les graphiques obtenus montrent que, même dans la respiration profonde, tant qu’elle n’est pas forcée, la pression intrathoracique ne varie que de quelques millimètres de mercure ou d’un petit nombre de centimètres d’eau. J’ai cru inutile de reproduire ici ces graphiques, pour ne pas multiplier le nombre des bois”. Et plus loin : „Tant que la respiration s’effectue d’une façon paisible et naturelle, les variations de la pression intrathoracique atteignent à peine quelques millimètres de mercure”. Pourquoi M. Fredericq n’a-t-il pas donné simplement les chiffres obtenus , que ce fût en mm. Hg, ou en cm. d’eau ? Ce même défaut se rencontre aussi , quoique à un degré beaucoup moindre , dans les énoncés de M. Rosenthal. Pour le lapin , il est dit que la pression négative s’élève tout au plus à 3 mm. Hg,, mais la variation qu’elle éprouve dans l’inspiration et l’expiration paisibles n’est pas mentionnée. Quant .au chien, on lit: „quelquefois la pression est un peu plus forte, atteignant jusqu’à — 50 mm. d’eau, et les variations respira-

toires sont chez lui plus étendues que chez le lapin”; quant à rhomme: „la pression négative s’élevait à 40—60 mm. d’eau, c’est-à-dire à une valeur peu supérieure à celle qu’on trouve chez le lapin ; les mouvements respiratoires ordinaires ne déterminent que des variations de quelques millimètres”.

En ce qui concerne les déterminations de la pression intrapéricardique par MM. Adamkiewicz et Jacobson, j’ai seulement pu les contrôler chez les lapins et les chiens. Pour le lapin, leurs indications ne diffèrent pas notablement des valeurs auxquelles mes expériences ont conduit, mais pour le chien, leurs chiffres, tant ceux de la valeur absolue de la pression négative que ceux de la différence de pression , sont beaucoup plus faibles que les miens. Sur le chien, toutefois, ils n’ont probablement pas fait beaucoup d’expériences, car autrement il ne leur aurait certainement pas échappé que, chez cet animal, la détermination de la pression Intrapéricardique est impraticable. Le feuillet pariétal du péricarde se trouve , chez le chien , à une distance relativement grande de la face interne du sternum, et les feuillets pariétaux des plèvres sont, immédiatement derrière le sternum, adossés directement l’un à l’autre, de sorte qu’il est impossible d’arriver, en passant entre ces feuillets, dans le péricarde. On ne peut pas non plus y pénétrer du côté du diaphragme, car, chez le chien, le péricarde pariétal n’est pas adhérent au diaphragme; entre le péricarde pariétal et les deux feuillets pleuraux, il reste chez cet animal, quand le thorax est ouvert, un espace considérable, que parcourt, sur une longueur de quelques centimètres , la veine cave inférieure , qui , à droite, est fixée à la plèvre pariétale.

Chez le chien, MM. Adamkiewicz et Jacobson n’ont donc pas pu mesurer la pression intrapéricardique, et pour le lapin, leurs chiffres s’accordent assez bien avec les résultats obtenus par moi. Lorsqu’il pénètre peu d’air dans le péricarde, comme cela a été le cas, selon toute probabilité, dans leurs expériences, la pression intrapéricardique différera peu de la pression intra-

pleurale, vu que le péricarde est très extensible et n’oppose, dans l’état normal, quand il n’est pas tendu, qu’une faible résistance à la pression ou à l’aspiration qui agit sur lui. C’est ce que démontre indirectement l’expérience suivante. La cavité thoracique étant encore fermée, un manomètre fut fixé dans la trachée. Directement à côté du sternum on ouvrit le péricarde, sans léser la plèvre. La forte expansion de cette membrane se laissait distinctement apercevoir à la face inférieure du diaphragme. Ensuite on ouvrit la plèvre gauche, et enfin la plèvre droite. On trouva ainsi pour la pression positive dans la trachée, en mm. d’eau:

Péricarde ouvert 32

Plèvre gauche ouverte ... 42 „ droite „ . . . 46 *)

La susdite disposition anatomique du péricarde explique aussi pourquoi , chez le lapin , la pression positive observée dans la trachée augmente encore d’une couple de millimètres lorsque, après avoir ouvert successivement les deux plèvres, on détache le péricarde, là où il adhère au sternum, ainsi que le montrent les chiffres suivants :

Plèvre droite ouverte . .

„ gauche „ . .

Péricarde détaché . . . .

Chez le chien, la section des adhérences entre le péricarde et le sternum n’occasionne pas d’ascension sensible du manomètre fixé dans la trachée , et les différences de pression positive

’) Le chiffre final de 46 mm. d’eau, pour l’élasticité des poumons du lapin à l’ouverture du thorax, est ici plus élevé que dans le cas oii les plèvres seules étaient ouvertes. Par suite de l’ouverture préalable du péricarde et de sa forte dilatation sous l’influence de la pression atmosphérique, les poumons avaient été comprimés et un chiffre plus élevé devait donc être obtenu pour leur élasticité.

qu’on observe dans la trachée en ouvrant successivement les deux sacs pleuraux sont aussi moins considérables, parce que la longue bande qui unit le péricarde au sternum permet ici un plus grand déplacement latéral du médiastin antérieur. Les chiffres obtenus avec le chien sont les suivants:

Plèvre droite ouverte „ gauche „

Plèvre gauche ouverte „ droite „

Quant aux déterminations de M. Rosenthal, au moyen de la sonde œsophagienne, on pouvait prévoir, comme je l’ai déjà remarqué, qu’elles donneraient des résultats trop faibles. Après avoir coupé , chez un chien , les deux nerfs vago-sympathiques , je déterminai simultanément la pression dans la trachée et dans l’œsophage, les poumons étant dilatés par l’aspiration de différents volumes d’air. La sonde était fixée hermétiquement dans l’œsophage , qui lui-même était fermé au cardia par une ligature. A la fin de l’expérience ou ouvrait le thorax, pour mesurer l’élasticité des poumons dans l’état d’expiration et obtenir ainsi la pression négative totale. Voici quelques-uns des chiffres trouvés:

Volume d’air aspiré. Pression négative, en mm. d’eau.

en c.c. Dans l’œsophage. Dans le thorax.

A l’ouverture du thorax, le manomètre fixé dans la trachée indiquait une pression positive de 67 mm. d’eau, tandis que celui de l’œsophage accusait une pression positive de 39 mm. d’eau.

Beaucoup d’autres séries d’expériences pourraient encore être rapportées, si je ne craignais de fatiguer le lecteur. Les chiffres ci-dessus suffisent pour établir qu’on ne peut déterminer par la sonde œsophagienne, même après la mort, la valeur absolue de la pression négative dans le thorax, les résultats ainsi trouvés étant beaucoup trop faibles. Il n’y a même pas égalité entre les chiffres qu’on obtient pour un même degré d’expansion des poumons, car ces chiffres dépendent de l’extension que la paroi œsophagienne a subi antérieurement. Plus on a distendu la paroi de l’œsophage, en déterminant une forte pression négative dans le thorax , plus les chiffres s’élèvent quand les poumons sont ensuite soumis à un moindre degré d’expansion. Après la mort, ils ne peuvent donc pas même être regardés comme une mesure relative , et très probablement il en sera de même durant la vie. L’introduction d’un corps étranger dans l’œsophage influencera sans doute l’innervation de la tunique musculaire, ce qui aura pour effet, non seulement d’abaisser encore plus les chiffres obtenus avec la sonde œsophagienne, mais aussi, vu que cette tonicité réflexe ne sera pas toujours égale, d’empêcher qu’ils ne représentent même, fidèlement, la pression relative.

En tout cas, il est clair que la sonde œsophagienne ne peut donner exactement la valeur absolue de la pression durant la vie, pas plus que la différence de pression qui se produit dans l’inspiration et l’expiration paisibles. Les valeurs trouvées doivent être trop faibles. Sans insister davantage sur ce point, je me bornerai à communiquer encore les chiffres que la sonde œsophagienne m’a fournis chez l’homme. Mon collègue M. Iterson a eu l’obligeance de me mettre dans l’occasion d’exécuter ces déterminations.

La sonde œsophagienne fut d’abord introduite dans l’estomac; dans ces conditions, on observa les oscillations suivantes de la pression positive à l’inspiration et à l’expiration:

Inspiration.

Expiration.

La sonde ayant ensuite été

retirée jusque dans l’œsophage.

on obtint les chiffres suivants.

en mm. d’eau:

A ce chiffre, le manomètre

s’arrêta. Le robinet fut alors

ouvert et le contact avec l’air

établi. On trouva ainsi:

Ces chiffres expriment approximativement les variations de pression qui se produisirent dans l’œsophage pendant le mouvement inspiratoire et expiratoire. Je ne pus obtenir du patient qu’il s’arrêtât tranquillement, pendant un temps appréciable, soit dans l’inspiration, soit dans l’expiration, et les chiffres donnés ne fournissent donc nullement la mesure de la pression qui aurait été trouvée dans ces conditions. J’ai seulement observé, pendant les courts instants qu’il restait dans l’état d’inspiration, que la pression négative dans l’œsophage devenait beaucoup moindre.

Les chiffres marqués d’un astérisque se rapportent à une respiration très paisible.

Restent les déterminations directes de M. Fredericq. Sontelles, ou non, en contradiction avec mes expériences? De meme que lui je n’ai pas trouvé plus de ^quelques millimètres” de mercure et „d’un petit nombre de centimètres” d’eau pour la valeur absolue de la- pression négative et pour la différence de pression. M. d’Arsonval, d’ailleurs, dans sa détermination directe , a obtenu pour la différence de pression à l’inspiration et à l’expiration un chiffre à peu près égal à celui adopté par moi. Je serais en droit d’attacher beaucoup d’importance à ce chiffre de M. d’Arsonval , si les nombres qu’il indique pour la valeur absolue de la pression négative n’étaient pas si élevés. Comment . M. d’Arsonval a trouvé pour celle-ci une valeur de 150 à 220 mm. d’eau , c’est ce que je ne m’explique pas , et en conséquence je ne puis attribuer au chiffre qu’il donne pour la différence de pression, bien que ce chiffre soit parfaitement d’accord avec mes propres résultats, aucune force démonstrative. — Des paroles de M. Fredericq , je crois devoir inférer qu’il adopte des chiffres plus bas, tant pour la valeur absolue de la pression négative, que pour la différence de pression. Quoique ne touchant pas la question de savoir si par la sonde œsophagienne la valeur absolue de la pression négative peut être déterminée ou non , il a pourtant enregistré la respiration au moyen de cette sonde et il en donne même des tracés. Ses conclusions sont aussi en harmonie avec ces graphiques.

Ainsi que je l’ai déjà remarqué au début, il ne me paraît pas possible de déterminer directement la valeur de la pression négative dans le thorax à l’inspiration et l’expiration paisibles. Moi-même j’ai fait à l’origine quelques expériences sur l’animal vivant, mais j’ai bientôt abandonné cette voie, parce que la respiration éprouvait trop de trouble. Il y a d’ailleurs encore un autre inconvénient. La respiration du chien est, comme nous l’avons vu , éminemment abdominale , et pour cette raison la valeur de la pression ne peut être convenablement mesurée à la paroi costale , parce que le poumon lui-même ferme la canule. On devrait introduire le long de la paroi tho-

Archives Néerlandaises, T. XVII. 23

racique et du diaphragme un tube muni d’ouvertures latérales, pour être sûr qu’on détermine exactement la pression négative dans le thorax. La faiblesse des chiffres obtenus par MM. Adamkiewicz et Jacobson, qui, comme nous l’avons vu, ont mesuré, chez le chien, non pas la pression intrapéricardique , mais la pression intrapleurale, me paraît due à cette occlusion de la canule. Qu’elle se produit au moins fréquemment, c’est ce dont je me suis assuré sur l’animal mort, lorsque, voulant savoir si le soulèvement des côtes contribuait à surélever mes chiffres , — avant que j’eusse appris à connaître la cause de la différence initialement observée, à des degrés d’expansion en apparence égaux, dans le thorax naturel et dans le thorax artificiel, — je déterminai simultanément la pression positive dans la trachée et la pression négative dans la cavité pleurale. Souvent les chiffres concordaient parfaitement entre eux, mais souvent aussi il en était autrement , parce que tantôt la canule était bouchée par le poumon, tantôt elle ne l’était pas.

Or, comme il semblait malaisé d’introduire la canule de telle sorte qu’elle mesurât la valeur réelle de la pression négative, et comme en outre il y a si peu de chances que l’animal respirera normalement, j’ai renoncé à toute tentative ultérieure de déterminer la pression négative directement dans le thorax. La méthode indirecte, que j’ai suivie, m’a paru préférable sous tous les rapports.

Ma conviction à cet égard a été fortifiée par les résultats de M. Weil, dont la monographie du pneumothorax m’est parvenue, comme je l’ai dit dans une note au bas de la p. 314, lorsque le présent travail était déjà entre les mains du compositeur et en partie imprimé. M. Weil s’y est pris un peu autrement pour déterminer la pression négative dans le thorax. Après que la peau a été incisée , une canule conique , en verre , est poussée à travers les muscles et la plèvre. Lorsque l’orifice

Q A. Weil, Zur Lehre vom Pneumothorax^ inshesondere vom Pneumothorax hei Lungenschivmdsucht^ 1882.

INTRATHORA.CIQUE PENDANT LA RESPIRATION NORMALE. 349

de cette canule a une paroi mince et n’est pas trop petit (1 à 2 mm. de diamètre), on réussit à pénétrer dans le sac pleural , sans que la canule soit bouchée et sans que de l’air s’introduise le long de la canule dans la plèvre. Sur cette canule se trouvent, à 1—2 cm. de la pointe, quelques rainures annulaires. Des fils , passés dans la peau de l’animal et maintenus dans ces rainures, fixent la canule. L’autre extrémité de la canule est reliée par un tube de caoutchouc à une pièce en T, dont l’un des bras conduit à un manomètre, tandis que l’autre peut être fermé ou mis en communication avec un réservoir, pour réaliser îes différentes formes de pneumothorax — pneumothorax ouvert, pneumothorax à soupape et pneumothorax fermé. Pour la détermination de la pression négative intrathoracique dans les circonstances normales , ce second bras est fermé. En opérant ainsi, il pénètre naturellement un peu d’air dans la cavité pleurale, mais la quantité en est minime. Cette méthode a l’avantage que le poumon ne remplit plus entièrement le sac pleural et ne peut donc pas boucher l’ouverture de la canule; par contre, elle présente l’inconvénient que les conditions ne sont plus tout à fait normales.

M. Weil a trouvé ainsi, chez le lapin, en mm. d’eau:

Expérience .

Poids du corps, en kilogr .

Côté opéré.

Pression

l’inspiration.

négative

I l’expiration.

Différence

de

pression.

droit.

gauche.

droit.

Chez le chien, l’expérience fut faite de la même manière. Les animaux devaient être narcotisés par la morphine, sans quoi il était entièrement impossible d’enregistrer la respiration et de déterminer la pression. Les chiffres obtenus sont les suivants :

Expérience .

Poids du corps, en kilogr .

Côté opéré.

Pression

Pinspiration.

négative j respiration .

Différence

de

pression.

droit.

M. Weil résume ces résultats de la manière suivante. Pour le lapin, la valeur moyenne tirée des 8 expériences est, pour la pression négative à l’inspiration, 67 mm. d’eau, pour la pression négative à l’expiration, 16 mm., et pour la différence de pression, 49 mm. Pour le chien, d’après les 6 expériences communiquées, les valeurs moyennes sont:' 102 mm. à l’inspiration, 46 mm. à l’expiration et 32 mm. pour la différence de pression.

Je n’ai pas saisi bien clairement, par la description de M. Weil, quelle est la signification des chiffres des tableaux cidessus, c’est-à-dire , s’ils représentent les valeurs moyennes de chaque expérience. Même en admettant qu’il en soit ainsi, on voit suffisamment, par les grandes différences qui existent entre les différentes déterminations, qu’on ne peut en déduire, au moins pour l’objet que nous avons en vue, des valeurs moyennes ; la méthode indirecte , suivie par moi , est évidemment préférable.

Quelles sont maintenant, chez l’homme, les valeurs de la

pression négative absolue et de la différence de pression dans l’inspiration et l’expiration paisibles? Une réponse précise ne pourra être faite à cette question qu’à la suite de déterminations directes sur l’homme. Néanmoins, je crois pouvoir indiquer déjà , par à peu près , à quels chiffres ces valeurs s’élèveront probablement.

Le lecteur aura sans doute été frappé , comme moi , de la circonstance que les valeurs trouvées pour le chien sont sensiblement égales entre elles, malgré des différences notables dans le poids du corps. Il semble que la taille de l’animal n’exerce que très peu d’influence. On ne peut toutefois tirer une conclusion des expériences sur le chien , car l’âge et le genre de vie de ces animaux peuvent avoir différé beaucoup, et il y a même lieu d’admettre que les plus grands non seulement étaient plus vieux, mais avaient aussi été soumis longtemps, comme animaux de trait, à un travail pénible. Seulement en ce qui concerne le chien de l’expérience It, je savais qu’il n’était âgé que d’un an et n’avait pas travaillé; la pression négative à l’expiration fut trouvée chez lui plus forte que chez les autres sujets, savoir, égale à 66 mm. d’eau. Dans les deux expériences mentionnées à la p. 344, sous les numéros 4 et 5 , les animaux étaient aussi relativement jeunes et la valeur absolue de la pression négative élevée, savoir, 66 et 67 mm. d’eau. L’âge parait donc avoir réellement de l’influence.

Mais en est-il de même de la taille? Pour obtenir quelques notions à cet égard, j’ai déterminé chez la vache et chez le veau, qui tous deux vivent dans les mêmes conditions favorables , la valeur de la pression négative à l’expiration. Des déterminations analogues ont déjà été faites, en 1819, par Carson ’), mais d’une manière défectueuse. Un ballon de verre d’environ 2 litres de capacité, partiellement rempli d’eau, portait vers le haut un tube, qu’on fixait dans la trachée. Au bas du ballon était adapté un autre tube, auquel on pouvait donner

C On the elasticity of the lungs; dans Philos. Trans. 1820, t. I, p. 29.

une position verticale, et qui était rempli d’eau, jusqu’à» une certaine hauteur au-dessus du niveau du liquide à l’intérieur du ballon. Lorsque le thorax était ouvert, Carson observait si l’eau montait ou descendait dans le tube vertical , d’où il déduisait, approximativement, la force, élastique des poumons. Il trouva ainsi des chiffres extrêmement élevés, 400 à 500 mm. d’eau, pour l’élasticité des poumons chez la vache et le veau, immédiatement après la mort. Un chat et un chien, qui avaient été tués la veille , lui donnèrent également des nombres très élevés. M. Milne Edwards *), qui mentionne ces expériences, rapporte qu’il a toujours obtenu des valeurs beaucoup plus faibles que celles de Carson; il parle aussi, mais sans citer de chiffres, de déterminations analogues faites par Bérard. Ce que Carson a proprement déterminé n’est pas facile à inférer de son Mémoire. Peut-être la cause des hauts chiffres qu’il a trouvés doit-elle être cherchée uniquement dans la circonstance que, pour ses déterminations, „les bœufs étaient couchés sur le dos, l’épaule élevée un peu au-dessus du reste du corps”. Dans cette position, l’énorme panse de l’animal peut avoir tiré le diaphragme en bas, de sorte que Carson aurait mesuré la pression négative, non pas dans l’état d’expiration, mais dans celui d’inspiration. Mes expériences, du moins, ont donné des résultàts beaucoup plus faibles. L’animal mort étant couché tout à fait horizontalement sur le dos, je déterminai la pression positive dans la trachée, après que la cavité abdominale eut été ouverte. Ensuite, le boucher détacha l’épiploon et refoula l’estomac vers le bas. Le diaphragme devint ainsi entièrement libre et, après que le manomètre eut été ramené à 0, le diaphragme fut ouvert, d’abord à droite, puis à gauche, ou viceversa. L’ouverture de la paroi abdominale donna lieu, dans la trachée, tantôt à une légère pression négative, tantôt à une légère pression positive, mais l’ouverture du diaphragme fournit des chiffres très constants pour la pression négative, tant chez

) Leçons sur la pJiysiologie et V anatomie comparée, t, II, p. 426.

la vache que chez le veau. Le poids du corps fut estimé par le boucher, pour la vache, dans l’expérience 1, à 520, dans l’expérience 2, à 480, et dans l’expérience 3, à 575 kilogrammes; pour le veau, dans l’expérience 1, à 115, et dans l’expérience 2 , à 92 kilogr. Je trouvai pour la pression négative dans le thorax, à l’état d’expiration, en mm. d’eau:

Plèvre droite ouverte „ gauche „

Plèvre gauche ouverte

droite

Chez la vache.

Chez le veau.

Chez le veau, les chiffres sont plus bas que chez la vache, et chez la vache du poids le plus faible , celle de l’expérience 2, les chiffres sont aussi moins élevés que chez les deux autres. Peut-on en conclure que la taille de l’animal exerce de l’influence, ou bien y a-t-il d’autres facteurs en jeu? C’est ce que je n’ose décider.

Pour l’homme, nous possédons encore , outre les déterminations de M. Donders, celles de M. Péris ’). Le premier, ainsi que nous l’avons vu, a trouvé pour la force élastique des poumons humains à l’état d’expiration, comme valeur maxima, 70 mm. d’eau ; le second 66 mm. A la vérité , ni dans les expériences de l’un, ni dans celles de l’autre, les poumons n’étaient parfaitement indemnes ; mais M. Hutchinson , chez un homme de 29 ans, à poumons sains, a trouvé à peu près la même valeur, savoir, 61 mm. d’eau ou 4,5 mm. Hg. Tant qu’on ne possédera pas de nouvelles déterminations, le chiffre de M. Hutchinson devra être admis, me semble-t-il, comme valeur moyenne de la pression négative intrathoracique à l’expiration ^).

Ueher die Druckverhclltnisse im Thorax bel vcrschiedenen Krankheiten , dans; Deutsches Archiv f. klin. Medicin ^ 1869, t. VI, p. 1.

*) Ainsi que je Fai déjà indiqué, p. 306, il me paraît probable que durant la vie, lors de l’expiration dans l’attitude debout, chez l’homme et chez

Par l’insufflation de 500 c.c. d’air, cette pression négative, dans l’expérience de M. Hutchinson, aurait probablement été portée à 102 mm. d’eau, ainsi que je l’ai dit antérieurement, et la différence de pression aurait donc été de 41 mm. d’eau, ou 3 mm. Hg. Ce chiffre, toutefois, est vraisemblablement un peu trop faible, parce que l’élasticité des poumons augmente le plus lors de l’expansion par les premiers centimètres cubes d’air.

J’espère que d’autres expérimentateurs, placés dans des circonstances favorables, décideront jusqu’à quel point cette hypothèse se vérifie, en faisant la détermination, par la méthode que j’ai décrite , chez l’homme immédiatement après la mort. Dans ce cas, je prierai qu’on ne perde surtout pas de vue les conditions indiquées, dont dépend entièrement la réussite de l’expérience, c’est-à-dire l’obtention de chiffres exacts.

les animaux, le diaphragme ne s’élèvera pas aussi haut qu’après la mort, d'ans le clécubitus dorsal et la cavité abdominale ouverte. Le chiffre qu’on obtient pour l’élasticité des poumons, à l’état d’expiration, après la mort, serait , en ce cas , trop faible Surtout chez les herbivores , l’influence des viscères abdominaux sur la position du diaphragme sera, je crois, assez importante.

KECHEKCHES

THERMOCHIMIOUES SUR L’OZOÎ^E,

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