C. A. PEKELHARING et W. C. MENSONIDES
On a été conduit à regarder l’exsudation de liquide à travers les vaisseaux sanguins comme un processus de filtration, et à admettre que la force qui fait pénétrer et avancer l’humeur nourricière dans les vaisseaux lymphatiques dérive de la pression entretenue dans les tissus par cette filtration continue. La force en question serait insuffisante toutefois pour faire parcourir à la lymphe son trajet entier, si elle n’était soutenue par des mouvements tant actifs que passifs, par l'aspiration du thorax et, peut-être aussi chez les vertébrés supérieurs, par des contractions actives des vaisseaux lymphatiques; et si, en outre, la présence de nombreuses valvules à l’intérieur des vaisseaux lymphatiques n’empêchait le reflux de la lymphe. |
D’après cette hypothèse, la pression de l'humeur nourrisière doit donc surpasser celle qui existe dans les vaisseaux lymphatiques. Cela ne constitue pas une difficulté, si l’on réfléchit que les dernières ramifications des vaisseaux lymphatiques, possédant des extrémités ouvertes, peuvent être considérées comme la continuation directe des interstices du tissu, et que les vaisseaux plus grands sont entourés de couches
70 C. A. PEKELHARING ET W. C. MENSONIDES.
de tissu fibreux, dans lesquelles la tension de l'humeur nourricière n’est certainement pas considérable. Il a n’y donc aucun danger que les vaisseaux lymphatiques soient comprimés par cette tension extérieure. |
Une objection d’autre nature a toutefois été soulevée contre la susdite hypothèse. Si la Iymphe est formée simplement par filtration de liquide à travers les paroïs des vaisseaux sanguins, il faut que la quantité de lymphe exsudée change chaque fois que varie la différence de pression entre le liquide contenu dans les vaisseaux sanguins et celui qui imbibe le tissu, aussi longtemps du moins que les propriétés des paroïs vasculaires restent les mêmes. Tout accroissement de la pression du sang dans les petits vaisseaux doit done immédiatement entraîner une augmentation de l'écoulement de liquide dans les vaisseaux lymphatiques. On a pu constater, en effet, qu’un accroissement de la pression sanguine, par obstacle mis à l’évacuation du sang veineux, détermine un renforcement du courant lymphatique, et cela si vite après l’opération de la retenue du sang, qu’il est difficile de songer à un changement de la perméabilité des parois vasculaires.
L’accroissement de là pression du sang par augmentation de l’afflux, par hypérémie active, paraissait au contraire, d’après les recherches connues de M. Paschutin !) et de M. Emminghaus ?}, être sans influence sur la formation de la lymphe, d’où résultait la nécessité de chercher d’autres fac: teurs, dont cette formation dépendrait.
On peut se demander, toutefois, si les recherches en question ont bien la force probante qui leur a été généralement attribuée. |
M. Paschutin dit, à la vérité, qu'il lui semble impossible ,de douter que l’augmentation d’activité de la circulation du sang soit sans influence sur la sécrétion de la lymphe dans l’objet sur lequel il expérimentait,” mais il faut
1) Arbèiten aus der physiol. Anstalt zu Leipzig, 7° année, p. 197. 2) Ibid., 8e année, p. 51. K
L'INFLUENCE DE L'HYPÉRÉMIE ACTIVE ETC. 7àl
remarquer, à cet égard, que précisément cet objet fournissait des sources d’erreurs dont l'importance ne saurait être méconnue.
M. Paschutin recueillait la lymphe qui découlait, chez le chien, du tronc brachial mis à découvert au cou, une hypérémie active étant excitée par section du plexus brachial. Ainsi, tandis que l’accroissement d’afflux du sang ne pouvait être obtenu que dans la patte antérieure, il recueillait la lymphe d’une partie beaucoup plus étendue, savoir, de la patte et de la région scapulaire. Dans ces conditions, 1l était 1mpossible de déterminer exactement l’influence de l’hypérémie.
En outre, avant de pouvoir découler du tronc brachial au cou, la lymphe de la patte doit traverser un ganglion lymphatique. Or, la résistance qu’un pareil ganglion oppose au cours de la lymphe peut très facilement empêcher l’observation de différences relativement petites dans la quantité de lymphe formée dans le tissu de la patte.
M. Emminghaus évita ces inconvénients en mesurant le courant lymphatique à la patte postérieure, où la circulation de toute la région dont on recueillait la Iymphe pouvait être régie au moyen du nerf sciatique. Aussi les résultats obtenus furent-ils différents. ,Mes observations ,” dit M. Emminghaus, après avoir communiqué les chiffres relatifs à ses expériences, ,Confirment donc en général les données de M. Paschutin; pourtant,” ajoute-t-il immédiatement, ,je ne voudrais pas regarder comme entièrement indifférente l’augmentation de. l’afflux artériel, avec écoulement libre par les veines.” Plus loin, ayant rapporté que toute entrave à l'écoulement du sang par les veines occasionne un renforcement notable du courant lymphatique, il s'exprime (p. 85) en ces termes: ,Aïnsi, il est de nouveau mis en lumière qu’un obstacle dans les voies efférentes à une beaucoup plus grande importance pour la sécrétion de la lymphe que les changements de force du courant artériel.”
Entre ces énoncés et celui de M. Paschutin: que de ses
72 C. A. PEKELHARING ET W. C. MENSONIDES,
observations ,ressort, de la manière la plus nette, le complet défaut d'influence de l’accroissement du courant artériel sur la sécrétion de la lymphe” (/.c., p. 219), la différence est certes assez sensible. Et effectivement, cette déclaration formelle de M. Paschutin ne pouvait être jugée d’accord avec les résultats de M. Emminghaus, qui sont succinctement reproduits dans le tableau suivant:
Lymphe recueillie dans des périodes successives de 10 minutes.
Avant la section du nerf. | - Après la seetion du nerf. Expér. VI | 0.6, 03, 0.6 cc.| 0.4,0.4,0.7, 0.3, 0.5, 06 cc. ” X | 0.6, 0.4, 03 7 | 0.2, 0.2, 0.15, 0.25, 02, 0.95 # XI | 1.2, 0.8, 0.6, 0.5, 0.5, 0.4 » | 0.8,0.7,0.4, O.4, 0.45,0.35 » "XII | 0.4, 0.35, 0.45 » | 0.3, 0.2, 0.25, 0.25,0.2, 095 r