J, RANA
Nos expériences ont porté sur les À. esculenta et temporaria. Toutes les deux sont également propres à la constatation des faits qui vont être exposés. Par des circonstances fortuites nous nous sommes servis plus fréquemment de la À. esculenta que de la À. temporaria. Pour faciliter le contrôle de nos résultats, je commence par décrire en détail la disposition de nos expériences.
A. Rétines de grenouilles à l’obscurité. Voir PI. VII Fig. A.
Une ou plusieurs des grenouilles destinées à l’examen, introduites avec un peu d’eau dans un flacon ouvert, étaient conservées à l’obscurité absolue, savoir, dans une grande boîte
cylindrique, haute et large d’un demi-mètre, tapissée intérieu-
rement d’un papier noir terne, et qui elle-même se trouvait dans un placard obscur. Elles y restaient de 4 à 24 heures, ou plus longtemps encore, et étaient alors traitées, à la lu-
Copenhague. En août 1886, ils ont été exposés par M. van Genderen Stort à Heidelberg. (Voir les Procès-verbaux des séances de l’Académie du 29 mars, du 28 juin 1884 et du 28 mars 1885. Voir aussi: Onderzoekingen gedaan in het Physiol. Lab. enz., (3), t. IX, p. 143 et 145, et Pflüger, Archiv, t. XXXV, 1885, p. 453—463, pl, II. Voir enfin: Bericht über die achtzehnte Versammlung der Ophthalmologischen Gesellschaft, Heidelberg,
1886. t. 2, p. 43—49 et p. 105.
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mière d’une flamme de Na !), de la manière suivante: Pour extirper les bulbes le plus rapidement possible à cette faible lumière, on enveloppe la grenouille dans un essuie-mains, de sorte que la tête seule reste à découvert. On prend alors de forts ciseaux droits, dont on introduit une des lames dans la bouche de l’animal, et d’un seul coup, par une section passant : entre les narines et entre les yeux, on fend le crâne en deux moitiés. De chacune de celles-ci on énuclée rapidement, au moyen de quatre sections circonscrivantes, le bulbe oculaire; on débarrasse autant que possible la sclérotique des muscles et autres tissus, et on porte immédiatement les bulbes dans une certaine quantité (50 cc sont plus que suffisants pour chaque bulbe) d’une solution d’acide nitrique à 3,5°/.. Dans cette solution ils restent, conservés à l’obscurité, pendant au moins 6 heures, temps au bout duquel le durcissement a atteint le degré convenable pour l’opération des coupes. On lave alors le bulbe, à la lumière ordinaire du jour ou d’une lampe, dans l’eau distillée, on l’ouvre par une section équatoriale pratiquée au moyen de ciseaux ou d’un rasoir, sous une solution contenant environ 0,5°/, de sel marin, et on éloigne l’humeur vitrée de la moitié postérieure. Cette moitié est ensuite replacée dans la solution de sel marin dont il vient d’être question. Pour enlever, en son entier, la rétine, devenue maintenant d’un blanc légèrement bleuâtre, on peut la séparer de ses connexions avec le nerf optique en glissant derrière la rétine des ciseaux courbés sur le plat, ou bien, à l'exemple de M.
1) C'était une flamme ordinaire d’alcool mêlé de sel marin. Quand il s'agissait de préparations très fines, pour lesquelles cette flamme n'aurait pas convenu, nous faisions usage d’un brûleur de Bunsen, dans la flamme duquel étaient introduites deux perles sodiques, fixées à des fils de platine. Par des expériences directes, nous nous sommes assurés que les résultats obtenus en opérant à la lumière d’une flamme de sodium ne différaient pas de ceux auxquels on parvenait en extirpant et durcissant les yeux des animaux dans une obscurité presque absolue. Pour ce qui concerne le rouge rétinien et le pigment épithélial, M. Kühne avait déjà démontré l’innocuité de cette lumière.
Kühne, en circoncisant l'entrée du nerf avec un emporte: pièce (fin perce-bouchon). Mais cette opération n’est pas nécessaire. De bons segments de rétine s’obtiennent en divisant du même coup, avec des ciseaux tranchants, l’ensemble de la rétine, de la choroïde et de la sclérotique; le segment de. rétine est alors facile à isoler. Après qu’on s’est assuré si la couche à pigment adhère à la rétine, un segment d'environ 2mm de long et 1 mm de large est déposé, dans une minime quantité de la solution de Na CI, sur le verre porte-objet, de manière que la couche pigmentée soit tournée vers le haut. Il importe surtout de ne pas mettre trop de liquide; le petit segment de rétine doit légèrement coller à la lame de ÿYerre. En cet état, on le hache verticalement avec un rasoir bien affilé, pour tâcher d’obtenir des coupes en profil, ce qui, moyennant quelque adresse, réussit très facilement. Il n’y a plus qu’à ajouter un peu de glycérine pure et à recouvrir d’une lame de verre: la préparation est alors prête pour l’examen microscopique.
Traitées de cette manière, les préparations restent longtemps bonnes; j'en possède quelques-unes qui datent de plus de trois ans et qui sont encore parfaitement conservées. Un point essentiel, c’est que l’acide ait été bien enlevé par les lavages.
On commence maintenant par examiner les préparations à un grossissement faible, d'environ 50 diamètres. Cet examen fait bientôt découvrir celles des petites coupes qui promettent les meilleurs résultats à l’étude ultérieure sous des grossissements plus forts. J’ai employé les objectifs 44, CC et F de Zeiss en revolver avec l’oculaire 2 (grossissements d’environ 60, 160 et 600 diamètres), qui se prêtent admirablement à une pareille étude. Des grossissements supérieurs à ceux donnés par F ne sont pas nécessaires pour la grenouille. Les détails principaux s’y voient même déjà parfaitement avec des pouvoirs amplifiants de 2 à 300 fois.
A-t-on obtenu une bonne image de profil d’une coupe pas trop épaisse de la rétine d’une grenouille à l'obscurité, on est,
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que le grossissement soit faible ou fort, frappé en premier lieu par la couche foncée du pigment brun, qui se trouve tout entier dans la base des cellules épithéliales et autour du tiers extérieur des bâtonnets; en second lieu, du moins si la préparation n'a pas déjà été exposée trop longtemps à la lumière, par une coloration jaune vif, qui s'arrête, en une ligne bien tranchée, à la limite des segments internes et externes des bâtonnets, coloration qu’on observe aussi sur le protoplasma des cellules épithéliales pigmentées, à côté de la teinte, plutôt jaune de chrome, des boules de lipochrine ou de graisse. Cé dernier fait présente un intérêt spécial, en ce que la couleur en question est le jaune rétinien (Sehgelb) de Kühne, c'est-à-dire, le rouge rétinien transformé par HNO,. On doit done admettre que la matière colorante rouge n’est pas bornéé aux segments externes des bâtonnets, mais se trouve aussi dans le protoplasma des cellules de l’épithélium pigmenté. Il me paraît même qu’elle est excrétée par le pigment. Du moins, à un fort grossissement et avec le condensateur ouvert {méthode de Koch pour l’observation des micro-organismes colorés), on voit, dans des fragments isolés de cellules épithéliales, le protoplasma, contenant encore des éléments pigmentaires, distinctement coloré en jaune. Les petites aiguilles du pigment sont comme enveloppées d’un nuage de couleur Jaune.
Les cônes et les bâtonnets courts (verts) ne deviennent bien distincts qu'à un grossissement plus fort, surtout les cônes à boule très réfringente, qui sont les plus nombreux. Pourtant, même à des orossissements faibles, on remarque déjà facilement que les boules des cônes, par conséquent les limites des segments internes et externes de ces cônes, sont placées assez haut entre les segments externes des bâtonnets, donc plus loin de la limitante externe que ne le montrent les figures publiées jusqu'ici.
Avant de passer à la description détaillée de ces phénomènes, il convient de remarquer que les communications faites
par les auteurs sont incomplètes aussi quant au nombre des espèces des cônes qui existent dans la rétine de la grenouille, Au lieu de deux, on peut, en effet, distinguer dans cette rétine au moins trois espèces de cônes, différents par la structure, les dimensions, la situation et la contractilité, savoir: