‹ Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles (volume 3)Chapitre 96 sur 107 · APRÈS · texte numérisé non relu

APRÈS

PAR

T. ZAALUER.

Vers le milieu du mois de décembre 1883, Maria Catharina Swanenburg, épouse de Johannes van der Linden, ouvrier de fabrique, fut arrêtée à Leiden, comme soupconnée d’avoir empoisonné trois de ses proches (père, mère et fils). Linstruction dévoila bientôt que ce n’était là que le dernier acte d’une longue suite d’empoissonnements, commis par cette même femme, au cours de plusieurs années.

La femme van der Linden fut condamnée par la cour de justice de la Haye, le 1er mai 1885, à la peine de la réclusion perpétuelle.

Des débats publics il ressortit :

que, probablement, la première tentative d’empoisonnement avait eu lieu en 1869, mais que le poison n’avait pas été pris par la personne à laquelle il était destiné;

que, probablement, le premier meurtre par empoisonnement avait été commis en octobre 1877;

que, probablement, en février 1879 l’accusée avait pour la première fois donné du poison à une personne qui était devenue malade à la suite de l’ingestion ;

que, outre les 4 personnes de la mort desquelles l’accusée fut déclarée coupable (voir plus loin: Observations personnelles I, II, IV, VI), elle en avait probablement fait mourir par empoisonnement 19 autres, tandis que 36 personnes, étaient devenues malades par l'effet du poison qu’elle leur avait administré; de ces 36 personnes, 5 ont été malades deux fois, 2 trois fois, 1 quatre fois et 1 six fois;

que, probablement, elle avait encore fait des tentatives d’empoisonnement chez 14 personnes (chez 1 d’elles deux fois, chez 1 autre trois fois); grâce à différentes circonstances, toutefois, le poison n’avait pas été absorbé par ces personnes.

L'autorité judiciaire m'avait chargé, conjointement avec le Dr. P. de Koning, prosecteur à notre amphithéâtre, de l’examen anatomique des cadavres de 16 des victimes présumées de la femme van der Linden. L’analyse chimique fut confiée au Dr. E. À. van der Burg, professeur de pharmacie et de toxicologie à l’université.

Me réservant de donner plus tard d’autres détails au sujet de cette remarquable histoire d’empoisonnement, j'ai communiqué à l’Académie des sciences d'Amsterdam, dans sa séance du 30 mai 1885, une partie des résultats auxquels nos recherches avaient conduit. Cette communication traitait surtout de l'influence que, d’après une opinion assez généralement répandue, l’arsenic, absorbé durant la vie, aurait sur la rapidité de la putréfaction cadavérique. Je m'étais, en effet, proposé de soumettre à une étude spéciale la question de savoir si l’on est fondé à admettre la momification dite arsénicale.

Le Mémoire que j'avais présenté à l’Académie a été publié sous le titre: ,De toestand der lijken na arsenicum-vergiftiging. Eene gerechtelijk-geneeskundige studie door T. Zaaïjer, Amsterdam, 1885.” Ce sont les points essentiels de ce travail que je vais faire connaître.

SRE PASS EST

Introduction. |

Sous l’action de causes diverses, le cadavre subit des changements tout à fait différents. La modification ordinaire est la putréfaction dans ses différentes variétés. Le milieu qui entoure le cadavre exerce une très grande influence sur le phénomène. A l’eau revient un rôle prépondérant. En grandes quantités, elle peut, dans certaïnes circonstances, retarder la décomposition et conduire à la formation du gras des cadavres ou adipocire, qui résiste très longtemps à toute transformation ultérieure. Lorsque, au contraire, l’eau trouve difficilement accès au cadavre, celui-c1, dans des conditions favorables, se dessèche plus ou moins complètement, se momifie; il conserve alors en général sa forme, même celle des traits du visage. Quant au poids, il éprouve une diminution très forte, par suite de la perte plus ou moins complète de l’eau contenue en grande quantité dans le corps.

La momification (dessiccation) est ou bien naturelle, ou bien artificielle.

Dans la momification naturelle, le cadavre est abandonné à lui-même. Dans la momification artificielle, la dessiceation est préparée par des traitements spéciaux, de nature diverse, et elle se réalise ordinairement d’une manière plus parfaite.

La momification naturelle n’est nullement un accident rare, et elle a toujours, dès l’antiquité, excité un vif intérêt.

Dans quelques cimetières et quelques cryptes, les conditions sont extrêmement favorables à la momification des cadavres. On en trouve des exemples à Toulouse, Bordeaux, Bonn, Brême, Paris, Dunkerque et ailleurs. Même dans notre sol passablement humide, de semblables conditions peuvent se rencontrer. Un caveau avec cadavres momifiés se voit près de Wieuwerd (en Frise), un autre, que j'ai moi-même visité, à Voorburg (près de la Haye). L'existence de momies naturelles est donc un fait très général. Elles ont été trouvées sous toutes les zones et dans tous les climats.

La momification artificielle à été pratiquée dès les temps les plus reculés; on sait qu’elle atteignit son plus haut degré de perfection chez les anciens Egyptiens et chez les Guanches, indigènes des îles Canaries. Les peuples postérieurs, plus civilisés, eurent rarement recours à l’embaumement des cadavres: ils y employaient différentes matières, surtout des substances aromatiques et des résines, mais le plus souvent avec très peu de succès.

Dans la seconde moitié du 18ïème siècle, la méthode d’injection des vaisseaux sanguins, dont Swammerdam et Ruysch avaient introduit l’usage en anatomie, fut aussi appliquée, par W. Hunter, à l’embaumement des cadavres. Plus tard on se servit, comme matière d'injection, du sublimé corrosif (Chaussier), du vinaigre de bois (Monge), du chlorure d’étain (Tauflieb), du chlorure de zinc (Sucquet, Richardson) et de sels d’alumine (Gannal).

Ritter proposa le premier de pousser dans les vaisseaux une solution aqueuse ou alcoolique d’acide arsénieux, et d’introduire ensuite différentes substances aromatiques dans les cavités du corps. Sa méthode toutefois ne fut pas mise en pratique; ce n’est qu’en 1835 que Giuseppe Tranchina publia son procédé d’embaumement, tenu secret jusqu'alors, et qui repose exclusivement sur l’action de l’arsenic. Deux livres d'acide arsénieux suffisent pour la conservation d’un cadavre.

Le pouvoir de retarder où même d'empêcher la décomposition du corps à aussi été attribué à certains poisons introduits durant la vie. Comme tels, on cite l’alcool, le sublimé, l'acide sulfurique, le poison des boudins (Liebig, Schürmayér) et, avant tout, l’arsenic. Ce dernier déterminerait en beaucoup de cas la momification du cadavre des personnes empoisonnées par cette substance.

Page 1