‹ Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles (volume 4)Chapitre 36 sur 94 · V. D. Vn · texte numérisé non relu

V. D. Vn

Autre côté: cautch.2,5

Be.

Autre côté: caoutch. 7

Autre côté: caout. 1,5

Somme

Nous trouvons donc pour la moyenne de 34 observations, dont les résultats sont compris entre les extrêmes 0cm,l et 3cm, une valeur = lcm,9. L’erreur probable de cette moyenne s’élève à:

c’est-à-dire, que la moitié des organes olfactifs intacts ont une acuité sensitive correspondant à un minimum perceptible qui oscille entre 0cm,5 et lcm,5 du cylindre olfactométrique,

Les résultats de nos 34 mensurations se laissent toutefois utiliser encore d’une autre manière. On peut les grouper d’après leur fréquence, ainsi qu’il suit:

H. ZWAARDEMAKER CZ.

Mininimum perceptible trouvé à 0,1 du cylindre olfactométrique : 2 fois

Le minimum perceptible rencontré le plus fréquemment est donc = 0,7.

D’après la définition de M. Thoma, c’est donc cette valeur qui -doit être prise pour norme.

Le défaut de concordance entre la norme et la moyenne saute immédiatement aux yeux. On sera peut-être tenté de chercher l’explication de ce phénomène dans la fréquence relativement assez grande des cas où le minimum perceptible ne fut atteint qu’à 2 — 3 cm du cylindre olfactométrique. Parmi les 34 organes du sens, il n’y en eut pas moins de 6 qui offrirent une „Reizschwelle” relativement aussi élevée. Si ces cas sont déclarés anomaux, et qu’on n’en tienne pas compte dans le calcul de la moyenne, celle-ci s’abaisse notablement. Elle devient alors 0cm,7, tout comme la norme, et un accord parfait est obtenu entre les deux valeurs. Inutile de rappeler, toutefois, que de pareilles pratiques sont absolument interdites. Le groupement, qui sert de base à une statistique, doit être déterminé par des raisons prises en dehors de cette statistique ; et après coup, quand les chiffres ont été obtenus, il n’est plus permis de faire des modifications à ce groupement. Dans l’occurrence présente, une fois admis les cas à „ minimum perceptible élevé”, nous ne pouvons plus, si tentant que cela soit, les considérer comme pathologiques ; d’autant moins que, suivant les remarques déjà faites plus haut;

1° l’aspect rhinoscopique était normal;

2° les taches produites par l’haleine étaient symétriques et de grandeur ordinaire;

3° l’anamnèse ne mentionnait aucune rhinopathie, ni n’indiquait une affection nerveuse à laquelle aurait pu être attribuée une anosmie intracrânienne ou essentielle.

Pour l’olfactomètre à caoutchouc, qui avait servi à cet examen, la norme était donc de 0cm,7 du cylindre olfactométrique. Ma propre acuité olfactive reste par conséquent un peu au-dessous de la norme, sans être toutefois anormale, puisque, comme on l’a vu plus haut, la moitié des organes olfactifs intacts tombent entre les valeurs 0cm,5 et lcm,5.

Le stimulus olfactif qui correspond au minimum perceptible normal peut être pris pour unité servant à exprimer toutes les autres excitations olfactives de la même espèce. Il est même la mesure physiologique naturelle de ces impressions, à côté de laquelle une mesure physique pourrait seule être jugée rationnelle. Malheureusement, cette dernière nous manque jusqu’ici pour l’odorat, de sorte que nous devons bien nous contenter de l’unité physiologique, avec tout le cortège des défauts qui, de sa nature, lui sont inhérents. A cette unité physiologique, déjà employée itérativement par M. Wundt pour différents sens, j’ai proposé de donner le nom à' olfactie. Par rapport au cylindre olfactométrique dont il est question dans ce Mémoire on a donc :

minimum perceptible normal = olfactie = 0cm,7.

Il va sans dire que, pour d’autres olfactomètres, la valeur numérique de l’olfactie sera différente. Sa valeur réelle, toutefois, reste constante; ce qui change, c’est seulement l’appareil servant à la mesurer.

Le clinicien qui veut déterminer au moyen de l’olfactomètre l’acuité de l’odorat chez ses malades névropathes, le spécialiste qui cherche à découvrir les causes locales d’une anosmie, ont l’un et l’autre intérêt à connaître la norme de leurs cylindres olfactométriques. Ce n’est qu’en comparant les

H. ZWAARDEMAKER CZ.

résultats individuels avec cette valeur normale qu’on peut apprécier le degré exact de la déviation. Ainsi que je l’ai montré dans une occasion antérieure 1 ), ce degré s’exprime le mieux par une fraction. Soient o et o' les acuités olfactives à comparer, l et V les longueurs de cylindre trouvées respectivement pour ces deux cas; on a alors, vu qu’entre ces données il existe une proportion inverse:

Si o est l’acuité olfactive normale et l la longueur correspondante du cylindre olfactométrique, on obtient, en posant o = l:

Au moyen de la notion d 'olfactie, ci-dessus introduite, les choses deviennent encore beaucoup plus simples. On a, en effet: minimum perceptible normal = olfactie = l ~ 1.

Il en résulte que, si la fraction dont il s’agit a été réduite de manière que son numérateur soit =r 1, le dénominateur indique immédiatement de combien d’olfacties le minimum perceptible se compose dans un cas pathologique donné. Une personne d’acuité olfactive (olfactus) = 1, a son minimum perceptible à 1 olfactie ; une personne d’acuité olfactive (olfactus) — | a ce minimum à 2 olfacties ; une personne d’acuité (olfactus) = j l’a à 3 olfacties, etc.

Il n’y a aucun inconvénient, et même il y avantage, à disposer l’echelle de l’olfactomètre en conformité de ce qui vient d’être dit. Au lieu de centimètres, on peut y marquer les olfacties. L’acuité de l’odorat se lit alors directement : le chiffre de l’échelle est aussi le chiffre de l’acuité olfactive, en ce sens qu’un minimum perceptibfe = n indique une acuité olfac-

tive = —

J) Over het meten van den reukzin bij het hlinisch onderzoeh , dans: Tijdschrift voor Geneeskunde , 1888, T. II, p.U4.

SUR LA NORME DE l’ACUTTE OLFACTIVE (OLFACTIE). 145

Un pareil olfactomètre doit toutefois être composé d’une matière ayant un pouvoir odorant constant. La constance absolue, sous ce rapport, n’existe chez aucune substance; la quantité des particules odorantes cédées, dans un temps donné, à l’air qui passe sur la substance, varie plus ou moins avec la température 1 ). Pour certaines matières odorantes solides les différences sont très sensibles, même entre les limites de la température ordinaire de nos appartements. Abstraction faite de cette influence, une diminution lente du pouvoir odorant aura lieu à la longue. Il est vrai que dans les cylindres olfactom étriqués, grâce à la disposition fortuitement adoptée, les matières restent conservées à l’abri du contact de l’air ; mais néanmoins, à l'orifice antérieur de l’appareil et pendant l’emploi, elles sont exposées à une légère évaporation et dessiccation. Le pouvoir odorant doit donc nécessairement s’affaiblir peu à peu. Il en résulte que l’échelle des olfacties se déplace plus ou moins, de la même manière que l’échelle d’un thermomètre se déplace par suite des changements moléculaires du verre dont l’instrument est construit. Pour l’usage clinique, on devra, bien entendu, se servir exclusivement d’ olfactom êtres faits de matières qui ne soient sujettes à ces variations que dans une faible mesure. Telles sont le caoutchouc vulcanisé et le mélange de gomme ammoniaque et de gutta-percha que j’ai indiqué antérieurement pour cet emploi. Aux olfactomètres construits avec ces matières on pourra adapter, en toute confiance, une échelle d’olfacties. Seulement, au bout de quelques mois, il faudra contrôler l’instrument, comme on est obligé de le faire aussi pour les thermomètres, les galvanomètres, etc. Dans les olfactomètres en ma possession, les variations révélées par ce contrôle étaient des plus insignifiantes. Sur l’appareil en caoutchouc, l’échelle devra être divisée

i) Feestbundel Donders- Jubileum, p.183. Il est probable que les différences de l’état hygroscopique de l’air déterminent des variations analogues (. Procesverbaal der Sectie-vcrgadering van het Provinciaal Utrechtsch Genootschaj), 25 Juni 1889, p.14.).

H. ZWAARDEMAKER CZ.

en olfacties, sur celui en gomme ammoniaque — gutta-percha, en centaines d’olfacties, parce que de cette manière la lecture devient le plus facile, les traits de la division s’espaçant alors d’environ 1 centimètre (un peu plus ou un peu moins, suivant l’espèce de caoutchouc ou le mode de préparation du mélange gomme ammoniaque — gutta-percha).

Si, pour l’examen clinique, la disposition dont nous venons de parler peut être dite pleinement satisfaisante, on doit exiger davantage quand il s’agit de recherches rigoureusement scientifiques sur la physiologie de l’odorat. L’olfactomètre clinique est à peu près constant; complètement invariable pendant des mois et des années, il ne l’est pas. Mais on peut, sous ce rapport, donner à l’appareil toute l’exactitude désirable en le modifiant de la manière suivante.

Le cylindre olfactométrique ordinaire (consistant, comme on le sait, en une matière odorante solide, entourée extérieurement d’une enveloppe de verre) sera remplacé par un cylindre de terre cuite poreuse. Celui-ci doit naturellement avoir les mêmes dimensions que les cylindres ordinaires, afin de s’adapter exactement sur le tube olfactif et, ramené en arrière ? de le recouvrir en entier. La maison ’t Hooft et Labouchère, de Delft, a eu l’extrême obligeance de faire fabriquer pour moi des cylindres de ce genre, avec les matières premières de la belle porcelaine qui a valu à sa fabrique un renom universel *). Ils sont en pâte kaolinique poreuse, qui, par elle-même, ne donne presque aucune odeur. La faible senteur de terre cuite, qu’on perçoit encore à l’origine, se perd complètement lorsque les cylindres séjournent une couple de jours dans une eau courante. Aux deux extrémités, coupées à angle droit, ils ont reçu une couverte vitreuse. Quant aux faces interne et externe, elles sont restées dans leur état primitif, c’est-à-dire, blanches et poreuses, facilement pénétrables aux liquides. Ces cylindres remplissent maintenant, dans mes

i) Pour le service ainsi rendu, j’adresse à la maison, ainsi qu’à son ingénieur, M. Grundel, mes sincères remercîments.

appareils destinés aux recherches physiologiques’ le rôle de cylindres olfactométriques. Avant l’expérience, je les plonge dans un flacon à l’émeri , rempli du liquide dont l’odeur doit ^tre employée dans l’expérience. Ce liquide peut être, par exemple, une solution d’acide valérianique. La teneur en élément odorant a été préalablement déterminée avec soin par voie acidim étriqué. Dans le flacon bouché à l’émeri les cylindres poreux sont laissés pendant plusieurs heures, de sorte qu’on peut admettre que le liquide a entièrement rempli les pores de la porcelaine, du moins dans les couches les plus voisines des surfaces intérieure et extérieure. Après avoir été retirés du liquide odorant, les cylindres sont essuyés en dedans et en dehors, puis placés sur l’olfactomètre. La détermination de l’acuité olfactive n’offre alors aucune difficulté et l’on est parfaitement sûr — en se servant du même cylindre — d’obtenir toujours, avec une même concentration du liquide imprégnant, le même chiffre pour la longueur de cylindre qui correspond au minimum perceptible. De plus, ce minimum perceptible est exprimé en données purement physiques, qui se laissent mesurer avec précision. Ces données sont:

1°. la longeur dont le cylindre olfactométrique a été retiré,

2°. la concentration de la matière chimique employée comme source d’odeur.

Il y a constance complète de tous les autres éléments, tels que: les dimensions du tube olfactif, la distance à laquelle la source d’odeur se trouve de l’organe sensitif, les dimensions du cylindre poreux imbibé de matière odorante, la porosité de ce cylindre, qui ne doit être mis en contact qu’avec des substances entièrement solubles.

Ce qu’il y a de variable dans l’olfactomètre clinique est éliminé du nouvel appareil. On n’y trouve plus que des données fixes, pouvant être rétablies indéfiniment. A l’unité physiologique de l’acuité olfactive, une base physique a été fournie.

1 48 H. zwaardemaker cz. sur la norme de l’acuite, etc.

Le lecteur s’attendra peut-être à voir suivre cette communication d’une série de nombres donnant la valeur de l’olfactie en mesure physique, pour différentes matières odorantes solubles et chimiquement définissables J’ai effectivement déjà travaillé, depuis environ un an, à rassembler de pareils chiffres. 1 ) Mais, autant l’olfactomètre, avec ses trois parties constituantes: cylindre, tube olfactif et planchette, paraît un instrument simple, autant il exige d’études pour son emploi fructueux. Exécuter des déterminations approchées, n’est guère difficile ; mais les mesures exactes demandent toute une série d’opérations préparatoires. Le pouvoir odorant de cylindres imbibés du même liquide, mais inégalement poreux ; l’affaiblissement de l’odeur par suite de l’évaporation du liquide odorant dans les couches superficielles; l’adhésion que les particules odorantes dégagées contractent avec la paroi du tube olfactif en verre, dans différentes conditions de température, d’humidité, de propreté; tous ces points doivent être contrôlés et imposent des corrections. Ce que je pourrais donner ici, ce serait simplement les chiffres bruts, auxquels les corrections n’ont pas encore été appliquées. Ces résultats bruts n’ayant pas grande valeur, je m’abstiens de les faire connaître et me borne à insister sur les conclusions suivantes:

1°. La norme est une acuité d’odorat correspondant à une olfactie; autour de cette valeur oscillent les acuités olfactives qui, en clinique, peuvent être considérées comme normales;

2°. l’olfactie peut être exprimée en données physiques;

3°. cette expression est devenue possible par l’emploi d’un cylindre olfactométrique poreux, imbibé d’une solution odorante chimiquement définissable.

i) Voir, sur une application: Compensation von Geruche , dans Fortschrxtte der Medicin , 1889, n°. 19.

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE,

PAR

H. ZWAARDEMAKER Cz.

S’il était donné à l’homme de se rendre compte du cercle d’idées d’un des animaux supérieurs que Broca désigne sous le nom de mammifères osmatiques, nous y rencontrerions indubitablement des représentations mentales d’un tout autre ordre que celui où se meut notre propre entendement. Les représentations auditives extrêmement complexes dans lesquelles nous ressentons toute la puissance du langage, elles manquent presque complètement chez ces êtres, et à leur place apparaît un monde merveilleux de représentations olfactives, plus riche et plus varié que nous ne pouvons l’imaginer. Elles régissent probablement l’âme animale, de la même manière que le font chez nous les impressions reçues par l’œil et par l’oreille. Et à cela il n’y a rien d’étonnant, car elles sont intimement liées aux deux choses en lesquelles tout se résume pour l’animal : la nourriture et la sexualité.

Qu’à l’odorat soit réellement départi un rôle si considérable dans l’esprit de la très grande majorité des mammifères, c’est ce qui ressort avec évidence de l’anatomie comparée, notamment du grand volume que possède, pour ce sens, l’organe nerveux central. Le bulbe olfactif et le tractus olfactif forment chez eux une section cérébrale particulière, dite le lobe olfactif, et le gyrus de l’hippocampe ainsi que la corne d’Ammon présentent aussi un développement de beaucoup

Archives Néerlandaises, T. XXV. 11

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supérieur à celui des formes humaines. Comparé à cet état, notre appareil olfactif est un organe rudimentaire. Si le centre y est exigu, si le bulbe olfactif y est caché sous les grands lobes frontaux, la portion périphérique est également insignifiante. Elle est contenue dans un ethmoïde petit, étroit, raccourci. Des rangées de plis olfactifs il n’est resté que la médiane, et même, dans cette série, les 5 cornets typiques sont réduits à deux. Tandis que la station verticale émancipait les extrémités antérieures, les transformait en organes appropriés à des services multiples, tandis que le perfectionnement du langage rendait nécessaire une extension considérable de la surface cérébrale, et qu’en conséquence les lobes frontaux se développaient fortement, le centre olfactif diminuait manifestement en volume. La vue et l’ouïe devinrent les sens cardinaux, l’odorat se dégrada, et si son étude forme encore un chapitre important de la physiologie de l’homme, c’est uniquement parce qu’aucun autre sens ne montre une connexion aussi directe entre la nature de la matière et la sensation qu’elle provoque.

La pathologie, toutefois, tire souvent profit et instruction de choses qui pour la vie normale sont d’intérêt secondaire. C’est ainsi que les troubles de l’odorat constituent parfois des symptômes caractéristiques d’une affection nerveuse. Et cela se comprend, puisque l’olfactif est un nerf cérébral par excellence. Comme expansion primaire du lobe antérieur du cerveau, le bulbe olfactif se place sur la même ligne que la rétine, organe avec lequel il présente une grande analogie sous le rapport de la structure microscopique. L’appareil conducteur des stimulants olfactifs est d’un examen très facile, ce qui donne une netteté peu commune à notre diagnose de la nature des perturbations. Grâce à ces diverses circonstances, l’anosmie devient un signe précieux pour la détermination du foyer morbide. Mais, à part même toute localisation, l’importance du trouble olfactif nerveux n’est pas médiocre, car, comme organe rudimentaire, le sens en question est tout particulière-

ANOSMIES D ORIGINE NERVEUSE.

ment exposé à des déviations pathologiques, soit congénitales soit acquises. En pareil cas, nous avons besoin en premier lieu d’une bonne méthode de recherche

Partout où la mesure et le nombre font leur entrée, notre observation gagne en précision, notre jugement en exactitude. Je me suis donc proposé de trouver une méthode quantitative, et je crois y être parvenu au moyen de l’olfactomètre que j’ai décrit précédemment. Pour les recherches cliniques, c’est un appareil extrêmement simple, dont on peut se servir avec fruit presque sans préparation spéciale. En outre, il est provisoirement tout à fait indifférent de choisir pour le cylindre de l’appareil telle ou telle matière odorante solide, l’expérience ayant appris que la grande majorité des anosmies portent également sur toutes les sortes d’odeurs. Tel est le cas notamment pour les anosmies qui proviennent de sténose nasale ou d’altérations pathologiques dans la muqueuse olfactive. La seule précaution à observer dans l’olfactométrie clinique, c’est d’éviter les stimulants énergiques, vu que ceux-ci fatiguent le sens et l’émoussent pour longtemps. En outre, avec ces odeurs trop fortes, on est exposé à parfumer tous les objets qu’on touche et même le local tout entier dans lequel on opère. L’emploi de matières à émanations trop vives, acide acétique, ammoniaque liquide, huiles essentielles et autres substances qu’on trouve indiquées dans les Traités, notamment dans ceux de Eichhorst et de Strümpell, est le défaut capital de la méthode antérieure. Par cela seul déjà, on s’est enlevé toute chance d’arriver à une connaissance exacte de l’anosmie.

A l’aide d’olfactomètres convenablement construits, il n’est pas difficile de mesurer l’acuité de l’odorat. Le malade ayant introduit dans la partie antérieure de l’une des narines l’extrémité bien nettoyée de l’instrument, on l’invite à y flairer, sans qu’il soit nécessaire de boucher l’autre narine. Le petit écran dont l’olfactomètre est pourvu garantit suffisamment, si l’on s’est abstenu de toucher le bois avec des doigts imprégnés d’odeur. J’ai l’habitude de laisser le malade prendre d’abord

H. ZWA ARDEMAKER OZ.

connaissance de l’odenr qu’il devra observer, en lui faisant sentir un instant, mais un instant très court et très fugitif, le cylindre olfactométrique détaché. Ensuite, je cherche le minimum perceptible, en passant alternativement d’excitations trop fortes à d’autres un peu trop faibles, et d’excitations trop faibles à d’autres légèrement plus fortes. L’observation doit surtout avoir lieu sans que le sujet y apporte beaucoup de contention; il doit sentir rapidement et simplement, comme on le fait aussi dans la vie ordinaire. Quelques personnes ont une tendance à aspirer de toutes leurs forces, d’une manière très peu naturelle, et le seul résultat qu’elles obtiennent ainsi est une excessive raréfaction de la matière odorante dans une très grande quantité d’air. Lorsque, toutefois, on aspire tranquillement, naturellement, 5 ou 6 observations suffisent pour fixer la limite entre sentir et ne pas sentir l). La détermination acquiert une exactitude extrême si de temps en temps on compare la sensation douteuse avec la sensation d’inodorité qui se produit lorsque l’olfactomètre est porté dans la partie postérieure de la narine. L’acuité olfactive s’exprime finalement par une fraction:

olfactus = —

v fl

où le numérateur représente le minimum perceptible de longueur de cylindre pour une personne normale, le dénominateur la longueur de cylindre trouvée.

L’expérience m’a appris que les anosmies respiratoires et essentielles sont extrêmement fréquentes. Si donc on ne veut pas tomber dans des méprises grossières, on doit, lors de l’examen de névropathes, savoir exclure ces anosmies. Il va sans dire qu’un examen rhinoscopique minutieux sera alors d’une grande utilité Le but auquel je tends, toutefois, est d’indiquer une méthode plus simple, qui mette le médecin en

• ) Sur l’influence du mode d’aspiration, voir Ned. Tijdschrift voor Ge neeskunde , 1888, T. II, p.133.

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE.

état de se former, aussi au lit du malade ou dans la policlinique, une opinion au moins provisoire.

Encore que l’air inspiré ne passe pas directement sur la surface sensitive, il est clair qu’un large courant respiratoire est une condition sine qua non de la fonction olfactive. Or, la largeur du courant respiratoire peut être estimée d’après la masse d’air qui, lors de l’expiration, sort des fosses nasales. Cet air a été saturé de vapeur d’eau dans les poumons et laisse donc, sur un miroir métallique qu’il rencontre, un dépôt de vapeur condensée. Dans les conditions normales, les deux taches ainsi produites sur un miroir (par exemple, un réflecteur laryngoscopique ordinaire ou quelque autre surface métallique polie) qu’on tient, parallèlement aux narines, à la hauteur de la lèvre supérieure, doivent être symétriques. Chacune de ces taches respiratoires, à mesure qu’elle se dissipe, se partage d’elle-même en deux parties, une partie supérieure latérale et une partie inférieure médiane, dues probablement à la division en deux courants, que le cornet nasal inférieur fait nécessairement subir à l’air expiré.

Trouve-t-on des taches respiratoires symétriques, de forme normale, et qui, sous le rapport de leur étendue et de la rapidité avec laquelle elles se dissipent, ne diffèrent pas trop des taches de contrôle produites par l’observateur, alors on peut admettre que, à part des circonstances particulières, il n’existe pas pour l’odorat des obstacles respiratoires. Si la symétrie n’est pas parfaite, mais que l’écart soit faible, on peut, jusqu'à nouvel ordre, hasarder la même conjecture.

Les anosmies respiratoires sont donc assez faciles à reconnaître. La difficulté est plus grande pour les anosmies essentielles. Toutefois, elles se rencontrent le plus souvent à la suite de rhinite chronique, de pharyngite chronique, etc. En général, on ne sera autorisé à les admettre que s’il existe de pareilles conditions étiologiques. De plus, ces anosmies essentielles sont ordinairement bilatérales et à peu près au même degré des deux côtés dans les cas non compliqués, en op-

H. ZWAARDEMAKER CZ.

position avec les anosmies respiratoires, qui presque toujours présentent de grandes différences à droite et à gauche. Enfin, on doit considérer que les processus anatomo-pathologiques qui produisent les anosmies essentielles pourraient difficilement rester limités à la muqueuse olfactive, si bien cachée par sa situation. Lors donc qu’on ne trouve aucune altération dans les parties plus accessibles de la muqueuse nasale ou pharyngienne, cela seul est un motif de juger improbable l’existence d’une anosmie essentielle, au moins de nature un peu grave 1 ).

Ces recherches préliminaires concernant l’organe olfactif périphérique ne devront jamais être omises dans l’examen des troubles de l’odorat chez les névropathes. Néglige-t-on, lors de l’étude des troubles visuels nerveux, de s’assurer de l’état normal de la rétine ou de celui des milieux réfringents? Eh bien ! ce que la détermination de la réfraction et l’examen opthalmoscopique sont pour l’œil, l’examen de la partie inférieure des cavités nasales l’est pour l’organe de l’odorat. Surtout les crêtes qui partent de la cloison, le cornet inférieur, le bord du cornet moyen, ont de l’importance sous ce rapport. La certitude, en ce qui concerne leur forme et leur développement, s’obtient par la rliinoscopie antérieure et postérieure ; la probabilité et une opinion provisoire, par les moyens simples que je viens de décrire.

Tout en étant moins fréquente que les anosmies respiratoires et essentielles, la perte d’odorat d’origine nerveuse n’est pourtant pas rare. Dans ce que je vais dire à ce sujet, je m’appuierai principalement sur les résultats de mon expérience personnelle et ne citerai les travaux antérieurs, d’ailleurs peu nombreux, qu’en tant que cela sera nécessaire pour la juste appréciation des choses.

Parmi les anosmies congénitales, la plupart ont certainement

i) Pour plus de détails à ce sujet, voir mon article Anosmie , dans Ned. Tijdschr. v. Gen., 1889, n° 1.

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE.

un caractère nerveux. Selon Kundrat, qui a écrit une excellente monographie sur les monstres privés d’appareil olfactif central, les arhinencéphales, des degrés plus légers de cette anomalie se rencontrent de temps en temps chez des individus parfaitement conformés quant au reste. L’éminent Claude Bernard lui-même, lorsqu’il était encore assistant de Magendie, a disséqué le cadavre d’une jeune femme, chez qui manquaient complètement les nerfs olfactifs. Le cerveau affecté de cette anomalie se trouve représenté dans les „ Leçons sur le système nerveux ”. Claude Bernard a pris la peine de rechercher les parents de la défunte et de les questionner sur ce qu’elle avait pu présenter de particulier dans le cours de sa vie. Leurs récits n’apprirent rien, il est vrai, touchant le manque d’odorat, mais on peut en tout cas en conclure qu’il n’existait absolument rien qui dénonçât une monstruosité. Quelques autres cas analogues se rencontrent encore, sporadiquement, dans la littérature spéciale.

De l’écrit de Kundrat j’ai déduit qu’on aura le plus de chance de trouver des anosmies congénitales chez les individus à front étroit, vu que cette conformation peut tenir à un développement imparfait de la lame criblée de l’ethmoïde. D’autre part, il est probable que chez ces individus, au moins quand ils offrent des signes de parenté avec les arhinencéphales, le nez témoignera d’un dérangement dans sa croissance, de telle sorte que la cloison médiane sera courte et que le palais sera plus voûté que d’ordinaire. Bien que, chez toutes les personnes présentant ces caractères, j’aie cherché l’anosmie congénitale, je n’ai pu jusqu’ici en découvrir qu’un seul exemple. Il s’agit d’un homme intelligent, d’âge moyen, qui n’a jamais eu d’odorat. Ni dans sa jeunesse, ni plus tard, il n’a été capable de sentir une odeur. Les fleurs, le goudron, le gaz d’éclairage, rien de ce qui dans la vie journalière affecte le nez, ne lui a procuré une impression olfactive. Il va sans dire que -cet homme a un goût tout à fait à part. Les mets délicats d’un arôme agréable, exquis pour les gens civilisés ordinaires, lui

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sont indifférents. Par contre, il est très sensible aux impressions que sa muqueuse buccale éprouve pendant la mastication.

Plus fréquemment que les anosmies congénitales, on rencontre toutefois la perte totale de l’odorat survenue après que la première enfance était déjà passée. Il arrive souvent qu’on croie pouvoir écarter l’idée de processus pathologiques dans les cavités nasales, et que néanmoins il existe une anosmie absolue, qui s’est développée insensiblement au cours de l’adolescence. La possibilité doit être admise qu’elle dépende d’un développement imparfait de l’organe central de l’odorat, qu’elle représente par conséquent le degré le plus léger de l’arhinencépbalie. C’est au moins un fait digne d’attention que sur la table de dissection on trouve si souvent, sans l’avoir cherchée, la sclérose de la corne d’Ammon, organe cortical faisant indubitablement partie, comme on sait, du centre olfactif. Toutefois, dans le jugement clinique de ces cas d’anosmie, il faut être prudent. Jusqu’ici, l’occasion m’a été offerte d’en observer trois avec soin. J’ai perdu de vue l’un de ces sujets, mais les deux autres cas ont pu être soumis à un examen répété.

L’un d’eux concernait une jeune personne de 17 ans, qui à l’âge de 4 ans aurait eu une diphtérite. Ni dans le pharynx, toutefois, ni dans la cavité nasale, on ne découvrait quoi que ce soit qui pût être considéré comme un reste de cette maladie. Au contraire, ces organes périphériques se montrèrent, par rhinoscopie antérieure, parfaitement normaux. Pourtant, l’anosmie était complète. Je pratiquai pendant quelque temps des insufflations de strychnine, et le 17 avril 1889 les premières sensations olfactives purent être constatées. La distinction des odeurs laissait encore beaucoup à désirer; finalement, l’acuité de l’odorat, mesurée à rolfactomètre, s’éleva à 4 cm de racine de sumbul.

Ce qui semblait d’abord une anosmie absolue n’était donc, vu de plus près, qu’une anosmie relative, non pas une perte d’odorat, mais une simple faiblesse d’odorat, dépendant sans doute d’une cause autre qu’un défaut de développement. Peutêtre était-ce réellement une anosmie essentielle post-diphtéritique, peut-être aussi une des anosmies hystériques qui, d’après

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE.

la pratique de M. Strümpell (non d’après la mienne), se présentent si fréquemment

Dans l’autre cas, il s’agissait d’un jeune homme de 24 ans, industriel, qui de sa 17e à sa 20e année avait peu à peu perdu l’odorat, sans que quelque autre phénomène pathologique se fût manifesté chez lui. Il ne percevait aucune odeur, même des plus fortes, parmi lesquelles je compte celles du sulfure d’allyle, de la benzaldéhyde, etc. L’examen rhinoscopique mit toutefois au jour, dans la cavité nasale du reste parfaitement saine, une notable accumulation de mucus à l’entrée de la fente olfactive. De la partie supérieure, ce mucus s’était évidemment porté plus bas, car dans l’image rétro-nasale on le voyait jusque tout près de la voûte.

Nous aurions donc affaire ici au cas très rare d’une inflammation circonscrite et catarrhale de la muqueuse olfactive. En général, les catarrhes de la cavité nasale se localisent dans la partie inférieure, là où le courant respiratoire apporte incessamment des causes d’irritation mécanique ou thermique, là aussi où les chances d’infection renouvelée sont le plus grandes ,). Il paraît, toutefois, que par exception la partie supérieure peut aussi avoir son tour, et cela, chose assez singulière, bilatéralement.

Des deux exemples qui viennent d’être cités, il ressort qu’une anosmie, en apparence absolue et simple, peut provenir de processus anatomo-pathologiques dans la fente olfactive, en d’autres termes, être une anosmie essentielle. En maints cas, où les circonstances et la durée de l’observation seront moins favorables, on devra donc rester dans l’incertitude quant à la vraie nature de l’affection.

La contre-partie des anosmies congénitales se trouve dans les anosmies séniles Ma pratique consultative m’en a fourni quelques exemples très caractéristiques. Des hommes ou des femmes d’âge avancé, mais bien portants et encore relativement vigoureux, perdent peu à peu l’odorat, après avoir éprouvé des paresthésies très prononcées. Celles-ci sont trop

• ) Voir Anosmies , dans Ned. Tijdschr. v. Gen ., 1889, n° 1.

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peu définies pour pouvoir être appelées des hallucinations. Elles sont intermittentes, surgissent brusquement, et disparaissent de même. Parfois aussi, elles sont continues, mais, alors même, sujettes à des aggravations et à des améliorations. Ordinairement la sensation est très forte et d’un effet assez fâcheux sur l’état normal. Tantôt le malade se plaint d’une odeur empyreumatique, tantôt d’une odeur désagréable mal déterminée, rappelant celle des matières fécales. Je n’ai jamais appris qu’elle empêchât le sommeil. Très gênante, dans ces cas, est la longue durée des perceptions consécutives, le malade restant plusieurs heures sans pouvoir se débarrasser d’une odeur qui du reste n’a rien d’extraordinaire, par exemple, celle des aliments ou des boissons. Au sujet de quatre de cés cas je possède des observations olfactométriques un peu complètes :

I. Cas d’anosmie respiratoire gauche, compliquée d’anosmie sénile, de sorte que l’acuité olfactive est abaissée à droite jusqu’à à gauche jusqu’à x^ô* Comme minimum perceptible on trouve, en effet, à droite 2cm de caoutchouc, et gauche lcm, 5 du mélange de gomme ammoniaque et de guttapercha (l’odeur de ce mélange est environ 100 fois plus forte que celle du caoutchouc). Paresthésies de caractère mal déterminé, empyreumatique.

II. Cas d’anosmie sénile chez un homme de 44 ans, qui présente aussi un raccourcissement précoce de l’échelle des tons • ). L’acuité olfactive est tombée à droite jusqu’à 1 / 5, à gauche jusqu’à 1/20. Paresthésies surtout pendant la nuit, lorsque celle-ci se passe sans sommeil.

III. Cas d’anosmie sénile avec perceptions consécutives très prononcées. Bien que la cavité nasale soit parfaitement normale, l’acuité olfactive est descendue à droite jusquà 1/10, à gauche jusqu’à 1/50. Les paresthésies ont un caractère empyreumatique mal déterminé.

1Y. Cas d’anosmie absolue. Les paresthésies avaient d’abord le caractère d’une odeur vague de matières fécales: plus tard, après usage du bromure de potassium, elles ressemblèrent à l’odeur de drogues qui règne dans une pharmacie. Dans la première période, le malade ne percevait rien de l’odeur la plus pénétrante, alors même que celle-ci concordait avec sa paresthésie.

Peut-être faut-il regarder comme proches voisins de ces

1) Comp. Ned. Tijdschr. v. Gen ., 1890, T. II, p. 737. •

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE.

anosmies séniles les troubles passagers, mais très remarquables, de l’odorat, que j’ai rencontrés une couple de fois l’an dernier, en connexion avec l’influenza. Dans les deux cas, c’est à l’obligeance des médecins traitants que j’ai dû de pouvoir prendre connaissance de l’anosmie.

La première malade était une femme de 30 ans, mère de quatre enfants. En janvier 1890 elle prit l’influenza, avec fièvre intense, qui dura 8 jours; douleur dans le ventre, ni odorat ni goût, au dire de la malade. Elle percevait l’amer, le salé, l’acide, le doux, mais rien de plus. La malade assure n’avoir été nullement enrhumée à ce moment. Bien certainement, elle ne l’était pas non plus au moment où elle fut soumise à mon examen. Aussi ne découvrait-on, rhinoscopiquement, aucune espèce d’anomalie. Néanmoins, l’acuité olfactive était au-dessous de Viooo de sa valeur normale. Huit jours plus tard, l’acuité de l’odorat était remontée à gauche jusqu’à 1/l00 ; au bout d’une nouvelle semaine, à gauche jusqu’à V10 et à droite jusqu’à 1/30o* Ie 19 mai elle était redevenue normale des deux côtés.

Le second malade était un homme de 51 ans, père d’une nombreuse famille. Au moment de l’examen il présentait, avec un méat olfactif facilement accessible, à droite une acuité olfactive de J/150, ^ Sauche une acuité positivement inférieure à V5Ô0. Le soir, à ce qu’il me raconta, l’anosmie était complète, de sorte qu’il ne pouvait rien goûter convenablement. Le champ visuel et le champ auditif de ce malade étaient parfaitement normaux.

Quant à la signification de ces anosmies survenant à la suite de l’influenza, rien de certain ne saurait être dit. Involontairement, on est tenté de leur chercher des analogies avec l’anesthésie de la rétine qui s’observerait après le typhus, etc.

Les anosmies congénitales, séniles et d’épuisement-, dont il a été question jusqu’ici, ont, en certain sens, un caractère général. Sans doute, nous avons des raisons de supposer que les recherches ultérieures feront connaître pour chacun de ces troubles une localisation plus spéciale, mais, quant à présent, on ne peut proposer que des hypothèses.

Pour l’anosmie congénitale, par exemple, un état rudimentaire de la corne d’Ammon, entraînant un développement im-

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parfait du tractus olfactif, n’est pas improbable; pour l’anosmie sénile, il est possible que la cause prochaine en doive être cherchée dans une dégénération du bulbe olfactif, avec formation de corpuscules amylacés; pour l’anosmie d’épuisement, je voudrais admettre, précisément à cause de la prompte fatigue, que le siège proprement dit de l’affection se trouve dans l’épithélium sensitif. Mais ce ne sont là que des conjectures, et au point de vue simple, dégagé de toute idée préconçue, où doit se placer le clinicien, ces anosmies restent des troubles de l’odorat non localisables et dont il sait seulement qu’ils ne sont dus ni à des obstacles respiratoires, ni à des altérations pathologiques de la muqueuse olfactive. Tout au plus, nos hypothèses peuvent-elles indiquer provisoirement, jusqu’à ce que l’expérience ait prononcé, une voie à l’action thérapeutique.

Les anosmies nerveuses auxquelles j’arrive maintenant nous offrent, contrairement aux précédentes, une localisation anatomique nettement circonscrite. Elles se présentent, comme symptômes cérébraux, à côté d’autres phénomènes, et rendent en beaucoup de cas possible la détermination du siège des lésions encéphaliques.

Elles trouvent leur substratum anatomo-pathalogique :

a. dans le bulbe et le tractus olfactifs;

b. dans le tiers postérieur de la capsule interne;

c. corticalement, dans la circonvolution frontale à laquelle se rattache la racine dite médiane du nerf olfactif (Zuckerkandl) et dans le gyrus hippocampi avec la corne d’Ammon.

A. Des processus locaux, qui peuvent affecter le bulbe et le tractus olfactifs, se rencontrent assez fréquemment. En premier lieu, ce sont les traumatismes, par exemple une chute sur la tête, qui peuvent rendre anosmique. Il se produit même de cette manière, comme l’a montré M. Ogle, une forme pathologique très caractérisée : une chute de cheval ou de voiture, par exemple, laisse pour seule trace persistante la perte de l’odorat. Cette anosmie atteint naturellement aussi

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE.

la fonction gustative de l’odorat, ce qui, dès qu’elle devient absolue, la rend très gênante pour les malades. Jusqu’à présent, on n’a remarqué que ces anosmies absolues. Mais il ne souffre aucun doute que des degrés moindres, le simple affaiblissement de l’odorat, ne se présentent également. On a parfois hasardé la supposition que ce sont les fibres minces et délicates du nerf olfactif qui, au point où elles traversent la lame criblée, seraient déchirées lors de la chute. Mais c’est là une pure hypothèse. Dans les rares autopsies qui ont été faites, on a toujours trouvé une fracture de la base du crâne, qui d’ailleurs dans les fosses crâniennes antérieures ne donne pas nécessairement lieu à des phénomènes nettement définis. Il serait donc très intéressant, et non sans importance pour le diagnostic, de faire, après un traumatisme un peu grave de la tête, un examen olfactom étriqué approfondi.

A côté de ces lésions traumatiques, ce sont surtout les tumeurs qui menacent de danger le bulbe et le tractus olfactifs. En raison des troubles de la vue, hémiopie (Leber) ou exophtalmie, qui les accompagnent, il ne sera pas rare que ces tumeurs viennent à être soumises à l’inspection de l’ophtalmologiste. Plus tôt que dans les hôpitaux, on les rencontrera donc dans les policliniques des oculistes, et c’est ainsi que, grâce à l’obligeance de M. Snellen j’ai eu l’occasion d’observer quelques cas d’anosmie par pression de tumeur.

B. Des processus qui se passent dans le tiers postérieur de la capsule interne, ou qui y ont rapport, peuvent indubitablement, en théorie, donner lieu à l’anosmie et alors, naturellement, à une anosmie unilatérale. Je ne sache pas que des cas avec autopsie aient été consignés dans la littérature médicale; mais une forme pathologique très caractéristique, qui d’après la célèbre hypothèse de Charcot a très probablement la même localisation, c’est l’hémianesthésie hystérique. Comme élément de cette l’hémianesthésie, apparaît l’hémianosmie. Elle est dans ce cas entrecroisée, comme tous les autres

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troubles sensoriels. Parfois, néanmoins, j’ai observé aussi de l’autre côté, du côté non hémianesthésique, un affaiblissement relatif de l’odorat, phénomène qui d’ailleurs trouve ses analogues dans les autres sens. Je dois à l’amitié du professeur Talma et du Dr Winkler d’avoir pu faire ces observations.

C. Dans le domaine encore presque inexploré des anosmies corticales, on rencontre une forme pathologique parfaitement définie; qui se présente fréquemment. C’est l’anosmie accompagnant l’aphasie et l’hémiplégie du côté droit. Or, il est très remarquable que dans ces cas l’anosmie ne se trouve pas du même côté que la paralysie. Toujours, au contraire, on l’observe du côté opposé. Tandis que l’hémiplégie est à droite, l’anosmie siège à gauche; la première est donc entrecroisée par rapport au foyer, la seconde ne l’est pas.

Le centre cortical, qui dans ces cas est frappé en même temps que le centre du langage parlé et les centres moteurs, ne peut guère être autre chose que la circonvolution frontale avec laquelle se continue, d’après l’anatomie comparée, la racine médiane du nerf olfactif (Zuckerkandl). Et alors on conçoit aisément que l’entrecroisement fasse défaut. Ce qui surprend davantage, c’est qu’il paraît exister une autre anosmie corticale, qui, elle, est entrecroisée relativement au foyer. Une partie des fibres du centre nerveux se rend donc à la périphérie sans entrecroisement, une autre partie avec entrecroisement. Il y a tout lieu de chercher cet entrecroisement dans la commissure antérieure, qui chez les mammifères osmatiques possède un développement énorme, et qui relie indubitablement les deux bulbes et tractus olfactifs, ou, comme on les appelle chez ces animaux, les lobes olfactifs. Cette commissure offre quelque analogie avec le chiasma. Dans le cas où cette comparaison n’exprimerait pas une simple ressemblance superficielle, mais aurait réellement pour base une analogie plus intime entre les deux nerfs cérébraux qui naissent d’expansions cérébrales, ces formes d’aphasie avec anosmie pourraient nous révéler un

ANOSMIES D’ORIGINE NERVEUSE.

trésor de faits, aussi importants pour la théorie de l’odorat que pour la localisation cérébrale. A mon grand regret, je n’ai jamais eu l’occasion d’étudier un seul cas de ce genre. Les hommes jeunes et robustes qui entrent à ma section d’hôpital ne souffrent pas de ces maux de la vieillesse, et dans ma pratique consultative les apoplexies ne se présentent pas. Néanmoins, je me suis armé pour les éventualités possibles, et c’est par l’énumération des moyens d’étude matériels que je terminerai cet article. Dans les cas en question, et aussi dans les cas d’anosmies corticales d’origine différente (gyrus de l’hippocampe), il sera nécessaire de limiter le champ olfactif, et c’est ce que permettent les olfactomètres destinés aux recherches physiologiques. Il y a une couple d’années, M. Haycraft a fait voir comment l’odeur se modifie progressivement dans les séries chimiques. Les molécules les plus complexes forment les termes inférieurs, les molécules les plus simples les termes les plus élevés. C’est ainsi du moins que je conçois ces relations incontestables, en les rattachant à mes hypothèses sur le classement des éléments sensitifs.1) S’il en est ainsi, et provisoirement ces hypothèses paraissent être les plus probables qu’on puisse se former à ce sujet, il faudra se servir pour les olfactomètres de matières chimiques pures, prises à un état de concentration connu. Ces matières devront être choisies dans les séries de Haycraft, de telle sorte que l’examen porte successivement sur un terme élevé de la série et sur l’un des termes inférieurs. Les résultats, comparés chaque fois avec les minima perceptibles normaux, fourniront infailliblement des matériaux dont la physiologie et la pathologie auront à tenir compte.

L’outillage nécessaire pour l’étude de l’amblyosmie corticale se compose de:

i) Bijdrage tôt de physiologie van den reuk, dans: Donders Feestbundel, 1888, p. 378.

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a. un petit écran dans lequel se fixent, à vis ou à joint de baïonnette, les tubes olfactifs;

b. une couple de tubes olfactifs en verre, qui, retirés de l’écran, peuvent être rincés sous un filet d’eau;

c une couple de cylindres olfactométriques, de porcelaine dégourdie, glacés seulement aux deux bouts coupés, mais uniformément poreux aux faces intérieure et extérieure. Ces cylindres ont un diamètre intérieur de 8 millimètres. Ils sont livrés par la faïencerie de Delft, maison ’t Hooft Labouchère, au prix de 50 centimes la pièce;

d. un fil de cuivre, servant de porte-ouate, pour sécher l’intérieur des tubes olfactifs.

Le tout se serre dans une trousse de toile cirée, qui peut être facilement nettoyée et n'a presque plus d’odeur propre.

Le cylindre olfactométrique poreux est imbibé d’une solution aqueuse ou glycérique contenant un poids déterminé de l’une ou l’autre matière odorante, chimiquement définie. L’imbibition se fait le mieux en plaçant le cylindre dans une éprouvette remplie de la solution, puis fermant cette éprouvette par un bouchon de liège et l’abandonnant quelque temps à elle-même, par exemple durant la nuit. Avant de se servir du cylindre, on l’essuie extérieurement, pour « îe pas être gêné par le liquide qui en dégoutterait. Tout est alors prêt pour la détermination olfactométrique. Quand il s’agit de mesures exactes, le cylindre doit être fréquemment replongé dans le liquide, et la détermination finale, en tout cas, doit avoir lieu avec le cylindre venant d’être retiré de la solution.

PAR

1. Dans la Conférence générale de septembre 1889 le Comité international des poids et mesures qui, en 1875, avait pris la place de la Commission internationale du mètre et de son Comité permanent, a rendu compte du travail auquel le Gouvernement français avait, en 1869, convoqué les délégués scientifiques de tous les pays civilisés.

Le but primitif de la Commission internationale fut la construction d’une copie identique du Mètre des Archives, destinée à remplacer cet ancien prototype du système métrique dans la construction ultérieure de nouveaux étalons de longueur. Cette copie constituerait un nouveau mètre international servant de prototype aux étalons nationaux qu’on se proposait d’en déduire, en nombre suffisant pour satisfaire aux demandes de tous les Gouvernements intéressés. Le Comité, dans la séance du 28 septembre 1882, a présenté aux Membres de la Conférence 34 règles en platine iridié, soigneusement comparées entre elles et dont l’équation par rapport au Mètre des Archives avait été obtenue au moyen d’une règle transitoire comparée directement avec le Prototype. Cette règle, — désignée par le signe I2 — en tous points conforme aux 34 nouveaux étalons, paraît avoir été destinée d’abord à servir comme nouveau mètre international. Toutefois, on a, plus tard,

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J. BOSSCHA.

adopté comme tel la règle n° 6, dont la longueur parut se rapprocher le plus de celle du Mètre des Archives. Il en est résulté que ni le mètre international, ni aucun des nouveaux étalons nationaux n’a été comparé directement avec l’ancien Prototype. Des deux conditions, demandées par la Conférence géodésique internationale de 1867 en ces termes:

„la longueur du mètre international devra différer aussi „peu que possible du Mètre des Archives de Paris et doit „en tous cas lui être comparée avec la plus grande exactitude”, on a, pour satisfaire à la première, qui est certainement la moins importante *), renoncé à la seconde.

2. Les opérations fondamentales qui devaient rattacher les nouveaux étalons de longueur à l’unité du système métrique avaient été confiées à une Commission mixte, composée de trois Membres du Comité international, MM. Broch, Fôrster et Stas et de trois Membres de la Section française, MM. Dumas, H. Tresca et Cornu. Sous la direction de cette Commission les comparaisons du mètre I2 avec le Mètre, des Archives ont été effectuées par MM. Benoit et G. Tresca, au moyen du comparateur à mouvement transversal de la Section- française, installé dans un cabinet attenant à la salle des Poids et Mesures du Conservatoire national des Arts et Métiers. Un rapport, concernant ces opérations, a été rédigé par M. Fôrster et lu dans la séance du Comité international, le 4 octobre 1882.

i) On avait évalué a 6 microns la différence de longueur du mètre J2 avec le Mètre des Archives, à 0“ celle du Mètre n° 6. Répartie sur les deux bouts des règles et mesurée avec les comparateurs du Bureau international, cette différence équivaut à trois divisions (centièmes de révolution) du tambour des microscopes. Si l’on voulait, pour cette raison attribuer au mètre n° 6 une supériorité quelconque, il faudrait, pour en profiter, s’astreindre à la condition de ne jamais employer, ni le mètre international, ni les étalons qui en dérivent qu’à des températures ne s’écartant de zéro centigrade que de % de degré, température à laquelle la dilatation a déjà produit un écart de 6 microns. La différence entre les deux règles revient, en définitive, à ceci, que l’unité du système métrique serait représentée par le n° 6 à 0°, par I2 à. — 0°,75.

11 a été adopté par le Comité dans cette même séance. On en a conclu que la distance entre les traits dêlimitatifs de V étalon

12 à 0° est de 6,« plus grande que la longueur du Mètre des Archives à 0°. Sur la proposition de M. Forster, le Comité a ensuite adopté comme unité de longueur la distance comprise à 0° entre les traits délimitatifs de l’étalon I2, diminuée de 6«, et décidé que le Comité considérerait comme définitivement tracés tous les étalons du mètre, qui ne différeraient de la longueur définie ci-dessus au delà de 3U en plus ou en moins.

Après que les dilatations absolues des mètres I2 et n° 6, ainsi que les dilatations relatives des 34 règles eurent été mesurées avec le plus grand soin par MM. Benoit et Guillaume, les équations des étalons nationaux par rapport aux deux premiers furent déterminées au Bureau international par MM. Boinot et Isaacbsen sous la direction de M. Broch.

Les résultats numériques de toutes ces observations ont été réunis dans un exposé sommaire, rédigé par M. Benoit et présenté à la Conférence générale1). Quoique les détails, à publier ultérieurement, la description complète des méthodes mises en usage et des instruments employés, ainsi que les journaux d’observations, doivent constituer la matière de plusieurs Volumes des Travaux et Mémoires du Bureau international, le Rapport de M. Benoit est assez complet pour permettre de vérifier les conclusions soumises à la sanction de la Conférence et de juger de la précision acquise dans ces travaux. Il est, en effet, peu probable que les résultats directs de l’observation, obtenus dans les mêmes conditions que ceux d’autres travaux déjà publiés dans les moindres détails, doivent subir quelque correction qui modifierait sensiblement les conclusions relatives soit aux équations définitives des divers étalons, soit aux valeurs des dilatations.

i) Rapport sur la construction, les comparaisons et les autres opérations ayant servi à déterminer les équations des nouveaux prototypes métriques ; présenté par le Comité international des poids et mesures, rédigé par le Dr. J. René Benoit, Directeur du Bureau international des poids et mesures. Paris, Gauthiers-Villars et fils, Imprimeurs-Libraires, 1889.

J. BOSSCH A..

3. D’autre part, le Gouvernement néerlandais, n’ayant pu adhérer à la Convention du Mètre de 1875, avait confié à une Commission de trois Membres : MM. Stamkart, Bosscha et Oudemans, le soin de procurer deux étalons en platine iridié, satisfaisant à toutes les conditions prescrites par la Commission internationale de 1872 et directement comparés avec le Mètre des Archives. Cette commission a terminé ses travaux en 1879. Dans son Rapport ')on trouve réunis et discutés tous les détails de ces mesures, ainsi que de celles que MM. Oudemans et Bosscha avaient effectuées en 1880 pour vérifier les résultats précédemment obtenus.

4. L’appel, adressé par le Gouvernement français aux délégués de tous les pays afin d’établir, en collaboration avec les savants français, un nouveau mètre international, copie authentique et reconnue exacte du Mètre des Archives, a donc, en définitive, conduit à la création de deux espèces d’étalons, semblables de forme et de composition, presque identiques dans leurs propriétés physiques et mécaniques -), mais d’origine diverse en ce qui regarde les opérations fondamentales qui ont servi à déterminer leur longueur, et pouvant, par conséquent, différer en ce qu’ils ont de plus essentiel, savoir, l’exactitude avec laquelle ils reproduisent l’unité de longueur du système métrique.

Cette conséquence des différends qui se sont produits au

1) Relation des expériences qui ont servi à la construction de deux mètres étalons en platine iridié, comparés directement avec le Mètre des Archives, par J. Bosscha. Rapport présenté au Ministre des travaux publics, du commerce et de l’industrie par la Commission néerlandaise. Annales de l’Ecole Polytechnique de Delft, Tome I, p.65- 144 et Tome II p.l — 122. Leide, E. J. Brill, 1885 et 1886.

2) Nous verrons dans la suite que les dilatations thermiques des deuxespèces d’étalons ne diffèrent que de 0U,02 par degré, celle des étalons néerlandais étant la plus faible. Le coefficient d’élasticité des règles du Comité international a été évalué au Bureau de Breteuil à 19500, celui des règles du Conservatoire à 21500. Pour la règle n° 19 j’avais obtenu la valeur 22800. Les étalons néerlandais sont donc un peu moins dilatables et plus résistants aux actions mécaniques que les étalons du Comité.

sujet de l'organisation du travail international, bien loin d’être fâcheuse, ne peut que profiter au but commun. En effet, les deux espèces d’étalons peuvent se contrôler mutuellement. En cas de différence, un examen critique des deux systèmes de mesures peut conduire à la découverte de quelque erreur. S’il y a concordance, ou bien, si l’introduction d’une correction, due à l’erreur trouvée, rétablit l’unité, les résultats de deux déterminations entièrement indépendantes trouveront dans leur identité la sanction la plus décisive.

C’est dans le but de tirer quelque avantage de la coexistence de ces deux systèmes que nous faisons connaître, dans les pages suivantes, les conclusions auxquelles nous a conduit l’étude des chiffres publiés dans les deux Rapports cités ci-dessus, ainsi que des détails des mesures que l’on a bien voulu nous communiquer.

5. Les observations de la Commission mixte se composent de 59 comparaisons, divisées en cinq séries effectuées à des températures différentes, ainsi que le montre le tableau suivant.

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