XIII
55. Lorsque le mouvement de la source lumineuse et de l’atmospbère absorbante coïncide en direction avec la ligne visuelle , on peut encore, à l’aide de certaines conditions et d’bypotbèses singulières, se tirer d’affaire avec les raisonnements de Doppler et de ses successeurs. Doppler doit admettre, dans ce cas, que l’absorption est réglée par le nombre des poussées d’onde qui, en un temps déterminé, frappent la vapeur interposée; à cette condition, la lumière jaune, par exemple, émise à la surface du Soleil par la vapeur incandescente du sodium, continuera à être interceptée par la vapeur sodique plus froide placée sur son trajet. Quant à ceux qui croient la durée de vibration et la longueur d’onde changées par le mouvement de la source , ils sont obligés de faire absorber par l’atmospbère froide, à raison de son mouvement, une vibration d’une durée changée dans le même rapport , et de restituer pour ainsi dire à la vibration changée sa durée et sa longueur d’onde normales, avant de la transmettre à la vapeur froide. Comment ils justifient cette hypothèse, c’est affaire à eux; mais s’ils ne s’y résignent pas , et s’ils laissent la vapeur en mouvement absorber une vibration de la même longueur d’onde que dans l’état de repos , ils sont amenés nécessairement à cette conclusion étrange, que la vapeur refroidie du sodium, lorsqu’elle est en mouvement, livre passage à la lumière jaune de la vapeur sodique incandescente ^).
Pour l’opinion que je soutiens, il est tout à fait indifférent que le mouvement de la source et de son atmosphère ait lieu dans telle ou telle direction par rapport à la ligne visuelle ; car , dans
*) Le grand ouvrage de M. Lockyer, Contributions to solar physics , London, 1874, ne m’est arrivé qu’après la rédaction de mon mémoire; autrement j’aurais indiqué les dessins dans cet ouvrage même, où ils seront d'ailleurs facilement retrouvés.
) Voyez, Veltman, Astron. Nachr., B. LXXV, p. 155.
126 V. s. M. VAN DER WILLIGEN. SUR LA FAUSSE.TÉ
toutes les directions autour de la source; on a, d’après cette opinion, la même période et la même longueur d’onde pour la vibration courante, et la même communication de celle-ci, peutêtre sous forme de vibration fixe, à l’éther en repos relatif et de densité normale, qui est contenu dans la vapeur.
En adoptant au contraire les vues de M. von Ettingshausen et de M. Petzval, on est assailli de difficultés, ainsi que je l’ai déjà fait voir à l’art. 37, dès que, avec une source consistant simplement en un point abstrait animé de vibrations fixes , on veut tirer des impulsions différentielles une vibration courante convenablement raccourcie ou allongée, pour une direction autre que celle dans laquelle se meut la source. Si l’on veut maintenir la loi des cosinus, on ne peut laisser ces impulsions se composer en une vibration qu’à une distance infinie; c’est aussi seulement là que les surfaces de propagation des impulsions à combiner, si l’on peut encore parler de surfaces, deviennent strictement parallèles. A ces premières difficultés, pour les directions qui s’écartent de celle du mouvement, l’absorption vient en ajouter de nouvelles; non-seulement la source doit être supposée à une distance infinie , mais il faut maintenant faire entrer en ligne de compte, comme mesure de la longueur d’onde de la lumière absorbée , et les temps et les distances des surfaces des phases correspondantes.
Doppler lui-même, avec ses poussées d’onde, ne rencontre pas des embarras moindres, aussitôt qu’il s’éloigne de la direction du mouvement; j’y ai déjà fait allusion à l’art 6, en faisant remarquer qu’il ne raisonne que pour un rayon unique, et à l’art 36 je suis entré à ce sujet dans plus de développements. L’absorption , dans la direction oblique , vient maintenant , pour lui aussi, aggraver la position; s’il veut étendre à l’atmosphère absorbante ses considérations sur la rapidité de succession des pulsations , il devra regarder le retard ou l’accélération comme ayant une valeur différente aussi pour chaque direction du rayon émané d’une source en repos ; dans des directions différentes , la lumière sortira alors , après l’absorption, avec des couleurs différentes.
56. Il semblerait presque qu’on ait jusqu’ici évité à dessein de
parler, soit de toutes ces directions autres que celles du mouvement, soit du phénomène de l’absorption. On glisse sur la question, en se bornant à dire: un simple examen apprend que les actions, que deux 'corps exercent Tun sur l’autre par des impulsions périodiques d’une vitesse finie de propagation, doivent être modifiées par un changement de la distance entre ces deux corps. Cette assertion est évidemment fondée sur la considération superficielle des phénomènes mécaniques complexes qui se produisent lorsque les ondulations de l’eau, ou les vibrations de l’air, viennent frapper un corps placé sur leur trajet; mais quand il s’agit des vibrations élémentaires de la lumière dans l’éther indéfini, je ne vois pas bien ce que nous avons à faire avec une impulsion périodique d’une vitesse finie de propagation, ni ce que devient la théorie des surfaces d’ondes quand nous substituons aux vibrations des impulsions périodiques. On se trompe indubitablement si l’on croit avoir prouvé, de cette manière, que la direction du rayon réfracté est dépendante, suivant la loi voulue, du mouvement relatif de la source lumineuse et du prisme.
A la proposition énoncée j’oppose celle-ci: un examen attentif apprend V que dans un milieu élastique indéfini aucune impulsion ou choc moléculaire, aucune phase, ne peut être transmise comme telle, mais seulement comme partie intégrante d’une vibration moléculaire qui émane d’un point fixe , ou — ce qui se rapproche peut-être davantage de ce qu’on a en vue — comme poussée d’onde ou phénomène sommatoire des vibrations élémentaires de milliers de molécules; 2® qu’en supposant même que les impulsions différentielles, les phases, d’une source animée d’une vibration fixe et d’un mouvement de translation, puissent cheminer isolément 'd’une façon stable, leur recombinaison en une vibration allongée ou raccourcie se heurte à des difficultés insurmontables aussitôt qu’on s’écarte tant soit peu de la direction du mouvement de la source; et 3® que l’absorption, par une atmosphère interposée, ajoute des difficultés encore plus graves à celles que cette théorie des pulsations rencontre déjà en elle- même.
Si je dois suivre le cours d’idées de Doppler et de ses parti-