t M. W. BEIJERINCK irV A. UA.NT
j'ai reconnu qu'ils étaient absolument inactifs, probablement parce qu'ils ne pouvaient pas se développer suffisamment dans les sucs des cellules tuées par la lésion, pour produire l'asphyxie des cellules non atteintes, en empêchant complètement Taccès de Toxygène. Mais ou trouvera certainement d'autres espèces de bactéries, qui se comporteront comme les saprophytes dont je viens de parler *).
Je profiterai de cette occasion pour faire quelques remarques sur la flore saprophytique normale des plantes supérieures en général.
MM. BuRRi et DùGGELi sont d'avis que c'e^t une espèce déterminée de bactéries, qu'ils ont appelée Bacillus herbicola^), qui est non seulement le principal représentant, mais pour ainsi dire Tunique représentant de cette flore. Bien que j'accorde que cette bactérie '*), que j'ai moi-même découverte, il y a déjà plusieurs années, et que j'ai appelée B. anglomerans *), est universellement répandue, des recherches étendues m'ont cependant appris qu'il y a encore d'autres microbes qui jouent un rôle important comme sa))rophytes normaux.
Pour ce qui regarde en premier lieu la manière dont se présente le B. anglomerans (= B. herbicola) et sa répartition, je recommande le procédé suivant pour découvrir cette espèce: on n'a qu'à laisser germer une graine (le trèfle, le froment, le chanvre, le lin, Brassica^ Vicia, Phalaris et bien d'autres semences encore ont été employés) sur un morceau de papier buvard humide, placé dans un thermostat de 25 à • 30° C. Dès que la racine de l'embryon apparaît, plusieurs cellules de la calyptra sont déjà écorchées, et, dans la masse mucilagineuse ainsi formée, notre bactérie ne manque presque jamais de se développer.
*) Cette prévision a déjà été confirmée par des recherches récentes de MM. Aderhold et RuHLAND, Centralbl, f. Bakteriologie. Bd. 15, pag. 376, 1905.
■) Die Bakterienflora gesunder Samen und Keimpflanzen (Centralbl, f, Bakt^ Abt. II, Bd. XII, 1904, p. 602).
•) L'histoire de cette bactérie prouve d'une façon caractéristique que la détermination des espèces bactériennes, même les plus vulgaires, n'est pas de la compétence de tout le monde. La présence de cette bactérie sur les racines de toute espèce de plantes à conduit Frank à leur attribuer la formation des tubercules des Papilionacées, ainsi qu'il résulte clairement de sa fig. 34, PI. I des Landwv tscJiaftL Jahrb, 1890. Son Rhizobium leguminosarum n'est donc pas autre chose que mon B. anglomerans ou que le B, herbicola de MM. BuRRi et DiioGELi, et il n'a absolument rien à voir dans les tubercules des Papilionacées.
*) Botanische Zeilung , 1888, p. 749.
ÉCOULEMENT GOMMEUX CHEZ LKS AMYGDALEES. 195
puisqu'elle supporte bien rexsiccatiou et qu'elle existe toujours dans la poussière qui couvre Tenveloppe de la graine. On n'a donc rien d'autre à faire, qu'à saisir au moyen d'une pincette les graines qui ont germé, et à tracer au moyen de l'extrémité de la racine des traits inoculatoires sur la surface d'une plaque de gélatine appropriée, p. ex. au bouillon de viande. Au bout de 1 à 2 jours on obtient ainsi des séries entières de colonies, parfois constituées exclusivement par le B, anglomerans ^ d'autres fois mélangées d'autres bactéries communes. L'espèce en question se reconnaît aisément aux zooglées très caractéristiques (qui se rencontrent pourtant sous la même forme chez d'autres espèces encore), et le plus souvent aussi à la couleur jaune ou brun clair des colonies; mais ces dernières ne sont pas rarement incolores, ce qui rend le diagnostic un peu plus difficile.
Tandis que M. Dîiggeli prétend que B, herbicola se rencontre aussi en grandes quantités sur les feuilles de toute es])èce de plantes, mes propres recherches m'ont donné la conviction, que cela n'est pas rare, il est vrai, mais que leur existence sur les feuilles est loin d'être aussi générale que dans le mucus de la calyptra des sommets des racines. En outre, la véritable flore saprophytique, du moins celle des feuilles des arbres, que j'ai étudiée spécialement, consista principalement en de. tout autres microbes, notamment des Dématies, des Blastomycètes, parmi lesquels on doit ranger les levures rouges et incolores du sol, et certaines moisissures très communes , appartenant aux genres Trichosporium , Cladw sporium et Epicoccum '): par contre, les bactéries ne s'y présentent que rarement en quantités considérables, et je m'étonne que MM. Buuiii et Duggeli n'aient pas remarqué ce fait pourtant très évident. Ce sont surtout les Dématies qui, en plusieurs espèces, constituent la majeure partie de cette flore, et c'est précisément pour cela que je me suis servi, pour mes expériences d'infection de blessures cambiales, d'une espèce de ces microbes fort répandue sur les Amygdalées. Le fait, que les Dématies se rencontrent comme véritables saprophytes dans l'écorce de branches mortes de diverses Amygdalées, ne diminue en rien leur importance au point de vue de la „flore normale" des plautes, car il est évident que les microbes de cette flore doivent trouver, sur les feuilles tout à
*) De nombreuses expériences, faites avec des végétaux qui étaient absolument dépourvus de pucerons, ont prouvé qu*en général il ne s'agit pas ici d*un développement dans le miellat formé par ces insectes.
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fait saines, Tune oq Tautre uourriture par laquelle ils deviennent des saprophytes '), et qu'ils pourront se nourrir encore mieux dans les cellules mortes de leur hAte.
Pour notre but, il semble inutile de pénétrer plus avant dans les nombreuses questions qui se présentent ici, et qui sont encore loin d^^'^tre épuisées; revenons donc à la maladie de la gomme.
Pour ce qui regarde maintenant les parasites proprement dits, qui provoquent Técoulement gommeux, nous n'avons pu découvrir,en dehors du Coryneum particulièrement actif, que Monilia frucfigena sur des rameaux d*abricotier et aussi, mais avec bien moins de certitude, une Ct/tospora fort répandue sur les branches de cerisier. 11 est vrai qu'avec cette dernière es])èce nous n'avons pu produire d'écoulement gommeux ni chez le pêcher, ni chez le cerisier, mais nous avons eu plus de succès en infectant fortement le prunier avec ce parasite ^).
Ce qu'il y a de caractéristique dans l'action du parasitisme en général, c'est la grande intensité des phénomènes d'empoisonnement, observés dans les blessures infectées et dans leur voisinage; ces phénomènes sont si intenses, que de jeunes rameaux, dans le cambium desquels on a introduit Coryneum^ périssent aisément sur toute leur longueur, pendant que les tissus deviennent bruns, et alors c'est seulement de la zone de transition entre les tissus morts et vivants que découle la gomme. En infectant avec précaution, p. ex. de petites piqûres, on peut facilement conserver le rameau vivant et obtenir un écoulement de gomme par toutes les blessures. Partout où il y a du cambium. on peut provoquer en toute saison, au moyen de Coryneutn^ un écoulement abon-
*) Il faut évidemment que cette nourriture soit absorbée à Tétat dissous. 11 rst probable que cette absorption n'a lieu que par un temps pluvieux, et non par un échange osmotique entre les cellules du microbe et de la plante. £n faveur de cette manière de voir on peut citer le fait, que les plantes qui ne sont pas humectées par la pluie (comme Dobinia^ Crambe^ Hypericum etc.') ne portent qu'un nombre relativement restreint de germes, tandis que les feuilles (^ue la pluie mouille, telles que celles de Sambucus^ Ulmus^ Fraxinns^ du pencher, du prunier etc., représentent le cas ordinaire, où les feuilles sont pour ainsi dire couvertes de germes. Ce fait nous fait comprendre la signification biologique du revêtement cireux {fleur ou pruine) qui recouvre les feuilles des plantes non mouillables, comme moyen d'éviter le dépôt de germes de microbes en général et de parasites en particulier.
*) De nombreux essais pour produire, sous Tinfluence d'un poison ou de parasites, un écoulement de gomme chez Elaea'jnus ar^enf^a ont été infructueux.