POUR L'ANNÉE
La 154" assemblée générale de la Société Hollandaise des Sciences eut lieu le 19 mai 1906. Son Altesse Royale le Prince des Pays-Bas, duc de Mecklembourg, Protecteur de la Société, et 76 Directeurs et Membres y assistèrent.
En ouvrant la séance, le Président s'adressa d'abord au Royal Protecteur, pour exprimer à S. A. R. les remercîments des Directeurs et Membres, pour l'honneur qu'il faisait à la Société en assistant à saséance, dans la nouvelle salle, bâtie depuis que S. A. R. avait honoré la Société par Sa présence pour la première fois. Le Président exprima le vœu que S. A. R. retrouverait dans le nouveau bâtiment l'esprit dont la Société a toujours été animée.
Après avoir commémoré les membres que la mort a enlevés à la Société pendant Tannée qui vient de s'écouler, savoir le Prof. H. C. Rogge et A. G. H. VAN Genderen Stort, tous deux à Harlem, A. vonKollikkii à Wiirtzburg et S. P. Langley à Washington , le Président souhaita la bienvenue aux Directeurs M®. W. F. van Leeuwen et M®. C. Pljxacker HoRDiJK, ainsi qu'aux Membres Prof. A. F. Holleman, Prof. H. P. WiJSMAN, et Dr. C. Hoitsema, qui assistaient pour la première fois à l'assemblée. Finalement il donna la parole au Secrétaire pour Taperçu suivant des travaux de la Société pendant Tannée écoulée.
„ Après la publication du Tome dixième des œuvres de Huygens,
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contenant la fin de sa correspondance, on avait à considérer dans quel ordre et sous quelle forme paraîtraient ses autres écrits. Dans ce but la Commission de Rédaction se réunit le 13 novembre dernier; voici le résultat de sa délibération.
On s'était d'abord proposé de faire suivre la correspondance des écrits inédits, pour finir par les travaux déjà publiés. Mais Texpérience acquise pendant la rédaction de la correspondance, surtout celle des dernières années, avait appris que beaucoup de petites notes, remarques ou idées, inscrites par Huyoens dans ses journaux, pouvaient être utilisées, au grand profit de renchaînemeut des matières, chaque fois qu'un travail de quelque importance était en cours de rédaction. C'est ce qu'on a surtout reconnu par la façon magistrale dont M. le Prof. Korteweg a arrangé la correspondance de Huygkns avec Leibniz et de l'Hospital, sur laqelle un mot a été dit dans la précédente assemblée générale.
C'est là la raison la plus importante qui décida la Commission à publier autant que possible conjointement les écrits inédits et les travaux déjà imprimés, en prenant il est vrai l'ordre chronologique comme guide, mais en ce sens que des remarques ou travaux isolés seraient ajoutés à l'ouvrage traitant d'un sujet connexe, avec indication de la date si possible. On se propose de former ainsi des groupes de travaux scientifiques, réunissant d'une manière aussi complète que possible tout ce que Huygens a produit, soit dans un certain domaine, soit à une même occasion, comme ses contributions aux travaux de l'Académie Française des Sciences.
Le plus souvent ces groupes seront concentrés autour d'un travail déjà imprimé. Plusieurs d'entre eux sont écrits en latin. Or, on peut regretter que cette langue classique n'est plus, comme autrefois, employée parles savants comme véhicule universel pour leurs échanges d'idées; mais la Commission de rédaction croyait ne pas pouvoir fermer les yeux sur le fait, que de nos jours un grand nombre de personnes qui s'occupent de sciences se sentent gênées dans la compréhension rapide et exacte de ce qui est écrit dans cette langue , et hésitent même d'en prendre connaissance. Cette difficulté devient encore plus grande lorsque le sujet, mathématique, est traité dans la vieille manière Euclidienne, qui demande une tension d'esprit inusitée et trop fatigante des lecteurs accoutumés aux démonstrations anal}iiques et leurs formules concises. Tel est le cas surtout pour la Dioptrique de IIuygens, son traité des lunettes et des microscopes, beaucoup trop peu apprécié.
PROGRAMME POUR l' ANNEE 1906. III
C'est ce qui détermina la Commission à ajouter au texte latin des (Ruvres principales de Huygens une traduction en français, la langue la plus voisine de la langue latine, et en même temps celle dont Huygens se servit le plus souvent, comme il paraît déjà dans son style latin.
Le premier des groupes dont il vient d'être question se composera de ses „Travaux de Jeunesse".
On pouvait bien prévoir que ces reliques, peu ou point connues, des années d'éducation de Huygens feraient connaître des détails intéressants. Cette attente ne sera suns doute pas déçue par la rédaction que vient de leur donner M. le Prof. Korteweg.
Pour quiconque a suivi, dans sa correspondance, la vie et les travaux de Huygens; qui a pris connaissance de l'étendue et du caractère génial de son oeuvre; qui Ta vu lutter, surtout à la fin de sa vie, contre des difficultés presque surhumaines, pour pousser jusqu'aux extrêmes limites la puissance d'investigation des méthodes géométriques de son temps; qui Ta vu succomber aux efforts de ses dernières années et Ta accompagné pour' ainsi dire au tombeau; il y a un charme singulier à le voir renaître en quelque sorte de ses cendres, à recommencer avec lui sa vie scientifique, et à le revoir comme jeune étudiant en droit à l'université de Leyden, travaillant sous la direction de son éminent maître van Schooten aux mathématiques avec une ardeur, une lucidité et une recherche de précision sans égales, faisant preuve à tout moment d'une rare indépendance de jugement et d'un remarquable esprit critique, les premières pousses pleines de vie qui produiront bientôt, dans leur merveilleux développement, la riche moisson de la vie de Chris-* TiAAN Huygens.
Des Travaux de Jeunesse trois feuilles sont déjà imprimées et le reste est à rimprimerie.
Le mémoire de M. le Dr. P. J. S. Cramer, sur la variation par bourgeonnement, couronné Tannée dernière, i)araîtra dans les Mémoires iu'^^ de notre Société.
L'auteur a désiré y apporter quelques changements, en partie suggérés par quelques remarques que lui avaient communiquées les membres du jury; il a donc emporté son manuscrit avec lui à Buitcnzorg, où il se trouve actuellement attaché au Jardin Botanique. Mais M.Crameii a pris toutes les mesures nécessaires pour que son absence ne fût pas un obstacle aux travaux de correction et d'impression.
IV PROGRAMME POUR l' ANNEE 1906.
Cette année-ci aussi nous avons reçu une réponse à une des questions de botanique, sur laquelle vous aurez à prendre tantôt une résolution.
Comme de coutume, cinq livraisons des Archives Néerlandaises ont été publiées, savoir les trois dernières du Tome X et les deux premières du Tome X[ de la Deuxième Série, représentant ensemble les matières d'un tome entier; une autre livraison est sous presse et paraîtra dans quelques jours.
Après que le Président eut remercié le Secrétaire de son rapport, on procéda à la lecture des jugements émis par MM. les Proff. Hugo de Vries et F. A. F. C. Went et par M. le D*^. M. Greshopf sur un mémoire , reçu en réponse à la question de concours VI du programme pour le 1" janvier 1906, ainsi formulée:
„La Société demande un dictionnaire de noms de plantes, en latin et en trois ou quatre langues modernes.''
Ces avis furent unanimement favorables et jugèrent le travail, très étendu, digne d'être couronné. Sur la proposition des Directeurs, rassemblée accorda unanimement la médaille d'or à Tauteur, qui, à l'ouverture du billet cacheté, se trouva être M. H. L. Gerth van Wijk, de Middelbourg.
Au nom de la Commission nommée dans ce but, M. le Secrétaire donna ensuite lecture de Tavis suivant, sur la manière de disposer du subside destiné à l'avancement des mathématiques.
„La Commission, composée des Membres MM. Korteweg, Schoute, van de Svnde Bakhuyzen et Lorentz et du Secrétaire, s'est réunie le 13 novembre dernier, sous la direction du Président de la Société. Dans cette réunion trois propositions ont été examinées. M. le Prof. Korteweg a proposé d'employer le subside à la 'publication du Journal de Beeckman; M. le Prof. Schoute recommanda la composition d'un aperçu bibliographique, systématiquement classé, de la nout^elle (réoyju'trie a plusieurs dimensions', et M. le Prof. Lorentz proposa de faire calculer des fonctions Besseliennes et d^en dresser des fables. Mais lorsque M. le Prof. Korteweg eut exposé la raison, le but et l'intérêt d'une édition du Journal de Beeckman, et que sa proposition eut été appuyée par d'autres motifs encore que ceux qu il avait avancés, les Membres MM. Schoute et Loreni'z déclarèrent retirer provisoirement leurs pro;)res propositions et, après quelques délibérations, on décida à
PROGRAMME POUR l/ ANNEE 1906. V
r unanimité de soumettre à un nouvel examen le manuscrit du Journal de Beeckman, reposant dans la Provinciale Zeeuwsche Bibliotheek de Middelbourg, afin d'obtenir si possible des données décisives sur l'importance de son contenu et la réalisabilité du projet.
IsAAC Beeckman, successivement recteur des écoles latines d'Utrecht, de Eotterdam et de Dordrecht, et mathématicien bien connu, paraît avoir été en 1618 le premier hollandais de quelque importance avec lequel Descartes, à cette époque soldat en garnison à Bréda, ait fait connaissance 11 se lia bientôt d'amitié avec Descartes et, de retour à Middelbourg, il entra en correspondance avec celui qui serait bientôt un philosophe célèbre. Nous lui devons pour un grande partie les premières informations sur le travail scientifique de Descartes; elles ont été conservées dans le Journal que Beeckman a tenu durant toute sa vie, et où il a non seulement annoté ses observations quotidiennes sur divers sujets de mathématique et de physique, mais oïl il a enregistré aussi les lettres et le^ écrits qu'il a échangés avec Descartes.
Un étudiant d'Amsterdam, M. C. de Waard, en a fait connaître dernièrement quelques fragments dans le Nieuw Archief voorWiskunde, entre autres les lettres les plus anciennes que Ton connaisse de Descartes; ce qui a attiré Tattention des savants, surtout de la Rédaction des Œuvres de Descartes, dont la publication, à l'instar de nos Œuvres complètes de Huygens, a été entreprise il y a quelques années et n'est pas encore achevée.
Aussi, à la demande que notre Société adressa au Directeur de la Zeeuwsche Bibliotheek de lui prêter le Journal de Beeckman, reçut-elle la réponse que le lourd in-folio se trouvait déjà entre les mains du savant rédacteur en chef des Œuvres de Descartes, M. Charles Adam à Nancy, qui, lorsqu'il apprit la raison pour laquelle on lui demandait de renvoyer le Journal à Harlem, Faccompagna de la recommandation d'une publication complète.
L'examen du Journal conduisit la Commission à la décision unanime de présenter aux Directeurs la proposition suivante:
„0n nommera une Commission de Rédaction, qui se chargera, sous l'approbation des Directeurs, de publier le Journal de Beeckman, soit en entier, soit en partie, suivant qu'un examen plas approfondi en ferait reconnaître l'utilité. La commission s'assurera du concours de M. C. DE Waard, à qui reviendra de ce chef le subside disponible de 500 florins.
VI PROGRAMME POIJR l'aNNÉE 1906.
Cette proposition fut exposée plus amplement par M. le Prof. 1). J. KoRTEWEG, qui prononça à ce propos le discours suivant:
Descartes et le Journal de Bekckman.
Altesse Royale, Messieurs,
Notre honoré Secrétaire m'a prié de vous donner quelques détails sur la proposition qui vous a été soumise, de publier le lourd manuscrit d'IsAAC Beeckmax que voici, et de vous communiquer à ce propos quelques particularités sur les relations, qui ont existé entre ce Beeckm an et le grand philosophe et mathématicien français Descartes.
C'est avec plaisir que je tacherai de satisfaire à cette double invitation, autant qu'il est en mon pouvoir de le faire et que le permet le temps assez court dont je puis disposer. Ne vous attendez pas pourtant à ce que je sois en mesure, déjà maintenant, de vous faire comprendre tout rintérêt que cette publication pourrait avoir pour Thistoire des sciences physiques. Car nous n'avons pas affaire ici à Touvrage d'un homme de génie, qui par lui-même parle à notre raison et nous fait comprendre que nous sommes en présence d'un esprit éminent, placé bien au-dessus de la plupart de ses contemporains; dont les idées, comme celles d'un Di:scARTt:s, d'un Huyoens, d'un Newton ou d'un Leibniz, sont si élevées, que de tout temps on désirera en prendre connaissance, sous la forme même dans laquelle elles ont été écrites.
San œuvre est plutôt celle d'un homme qui, sans être privé d'idées personnelles, a surtout pour nous l'importance d'un dironiqueur plein de zèle et digne de foi, communiquant ce qu'il a appris des idées des autres de vive voix ou par écrit, et dont les observations sont comme un miroir, dont le reflet, peut-être pas toujours très pur, nous fait connaître ce qui se passait dans les esprits de cette époque.
Aussi, la valeur de beaucoup de ses communications ne pourra-t-elle être établie qu' à la suite d'un examen minutieux fait par des personnes bien au courant de Tétat des sciences pendant la première moitié du dixseptième siècle. Pour ces personnes-là, à qui notre publication permettra de prendre connaissance du Journal de Beeceman, des notes peu intéressantes en apparence pourront devenir des indications précieuses, pour trouver le vrai cliemin dans le dédale que constitue encore, à maint point de vue, l'histoire de cette époque.