‹ Ardent Troughton (volume 2)Chapitre 10 sur 14 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Pendant quelques semaines, il n'arriva rien d'imporlant. L'équipage, lire de toutes les nations de l'Europe, commençait à s'amalgamer, à agir avec plus d'ensenible, à connaître ses devoirs, et les manœuvres s'exécutaient sans beaucoup de méprises, ou du moins sans accidents. Dans tous nos rapports avec Maniez, la froideur augmentait tous les jours, et il finit par ne plus paraître a notre table ni en notre société. C'était un événement que j'avais vivement désiré, et j'avais travaillé de toutes mes forces à l'amener Honoria commençait à montrer pour lui une répugnance prononcée; ma bonne mère ellemême, malgré toute sa douceur, et quoiqu'elle

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eût été fortement prévenue en sa faveur, ne pouvait s'empêcher de le regarder presque avec mépris. Cet état de choses contraria d'abord excessivement mon père; il avait formellement promis sa fille à Mantez, et il avait même signé les articles préliminaires. Quand nous rencontrions le capitaine sur le gaillard d'arrière, il nous recevait avec une politesse cérémonieuse et formelle, toujours mêlée d'arrogance. En un mot, quand nous fûmes arrivés dans les latitudes chaudes, il ne régnait plus entre lui et nous que haine et soupçon.

Pendant ce temps mon esprit avait recouvré sa sant^morale. J'avais appris à mon cœur à aimer ma sœur en toute pureté. J'avais réussi à séparer d'Honoria la créature glorieuse et inconnue à qui j'avais voué un amour profane dans la cathédrale. Le souvenir de cette scène s'affaiblissait même de jour en jour. Je ne quittais pas ma famille; je causais avec mon père de son projet d'établissement dans la Nouvelle-Orléans; j'apprenais l'anglais à ma sœur, et je la confirmais dans sa répugnance pour Mantez j enfin,

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pour rendre heureuse ma bonne mère, je lui permettais, ainsi qu'au prêtre dont j'ai parlé, de travailler régulièrement tous les soirs à ma conversion une heure avant le souper. Dire que je devins leur favori, ce serait employer un terme trop faible ; j'en étais idolâtré, et mon nègre et mon chien partageaient les sentiments qui faisaient peu à peu mon bonheur.

Mais il ne faut pas oublier le noble et aimable couple qui, comme nous, avait confié à l'océan le soin de sa fortune. Don Julien et dona Isidora faisaient partie de notre cercle domestique , mais ils étaient loin d'être heureux. Leur confiance mutuelle semblait augmentée, s'il était possible; mais on ne remarquait plus en eux ni passion ni tendresse. Ils n'avaient pas devant eux une très belle perspective La fortune qu'ils emportaient n'était pas buttisante à beaucoup près pour qu'ils pussent vivre d'une mainere conforme à leur rang, et la chance que pouvait avoir don Julien de recouvrer ses possessions en Amérique paraissait ion éloignée. Ce n'était pourtant pas à cette

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cause qu'était dû le changement que je remarquais en eux. Comme je l'ai déjà dir, ils éîaitnt cousins germains, et un degré de parenté si proche inspirait ii Isidora des scrupules religieux. — Excellente preuve qu'elle n'aimait plus. Enfin une conversation que j'eus avec Julien, me fit découvrir la vérité.

Dans une de ces nuits délicieuses qui sont assez communes dans les latitudes des vents alises et qui succèdent souvent à un jour de grande chaleur, j'étais appuyé sur les lisses des hamacs, plongé dans cette abstraction protonde qui fait de la mélancolie une jouissance, quand j'entendis quelqu'un soupirer près de moi. Je me retournai, et à la clarté des milliers d'étoiles qui brillaient dans le firmauient, je reconnus mon ami don Julien. Il semblait alfecté presque au point de verser des larmes, et il était évident qu'il désirait me parler; mais je vis en même temps qu'il ne savait comment entamer le sujet qui lui pesait sur le cœur. Pour lui en fournir l'occasion, je lui demandai en souriant pourquoi il avait quitté son lit, ou

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pourquoi il ne s'était pas encore couché, car il était près de minuit.

— Mon cher Ardent, répondit-il, je pourrais, au lieu de réponse, vous faire la même question.

— J'y répondrai sur-le-champ, et je vous donnerai ainsi un exemple de confiance dont je ne croyais pas que vous eussiez besoin. — J'ai trouvé que l'air de la cabine était étouffant, à présent que nous approchons de ce qu'on appelle avec tant de raison la zone torride; mes pensées prenaient cette forme sombre qui est trop Souvent

l'annonce de véritables calamités, et je

suis venu consulter les astres.

— Consulter les astres! et que vous ontils dit?

— ils m'ont fait entendre un langage de paix.

— Ah! fort bien. — Je croyais que vous auriez pu tirer quelque conséquence de leur aspect.

— Il n'y a qu'une seule conséquence que |>Ui5se en tirer quiconque n'est ni fou ni

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philosophe; et c'est la magnificence merveilleuse , — inexprimable , — incompréhensible, — de l'être qui les a créés.

— Mais tout cela , mon cher Julien , n'est qu'un lieu commun.

— J'en conviens; — mais un lieu commun qui est trop peu commun. — Mais pourquoi dites-vous magnificence?

— C'est la seule expression qui soit convenable. Elle renferme tout ce que l'esprit humain peut concevoir de puissance , de splendeur et de gloire; et ces attributs impliquent toujours ia bienfaisance et la bonté.

— Comment cela s'ensuit-il , Ardent?

— Un pouvoir si redoutable, si élevé audessus des êtres auxquels il a donné l'existence, aurait pu ne leur faire contempler sa puissance qu'avec une impression de terreur. Mais voyez coçnme sa main paternelle a revêtu toute sa création d'une beauté qui s'accroît sans cesse à mesure qu'on devient plus capable de l'apprécier. Levez les yeux. Pouvez-vous regarder cet astre sans sentir

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tressaillir votre cœur? La sainte crainte dont on est pénétré n'est pas une peine, c'est un plaisir.

— Oui; c'est un glorieux dôme de saphir oriental, enrichi de brillantes topazes sous lequel nous voguons, — si toutefois nous voguons, car le navire semble stationnaire, et l'on dirait que ce sont les vagues qui passent devant nous.

— Il en est de même du temps, mon cher Julien. — Nous aussi nous semblons être stationnaires. — Nous ne remarquons pas notre course rapide vers l'éternité, et nous croyons voir les heures, les journées , les années couler devant nous , tandis qu'au contraire c'est nous qui traversons leur océan pour nous rendre au terme de notre voyage, — la mort.

— Que voulez-vous dire? Ètes-vousfataliste?

^- Jusqu'à un certain point. — Ne croyezvous pas que le soleil se lèvera demain à pareil jour dans vingt ans? Et s'il plaisait ce jour à l'Être suprême d'éteindre cet astre , mon argument serait encore le même; car

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dans les deux cas, le fait existerait, que je vécusse ou non pour le voir.

— Sans contredit.

— En ce cas , vous pouviez comprendre jusqu'à quel point je suis fataliste. — Dans le gouvernement du monde, le Tout-Puissant a réglé le cours de tous les événements, et suivant que nous en ferons usage, il nous récompensera ou nous punira.

— Mais est-ce un événement réglé par le Tout-Puissant, que j'épouserai ou que j6 n'épouserai pas Isidora , ma très proche parente ?

— Ah ! est-ce cette pensée qui vous tourmente? — L'événement semble en votre pouvoir. Usez de cette occasion pour l'honneur de Dieu et pour la tranquillité de votre conscience, — Cette question, mon cher Julien, a rouvert dans mon cœur une blessure presque cicatrisée.

— Si je pouvais vous comprendre, je né le voudrais pas; et cependant Isidora, moà Isidbra a fait entrer dans mon esprit dés idées sombres et terribles. — Oui , elle m*é-

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pousera. Et en prononçant ces derniers mots, Julien me serra le bras à me faire mal.

— Qui en doute?

— Qui? — elle, — moi , — le prêtre.

— C'est votre cœur qu'il faut consulter.

— C'est à mon jugement qu'on en appelle. — Mais dites-moi. Ardent, croyez-vous à la doctrine des récompenses et des punitions futures?

— Très décidément.

— Mais ne pensez-vous pas que l'homme , pour assurer son bonheur temporel, puisse quelquefois commettre un petit mal, — un mal qui ne nuit à personne?

— Non , je ne le pense pas Mais à quoi

voulez-vous en venir ?

— Ne croyez-vous pas que les lois morales adoptées par la société soient fixes et inaltérables?

— Nous n'avons d'autre règle de conduite que les lois de Dieu, et celles des hommes doivent toujours y être conformes; mais, comme vous le savez, elles peuvent varier suivant les temps et les circonstances. Sous la loi des Juifs^ le sacrifice qu'Abraham était

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prêt à faire de son fils unique, n'était ni un crime ni un péché. C'était un acte du plus pur dévouement.

— Et de même les descendants immédiats de nos premiers parents ont pu se marier ensemble sans crime et sans péché.

— Pourquoi me faites-vous cette observation? m'écriai-je d'une voix agitée, et d'un ton brusque.

Don Julien fut quelques instants sans me répondre. Enfin , tremblant d'émotion , il appuya fortement une main sur mon épaule, et fixa les yeux sur moi avec la même attention que s'il eût voulu faire mon portrait. Il y avait dans sa physionomie un singulier mélange de crainte, d'inquiétude et de chagrin; et cependant je n'étais pas préparé à la question étrange qu'il me fit tout-à-coup: — Pourriez-vous aimer Jsidora?

— Pourrais-je poignarder mon ami pendant son sommeil?

Sans y penser, sans le savoir, nous quittâmes l'endroit où nous étions à causer, et nous nous mîmes à nous promener l'un à côté de l'autre, et en silence. Quant à moi,

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mes pensées m'accablaient , et j'avais l'àme déchirée par l'idée que mon ancienne folie étailsoupçonnée, — peut-être découverte , et qu'elle servait de texte aux commentaires.

Tandis que je me livrais ainsi à d'amères réflexions, un nouveau compagnon, grave, intelligent et silencieux, vint se joindre à nous. La cabine dans laquelle je couchais était la première en entrant sous la poupe, précisément en face de la roue du gouvernail. J'en avais laissé la porte ouverte, et le fidèle Bounder, qui y passait toutes les nuits, avait jugé à propos d'en sortir, et de venir se promener avec nous. Mais, chaque fois que nous tournions, au lieu de tourner sur les talons, comme nous le faisions , il décrivait un cercle autour de nous, et revenait se placer à mon côté. La gravité avec laquelle il exécutait cette évolution tira enfin mon ami de sa rêverie, et lui arracha même un sourire.

— Bounder a-t-il souvent fait le premier quart avec vous de cette manière?

— Jamais, et j'en suis même étonné.

— Quel présage y trouvez-vous ? Vous

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devez pouvoir ledire, vous qui avez fait voile sur un bâtiment dont tant de présages avaient annoncé le naufrage.

Avant que j'eusse le temps de lui répondre, le troisième lieutenant, qui était de quart, s'approcha de nous d'un air respectueux, et me fît entendre, en hésitant, et en fort mauvais espagnol , que le capitaine avait donné des ordres positifs pour qu'on ne souffrît pas le chien sur le gaillard d'arrière. Au lieu de répondre à cet avis, je me tournai vers don Julien, et je lui dis: — J'ai remarqué sur ce navire beaucoup de présages beaucoup plus fâcheux que ceux qui ont tellement effrayé mon pauvre ami Gavel , dont vous m'avez si souvent entendu raconter l'histoire. — Je vois à votre accent que vous êtes anglais, dis-]e alors à l'officier; comment vous nommez-vous?

Ses traits prirent une expression de plaisir quand il m'entendit lui parler en sa propre langue. — David Drinkwater , monsieur , bien à votre service, répondit-il en ôtant son chapeau.

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^frr Et quel grade avez-vous sur ce navire?

— Troisième lieutenant, monsieur.

— Savez-vous que je suis fils d'un Anglais, élevé en Angleterre , et Anglais jusqu'à la moelle des osj — que mon père et moi nouç avons frété ce bâtiment pour ce vojage, et que nous en sommes propriétaires de cinq huitièmes?

— C'est ce que j'ai entendu dire, monsieur, et à présent que Votre Honneur me le dit luimême, j'en suis sûr.

— En ce cas, David, n'est-il pas bien dur qu'il ne me soit pas permis de me promener avec mon chien sur le gaillard d'arrière?

— Diablement dur, monsieur. Mais il faut obéir aux ordres , et d'après les coutumes de la marine, un capitaine a droit de faire tels règlements que bon lui semble. J'ai pourtant vu plus d'un chien sur le gaillard d'arrière de plusieurs bâtiments de guerre à bord desquels j'ai servi; mais ils appartenaient au capitaine.

— Et vous croyez que le capitaine^ en vertu de son grade , a le droit de défendre que cet animal se promène avec moi ?

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— Je ne connais rien à la vertu du capitaine; mais je pense qu'il a le droit d'empêcher ce chien d'être sur le gaillard d'arrière; quoique, tout bien considéré, il nie semble que ce soit un acte de basse animosité dont il devrait avoir honte; — aussi vrai que je me nomme David.

Ayant expliqué l'état des choses à don Julien , dont l'anglais était une fleur qui montrait à peine son premier bouton , j'emmenai Bounder dans ma cabine et je l'y enfermai. J'allai ensuite rejoindre mon compagnon.— Ce don Maniez, lui dis-je, ne tardera pas à être en guerre ouverte avec nous. Vous savez comme moi qu'il s'est éloigné de la compagnie de ses passagers. Honoria elle-même n'a plus le pouvoir de l'attirer dans notre cabine ; mais il ne renoncera pas pour cela aux prétentions qu'il a à sa main. Qu'il me haïsse, je le conçois parfaitement. Après tout ce qui s'est passé entre nous , il est impossible que nous maintenions même une apparence de cordialité. Mais pourquoi son inimitié s'étendelle avec une sorte d'oslenlntion sur mon

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père et ma mère, et même sur vous et Isidora? C'est ce que je ne puis concevoir. Vous figurez -vous quelles peuvent être ses intentions ultérieures? — Savez-vous ce qu'il est ?

— Il est le futur époux de votre sœur; raison pour laquelle je lui couperais la gorge avec grand plaisir.

— Est-ce ainsi que vous parlez? Il faut que je vous serre la main. — Non, nous ne lui couperons pas la gorge ; mais je me laisserai couper le cou jusqu'à l'os , avant de consentir qu'il épouse ma sœur. — Cependant, ajoutai-je, les yeux fixés sur lui, je ne voudrais pas vous voir l'amant d'Honoria.

— C'est précisément ce que m'a dit Isidora. — Elle prétend que vous ne voudriez avoir pour beau-frère ni Mantez, ni moi, ni qui que ce soit au monde.

Je sentis le feu me monter au visage , et j'étais sur le point de lui répondre avec colère. Mais en le regardant, je lui vis un air si calme, si tranquille, si plein de son innocence , que je fus convaincu qu'il i. 16

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n^avait pas voulu m'offenser. Mais mon ancienne blessure avait saigné de nouveau, et lui prenant la main avec affection, je lui souhaitai une bonne nuit, et je me relirai dans ma cabine.

Je passai toute cette nuit comme dans le sommeil de la fièvre, et je me levai le lendemain avec la détermination de consacrer à Isidora une plus grande partie de mon temps qu'à ma sœur. Je résolus de consacrer cette journée à des observations pour tâcher de connaître les motifs de la conduite de tous ceux qui m'entouraient, et de pénétrer ainsi dans leurs desseins. En fils respectueux , je commençai par mon père. Il était trop simple et trop franc pour qu'il fût difficile de lire dans son cœur. Il passait presque toutes ses matinées, entouré de ses livres de commerce, à former des plans de spéculation , et à visiter un cabinet pratiqué dans la soute aux liqueurs, et fermé d'une double porte, où étaient déposées plusieurs caisses en fer contenant des piastres et des doublons. Il regardait son voyage comme une affaire toute simple , et

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il était disposé à payer à Mantez telle somme qu'il exigerait pour la rupture de son engagement avec lui, plutôt que de causer le plus petit chagrin à une fille qu'il chérissait tendrement. La seule chose qui le contrariât , était la lenteur du voyage; et il expliquait le changement de conduite de Mantez en disant que le désappointement d'un amant lui donnait le droit de se donner quelques a'irs.

Ma bonne mère n'était occupée que de trois choses, — la manière dont elle passerait la journée, — la crainte que le roulis du bâtiment ne lui fît prendre quelque attitude contraireà la dignité d'une noble Espagnole, — et le désir de me voir sortir des sentiers de l'hérésie.

Honoria , la belle et enjouée Honoria, n'était pas un moment sans occupation , et se trouvait toujours heureuse. Elle faisait de la musique; elle prenait ses leçons d'anglais, elle apprenait à Jugurlha à parler avec les doigts ; elle persiflait son ancien amant , qui prétendait l'aimer encore, et la journée s'écoulait ainsi. Elle m'assurait souvent qu'à

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présent qu'elle était sûre de mon affection ,' rien ne manquait à son bonheur. Elle ne voyait aucun nuage sur l'horizon de son destin. Quand elle se promenait sur le pont, les hommes de l'équipage n'osaient s'en approcher, mais tous avaient les yeux fixés sur elle. Elle leur semblait le gage de leur sûreté, et ils se disaient que sa présence les préservait des tempêtes et des ouragans. Quelques uns, plus enthousiastes que \^s autres, avaient gravé son nom sur leurs bras avec de la poudre à canon.

Jugurtha était au service de toute la famille, et il jouissait de tout le bonheur dont il était susceptible. Il avait toujours eu la bouche très grande, et le sourire de satisfaction qu'il avait sans cesse sur les lèvres, l'avait encore élargie au point qu'elle n'était plus séparée de ses oreilles que par deux rides formant une courbe, qui exprimaient la gaieté en caractères sténographiques parfaitement intelligibles. Il était tellement changé, que Mantez lui-même passait quelquefois devant lui sans que la physionomie du nègre reprît son caractère diabolique. Son service

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dans la cabine lui laissait bien peu de temps pour avoir beaucoup de rapports avec l'équipage ; mais il était généralement aimé de tous ceux qui le connaissaient.

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