‹ Ardent TroughtonChapitre 7 sur 25 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

— Fi donc ^ paresseux ; levez-vous ! me dit Honoria d'uu ton de gaieté en m'éveillant le lendemain matin; ne voyez-vous pas, Ardent, qu'il doit être au moins huit heures? Les rayons du soleil tombent avec tant de force sur ce rocher^ que ma chambre pourra bientôt servir de four pour faire notre déjeuner.

— Vous êtes enjouée, ma chère sœur. Y a-t-il long-temps que vous êtes levée?

— Très long-temps. Comme Ondine, j'ai été prendre un bain dans la mer, et j'ai fait ma toilette sur le rivage; il ne me faut plus que mon déjeuner.

— Ce qui n'est pas le plus facile.

— Venez avec moi sur le bord de la mer,

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près des rochers que vous voyez à notre droite; je vous y montrerai de quoi déjeuner, et vous n'aurez que la peine de le prendre.

Elle me conduisit vers l'endroit qu'elle m'indiquait, où des rochers de granit, ayant une multitude de formes magnifiques , bizarres ou grotesques, s'avançaient dans l'Océan. Ils offraient aux yeux des dômes, des arches, des colonnes, des salies immenses qui n'avaient pour plancher qu'une eau toujours tranquille, et de belles grottes assez élevées pour que les flots n'y pénétrassent jamais.

— Vous m'avez amené dans des palais marins, Honoria , lui dis-je avec plaisir et enthousiasme , à la vue de ces merveilles de la nature -, il faudra que nous y fassions notre demeure pendant le jour. — Mais le déjeuner n'est pas servi.

— Venez un peu plus loin. — Voyez maintenant cette eau limpide ; si mes yeux ne me trompent pas, il s'y trouve des huîtres en abondance , et elles ne paraissent pas à une grande profondeur. Je vois aussi des milliers de ce que les marins appellent des conques. De quelles superbes couleurs ces coquilles

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sont nuancées! Et cette langue de rocher qui s'avance sous les eaux , comme elle est couverte de moules! — Allons, Ardent, à l'ouvrage ! détachez quelques unes de ces huîtres ; il nous faut un déjeuner.

— Sans dou te , ma sœur ; mais j e crois qu'il faut que nous allions le demander à nos amis les cocotiers. La transparence de cette belle eau vous trompe; elle vous fait croire que ces coquillages sont à peu de distance de la surface de l'eau, et le fait est qu'ils sont à trois ou quatre brasses xie profondeur. Or, je suis un fort mauvais nageur, et je ne sais pas plonger. Si nous avions avec nous notre pauvre Jugurtha , nous pourrions faire un repas somptueux ; mais je ne suis pas si fécond en ressources, Honoria.

— Qu'importe? je ne tiens pas à un déjeuner en poisson ; des noix de coco nous suffiront. Je vais voir s'il en est tombé quelques unes.

Elle me quitta, et je profitai de son absence pour prendre à mon tour un bain de mer, qui me rafraîchit et me fortifia en même temps. J'essayai même de prendre quelques

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huîtres qui étaient à une moindre profondeur que les autres; je réussis à les toucher, mais je ne pus rester sous l'eau assez de temps pour les détacher de leur lit.

Lorsque j'allai rejoindre Honoria , je ne lui dis rien de ma tentative infructueuse. Je la trouvai sous les arbres dont elle contemplait les fruits. Il y en avait en abondance ; mais il est difficile de faire un bon déjeuner quand la nourriture qui doit le composer est à quarante pieds au-dessus de la bouche qui l'attend.

— Eh bien, Ardent^ vous voyez! il ne nous en faut qu'une couple pour faire un bon déjeuner.

— Sans doute; mais comment les avoir?

— Secouez l'arbre.

— Autant vaudrait secouer un rocher.

— Montez-y.

J'avais de grands doutes que je pusse y réussir; cependant je voulus essayer; mais le tronc des arbres était lisse , et il n'y avait de branches qu'à la cime. Je parvins à élever mes jambes jusqu'à environ deux pieds de terre; mais ma tête ne monta pas d'un pouce.

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Que les naturalistes en disent ce qu'ils voudront, l'homme n'est pas, comme Tours, l'écureuil et le singe , un animal grimpant.

Quoique notre perspective n'offrît rien de riant, Honoria ne put s'empêcher de rire de mes efforts infructueux. Elle m'engagea à monter sur ses épaules, et j'y consentis. Avec cette aide, je me trouvai accroché à l'arbre à environ cinq pieds de terre j mais il me fut irapossible de monter plus haut. J'étais honteux d'avoir à descendre, et je restai quelques instants in medio, comme dit Ovide; mais l'épithète tutissimus qu'il ajoute aurait pu s'appliquer au fruit , car il s'en fallait de beaucoup que je pusse l'atteindrcll fallut pourtant me résoudre à descendre , au risque de m'écorcher les mains.

— Comme votre frère est gauche, Honoria !

— Point du tout ; vous n'êtes ni un singe ni un sauvage. Avec le temps , vous apprendrez à grimper aux arbres ; mais en attendant il faut que nous déjeunions. Ne pouvez-vous abattre quelques uns de ces fruits avec des

pierres et des bâtons , comme j'ai vu des enfants abattre des noix en Espagne?

Mais il n'y avait ni bâtons ni pierres; le sable n'était qu'une poussière blanche impalpable, et la terre ne présentait que de très petits cailloux. Pour dernière ressource, nous choisîmes parmi les fruits tombés quelques uns de ceux qui paraissaient les moins desséches, afin d'en manger la chair, espérant que nous trouverions encore de l'eau dans les feuilles comme la veille.

Pendant que nous nous retirions, chare^és de notre misérable butin, Honoria s'arrêta tout-à-coup en poussant un éclat de rire, qui me parut assez déplacé.

— Que nous sommes simples, Ardent ! me dit-elle ; nous ne serons jamais en état de vivre dans une île déserte. Nous avons déjà perdu plus d'une heure sans qu'il nous vînt à l'esprit de nous servir des fruits tombés pour en abattre d'autres.

— C'est ma stupidité et mon manque d'invention qui en sont la cause, Honoria. L'air et l'eau nous offrent de la nourriture, et je n'ai pas l'esprit de pouvoir nous en procu-

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rer! Combien j'ai peu de ressources en moi-

même !

J'essayai pourtant; je ramassai les fruits tombés et je les lançai de toutes mes forces contre ceux qui étaient suspendus aux branches. A peine un coup portait-il sur dix , et même alors Tarbre opiniâtre paraissait peu disposé à se séparer de ses fruits. Epuisé de fatigue, j'allais renoncer à un genre d'exercice nouveau pour moi , quand j'eus le bonheur d'en faire tomber d'un seul coup deux, qui étaient dans un état de maturité parfaite. Honoria poussa un cri de joie, et les ajant ramassés, nous nous rendîmes dans un de nos palais marins pour y faire noire déjeuner sans être exposés aux rayons brûlants du soleil , et ayant fait un trou dans les yeux des noix avec mon canif, nous bûmes le lait frais et délicieux qu'elles contenaient.

Je commençais alors à réfléchir à tout, et, au lieu d'en briser la coquille contre le rocher, comme je l'avais fait la veille, j'y fis une incision circulaire avec mon canif, me procurant ainsi deux coupes et deux couvercles. Après que chacun de nous eut dévoré la

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chair d*une de ces noix^ — car le mot manger serait trop faible en comparaison de notre appétit, — nous rendîmes grâces à Dieu par une courte prière , et vojant que ma sœur était en gaieté, je pris un air grave, et lui dis en lui présentant les deux coupes: — Permettez-moi , miss Troughton, de vous offrir ces deux ustensiles de ménage pour commencer à meubler votre cuisine.

— C'est un bon commencement, dit-elle en riant; mais ce n'est pas assez. Qu'allonsnous faire maintenant? Quant à moi, à présent quej'ai bien déjeunéje me sens capable de tout.

— Eh bien , tâchez de nous procurer à dîner. J'ai l'épaule et le bras presque disloqués à force d'avoir cherché à abattre des fruits ; peut-être serez-vous plus adroite que moi.

— Mais que ferons-nous^ quand la saison de ces fruits sera passée? — D'ailleurs je crois que je ne me soucierais pas de vivre toujours de noix de coco.

— Ni moi ; mais ne soyons pas si tôt trop difficiles. — Il est temps de réfléchir sérieu-

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sèment à notre situation, Honoria; il nous faut de la nourriture, des vêtements et une habitation.

— ?s'en avons-nous pas une splendidedans cette grotte?

— C'est un palais digne d'un dieu marin ; mais je crois qu'il ne serait pas prudent d'y coucher. La fraîcheur agréable qui y règne pendant le jour doit se changer en une humidité malsaine pendant la nuit. Non , Honoria : il nous faut une demeure moins magnifique , mais plus convenable à nos besoins.

— Eh bien , Ardent, cette grotte sera notre salon ; nous y serons roi et reine , et vous nous bâtirez cuisine ^ chambre à coucher et tout ce qu'il nous faut.

— Moi, bâtir, Honoria! hélas! comment m'y prendrais-] e , pauvre enfant de la civilisation! — Avez-vous jamais entendu parler d'un roman anglais qui a été lu par chaque Anglais qui sait lire , qui a été imité mille fois, traduit dans toutes les langues, et qui a pour titre : Histoire de Rohinson Crusoé?

~ J'en ai entendu parier; mais on m'a dé-

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fendu de le lire, parce que c'est un livre protestant.

J'avais si souvent lu cette histoire, que j'entrepris de la lui racontei', en l'abrégeant considérablement , mais sans omettre , à ce que je crois, aucun des incidents qu'elle contient. Quand j'arrivai à Tendroitoù Robinson commence à se construire une habitation , ma sœur, qui m'écoutait avec la plus vive attention, m'interrompit, pour la première fois , pour me demander quand la mer jetterait sur la côte les débris de la Sally^ car ajouta-t-elle, il était possible que j'y trouvasse aussi des haches et des scies. Je lui répondis que rien n'était moins vraisemblable, attendu qu'au-delà du récif la mer était probablement si profonde que la sonde ne pouvait en toucher le fond, et qu'en ce cas, le navire avec tout ce qui y était attaché, après avoir coulé à fond , avait dû être repoussé en pleme mer par les contre-courants. Je lui répétai que si une vague nous avait portés jusque sur le rivage, c'était parce que nous ne nous étions pas liés aux agrès comme les autres.

— I.e niieii ne sera pas long. Voyez! un mouchoir, un petit peigne de poche, et Tabrégédela grammaire anglaise de Mu rray, que Feau a considérablement détérioré.

J'avais coutume de lui donner des léchons d'anglais tous les jours , et elle avait toujours cette grammaire dans sa poche. Je vidai ensuite les miennes, et l'inspection de ce qu'elles contenaient n'eut rien de plus satisfaisant; car, à l'exception d'un canif , il ne s'y trouvait qu'un mouchoir, im petit peigne de poche, un porte-crayon en argent, et un curedent en même métal. Je pensai que ce dernier objet ne me rendrait pas de grands services.

lS'ous nous aper(;;ùmes alors que l'heure de dîner était arrivée; mais mon bras était si roide que je pouvais à peine le lever. Je dis à llonoria que je doutais que je fusse en état d'abattre des bons fruits avec des mauvais, comme je Pavais fait le matin.

— J'essaierais moi-même, dit-elle, si j'avais (juelque chose pour me couvrir la tête , par un soleil si brûlant,— Mais il me semble

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qu'avec votre canif nous pouvons nous fabriquer des chapeaux. Retournons sur la lisière du bois.

Lorsque nous y fumes arrivés , elle me dit de lui couper deux grandes feuilles de plantain, et après leur avoir donné la forme qui lui parut convenable, à l'aide de mon canif elle coupa les filets d'une plante parasite qui étaient aussi forts que flexibles, et les passa dans deux trous qu'elle fit de chaque côté des deux feuilles, de manière à pouvoir les nouer sous le menton. Nous eûmes ainsi deux grands chapeaux verts, très légers^ et d'une fraîcheur délicieuse.

— Et nous aurons le plaisir d'avoir tous les jours un nouveau chapeau, dit Ilonoria en souriant. Mais voyez , Ardent î nous sommes entourés ici d'arbustes qui portent des fruits superbes. Que n'en mangeons-

nous ?

— Cela serait imprudent, ma sœur. Je connaissais la noix de coco par la description que j'en ai lue; mais tous ces fruits me sont inconnus. Dans ces climats, il y en a

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— Le mien ne sera pas long. Voyez! un mouchoir, un petit peigne de poche, et Tabrégé de la grammaire anglaise deMurray, que l'eau a considérablement détérioré.

J'avais coutume de lui donner des leçons d'anglais tous les jours ^ et elle avait toujours cette grammaire dans sa poche. Je vidai ensuite les miennes, et l'inspection de ce qu'elles contenaient n'eut rien de plus satisfaisant; car, à l'exception d'un canif , il ne s'y trouvait qu'un mouchoir, im petit peigne de poche, un porte-crayon en argent, et un curedent en même métal. Je pensai que ce dernier objet ne me rendrait pas de grands services.

Nous nous aperçûmes alors que l'heure de dîner était arrivée; mais mon bras était si roide que je pouvais à peine le lever. Je dis à Ilonoria que je doutais que je fusse en état d'abattre des bons fruits avec des mauvais, comme je l'avais fait le matin.

— J'essaierais moi-même, dit-elle, si j'avais quelque chose pour me couvrir la tête , par un soleil si brûlant,— Mais il me semble

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qu'avec votre canif nous pouvons nous fabriquer des chapeaux. Retournons sur la lisière du bois.

Lorsque nous y fumes arrivés, elle me dit de lui couper deux grandes feuilles de plantain, et après leur avoir donné la forme qui lui parut convenable, à l'aide de mon canif elle coupa les filets d'une plante parasite qui étaient aussi forts que flexibles, et les passa dans deux trous qu'elle fît de chaque côté des deux feuilles, de manière à pouvoir les nouer sous le menton. Nous eûmes ainsi deux grands chapeaux verts, très légers, et d'une fraîcheur délicieuse.

— Et nous aurons le plaisir d'avoir tous les jours un nouveau chapeau, dit Honoria en souriant. Mais voyez , Ardent ! nous sommes entourés ici d'arbustes qui portent des fruits superbes. Que n'en mangeonsnous?

— Cela serait imprudeat, ma sœur. Je connaissais la noix de coco parla description que j'en ai lue; mais tous ces fruits me sont inconnus. Dans ces climats, il y en a

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qui sont un poison , et nous ne devons pas courir ce danger.

— INIais j'ai lu quelque part qu'on peut manger sans crainte les fruits qui ont été entamés par les oiseaux.

— Rien n'est moins sûr , Honoria. Les oiseaux mangent les fruits de la morelle, qui sont un poison pour l'homme.

Nous nous rendîmes à notre garde-manger ordinaire, les cocotiers. Je fis quelques tentatives pour abattre des fruits, mais je souffrais tellement du bras et de l'épaule , que je ne pouvais les atteindre. Honoria essaya à son tour et échoua de même. Ces fruits nous étaient interdits comme les pommes d'or du jardin des Hespérides. Il ne nous resta d'autre ressource que d'emporter deux noix à demi desséchées , dans lesquelles il ne restait pas une seule goutte de lait. Nous nous rendîmes alors dans notre salon marin , où nous fîmes un repas assez passable; mais nous avions une soif ardente, et il s'agissait de la satisfaire.

Ayant remarqué une longue chaîne de montagnes qui s'étendait à perte de vue

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dé l'endroit où nous étions vers Fouest, j'étais convaincu qu'il devait se trouver des ruisseaux sinon des rivières dans cette ile, et nous nous mîmes en marche pour en chercher. A peine avions-nous fait un demimille, quand nous trouvâmes un filet d'eau sortant d'un rocher, au pied duquel il formait une sorte de fontaine dans le sable, sans aucune issue visible ; l'eau était probablement absorbée par le sable, et arrivait à la mer par infiltration. Nous en remplîmes nos coupes, nous la trouvâmes fraîche et pure, et beaucoup meilleure que celle que nous avions trouvée dans les feuilles, et qui avait un peu d'amertume. C'était un vrai trésor que nous venions de découvrir.

Les arbrisseaux qui croissent en cet endroit étaient d'une espèce que nous n'avions pas encore aperçue; je ne sais si c'étaient des apocjns ou des cotonniers , mais ils portaient une grande quantité de grosses gousses remplies d'un duvet chaud et moelleux.— Eh bien, Honoria, dis-je, voilà de quoi vous faire un excellent lit , et vous n'aurez à craindre ni scorpions ni centipèdes.

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Nous dépouillàines plusieurs arbrisseaux; nous portâmes notre récolte dans la petite grotte où ma sœur avait passé la nuit précédente; et il y en avait une si grande quantité qu'après plusieurs voyages, je pus m'en faire aussi un lit au pied du même rocher. — Tout va bien, Honoria. Nous avons un salon^ un verger, d'excellente eau , de bons lits, il ne nous manque plus que du feu. C'est ce qui distingue l'homme sauvage de la brute. J'ai lu des relations qui prétendent quil existait sur les côtes du détroit de Magellan des peuplades qui ne connaissaient pas le feu avant d'avoir vu des Européens; mais je suis convaincu que c'est une fable. Au surplus je sais comment on peut s'en procurer, et nous en aurons dès ce soir.

L'idée d'avoir un bon feu, d'y faire rôtir des noix de coco pour notre souper, et peut-être même des moules, car j'en avais remarqué qui étaient à moins de profondeur que leshuîtres, nous donna une nouvelle ardeur. Nous commençâmes par transporter dans notre vaste salon une grande quantité de

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branches mortes et de feuilles bien sèches, car nous voulions provisoirement en faire notre cuisine. Mais pour allumer du feu il fallait un morceau de silex, et il nous fut impossible d'en trouver. Je m'imaginai qu'un fragment de la pierre du rocher produirait le même effet, mais j'eus beau le battre avec le dos de mon canif, pas une étincelle n'en sortit. Ma sœur voulut essayer à ton tour^ et elle réussit encore moins, car elle se frappait les doigts aussi souvent que la pierre. Je fus consterné de notre manque de succès. Robinson Crusoé et tous les marins naufragés dont j'avais lu l'histoire, s'étaient procuré du feu si aisément ! J'en conclus qu'il fallait que nous fussions bien maladroits et bien stupides.

Je me souvins d'avoir lu qu'on pouvait se procurer du feu en frottant deux morceaux de bois bien secs l'un contre l'autre. Je pris deux misérables bâtons^ et je les frottai de toutes mes forces pendant un quart d'heure. Je parvins à les échauffer, mais jamais ils ne voulurent s'enflammer, et je me dis , pour consoler mon amour-

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propre humilié, que je n'étais pas encore assez sauvage.

Deux noix de coco à demi desséchées nous servirent encore de souper, et après avoir bu chacun une coupe d'eau fraîche , nous allâmes nous coucher. J'aidai ma sœur à monter dans sa petite grotte, et dès qu'elle se fut couchée, elle s'écria qu'elle n'avait jamais eu un meilleur lit. Je m'étendis sur le mien. Le sommeil fut long-temps sans vouloir s'approcher de moi, et quand je m'endormis ce fut pour rêver de feu grégeois, de feux d'artifice, et de feux de toute espèce, incendies, combustions spontanées, etc. En m'éveillant , je croyais être à Islington, près de Londres, regardant brûler une meule de foin.

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