‹ Ariel esclaveChapitre 3 sur 82 · ROSEAUX SENSITIFS · texte numérisé non relu

ROSEAUX SENSITIFS

Oh ! nous ne pouvons plus supporter l'injustice î La conscience est trop dans nos nerfs et nos os. Et nous avons, pour nos douleurs et nos délices, Un cerveau dans le cœur, un cœur dans le cerveau.

Chaque sensation est en nous une idée,

Hélas! et chaque idée une sensation.

Toutes nos facultés sont en faisceaux dardées.

Pensante, la lumière, en nos yeux fécondée,

Nous laisse voir un prisme entier dans tout rayon.

l8 ARIEL ESCLAVE

Nous sommes les enfants des courants électriques, De la vapeur grondant, du mystère expliqué, Des rouages fougueux, éclatants et logiques, Qui pénètrent nos sens de rythmes compliqués. Et nous sommes aussi fils des roses mystiques Où rêvent en parfums tous les dieux morts hier.

Nous avons trop de sensitives dans le crâne,

De flammes dans le sein, de clartés dans la chair,

Pour endurer encor le coup de pied de l'âne

Sans que s'allume, foudre à son sabot de fer,

Notre sang mis à nu, tout chargé d'âmes et d'éclairs.

L'esclave au masque impassible travaille et rêve. Il travaille, une chaîne attachée à son pied. Il rêve sous l'étau qui serre un front broyé. Pâle, Ariel sous Caliban travaille et rêve.

Le soleil fait germer les ailes et les sèves. Et l'esclave, sentant l'astre à sa chair mêlé, Regarde au ciel mauvais ce bourreau sans pitié Qui met sous le carcan des ailes et des sèves.

Si de ses yeux, comme une âme fuyant l'enfer. Une larme tombait tout à coup sur ses fers, Elle les rongerait ainsi que la mort ronge,

Elle les percerait de son acide ardent.

Mais le cœur du captif, pleurs fiers, vous dévorant,

Vous consume dans un farouche orgueil de songe.

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