‹ Ariel esclaveChapitre 62 sur 82 · LES DEUX VISAGES · texte numérisé non relu

LES DEUX VISAGES

Si l'amour infini fuit tes avides bras,

S'il fuit sans que jamais tu baises sa chair pure,

Tu lui seras pourtant fidèle et n'iras pas

Le remplacer par sa vile caricature

Et chercher une fausse, une froide étreinte aux lieux bas.

Et tu ne seras point un de ces lâches que secoue Un trop rampant désir

Et qui, pour l'apaiser, vont le noyer dans une boue Qu'en ricanant ils appellent plaisir.

Tu sais qu'il n'est que deux choses saintes, fécondes, La Virginité sombre et la splendide Volupté. Qu'elles sachent s'unir dans ton être exalté, Tu serais l'infini que fouille en vain la sonde ; [

LES AILES DE LA NUIT d'aMOUR l3l

Car depuis que Marie et Vénus nous ont apporté

L'une tout le ciel bleu, l'autre la mer qui chante et gronde»

0 Volupté, Virginité,

Chacune tour à tour, vous avez inspiré le monde,

Etant le double visage de la Beauté.

Vierge et voluptueuse aussi, ta poésie,

Dans ton rêve ineffable aux torturants émois,

Presse au fond de ton sein, comme deux extases meurtries,

Les deux visages à la fois.

Tous deux, transfigurés, brûlant dans l'étrange alliance,. Frémissant bouche à bouche et soupir à soupir, Se donnent dans ton cœur, qui râle d'impuissance Et qui se tord sous des leurres de jouissance, Un baiser illusoire et que rien ne peut assouvir.

Baiser d'un infini qui consume leur lèvre, y danse, Se dérobe, y laissant l'implacable et divin désir !...

ï32 ARIEL ESCLAVE

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