LE SANGLOT DES SIRÈNES
Voici longtemps, longtemps, à l'aurore da temps,
Quand j'étais un petit eni'ant,
Ou bien même peut-être avant,
Quand je n'étais qu'un souffle, un vague instinct en peine,
J'entendis en des brumes d'or
Plus douces que la vie et plus profondes que la mort.
J'entendis près de moi sangloter les sirènes.
Vers elles je volai...
Et n'étant rien qu'un souffle encor, J'ai dû flotter en sanglots à leurs lèvres. Car il m'en reste un goût suprême dans mes fièvres.
AU CŒUR DU CŒUR l63
Et depuis, je confonds les sanglots avec les baisers, Ces sanglots qui, pris à leurs lèvres, Me tiennent solitaire en Tardcnte et pensive fièvre. Et qui, voluptueux, me font mépriser les baisers, Et trop ensorceleurs, me font, hélas I tout mépriser.
Et je les garde en moi comme un trésor.
0 trésor du poète. au cœur plein, mais aux mains si vides !
Pauvre trésor I
Mais pourquoi mon amour intime, immense, avide. Entend-il à jamais les sirènes chanter Des airs si pénétrants qu'ils semblent sangloter ? Pourquoi dans leurs sanglots cet abîme de volupté ?
Volupté de mon rêve et de mes nostalgies.
Je n'ai pas à rougir de toi ;
Car tu ne fus jamais la mollesse avilie.
Tu versas ta fierté dans mon sang, — et toujours en moi
Le feu de tes langueurs allume un foyer d'énergie.
l64 ARIEL ESCLAVE
0 ma Volupté, vierge aux ombres sirènes cueillie, Tu m'as donné dans ce bas monde, ô mon amie, Malgré la tâche ingrate et les cachots étroits, Une autre vie, une ardente et superbe vie.
AU COEUR DU COEUR l65