‹ Aristide Froissard (volume 2)Chapitre 10 sur 14 · II · texte numérisé non relu

II

— Tarifa de Santander.

— Êtes-Yous gentilhomme?

— Comme le roi.

— Vieux chrétien?

— Comme Dieu.

— C'est bien.

— A mon tour, reprit le jeune gentilhomme en jetant au loin son chapeau et en tirant son épée du fourreau, je vous adresserai une question.

— Dites, monsieur.

— Pourquoi un gentilhomme de votre ranga-t-ilfait à un gentilhommie comme moi un outrage de valet? Avant de risquer ma vie contre la vôtre, je veux savoir si je la joue contre un fou.

Les quatre témoins s'étaient éloignés hors de la portée de la voix, sachant bien

que leur ministère était parfaitement inutile dans une pareille rencontre, venue à la suite d'un soufflet reçu.

— Monsieur, dit le duc de Villa-Réal, vous êtes Tamant de ma maîtresse.

— J'aurais été tout au plus, reprit le jeune Espagnol en riant, l'amant de la femme de M. Froissart, si j'avais été autre chose pour elle qu'un homme parfaitement indifférent.

— Vous mentez.

— Pourquoi mentirais-je, monsieur?

ce serait le moment d'être fat ou jamais, si je voulais me faire une réputation galante aux dépens de madame Froissart.

Votre nouvel outrage étant au dessous du premier, il ne porte pas. Voyons si vous serez plus adroit à l'épée.

— Encore un instant.

— Il fait bien chaud, monsieur.

— N'est-ce pas vous qu'elle a vu en France, à quelques lieues de Paris, dans une auberge, il y a environ un an.

— Moi!

— N'est-ce pas vous enfin, monsieur, qui lui avez écrit ces lettres?...

— Ces lettres!

Le duc remit au jeune Santander le paquet de lettres qu'il avait fait prendre dans le secrétaire d'Adeline.

— Pour avoir écrit ces lettres, il faudrait savoir le français beaucoup mieux queje ne le connais. Je suis fâché, ajouta M. de Santander, de vous éclairer si cruellement au moment où il ne va plus être temps pour vous de vous occuper d'un rival qui n'est pas moi, je vous jure...

— Vous me le jurez?...

— Je vous ai dit, monsieur, qu'il fait bien chaud ce matin.

— Monsieur, recsvezdonc mes excuses, s'écria le duc en croisant le fer avec M. de Santander, et de manière à être entendu des quatre témoins, étonnés de les entendre sortir de la bouche d'un homme qui se précipitait sur l'épée de son adversaire.

L'épée du duc, après un engagement assez court, traversa le gosier du marquis de Santander, qui tomba à l'instant même en disant : Si je reviens jamais de ce coup d'épée, je me souviendrai des délices de Lisbonne, tout le reste de ma vie.

Le jeune Santander ne devait pas se souvenir des délices de Lisbonne. Le sang l'étouffa : il mourut en riant.

Désespéré de ce meurtre, le duc de Villa-Réal rentra égaré chez lui. On lui apprit qu'Adeline avait quitté l'hôtel depuis une heure. Avant dep irtir elle avait

Page 1