JUSTIFICATION DE FROISSART
K N'êtes-vous qu'un voleur? lui demanda le chef de la patrouille grise.
— Trouvez-vous que ce n'est pas assez? lui répondit Froissart.
— • Vous pourriez être un assassin. Voyons, avez-vous du sang sur vos habits? Vous en avez !
— C'est de mon sang ; je me suis blesse à la
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main en me glissant le long de ces murs de jardins.
— Qui avez-vous tui?
— J'ai tué l'ennui d'être cnfermJ pendant deux heures dans un appartement.
— Pourquoi vous êtes-vous enfui?
— Pour éviter de devenir le mari de M"" de Neuvilette, une des plus jolies demoiselles de Paris, mais qui a une mère.
— C'est un voleur qui contrefait le fou, s'écria le chef de la patrouille grise; conduisons-le à la préfecture de police.»
Comme il n'était que minuit, et qu'à cette heure Paris, pendant l'été, n'est pas encore dans son lit, beaucoup de personnes, qui sortaient du spectacle, s'étaient attroupées autour de la patrouille et se disaient en dési,:;nant Froissart :
« Comme il a l'air forçat libéré ! »
Un autre aiouîait :
« C'est l'assassin des époux Mercier. »
Un troisième affirmait que Froissart lui avait volé sa montre l'hiver dernier.
Un quatrième se mit à dire :
i( Ne voyez-vous pas que monsieur est en bas de soie, en escarpins, en jabots, en habit noir? Depuis quand va-t-on voler et assassiner les gens en habit de cérémonie? Monsieir me paraît plutôt revenir d'un rcnde,<-voiis d'amour que d'avoir fui le lieu d'un crime. Ten.z, au bout de C-S murs, il y a une fenêtre ouverte, une lampe ; une jolie personne occupe cet étage. Je le sais, je suis du quartier. Allez à cette maison et informez- vous
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de ceux qui l'habitent, si monsieur n'y est pas connu. »
Ce raisonnement ne déplut pas à la foule. Elle le fit adopter par le chef de la patrouilb grise qui proposa aussitôt à Froissart de le confronter avec les gens de la maison d'où il s'était échappé, afin de lui éviter, si c'était possible, la péniole corvée d'aller à la Conciergerie.
ou EN ETAIENT LES CHOSES CHEZ M. DE NEUVILETTE PENDANT CE TEMPS-LA.
AprJs avoir donné deux heures à sou indignation, les deux fatales heures d'arrêt forcé qui avaient déterminé Froissart à prendre la fuite, M"'* de Neuvilette descendit au salon et dit :
« Je ne veux pas de M. Aristide Froissart pour gendre. Mais d'oir vient, reprit-ellc, qu'il n'est pas ici? Voilà deux heures que je l'ai quitté...
— Deux heures! s'écria-t-on. Où peut-il être? Nous ne l'avons pas vu. »
Comme on se disposait à aller voir s'il était encore dans l'apparteuient où M'"" de Neuvilette l'avait laissé, on sonna. C'était la patrouille grise qui ramenait I-rnissart, au milieu d'une foule accrue de distance en distance.