L'HABIT NE FAIT PAS LE MOINE; LE LOGEMENT NE LE FAIT PAS DAVANTAGE
Du bas de l'escalier par où l'on parvenait au pavillon de M. de Villa-Ré-al jusqu'à la plus haute marche s'étendait un tapis richement bariolé de fleurs, et d'un marcher doux et tiède l'hiver. Audessus de la porte de l'antichambre, une petite statue de marbre blanc se penchait et indiquait du doigt l'entrée aux visiteurs. A cause de la forme même du pavillon, les deux pièces qui venaient ensuite, c'est-à-dire la salle à manger et le salon, étaient toutes deux circulaires sous un plafond enchâssé dans une corniche d'un soiit tout à fait Louis XV. C'était un enlacement d'enfants en bois doré, une chaîne de jeunes baigneurs dont les bras dodus, les jambes en mouvement, se croisaient avec une amusante variété d'altitudes; tableau nautique que complétait un dauphin sculpté au plafond et par la bouche duquel descendait un lustre composé de quatre écailles transparentes de tortues de mer. Les murs étaient cachés derrière d'anciennes tapisseries des Gobelins, pâles mais expressives, représentant les principaux traits de la vie d'Henri IV, à grands renforts de devises naïves, brodées.
Si les meubles de ce salon, lequel servait aussi de cabinet à M. de Villa-Réal, n'étaient pas nombreux, ils étaient du moins d'un choix ingénieux. Chaque siège avait sa forme et était fait d'un bois
particulier. Près de la chaise de jonc se rangeait le fauteuil d'ébène taillé par Boule, et venaient à la suite l'antique bergère à sujet pastoral, le pliant de soie du Directoire et le fauteuil napoléonien à la tête de sphinx, hélas! tout ce qui est resté de la campagne d'EL;ypte. Près de la croisée doublement voilée par un rideau de dentelles et par un rideau jaune souci fleurissaient deux jardinières, toujours garnies des plus belles fleurs des serres de Noisette.
Tout enfin, dans cet appartement, frais en été, chaud en hiver, tout, portes, tapisseries, manteaux de cheminées, portiè es, sonnettes, pendules en vieux saxe, disait le goîit, l'élégance et la distinction du jeune locataire, et aurait fait rêver une tendre association d'existence à plus d'une de ces belles et faciles paresseuses de la rue du Helder; mais qui ne sait aujourd'hui combien on s'expose à l'erreur en cherchant à classer la naissance ou la richesse du locataire par la physionomie du local? Si l'on en doutait...
voici q.o e l <j u es-uns des individus q.u'0n aurait pu supposer dignes d'occuper cet appartemfnt de fée.
Un prince en voyage.
Un dentiste anglais.
Une modiste.
Un danseur de l'Opéra
Un vaudevilliste garçon.
Un espion russe.
Un entraîneur de chevaux.